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Full text of "Mémorial de Sainte-Hélène, ou, Journal où se trouve consigné, jour par jour, ce qu'a dit et fait ..."

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MÉMORUL 



DE 



SAINTE-HÉLÈNE. 



T' r - 



A PARIS y se L'IUPRIUERIE DE LEBÈGUE. 



MEMORIAL 

DE 

SAINTE-HÉLÈNE, 



OIT 



JOURNAL ou s£ TROUVA coiisiavf , jrouii par 
JOUR, CE qu'a dit zt faiot NAPOLÉON 

DÙRAKT DIX-HUIT VOIS; 

Par le coHtTE de LAS CASES. 
TOME CINQUIÈME. 




PARIS. 

L'AUTEUR, RUK DU Bac, HO 53; 

Tous LE8 Libraires de France et de l'Etranger, 



1833. 



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1 • T 



TABLE 

DES SOBIMAIRES DtJ CINQUIÈME VOLUME. 



BRldfl BOire eiiI«-»BeauiiiaTcliai0. «-'Qbtorî^ae d^striLTaiiz 
d« Cheribôor^. . ^ , 9 

Le&gae andfenee donnée au GooTerneiir. — • Coivrersaiion 
reniarq[tiable. 26 

^r les belles Italiennes. — • Madame GraBstni. — Uadame 
V et Bêrthier. • ' 30 

Faubourg St. -Germain.-^ Aristocratie ;d^mocra tie.^-L^EoSr 
perear eût tooIq épouser une Française. 5i 

Le feu prend â notte établissement. -» Etiquette de Lon||- 
wood. 4^ 

Dép^ de nténdtàté en France. — projets de Napoléon 
snr 'ITffyrie. •— R6pîunz; Enfans trouTés; Prison- 
niers d^état, — Idées de TEmpereur. 4^ 

Sur ragypte , St.- Jean-d'Acre. — Le Disert» — • Anecdotes. 74 

Ayîs paternels ^ etc. •» Conversation rejnarfuable. •-* Ca« 
gliostro , Mesmer ^ Gall , Layater , etc. 81 

Accumulation singulière de contrariétés. 87 

Madame de B.... — Détails. -« Anecdotes de rém^pration. 91 

L'Empereur reçoit des lettres des siens. — - Con^orsaljon 
Avec Vamirat. — • Commissaires des alliés y.etc. ^ 

Ceor de rEmperéur.— Dépense , économie , chasses , écurie , 
pages , aervice d'^honneur , etc. ^ 

NottTelle méchanceté du Gouverneur ^ etc. — Projet déses- 
péré dit Corse Santini. loa^ 

Mélanie de La Harpe* — Heligienses. ^ Gouyens. — Trà- 
pistes. -^ Clergé français. ' 106 

Itf arie-Anioinetle. — Moeurs de Versailles. -^ Anecdotes. *- 
Bererlej. — Le Père de Famille , de Diderot. 11a 



° Table. 

Historique de réinîgratîoû A doSblenu; Aneedotet ; ^16 
Vojrage Sentimenul de Napoléon. wEspritpnblic da Ump$. 
— Journée du 10 eoAt. ,55 

Baie masqués.— Madame de Mégrigny.— Le Piânont et les 
Pîémontais.— Canaux de la France.-«^Réyes sur Paris, — 
' Versailles» --.Fonteîncbleau,eto.^ 17, 

Projet d'une histoire européenne. — Sélim in. -- Force 
d'un sultan turc. -- Les mameloncks. — Sur la régence, i^o 

pmpagne d'Italie. — Epoque de i8i5. — GiistaTS m. — 

' Gustave !▼.--. Bemadotte. — Paul I». 195 

Vigne patrimoniale de Napoléon.— Sa nourrice.— Son toif > 
paternel,- Larmes de Joséphine durant les échauffoaréi 
de Wurmscr aux enyirons de Mantone. ai i 

Catherine .11.— Gardes impériales, ^ Paul I«». — ProjeU sur 
rinde. ai6 

L^Empereur évoque, — UTavait jamais souffert de Testomac. ai8 

Campagne de 1809 , dite de Wagram ; espace de 6 mois. — 
Eut de TËurope. — Plan de la cinquième coalition. — Ma- 
chinations intérieures. — Bataille d'Eckmûlh. — Belles 
Leçons de stratégie.— Réflexions , conséquence. — BaUille 
d'EssIing. — Bataille de Wagram — Traité de Vienne , i4 
octobre. 220 

Sur la Guerre de Russie. — Fatalités, etc. -. M. de Talley- 
rand, etc.— Gorine de madame de Staël.— M* Necker,etc. 509 

De li chasse à Sainte-Hélène. — Veille du i5 août. . 317 

Fête de l'Empereur. /. 3*9 . 

Ecole polytechnique supprimée , etc. — Indécence des jour- 
naux anglais , etc. — Machine à flaee. 3ao 

Idées religieuses de Napoléon. — Évéque de Nantes ( De 
Voisins) — Le Pape. — Liberté de Péglise gallicane ; 
Anecdotes. —Concordat de Fonuiueblean. 5%i 

Conversation vive avec le Gouverneur en tiers avec l'Amiral. 3i45 

Retour sur la conversation avec le Gouverneur, — Effet des 



TABLE. 7 

pages. 

libelles sur Napoléon .--Traite de Fontainebleau.-» Ouyrage 

do général S ■ n. 55o' 

La Baronne S...... , etc. 558 

Gorrisard , etc. — Anecdotes des salons de Pari^. 36i 

L^Emperenr continue d'être souffrant. — Pièce officielle 
remarquable adressée à sir Hudson Lowe. 568 

Ma famille anglaise. — Juste dette de reconnaissance envers 
les Anglais 9 etc. — Général Joubert. --;-Pétersbourg.— , 
Moscow ; son incendie. — Projets de Napoléon , s^il fût 
rcTcnn vainqueur. Sd6 

Sur le couronnement. -^ Décrets de Berlin et de Milan 
grande cause de la haine des Anglais. 4i8 

Relation de la campagne de Waterloo, dictée par TEm* 
perenr. 4M 

Table raisonnée do 5* tolume. 4^3 



VIH DB IiA TABLB SU OTKQUIBXB VOIiVHE. 



MÉMORIAL 

DE S'*-; 




. Limdi i5 juilJjBt i8i6^ 

Bill de notre exiL — BeaamarchaU. ^- HisCorîqae des 
' ' ■ trayaax de Ghërboarg. *- 

. • ^ 'i 

StfR les dix lietires/rEmpereur est e&ti*e' daii» 
ma 'chambre; il venaiil; me surprendre, vout» 
lant promener. Je l'ai suivi; il a marche' quel- 
que temps vers le tois, où la' calèche «dt venue ' 
le prendre j il y avait bien Ibng^ temps :qu'il n'en 
avait fait iisage: J'ëtâisséiil avëclùivetla coii- 
vetsatton a roule tou|: le tteips sur. le bill q.ui>. 
le concetne;' et nofts est étranger. • • * 

• • • • • '4'"* •*• • • • • •'• •-• ^'4 '•-«'• » • •« •*«'• • • • 

Au Retour, l'Empereur a héiJite s'il déjeunerait 
sous les arblrès; Viriais il s'ési débidë à rentrer,. et 
n'est pas ressorti de tout le jbur : il a dîné seul. 

Après son diaë il m'a fait appeler) il lirait 
des Mereui^s ou journaux anciens. Il y lissait 
diverses anecflotes. et. circonstances de. Beau^^ 
5. . . Â 



40 MËMDKlAli (J«iuti8i6} 

marchais^ lequel TEmpereur arait eonstamment 
repousse^ èh dë^t èlé t6at sd&éSprit, I6r9 % 
^H tDilsalàt; à tdfa^ fle kl mauvaise rej[iiiitatiùlt 
et de sa grande immoralité'. Cette lecture était 
piquante par Textréme différence des mœurs, 
bien que dAià des tMipk si toiiHiiS; Elle lui a 
présenté le voyage de Louis XVI à Cherbourg, 
fur lequel il s'est arrêté quelque temps , puis 
il a passé aux travaux de Cherbourg et a par* 
couru leur historique at'éc cette clarté , cette 
précision 9 ce piquant^ qui caradtériseÀt toUt ce 
qu'il dit. 

Cherbourig se trouve au fobd d'une anse 
semi-cireulaire^ dont les deux extrémités s<Hit 
l'île Pelée à droite» et la pôititè Querquévillë à 
gauc&te. L'alignement qui joint des deux points 
forme la corde ou le ^iamètffev et court £st et 

Ouest 

.En.&ce9au.]yord>et à ti:ès-peu .de distance, 20 
li&ues enyib(M,estlè fameux Ponstniioutfa, lèpre- 
lihiierarbenaldés Aéglais; Le reste de leurs totes 
court presque patallèlémeut ésk face d^s nôtres* 
La lîàture a tout fait ^our nos rivaux^ à noils , 
elle à tout refusé. Leur$ rivagessontsaim et4se 
nétt6yent eâCWe chaque jjour. Ils présentât 



(JaîlietiaiA) DE SAINTE-HÉLENE. 44 

beaucoup de fond, una multitude d'abri^, de 
b^vresy de pai-t&e%Qçlien9; iiqs cotes, au C9nr 
traire, sont remplieg d'ecueib^ içlles ont peu 
d'eau et s'encombrent jpumellement davw^gi^. 
Nous n'ayons pas up ^e»l ^yéntable port d^ 
grande dimensi<^n dan^ çe& p^^ag^s; si biepqup 
les escadres ennemies y mouillées, a Portsmouth^ 
ïk^onl p^8 même besoin de metti:e ^ous yoil^s pour 
nous inquiéter y il leur suffît de quel({^es bâti^- 
mens légers; pour les avertir} et en un mQment, 
sans peÎM letsaw d^P|^r > i^Ues. ^ trovLye^t $m 
deur proie, onpourrait dise que de H Icis Aur 
glais sont tout à la fois et chez eux etckexnmi^. 
Si nos escadres, au leontraire , osent se hasar- 
der dans la Mancbe , qui ne devrait s'appeler, à 
l)ieû dire, que la Mer Française, elles s'y trou-- 
vent en péril permanent; la tempête efu la su- 
périorité' de l'ennemi peut amener leur des- 
truction totale; parce que, dans les deux cas^ il 
n'est pi^int d'abri pour elles. C'est ce qui arriva 
à la fameuse jeusnçe de la Hogue,oùTQurville, 
à U^loiise d'un beau combat aussi inégal, eût 
{Ma ^oiédfe «euMoe la^kixe il'iine belle retraite , 
^îl e&t existé tcn port où se t^tgîér. 



42 MÉMORIAL ' (Juaiètiaie) 

Dans cet ëtàt de chosfes, les gens à' bmines 
"rues i qui aiment le bien de leur pays , à force de 
projets et de mémoires, déterminèrent le goaver- 
•nement â chërcKer diiis le secours de l'art ceux 
dont nous avait {)rîv^ia'nâture ; et âpres beau- 
coup •d'liësitati6n''ét quelque tâtonnement, (m 
s'arrêta sur la baie de Cherbourg, qu'il s'agissait 
d'abriter * à Faidë * d'une immense digue jetée 
dan^la mer. Par \k nous devions obtehir, aux 
portés tnêmes de rehnémi , une rade artificielle 
où lîôs vaisseâtix pourraient) à toute beure et par 
-tous Ids^Yerits, couTif à lui, ou échapper à: sa 

•tr. C'était une magnifique et gloriçuse^eiitre- 

« pris!^^ disliit l'Empereur^ bien forte pour le 

« fair« et les finances de l'époque. On ima- 

« gina,4*î fonder la digue par d'immenses co- 

« nés construits à vide dans le port et remor- 

« quës ensuite jusque sur leur emplacement, où 

« ils étaient immerges à force de pierres dont 

ce on les remplissait f, ce qui, du reste^, e'tait 

« fori ingénieux. Lpuis XVI vint honorer ces 

a opérations de sa présence j il quitta Versailles , 
' '* ' ^ ' I l 

"* Ces cônes.» de (Sa pieds de hauteur, ayaieut IQ4 pieds 
de diamètre à leur base et 60 à lenr sommet. 



C#uiifctiii6) DE SAINTE-HËLÈNE. 13. 

a €tce fat un graadévéne^aufnt. Dai>s[ceô temps- 
« là un Roi ne quittait jamais sa demeure , seS 
« excursions .n'allaient pas. au-delà d^inje partie 
c( de chasse, il6.:n<s codaient pas comme'aujpur- 
cc d'hui j et je crois bien, ohseyvait rEm'p^rèur , 
« que moi je n'ai pas peu contribue i lè^ mobi- 
« liser. • 

« Toutefois , comme il fallait bien <j[ue les cho- 
u ses portassent le cachet du temps , yoilà la dis- 
ft cussion interminable, la rivalité étemelle de 
«( la terre et,de la mer qui ya son train. On eût 
« dit à cet égard qu'en France il y avait deux 
« Rois, ou que celui qui régnait avait dwx 
K intérêts, et devait avoir deu;3t volontés, ce qui 
« faisait plutôt qu'il n'en avait aucune. Ici il ne 
« s'agissait que de la mer , et pourtant l'on pro- 
ie nonça pour la terre , non pau la bonté de ses 
M raisons , mais par la priorité de ses droits -, «et 
« où.il s'agissait du sort de l'Empire, on ne vit 
« sans doute qu'une affaire de hiérarchie , et par 
K cela seuUe'grand but, la magnifique entreprise 
« se trouva manquée. La terre s'établit à l'île Pe- 
tt lée et au fort Querqneville ; elle n'était ap- 
•c pelée là que comme auxiliaire de la digue ^ 
« qui était elle-même l'affaire principale; mai& 



4 k MÉMORIAL {ifiOUi i$m > 

m au lieu de cela^ k terre commença par s'as-^ 
iK seoir, et força ensuite la digue de se suboidon- 
« aer à sa I>iensëanoe , dis se placer , de se oonr-^^ 
fr lipt mIou sentir. Qtt'arrira^t-il? C'est i^e IV 
lE bri qv^on cr<(aît et qui devait être calcule pour 
fi reoevoii^ la masse de nos flottes, soit qu'il s a-* 
« gk de frapper au cœur de renuemi, soit que 
t( le liisl^rd les y lit prendre refoge , n'offrit plus 
t( de plaee qu^ une quinsaine de vaisseaux au 
f* ^lu«) quand il en eût £allu pour cent et au-r 
« delà 5 ce que Ton eût obtenu sans plus de 
f( peine 5 tii beaucoup plus de dépenses, si l'on 
fi^ lut porté plus en atunt dans la merj â;eule* 
^ ment a.u^elà des points que s^étail adjugés 
^ etqu'uvaitfii^ la terre. 

« U&e autre bfër^e bien caraotéristicpe et 
« qu'yen uurait de k peine 4 imagiuiçr, c'est 
« *que toc|tesles grandes uoesures, pour la rade de 
« Cberitourg, furent pirises et ayrètées; ia digue 
? «ommencé^u-ee des passes^ celle l'Est, coatpié« 
« «éejef i^'oU'éttailtMï le point de fomer l'autre, 
« celie de l'Ouest) sans «'être prpciite ia conuais- 
¥ samce exacte et précise de toutes les sondes de 
fr 4a nid« j si Ibien que la passe déjà lormée , celle 
« dei'Ëst, large 4e 5 oeutstoiseS) poussée trop pies 



(^»|Uçu$i<) DE SAINTE-HÉLÈNE, 45 

«f du fort , p*%âmetUit p«f sa&s iucoiiTëpieiit dcè 
5 y^ûserax 4 |i^?# ?>s^se^ «I qn» celle qoe Von 
.r ^lUit fiiniier à TOi^i^i^ se senit froayëe impiv 
Il tkabloy on 4? wn^si fort flfAgereofe^si le sèl^ 
fe indiyidoel d'un ^impl? ^ffic^^^i* ( AI. de Chavar 
fi gii^),ii'af^tf2(it^t^pseeUeii!ipprtmte4^ 
j^ ppu^erte, et forfjé d'^rr4(er l'extrémité g^upbfs 
« de la digue à mille de|ix ceSBfts toifiss du fort d^ 
5 Qi^erqueriUe , cht^j^gé de sa dëfeiise j cejpii me 
«c sepiible ^tre, et est en efftf jk frop grande di;^* 
/( tam:e^. » 

V D^ re3!te^ Je j^ystème des tf^y^ux de Ifk 4iguç, 
« jiaqnelle SjS troaye à plus d'iii),e li^nie du riyagf^t 
« et porte plu^ diç 49 çeii|^ ^Ç<^ <1^,)^<>1%9 ^v 
5 90 pieds 4e l?rgc ^ ii'a pas^^ 3^iiçep]reuyer d^ 
« nombreuseJiyarUtii^nscom^^ 
<c p;^r Texpârience. I^es coujes^ gifi^da^^ le priin- 
« cipe, deyaieut se tpiffhef p<|^ la h^t furent 
« bieutôt espj^cës pan* forc^ 4'9|^cideiit ou par 



* Ce n'est qafen 1789 , c'est-i-dire , cinq ans après 
le isommencemeàjt d^ ti^ranx» 910 lo gmv^emeat 
^pmj^ ^!9r4re 4^ so^^Çr la rade et de C9.nstater Iç f9>n4* 
On n^ayait traTalIlë, jusque - là , que sur des notions 
iragses et impar&ites !! {Mémoire du baron Cachin^ 



46. ' MÉMORIAL (Juillet 1816) 

cf vue d'fe'conomîe t la teihpête lés endommagea, 
^f l«s vers lestongèrènt, le temps les pourrit, oh y 
t renonça tout à fait, et Ton se contenta d'y siib- 
«f stituer dé simples pierres perdnes; et qùsînd 
V on s'aperçut que la force des vagues rendait 
«r celles-ci mcKiVantes, on en vint à avoir recours 
« à d'e'normes^ biôcs qui ont fini par répondre k 
ff tout te qu'on attendait. 

« Ces fravaux se sont continués sans interrup- 
«? tion sous Louis XVI: Nos assemblées législati- 
cf ves leur donnèrent d'abord un redoublement 
M d'activité; mais* les grands désordres qui suivi- 
« ren t bientôt les fitent abandonner tout à fait, et, 
« àl'^poqùè du consulat , il ne restait plus de ves- 
«t tigej àTœfl, de cette fameuse digue. L'imper- 
•« fectioupreiùière, le temps, la violence de» flots, 
€f avaient fait tout disparaître jusqu'à plusieurs 
a pieds au-dessou|s> du niveau delà basse mer. 

« Néanmoins tin de mes premiers soins , di- 
cr sait l'Empereur^ dès jque j'eus pris le timon 
ce des j^ffaires,. fut de tourner m>es regards sur 
le UD point alissi importante J>'oTd(Hittai * des 
« çômmi<!sions , îé fis discuter devant moi , je 
tt me rendis. nia) ti:e de l'état. des Uwi^j e^t je,pïO^ 
<c ponçai que l'exhaussemetit de 1* digui» seta^it 



(Juillet .8,6) DE SAINT&tHÉLÈNE. 17 

« repris en toiite hâte et à toute ;force; que les 
« deux extrémités receyraieut, avec le temps ^ 
«deux massifs .de fortificatibn; mais que dès 
« cet instant même on allait se mettre en me**- 
« sure d'établir au ceiitrè une batterie p^olri- 
« soire consideVable. Alors commenfcferént de 
<r tous côtés les inconvéniens, lés objections i' les 
«vues particulières, Tamour-propre des opi- 
« nions privées, etc., etc. Cela ne se pouvait 
«c assurément pas, prétendaient plusieurs; je 
ce n'en tins compte, j'iiisistai , je voulus, et cela 
te fut fait. En moins de deux ans, on vit surgir, 
«comme par magie, une île véritable, sur la- 
« quelle se montra une batterie de gros cali- 
« bre. Jusqu'à cet instant, les Anglais n'avaient 
« guère fait que rire de nos travaux : ils avaient 
« jugé dès le principe, disaient -ils , qu'ils de- 
« meureraient sans résultat ; ils avaient deviné 
« que les cônes se détruiraient, que les petites 
« pierres obéiraient aux vagues, et surtout ils 
M s'en reposaient sur notre lassitude et notre 
« inconstance. Mais ici ce fut tout autre diosej 
« aussi firent-ils mine de vouloir^ nous y trou- 
« blcr ; mais ils »'y prenaient trop tard ; j'étais 
« déjà en mesure. La passe occidentale était 



18 MÉMORIAL (JmWfiiii 

m (Icuateuretii 2 p«^r 1^ force àes çhost^i exCrén 
jK meut Ui'ge, et les deux fof tifiofktiqoa «xtrém 
ff %ae def0»4aH cUmuq» leur propre passe, 
u firoUantpliislQm! fà^y H ppuyait efk wésnlt 
m qnVn f^m^sm %»^km i^^\ p» forcer le pa 
n sage 4^ rO»9§t , Yepir lapailLer lui-mêii 
ir ^i^de^MiS 4e 1* digïip,4|6riMjoi9pD|ei|cér là 
« 4ésstst|re 4' A))Pukir . JliJ^is^yeç piabatf^riecei 
fi $^6 pf'pv^jsoire; j'y parais dej^, Cependan 
/¥ cpi^noi^ jit) $ui§ pOHr le pf^m^ajL^nt, j'prdonna 
«c ça ded^ps de 1^ diguç^ à son centre /et comm 
<c len $puf ie%,en riçnfort d'elle , qui lui servirait 
» ion toui* d'çpyeloppe, un ë^opipie pâte ellip 
(c t^que» domin^jat .U bictterie centrale, et sup 
« porijant jiui-miInçLe, en deux étages c^isemates 
fc et ai IVprejayedel^ bombe , .5jO pièces de gro^ 
» calibre arec 20 mortiers à grande portée 
« ^nsî que les ça^erpe; néce^saire^s , luagasin 4 
f poudre^ citej:nfi, çtc, etp. 

« J';^ jla s^is£»p(ion d'aypir Iwççé ce })el qu- 
Af OT#ge accQuipii. 

ft Ma defen^iye pourvue , jiç u'avais plus i 
« nn'ocçupi^r xpxe d.ç l'offeujçiyp, quj consistait à 
ff pouvoir jjéfinir ^. jQJiefbQiirg la masse de no^ 
ii mttes. pr, Is^ ra4^ ne pouv^t /çpi^Jtenjir qiie 



(j«mit«ii«) DE SJUNTE-HÉLÉNE: 49 

ft ^iaze Taisseam:. Pour en acctottra le nom* 
tt hw I je fis oretw er im port nonreau ; jantab les 
«e Roiteiiis B^^ntreprireiit ri«ii de plus fort , 
n. de pltts dilScile , ^ dàt durer daTatitegf ! 
« Il lut fouille daxLS le grauit à £0 pieds de profon- 
ft deuv; feix Û» eelenniseï» l'ouTerture par la 
«t pi^âwace de Mi^rie ^ Louise , lorsque j'ét^\$ 
% iMHÉi^e sur les cjbflmps de bataille de la 
« SaajB* J^ûbtenais de la sorte de la plaee pour 
« 25 fuisseauK de plus. Ce u^^ît point assez 
ce eucore ; aussi comptais - je m' étendre bien 
« autrement. JVtaisreWn de r^awveler A Cker*^ 
« bourg les merveilles delxgypte : J'ayaisâcTié 
ce déjà dans la mer ma pyramide; j'aurais eu aussi 
fc mon lac Moeris. Mon grand objet était de pou* 
« Toir concentrer à Cherbourg toutes nos forces 
« niariiimeSy et a^ec le temps elles eussent été 
« inuBiensesau besoin, afin de pouvoir porter le 
« ^rand ooup à. l'ennraii. J'établissais mon ter- 
« ram de manière à ce que les deux nations tout 
« entières eussent pu,pour aîia^idûre^se prendre 
« eorps 4 4»)rps; et Tî^sue n^en devait pas être 
« ^louteii^e, ear nous aurions lét^ plus de^Omil*» 
« lions^e Français contre 4 fimnHions d'Anglaisf 
• î'eusse tenuiMpar uAe bataille d'Aotium^ et 



fit MÉMORIAL (J^iii 

sio&titËmenB en tons^enres dont il pouTait 
^uei-. ïl voulut avoir à Flessingue ou dt 
ypisiuage^dés bassins ptopres à recevoir, d 
Thiver^ k flotté d'AnVBrs tout arkuëe, et 
vaM mettre en mûit dans les vingt - q 
heures: elle ëtait retenue prisonnière dans 
tout A ou 5 mois de Tanuëe. Enfin » il prôjc 
du côte de Boulogne ou quelcpi'endroit de t 
côte, une digue pareille à Celle de Cherbo; 
et entre Cherbourg et Brest xm mouillage 
Venable à Ftle^-à-^Bois, le tout pour assurei 
tout temps et ^âns péril, la libre et pleine c 
municatioti de nos vaisseaux de haut bord 
puis AnVei^ just[û'à Brestv Quant au man 
de matelots et\àU3c grandes difikialtes d'en 
taer , il fût ordonne' d'y pom^voir en cxer^ 
chaqHi^ jour de j«wies co'nscrite dahs toutes 
radefi^< fis seraient plaées d'abord sûr de pe 
bâtimens légers^ ^une flottlle de ce genre de^ 
tnètofe navigua datis le Zaïidenee; de^là 
bernent verses «ur l«s gros vaisseaux, et remp 
^ës aussitôt f^t tfaUlkfe qui devaient suivre. I 
Vaisseaux, de Iwù: <90té) avaient ordre d'apj 
reittef chaque jour > dé multiplit^ lenrs en 
cices, d'évoluer autant çue Tèspace le pcrmc 



liwAUt iBiS) DE SAINTE^H£2.ÊNE. 2â 

trait 4 d'aller même échanger diefc bollpa de 
cknon avec l'e^emi) pourvu qu'oâ fi&t c^rt^ti 
de ne pas se prouver engagé j etc. ^ etc« 

Restait là quantité et le nonlbre de nos 1rais«- 
seaux: il était considé):able encore malgré toutes 
b6s pertes; et TEmpereur calculait pouvoir en 
construire SO ou 25 par an; les équipAge^ s'en 
trouvaient formés au fur et à Mesure) si bien 
qb'au bout de quatre ou çix ans, il eût pu 
ecmiptersurSOi) vaisseaux de ligne, etpeut^tre 
sur 300, si cela eût été nécessaire) en moins de 
40 ans. Et qu'étiit ce temps ^ €fn regard avec U 
guerre perpétuelle où viagère qui nous était 
vouée ?Cëpendaiit les affaires du eoi^tin^it. se 
seraient terminées^ il fût entré tout entier dans 
notre système j l'Empereur eâut i^mené le plus^ 
grand nwhbre de ses. troupes sur nos cotes; et 
c'est dans t^et 4^t ^'il Comptait enfin rendre 
k lutte <ïétisivè; Toutes lès ressouncet» respec- 
tives des denxnttîonti eussent été nuses eti jeu^ 
et nous dévions alors:, pensait-il^ soumettre 
nos ennemie par la f ôrds morale , <>vk les étouffer 
par notre force matérielle» 

L'EmjM^reur prafetait, potir la mUritie, plu* 
sieurS idées et une partie de sft tactique de 



2;^ MEMORIAL (JoiUeiiB 

terre. Il établissait sa ligne offensive et defe 
sive du cap Finistère, aux bouches de l'Elbe 
eut eu trois corps d'escadre avec des amira 
en chef, comme il avait des corps d'armée a 
leurs généraux en chef. Celui du ceiitre aui 
eu son quartier^ge'ne'ral à Cherbourg,- celui 
gauche à Brest ; et celui de droite, à Ànvi 
De moindres divisions aux extrémités à Ro( 
fott'et au Ferrot, au Texél et aux bouchei 
TEÉbe, poiir -tourner et déborder Tenneriii 
ses flancs. De nombreuses stations întermédia 
unissaient tous ces points, et leurs atoirauî 
chef respectifs leur étaient sans cesse cou 
iprésens, à Tàièe des télégraphes qui, bor^ 
la côte, tenaient ce grand ensemble en c 
tante'communicatiôA. ; 

Cependant quel parti eussent pris les An 
durant nos préparatifs et notre accroisseï 
progressif? Eussent*-ils continué xlc Bloque 
ports? nous auritfns eu la sâitisJËsuction d> 
voir forcer leurs croisières} nous les au 
amenés à avoir '4 00 et 460 vaisseaux cens 
ment exposés chaque jour, sur nos côtes 
hasards de la tempête, aux dangers des éci 
à toutes les chances de désastres; nous oj 



C^miUtiSiô) DE SAINTE-HÉLÈNE. 25 

au contraire toutes celles du suëcès^ ii jamais 
les accidens de la nature ou les fautes deilei^TS 
amiraux amenaient ^elqi^e catastrophe im^ 
prévue y laquelle y par la suite du temps> .w 
pouvait manquer d'arriyèr;.Quel avai^tagje n'eïi 
aurions-nous pas tire; no«Sf,^ frais: et: en bon 
ëtat,qui guettions ce moment, toujours pïêtsà 
mettre sous voiles et à combattre! LesAf^glais se 
seraient-ils lasses? nos vai^çjEiU}^ .sortaient ans-: ^ 
sitôt, pour exercf^r, form^er leurs ëqt[iipag€is* 
. Nos arnpie^eni^ complètes; et tLç moment, dëpi^if 
approchant 7 les Anglais, effrayés ppur Ic^ui^iîte^ 
se SQratent-ils groupes en tè|e <jlç.'l§ur$ priç^i« 
paux arsenaux^ Pljipouth5*)I^O:i:;tsin|i^utli et la 
Tamise? Nos troi,s corps^ d^ Brert , Che^h^urg 
et Anvers , allaient à eux , et nos. aîle^^ Iqç tOfirt 
naient par l'Irlande et par VÉçosse.iSe dqte^iw.it 
naient-ils , coniians en leur adresse et leur cou« 
rage , à se prëâentçr^i( insus^e? Alors le tout se 
trouvait réduit à une affaire décisive, dont nous 
aurions i^heidi ^ntm%^vk^v[^^\eylempS^Aéiif0U^ 
la saison / et c'érft^^ qU^ l^Bihpereur appelait 
sa bataille d'Actium^ dans laquelle, si nous 
étions bâtlùs,: nous h'éprouvïCm^^<qu^ denshn- 
pies pertes , ttodis qne «i' nous: iridxfiîpbiptisy 
5. 2 



26 AfiÊMORUL (^ufliei i»i6) 

l'eniu^mi cassait d'iexister. Or, noasne pouyi(»ks 
43pte triompher, disait-il; car les deux nations 
isie tr<Mrraie&t alors corps à corps , et nous ëlioiis 
quarante et quelques millions contre quinze ; il 
«n 7ev<e>iait toujours là. Telle avait été une de 
M» hantes idées , une de ses gigantesques con^ 
ceptions. 

TIapolécm a si prodigieusement fait , qae ses 
oeuvres , ses monum^s se nuisent les uns les 
autres par leur nombre, leur variété, leur im- 
portance; aussi aurais-je bien voulu consigner 
ici l'ensemble de ses travaux exécutés à Cher- 
bourg , et ceux qu'il y avait projetés. Un des 
hommes précisément du métier même, et* l'uu 
4e ises premiers CHnemens^ m'en a promis le 
tableau, SU me tient' parole, on le rencontrera 
dans le volume suivant. 

Mardi x6. 

^n rcmfr^paftbv 

SiiiSLles;0Ci!it£limns9 l'EmperaiirafaituB tour 
en. calèche; il y avait un vaisseau eu vue^al a 



(iuîlîet i«i«) DE SAÎNTE-HÉLENE. it 

lorgaé. Il a fait B^onter le docteur qtt'il â tfoiité 
çOQBidérant ce bâtiment. Au reioiir non» atotis 
déjeuné tous sous les arhres. Il a |;)eattco«ip m* 
toetenu le docteur sur l'a conduite du Gouyer-» 
iiearà aotre ^rd, suv ses perpétuelles Texa-^ 
tions, etc. ^ etc. 

Sur les deux heures ou est yeutt deu^udet- a 
rEtupereur s'il voulait reeevoir le Gouvemeur. 
il lui a doUu^ uiue audience de près de deux 
keuKS; ai paroourU,. sâus se fâcker , disait- il» 
tMis les objets en discussion. Il lui a recapitulé 
tous nos griefs ;< enumére' tolis[,se» torts j parlé, 
disait«-ilf..t€gur a tous è sa raison, à son esprit | 
i ses sentinken/j, à son cœur. Il Ta mis à même 
dé totit répamar p de retravailler à neuf» assurai t<>- 
il, mais vainement j» car cet bonfme était sans 
fibres, disaitril : il n^'en fallait rien attendre. 

Ce GoUteitieur Z'aviut assure) disait FEmpe-» 
feiirt qu'ein aasrètant le domestique de M« de 
MontholoUy il avait igboré qu'il fût à notre 
serHcej il a ajimté ^'il n'avait pouit lu la 
lettoe cackeb^ de M""* Bertrand. L'Empereur 
lui a observé que sa lettre au comte Ber- 
trand étaifc tofut à fiait en defak>rs de nos mœurs, 
«t tsut à^ &tt'^ea oppoj&iHon' at'ep uos préjugés j^ 



i8 MÉMORIAL (Juillet i8i6) 

que si lui Empereur , étant simple général «t 
eonf<»BMla dans la vie privée, avait reçu de lui, 
Gouyferneup, une telle lettre, il se serait coupe 
la gorge avec luij qu'on n'insultait pas, sous 
peine de réprobation sociale, un homme aussi 
connu, et aussi vénéré sans doute en Europe, 
que 'devait l'être le Grand-Maréchal j qu'il ne^ 
Jugeait pas bien sa situation avec nous; que 
tout ce qu'il faisait ici était déjà Thistoire, 
que même la conversation de cet instant était 
l'histoire. Qu il blessait chaque jour par sa con- 
duite , son propf e gouvernement, sa propre na- 
tion} et qti' il pourrait lui en coûter avec le 
tetops. Que àôn gouvernement le désavouerait 
à la fin, et qu'il resterait sur son nom une tache 

' qui rejaillirait sur ses enfans, « Voulez-vous, 
« lui disait l'Empereur, gue je vous dise ce 
ït que nous pensons de vous ? Nous vous 
« croyons capable de toutj mais de tout; et 
•c tant que vous demeurerez avec votre haine, 
« nous demeurerons avec notre pensée. J at- 
« tends encore quelque temps, parce <jue j'aime 
ic à être sûr; et je me plaindrai alors dé ce que 
« le plus mauvais procédé des ministres n'a 

^ m point été de m'envoyer à Ste-Hélène; mais 



(JuiUtt 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE, 29 

ce bien de vous en avoir donne le commande.- 
tt ment. Vous êtes pour* jdous' up plus grand 
« fléau qne toutes les misères .de cet affreux 
« roeher. » 

Le Gouverneur re'pondait à tout cela qu'il 
allait rendre compte à son gouvernement,; 
qu'avec TEmpereur il apprenait du moins quel- 
que chose y tandis qu'avec nous , il ne faisait^que 
s'aigrii^, et que nous envenimions, tout. , 

Du reste, au sujet des commissaires des puis- 
sances> que.le Gouverneur demandait à présen- 
ter à l'Empereur, l'Empereur les a refuse's dans 
leur capacité politique; mais il a dit au Gou- 
verneur . qu'il les recevrait volo^tiers ^cpmme 
hommes prives ; qu'il , n'avait d'éloignement 
pour aucun d'eux, pas même pour celui de 
France, M. de Montchenu^ qui pouvait être 
un fort brave homme, qui avait été son sujet 
dix anS;' et qui, ayant été émigré, lui devait 
probablement à lui , Empereur , le bienfait de 
sa rentrée en France; et puis, après tout, qu'il 
était Français; que ce titre était ineffaçable 
pour lui, qu'il n'était point d'opinion qui pût 
1« détruire à ses yeux , etc. , etc. 

Enfin , ati sujet des bâtisse6 nouvelles à Long- 



ib MÉMORIAL ( Juillet i«i6) 

woody dont la proposition avait été le grand 
objet de la visite du Gouverneur , TEmpereur 
avait répondu qu'il n'en voulait point, qu41 pré- 
férait demeurer mal comme il était, que d'à- , 
cheter un mieux trës-éloigné, au prix de beau- 
coup de bruit et de remue«ménage; que les 
conftructtons dont il venait de lui parler de^ 
ipiandaient des aimées pour leur aooomplisse- 
ment, et qu'avant ce temps, ou nous ne vaut 
drions plus ce que nous coûtons , ou la Provi-? 
dençe l'aurs^it délivré dtj nous, etc., etc. 

Mercredi 17, 

]S|ir le« belles Italiennes, -r Madaine Grassini. r^ 
Madame V*...*** 6f Bertbier. 

L^Etnpereur m'a fait appeler sur les 2 heures y 
il a fait sa toilette et est sorti en calèche. M** de 
Montholon était de la partie : c'était sa pre^ 
iniè^6 sortie depuis ses couches. La conversa- 
tian a roulé particulièrement s^r les Italiennes ^ 
leur caractère , leur beauté. 

Le jeune général qui fit la conquête de l'Ita- 
lie, y excita, dès le premier instant, tous les 
entliousiasmes et toutes les ambitions ; TEmpe- 



(MHeitei4) DE SAINTE-HÉLÈNE. 34 

reur se plaisak à le reconnaître et à le 4ire. Il 
n'y avait pas de beai^té surtout fui n'aspirât à lui 
plaire et à le toucher; mais ce fut en yain. Son 
ame ëtait trop forte , disait-il, poui: donner dans 
le piège : sous les fleurs il jugeait du prëcipice. 
Sa position était des plus délicates, il com- 
mandait de vieux gëi^éraux j sa tâche était im^- 
ipense, observait-il; des regards jaloux s'at-^ 
tachaient à tous ses mouvemensj sa circons- 
pection fut extrême/ Sa fortune était dans ^ 
sagesse; il eût pu s'oublier une heure, et com- 
bien de ses viatoireir^ dit-il , n'cmt pas tenu i 
davantage I 

Plttsieari années après, lors de son couron- 
netnent à Milan, la célèbre chanteuse Grasêini 
attira son attention; les circonstances ëtaient 
moins austères : il la fit demander, et après la 
premier moment d'une prompte connaissance^ 
eUe se mit â lui rappeler q[u'elle avait del)utë 
ptëcisëment lotis des premiers exploits du géné- 
ral de l'armée d'Italie, k J'étais alors | disait- 
« elle, dans tout Tédlat de ma beauté et de mon 
â talent. Il i^' était question que de moi dans les 
« Vierges àxk, Soleil. Je séduisais tous les jeux, 
« j'enflaomiais tous lê$ cepurs. Le îeune gêné- 



3J ' MÉMORIAL { Juillet iei6) 

« rai seul ^tait demeure froid , et pourtant lui 
« seul m'occupait ! Quelle bizarrerie , qu'elle 
€c singularité ! Quand je pouvais valoir quelque 
« chose , que toute l'Italie était à mes pieds ^ 
« que je la dédaignais héroïquement pour un 
cf seul de vos regards , je n'ai pu Tohtenir ; et 
« voilà que vous les laissez tomber sur moi , 
ce aujourd'hui que je n'en vaux plus la peine," 
' tt que je ne suis plus digne de vous J » 

La fameuse M"' V *. était aussi dans la 

foule des Armides. Lasse de perdre son temps, 
elle se rabattit sur Berthier, qui, dès ce pre- 
mier instant, ne vécut plus que pour .elle. Le 
général en chef Ini donna un jour ( à Berthier ) 
un diamant magnifique de plus de 400 mille 
francs. « Tenez, lui dit-il, gardez cela î nous 
K jouons souvent gros jeu; que cela vous soit, 
« au besoin, une poire pour la soif. » 2)t heu- 
res étaient à peine écoulées que M""* Bonaparte 
vint entretenir son mari d'un diamant qui fai- 
sait le sujet de son admiration. C'était la poire 
pour la soif qui avait déjà passé' de» la- main 
de Berthier sur la tête de M*' V....*.. Celle-ci 
depuis n'a cessé de le gouverner dans toutes 
les circonstances de sa vie. - . - . 



(Juaieiiai6)DE SAINTE-HÉLÈNE. 33 

L'Empereur^ avec le temps, ayant comble 

Berthier de richesses et d'honneurs^ le pressait 

souvent de se marier. Berthier résistait tou-« 

jours; M"* V pouvait seule, disait-il^ faire 

son bonheur. Mais cependant une duchesse de 
Bavière étant venue à Paris, dans l'espoir de 
se faire maiier par l'Empereur, le fils. de.M"^ 

V fitconnaissance avec elle, M'^'V crut 

faire merveille «t travailler à la fortune de son 
fils tout en mariant son amant; elle décide donc 
Berthier i épouser cette princesse de Bavière.' 
Mais il n'est point de sage projet dont ne se rie 
la fortune! disait l^mpereur 9 à peine le mariage 

était-il consommé que le marideM°*;V 

vint à mourir, et laissa sa feinme libre. Ce fut 
alors pour. elle et pour Berthier un vrai déses* 
poir y ils étaient inconsolables. Berthier vint 
pleurer auprès de l'Empereur qui l'envoya pro- 
mener. Quel malheur était le sien, disait-il; 
avec un peu plus de constance, M"" V....... 

aurait pu être sa femme ! etc. , etc. 



in MÉMORIAL c^«^eit8i^) 

Jeudi i8* 

FaiHioùns &imî-0«rm«îfi, •-* ArktooraH^ ; dëmocratie* 
*-« L'Empereur e&t yoalu épouser une Française. 

Sut k« * feeiire^, TEkiipercur m'a fait jdê- 
rnsLixier; il se trouvait très-faible , s'était on- 
Mîa 3 lieares danft un bain fort <:baiid , et s'était 
fait «»e brûlure à la caisse droite avec le robi- 
net à'esÊa bouillante. Il y aràit ht deui volume^; ; 
il s'est ra5e\ et n'a pa^ touIe à'habiller. 

A 7 heures et demie, l^mpereur a commandé 
deul eourerts dans son cabinet^ s'est trouTé 
fort contrarié qu'on eût dérangé ses papiers 
pour faire usage de b table ; les a fait remettre « 
et a ordonné qu'on se servit d'une auti<e petite 
table^ 

Nous avons causé Icmg-temps; il m'a remis 
sur des sujets qui lui reviennent souvent avec 
ploi, et dans lesquels je dois tâcher de ne pas 
me répéter 9 d'autant plus qu'ils ont aussi bien 
des charmes pour moi. Nous avons beaucoup 
parlé de nos jeunes années^ de notre temps de 
l'école militaire. De là, il est passé de nouveau 
aux écoles qu'il avait établies à Saint-Cyi' et 
à Saint-Germain. Enfin , il est revenu sur 



(Juillet i9i9) DE SAIÏSTE-HÉLENE. 25 

rëmi|ptation et ce qu'il f ppçUe nos âncroûtéè. 

Il s'était animé, avait pris de la gai te .à la 

suite de certaines anecdotes que je lui citais du 

faubourg Saint-Gennaiuy relatives à sa personne} 

et comme les plus petits objets s'agrandissent 

aussitôt dès qu'il les touche, il a dit ; « Je 

« vois bien que j'ai mal fait mes arrangemeni» 

« avise votre faubourg Saint-Germain. J'ai faU 

« trop ou trop peu* J'ai fait assez peur m^os^ i 

fx tenter le parti opposé, et pas asses^ pour 

ç( m'attacber tout i fait celui-là. Pour quelques- 

«r uns d'entr'eux qui sont avides d'argent, k 

«r foule se -fût contentée de hochets et de vent 

« dont j'eusse pu la gorger , sans blesser au fond 

^ nos nouveaux principes. Mon cher, j'ai fail; 

«c trop et pas assez, et cependant cela m'a foet 

^K occup^ Malheureusement j'étais le seul dans 

fc mes intentions ; tout ce qui m'entourait les 

fc contrariait au lieu de les servir, et pourtant 

^ il ne pouvait y avoir que deux grands partis 

IL à votre égard : celui d'extirper ou celui de 

« fuser. Le premier ne pouvait entrer dans 

fc ma pensée; le second n'était pas facile^ mais 

f( je ne le croyais pas au-dessus de mes ferces, 

9 Çt eu effet, ]û)en que nullement secondé , 



36 MÉMORIAL ( Juillet 1816 ) 

« contrarie même , j'en étais venu à bout. Si 
•c je «fusse demeure, la chose se trouvait accom- 
« plie. Cela semblera prodigieux à celui qui 
« sait juger du cœur des hommes et^de Tctat 
te de la société'. Je ne pense pas qu'on ait rien à 
« citer de pareil dans l'histoire j qu'on puisse 
« montrer un aussi grand résultat obtenu en 
« aussi peu de temps. J'en avais mesuré toute 
« l'importance. Je devais compléter cette fu- 
« sion, cimeAter cette union à tout prix ; avec 
tt elle nous eussions été invincibles. Le con- 
« traire nous a pesdus , et peut prolonger long- 
•f temps encore les malheurs , l'agonie , peut- 
« être; de cette pauvre France. Je le répète de 
jK ncHiveau , j'ai fait trop qu trop peu : j'aurais 
« dû m'attacher rémigratipn à sa rentrée, l'a- 
« ristocratie m'eût facilement adoré j^ussi bien 
« il m'en fallait unej c'est le vrai, le seul sou- 
te tien d'unie monarchie 5 son modérateur, son 
/K levier, son point résistant j l'état, sans elle, 
«est un vaisseau sans gouvernail, un vrai ballon 
^ « dans les airs. Or , le bon de l'aristocratie , sa 
« magie est dans son ancienneté , dans le temps -, 
#c et c'étaient le» seules choses que je ne pusse 
« pas. créer; mais je manquai d'intermédiaire. 



(JoiUeii8i5) DE SAINTE-'HELÈNE. 37 

« M.^dc'JSreleuil s'étah insinue aiiipi^sde mdi ; 
« et mry portait, ]VL de T.. ........ au ccmtraire^ 

« qui n^y était pas aiméisans doute , m'en- éloi^ 
« gnait 4e tQu3 ses moyens. La démocratie 
(c raisonnable se borne à ménager à tous Téga- 
t< lité pour prétendre et obtenir. La traie 
K marche eût été d'employer les débris de l'a-^ 
(c ristocratie avec les formes et l'intention de la 
« démocratie. Il fallait surtout recueillir les 
« mms anciens, ceux.de notre histoire ; c'est le 
« seul moyen de yieillir tout aussyitot les insti-^ 
« tutions. les plus modernes. 
. «c J'airais* làrdessus des idées tout à moi. Si 
« l'Autriche et la Russie eussent fait des diffi* 
« cultes, faUais épouser une Française ^j aurais 
tt choisi un des premiers noms de la monarchie^ 
« c'était même là ma première pensée, ma véri-^ 
5 table inclination; mes ministres ne purent 
«m'en empêcher qu'en implorant la poli- 
ce tique. Si j'eusse ^u a;utour de moi des 
« Montmorency, des Nesle, des Glisson, j'eusse 
« fait épouser leurs filles aux souver$iins étran- 
« gers eu les adoptant. Mon orgueil et mou 
«. plaisir eussent été d'étendre ces belles tiges 
« françaises^ si elles eussent été ou si elles sie 



3& MËMORXàL (iafii«i«.6> 

« fasseat dminées tont à fait à Aéus. Ife» n'ont 
« pas su me deviner î En% et les vnienÈ n'^Mt tu 
(c en moi que des préjuges lors<|ue f agisskîis {mi* 
« les plus profondes combinaisoiis. Quoiqu'il 
« 0Ot «eit, ks vôtres cmt plus perdti en moi 

# qu^ils ne pensent!.^ Us isoiit saniiS eâprit, 

» sans contiaissasice de la véritable gloire. Paf 
equel malhenreu^ penchant ont-ils prendre 
« d'aftlerse vautrer dans la fan^ des atiiës^^ att 

# lieu dË me suivre sur la ctme éa Simplort 
« pour y eemraander le respect et Tadmiratioif 
ce du reste de l'Europe. Les insenseï»!*.. Ausur-* 
« plus, a-t-il continue, j'avais dans -mon porte-^ 
<r feuille, le temps seul m'a màmjuf^ , utf projet 
« qui m'eût rallie beaucoup de tout ce monde-" 
tr la, et qui après tout n'eût ëte'quejnst^. CW 
« que tout descendant d'ancien mar-^bbal eu 
il ministre, etc., etc., eût e'të apte, dans tous 
ft tesctempsy k se faire déclarer duc, en porësen-* 
« tant la^dotation requise; Tout fils de gênerai, 

# d« gouverneur de province , etc. , etc, , eût pu 
(t en tout temps se faire reconnaître comte , et 
«r. Mnsi de suite. Ce qui eût avance lesuns, main^ 
« tenu lesr'espërances de& autres^ e^scité IVmu* 
« latiom d« tous ^ et n^'eût blessé lV»g«eil de 



(iM^xm) DE SAINTE-HÉLÈNE. 39 

«(. persosum; gransck lMKdi€|^y« tout, à fait vuïqt 
<f. cms^ dm resfie:>. dans ma macehis cf me» comr 

« Le» iatÎ0M; TtdAliesr €%. canempues ne ise 
«. goiÉYeinisiii p«». cpjwme les^ peuples an ticpies 
i( et v^rtneiiisc; pxmiiim W|aucd!h^ic[m«acrilb- 
€c xait tout aa Uen; public^ ilest deSiOiiltiexs et 
••djes miUdoQs qpk uoe. eonnaissE^t que leurs 
«r. intéçêts^ ku») jo^ssances , leur r^Lidbé/.m^ 
^ pi?éteiidre régeojérer un peuple en un in&tant 
«et en poKte.,. seraijt un aete de djen^esioe* Le 
Ut génie de Vonyiriei: doit être 4» savoir employev 
« \^ m^éimJûk qiu'Ui a sotts. la.maiu, efr^oilàri 
« mon? chçi:',» v^ de$^ secrets de la repriaede 
il. totale» lesf fôsunes. monarchiqpte^ dia cetonr 
« des ti»1are«,.de$ croix , des! cordons. Le^ecaret 
«i^du. légisJiatmr doit é&re de saroir titer pairû 
ce. «âme deatraiFeira de eeiix qu'il ptelendi^gir« 
H' Et.aprè^i iméh ieî ^ tous ces cdi£ehetSi pi^u- 
«; tftie»! I^eu. d'inoonvenie^ , et n'ëtaiwfe pas 
«.fl^n^q^elquea a^vantagefi. Au point: de ciyili-* 
«.sSlion oui nottft demeurona aujourd'hui, ils 
H aont^j^rop^a^A appeler les respects^^de; la tnul-- 
M titude^ tout! en commandasit aussi le rospect 
« d^.^fârmll^^; il^ peuvent saJtisfkiie layanité 



no MÉMORIAL (Xu!lleti8i6; 

« da faible, sans effaroucher nullement les 
« têtes fortes, etc. , etc^ s# Il qtait fort tard, et 
TEmpereur en me congédiant, a dit : « Allons > 
cr mon cher , voilà encore une bonne soirée. » 

N. B. Que de conversations de la sorte j'ai 
perdues parle manque de developpem'ens, lors 
de la première re'dactionî car il n'en était au- 
cune, sur quelque sujet que ce fut, qui m'etin- 
celât çà et là d'expressions^ et de traits fort 
remarquables. En me lisant on jouira peut-être 
de ce que Fon rencontrera; moi, je ne sens, je 
ne songe qu'à ce que j'ai perdu! Quand je consi- 
gnais négligemment quelques lignes dans mon 
journal, j'avais l*esprit tout plein de l'ensemble 
qui devait être , selon mon intention , développé 
à peu de temps de là, et puis j'e'taisprès de la 
source , laquelle devait couler encore pourmoi le 
lendemain. Aujourd'bui(le temps, les tourmens, 
la douleur, ont tout effacfe' j cependant il ne se 
passé pas de jour qu'il ne revienne à ma nié- 
moire quelques fragmens épars , quelques idées ; 
quelques phrases, quelques mots isol^jiSiais 
où est leur place? quel sera leur .à propos? 
Voilà l'objet d'un travail, et quelque léger^' 
quelque satisfaisant qu'il paraisse , il se trouve 



(Jttiu«ti8i«) DE SAINTE-HÉLÈNE. M 

encore au-dessus de mes forces : mon état ne 
l'admet point/ 

, Yéndredi 19. ' 

,'l^ Iqo preâd a notre ëtablisseméiit.-— Etiquette de 
Longwood. 

Le feù a pris^ dans la nuit , à la cheminée du 
salon; il n'a éclaté qu'an jour. Deux heures 
plus tôt, rétahlifisement était consumé. - 

L'Empereur $'ei^t promené; nous étions plu- 
sieurs autour de lui ; nous aurons fait, à pied le 
tour du parc. 

Dans là route, là boucle de son sbuliep est 
venue à: s'échapper , nous noùâ sommes précir 
pitéi pour là remettre; le plus prompt à 'étéAe^ 
plus heureux. L'Empereur, qui né Teût :p9ç 
permis aux Tuileries , s'y est prêté ici avec une 
espèce de satisfaction; il laissait Ëiire, et aous 
li)i savions gré de ne pas iious priver d'un acte 
qui nous honorait à nos propres yeux. 

Ceci me conduit à observer que je n'ai point 
encore parlé de nos manières habituelles auprès 
de sa personne <, et je dois le faire d'autant pliïs 
que plusieurs journaux de Londres nous soi^ 
rél^^etius, i^pandant à ce sujet taiille fjtmtes 
5- 3 



m MEMORIAL ( Jniict i8is ) 

absurdes eu Europe, et affirmant qiie Tetiquette 
impériale était aussi rigoureuseùient observée à 
Longwood qu'aux Tuileries. 

L'Empereur était pour nous le meilleur et 
le plus paternellement ^similier des bommes. 
Nous j nous étions , vis à vis de lui , les 
plus attentifs, les plu$ respectueux des courti- 
sans j nous cbercbions en tout temps à deviner 
ses désirs; nous épiions, tous ses besoins; à 
f eine avait41 commencé un geste que nous 
étions déjà en mouvement;. 

Aucun de nous n'arrivait dans sa cbambre 
sans avoir été appelé y et si. Ton avait quelque 
cKose d'important à lui conmiuniquer^ on de* 
mandait à être reçu. S'il promenait avec ùu de 
nous têto à tète, mil ne venait le joindre sans 
être demandé. Dans le principe nous demeurions 
conitamment chapeau bas 'auprès de sa per- 
sonne y ce qui semblait étrange aux Anglais qui 
avaient reçu l'ordre supérieur de se coavrir 
après l'avoir abordé. Ce contraste parût si ri- 
' dkule'à l'Empereur, qu'il nous commanda, une 
fois pour toutes 9 de. ne pas faire autreàient 
qu'eux. Nul, excepté les deuiç dames, ne s'as- 
$eytÀt devant lui qu'il ne l'eût ordonnée Jamais 



(Juillet i8i6j DE SAINTE-HÉLÈNE. «>3 

la^arole ne lui était adressée sans son intierneb 
lation, à moins que la disGussiçnne iutengagéje^ 
et toujours et dans tous les cas il gouverpait la 
conversation. Telle était l'étiquette de hpngr 
wood, purement, oonune on voit, celle de, i^c^ 
souvenirs, et de nos sentimens. .^ . 

Au retour, l'Empereur a reçu et que^ljionné 
longr temps le Master (maître d'équipage) du 
Newcastle. 

yinçendie du salon et un, billard qu'on (éta- 
blit dans Ja salle à mapgèr , :nou§ a fait dîner 
dans le cabinet topographique. Le dîner ftni, 
nous avons été obligés de djemeurer long-temp^ 
à table, faute d'autre pièce, où nous pussions 
nous, rendre, La conversation, du reste, a semblé 
y gagner; on s'est trouvé, plus rapproché, plus 
établi; on, a causé davantage, plus facilenjentj 
la soirée a passé plus vite.. 

Samedi 20. 

Dépots de mendicité eu Franiré.^ Projets def^apoléon 
sur VlUyrîe. — Hôpitaux. — Enfans trouvés. — Pri- 
sonniers d'Etat. — Idées de l'Empereur. 

L'Empereur m*a fait appeler dans la matinée; 
je l'ai trouvé lisant un ouvrage anglais qui Irai- 



U MÉMORIAL (Juillet 1816 ) 

tait dé la taxe des pauvres, de son immensité, 
de ritmomLrable quantité dHndividus à la 
diarge de leurs paroisses; On n'y comptait que 
' par icnillions d'homtaes et centaines de millions 
a'àrgënt'^. 

L'Empereur craignait d'avoir mal lu, d'avoir 
fait un contre-sens; cela ne lui semblait pas 
possiUe, disait-il. Il ne comprenait pas par 
quels vices il pouvait se trouver autant de 
pislùvres dans un pays aussi riche , aussi indus* 
•trîeux, aussi plein de ressources pour le travail 
tfCke l'Angleterre. Il comprenait encore moins 
Ipar quelle merveille les proprie'taires , surchar- 
ges de leurs efïroyables taxes ordinaires et 
extraordinaires, pouvaient subvenir en outre 
'au:6 besoins de cette multitude. « Mais nous 
Ht n'avons rien de comparable chez nous au cen- 
« tième, au millième , observait-il?- Ne m'avez- 
« vous pas dit que je vous ïivais envoyé en 
« mission particulière dans les departemens, au 
« sujet de la mendicité? Voyons, combien 
« avions-nous de mendians? Que coûtaient- ijis ? 
•c Combien avais-je cre'é de maisons de mendi- 

^ Véy^z ïome I*V noté de là page 467. 



(Joiiiei 181$) DE SAINTE-HÉLÈNE. hh 

«f cite? Que renfermaient-elles de reclus? Où 
« en était l'extirpation? » 

A cette fdule de questions, je me suis tu 
forcé de repondre qu'il s'était écoulé déjà }^i^ 
du temps, que beaucoup d'autres objets avaient 
frappé depuis mon esprit, qu'il me serait impos- 
sible de répondre de mémoire; mais que j'avais 
précisément ce rapport ds^^s mon peu de pa- 
piers, et qu'à la première fpis qu'il daignerait 
m'appeler « je serais en état de le satisfaire, 
ce Mais allez me le chercher tout de suite, a-t«il 
« dit, les choses ne fructifient que quand elles 
« sont appliquées à propos, et puis je l'aurai 
ft bientôt parcouru , ai^ec le poupe ^ comme du 
« ingénieusement l'abbé de Pradt, bien qu'à dire 
« vrai, je n'aime pas trop aujourd'hui à m'oc- 
f^ cuper de pareils objets : ils me rappellent la 
<c moutarde après dîner. » 

En deux minutes ce rapport fut sous ses 
yeux. « Eh! bien, tae dit l'Empereur , en fott 
c peu de minutes aussi; car oh eût dit téelU- 
« ment qu'il avait à pein^ feuilleté. Eh ! bien, 
« cela n^ ressemble en effet en rien à T Angls- 
« terre. Toutefois notre organisalÂon avait été 



ne MEMORIAL (Juillet 1816) 

ce manquee^ je Tavais bien soupçonne et c'est 
« pour cela que je vous arais envoyé en mission. 
<c Votre rapport eût parfaitement repondu à 
«c mes vues. Vous abordez franchement la chose, 
« en hcMnête homme, sans craindre dé déplaire 
« au ministre en lui enlevant une foule de 
' €c nominations, 

« Il y a grand nombre de vos 'détails qui me 
ic plaisent. Pourquoi n'êtes-vous pas venu m*en 
« parler vous - même? vous m'auriez satisfait, 
« j'eusse appris à vous jcigerî — Sire, pour 
« cette fois cela m'eût été impossible, nous 
fc étions déjà dans la confusion et Tencombre- 
« ment causes par nos malheurs. — Vous y 
« faites une observation très- juste , vous posez 
« une base incontestable; c'est que, dans l'état 
« florissant où j'avais placé l'Empire, il n'y 
c( avait nuJHe part de bras qui pussent manquer 
« de travail. La paresse, les vices seuls,. poa- 
« vaient enfanter les mendians. 

« Vous/pensez que leur extirpaticm totale 
^ était possible ; moi aussi , et j'en étais 
ic convaincu. 

ft Votre leyée eu mas§e d'une vaste et unique 



(/uaiefe i8«8) DE SAINTE-riÉtEKË. k1 

« prison par dëpàrteiiieiit, tQii>tà la fôi^^^kppro* 
tf priée au repos de là. société et àfe biea-être 
« des reclus; votre idée d'em foire de&motiu- ' 
« mens pour des siècles, eut attiré mon atten^ 
« tion. Cette ^gigautes(pie entreprise, »onu;ti-î 
« lite, son impprtwce, la diiree de ses ro^l-* 
f tats, tout cela était dans mon g^nre. 

« Quant à votre université du peuple, ja 
« crain& bien que ce ne fût une belle cliimère 
tr de pkilântro|>ie , do^ piâ: abbé de Saint* 
« Pierre, iaon cher; toi^efois, îly a dûl>oii 
tt dans là masse d« ces idé^s; inàns il faaArtiiii une 
fc atrt^re force de caractère, une aÈutre ïoidéur 
* de persévérance <jue nous n'en aVoiis g^éra-»' 
«t lément pour en faire arriver quelqtitf chose 
« à bien. 

« Du reste, je vois ici et ferifends de^vôus 
(r journellement des idées que je ne vous soup- 
er connais pas , et ce n^est pas du tout ma fE^ite; 
«t vous étiez près de moi, que ne vous commu-' 
ic mquiez-vous ;. il ne m'était pas donné dé 
« deviner. Ces idées) eussiez-vous étéministrey- 
«( et quelques chimériques qu'elles m'eussent 
«f paru tout d'abord y n'en eussent pas nK)ins ét^^ 



AS / MÉMORIAL ( MUet ïub) 

« à^iitteiUieft, paTde qn'il n'est pas, à mon 
m àyis i <l'idëalitëg qui n'ment an rësidu positif') 
«c et que souTent un germe £aux^ à: Taide' de' 
k régularisation^ conduit à un résuUat yrai; 
k J'eusse mis à Vois trousses des commisfiîèns 
ce ijui auraient dépecé von projets; vous les 
« aurie^ défendus par votre auto^iiéy-'ef -nio 
it . en iionnaifeance de cause , j Wssé p^pÀoncé 
tt pair mon propre /ugeriietit et\ ma seule déd^ 
cr sion. T«lsétaientmon:fai];e et mes intèxitlons. 
fc J'ai'donMrélah À l'industrie, je l'ai 9)iig[een 
« pleine niarcW parj toute l'Europe j j'eusse 
f< voulu enjfe^irfi autant de toutes les facultés 
A( inteUcctuelles ; jnais on ne m'a pas laissé de 
«c loisir î il. me fallait féconder au galop, et 
fi malheureusement trop souvent je ne je- 
cc tais que sur du sable et dans des mains 
<c stériles. » . ' 

ce Qu'elles sont les autres missions que je 
ce vous ai données ?~ Une en Hollande, une 
« autre en lUyrîe. ^î— En avezWous les rap- 
« ports? T- Oui, Sire. ~ Allez me les chier-^ 
et cliër, » Mais je û^étais ^as encore à la porte ^ 
qu'il iu'a dit : ii Noni rieveneii, épargnëz^moi 
tt plutôt de telles lectures !... Au fait elles sont 



(JuiUeii8i6) DE SATNTE-HELÈNE, Hf 

ic désormais sans objet. » Tout ce rju^^ me déoou- 
vraient là de. telles paroles !!*••.* 

An sujet d% Vlllyvie l'Enipeiieur à t^fiis : 
« Jamais 9 en acquérant l'Illyrie ^ mou ip.teiv- 
(c . tioû u'ayait été de la garder ; jamais il n'entra 
« dans mes idées de détruire l'Autriche : elle 
K était âuicon^raire indispensable à mes plans. 
« allais rnijTÎe dans nos mains était une a^vant* 
ce garde.au coeur de l'Autriche , propr^ti à la 
« cobtenir; une.senlineUe anx portes de Yienne 
«c. pour forcer damajrcher droit; et pliis j^:vt)u- 
«. lais y introduire, y enracinier nos di>otri|ie$, 
« notre admiinisitration ^ . nos codes : c'était un 
« pas de plus. Vers I^ régénération européenne. 
« Je ne l'avais prise «qu'^n gagé; je coipptais la 
«rendre plus tard contre la Grâlliiçie, lors du 
« celttrement de la Polo^e, que j'ai précipitée 
« malgré moi. Aademeurant; j'ai eU plus d'un 



* Quelque court que soit ce rapport sur la mendicité 9 
quelque nëcelssairé qvffl temblât potir Tiiitelligencé des 
obsenmtions dé l'Empereur ,, et bie^i qu'il ne soit pas 
saus intérêt pour ceux* qui s'occupent d'économie phi- 
lantropique , je me suis refusé à l'insérer ici 9 par égard 
pour le plot grand nombre de ceux qui Viendraient à 



^0 MÉMORIAL (MiietiM') 

m projet snir cette lUjrrie; car f en changeais 
» souvent , j'avais peu d'idées véritablement 
« arrêtées, et cela parce que je ne m'obstinais 
« pas à maîtriser les circonstances; mais que je 
« leur obéissais biem plutôt, et qu'elles me 
te f<»^ient de changer à chaque instant; aussi 
<K la plupart dû temps n'avais-je, ijtûen dire^ 
« pas de* décisions; mais seulement des projet». 
« T#ut.efqiSy après mon mariage surtout, l'idée 
R dominante avait été d'en faire pimr TAiv- 
«r triche le gage et l'indemnité de la Gallicie, 
(c lors du rétablissement, à tout prix, de la Po* 
(c logne en couronne séparée, indépendante; et 
(( il m'iihportait peu sur quelle tète^ amie, 
ce ennemie , alliée, pourvu que cela fût ; lé reste 
« m'était égal. Mon cher, j'ai eu de vastes 
Cl projets^ et en grand nombre, tous bien assu^ 
tt rémeût dans l'intérêt de la raison et du bien^ 
<c être de l'espèce humaine. On me redoutait 
fx à régal de la foudre; on m'accusait d'avoir 
;« une main de fer; mais dès qu'elle eut 
<r frappé le but, tout se serait radouci et pour 
> « tous. Que de millions m'eussent béni alors et 
a dans la postérité ! Maia^ il faut en convenir ,. 
c< que de fatalités se sont accumulées cooitpe 



(«Uciidiô) DE ^AINTE-HÉLENE. 61 

« mai sur la fin de ma carrière! Mon malheu- 
<c reux mariage , les perfidies qui en ont ëte' la 
tt sûitejce chancre de* l'Espagne, sur lequel il 
tt n'y avait pas à revenir; cette funeste guerre 
« de Russie^qui m'est arrivée parmal-entenduj 
« cette effroyable rigueur des e'kmens qui a 

•« dévoré toute une armée , et puis Tuni- 

« ^ers entier contre moi !•.... N'est-ce pas encore 
« une merveille que j'aie pu y résister aussi long- 
« temps, et que j'aye e'té plus d'une fois à 
ce r instant de tout surmonter et de sortir de ce 
ce chaos plus puissant que jamais*..., ô destinée 

ce des hommes ! , ô sagesse I ô prévoyance 

ce humaine !../, n Et puis revenant brusquement 
à mon rapport, il m'a dit : ce J'ai vu que vous 
*« aviez parcouru un grand nombre de départe- 
ce mens; votre mission a-t-elle été longue? Là 
ce course a-t-elle été agréable? Y avez -vous 
ce bien profité? Avez- vous beaucoup recueilli? 
« Jugeàtes-vous bien de Tétat du pays, de celui 
i» dé l'opinion , etc. , etc. 

a Je me rappelle à présent que je vous choisis 
ce précisément parce que vous reveniez de votre 
ce mission d'Illyrië, et que j'avais trouvé dans 
ce vos rapports des choses qui m'avaient frappe; 



52 MÉMORIAL' (J»nieii8i«) 

«ç car c'est étonnant comme il me revient cha- 
<« que jour à présent des choses qui, dans le 
«r temps, m'ont frappe en vous , et qui , par une 
<r fatalité singulière, se sont entièrement effa- 
ce cées dès le lendemain. Pour ces missions spé- 
« ciales et Ae confiance , je me faisais présenter 
« le décret avec les noms en blanc, que je rem- 
^< plissais de mon choix privé j c'est moi qui 
« vous aurai inscrit de ma main. » 

ec Sire, ai-je répondu, il n'exista peut-être 
« jamais mission plus agréable et plus satisfai- 
« santé sous tous les rapports. Je la commen- 
« çai avec les premiers jours du printen^ps^ je 
« fus de Paris à Toulon, et de Toulon à An- 
«( vers en bordant les côtes et serpentant dans 
w l'intérieur. Je fis près de treize cents lieues, 
ce Malheureusement le temps fut bien court; le 
•t niinistre , dans ses instructions , avait rigou- 
•r reusement prescrit le terme de trois mois, de 
«.quatre au plus. Il me serait difficile de yen- 
« dre dignement tout le charme , les jouissances, 
« les avantages que me présentèrent un tel 
M voyage* J'é|;ais membre de votre conseil, offi* 
«e cier de votre maison ; je, port;ais vos couleurs ; 
« partout on ne vit en moi qu'un de vos missi 



(Juillet 18*1$ ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 53 

« domînici; partout je fus reçu , traite' à Tave- 
« nant. Plus j'employai de circouspectiou , plus 
(c j^usai de modestie et de simplicité, me ren- 
« dant moi-même auprès des hauts fonction- 
« naires , qu'on m'avait donne le droit de man- 
ie derprès de moi, et plus je trouvai de défe- 
« rence et d'obséquiosité'. Pour un qui montrait 
« de la défiance ou laissait percer quelque de'pit 
« ou jalousie ; car j'ai appris depuis , et d'eux- 
« mêmes , que mes titres de noble , d'e'migre' et 
« de cliambellau étaient trois réprobations 
« pour certains; pour un, dis-je, qiii me regar- 
de dait de travers, il en était beaucoup d'autres 
« qui n'hésitaient pas à courir au-devant d*ob- 
« jets sur lesquels j'eusse été loin de me per- 
« mettre de les interroger. Ils aimaient à s*oû- 
m vrir à moi sans réserve, assuraientâls , disant 
« que le poste que j'occupais auprès du souvé- 
« fain leur offrait un -intermédiaire favorable; 
« que j'étais pour eux le confesseur auquel ils 
« se fiaient pour transmettre leurs pensées lès 
« plus secrètes au Très-Haui , etc. , etc. Pliks 
« je les assurais qu'ils se méprenaient beaucoup 
ic sur ma situation et la nature de ma mission , 
• plus ils se confirmaient dans la pensée con- 



h^ MÉMORIAL (Juillet 1816) 

â traire? En ii peu de temps quelle leçon pour 
<c moi sur les hommies ! Il n'était pas de ces 
« hauts fonctionnaires qui ne différassent, sur 
te presque tous les objets, de vues , de moyens, 
fc d'intention ; et ils étaient tous pourtant des 
« kommes d'élite, éprouves, et généralement dé 
« beaucoup de mérite. Les particuliers aussi 
« me prenant pour un rayon de la Providence, 
ce s'adressaient à moi publiquement puavec mys- 
« tcre. Que de choses f appris ! Que de dénon- 
ce ciations ou de délations me furent faites ! Que 
ce d'abus locaux, que d'intrigues subalternes 
« me parvinrent ! 

<c Tout-à-fait neuf aux affaires, et jusque-là 
K absolument étranger à 1 administration , je mis 
« à profit cette occasion unique de m'instruirè. 
ce Je ne manquai pas de m'informer, avec cba- 
tf cun, de tous les objets et de tous les détails 
ce de sa partie. Je ne craignis pas de me mon- 
f( trer novice aux premiers, afin de pouvoir dis- 
« cuter avec les derniers en connaissance de 
ce cause. 

<c Ma mission spéciale. Sire, n'avait eu, il 
« est vrai: , d'autre objet que les dépôts de 
a mendicité et les maisons de correction j 



(J.iii«ii8t6) DE SAINTE-HÉIJENï;. 55 

a mais^ sentant tout le besoin de données pro- 
ie près à 'me rendre utile aU' Conseil d'Etat, 
« et profitant- des avantages de ma situation, 
« jy adjoignis» de.mon chef, d'inspecter minur- 
«E tiimsément les prisons , les hôpitaux , les \ur 
« reau^ et etahlissemens de bienfaisance, etc. , 
« comme aussi de parcourir tous nos ports et 
« de visiter toutes nos escadres, , . 

« QueL magnifique ensemble me présenta le 
« tableau que cette heureuse circonstance dé- 
« roulait à mes yeux ! Partout la tranquillité la 
K plus parfaite et une confiance entière dans le 
« gouvemenient} tous les bras, toutes les facul- 
a tés, toutes les i&dustries en mouvement; le 
« sol resplendissant d'agriculture , c'était le 
K pliA beau moment de l'année; les routes admi7 
«c râbles; des travaux publics presque partout: 
« le canal d'Arles^ le beau pont de, Bordeaux ^ 
ft les travaux de I^ochefbrt;'les canaux de Nan- 
ce tes à Brest, à Rennes, à Saint-Malo; la £on- 
a dation <le Napoléon-» Ville, calculée pour être 
«t là clef de toute la péninsule bretonne ; les 
«c magnifiques travaux de Cherbourg ^ ceux d' An« 
fc vers;' dés écluses, d^ jetées ou autres amélio- 
re ration^ dans la plupart des villes 4^ hM^nz 



56 MÉMORIAL (MiUnSie) 

« che.: voilà l'esquisse de ce cjue je rencontrai. 

« D'un autre côté, les ports de Toulon^ Ro- 
« chcfort, Lorient, Brest, Saint-Malo, le Hâ- 
f< TTC, Anvers, présentaient une activité pxtraor- 
(c dinaire; nos rades se couvraient de vaisseaux 
1^ dont le nombre s'accroissait chaque jourj^nos 
(t équipages se formaient en dépit de tout obs- 
« tacle; de nos jeunes conscrits on obtenait dé- 
« sormais de bons matelots. J'étais émerveillé, 
«rmoi de l'ancienne marine, de tout ce que 
«t je voyais i chaque bord, tant étaient grands 
ic les progrès que l'art avait faits, et tant ils 
ce laissaient en arrière, sous tous Iqs rapports 
« et en toutes choses , ce que j'avais connu, 

•f Dané chaque rade, chaque escadre avait 
ff journellement son appareillage et ses exerci- 
ÎK ces réguliers, comme les garnisons ont'teur 
ic parade, et le tout se passait à ta vtie' êt^ ^ous 
•R le canon des Anglais qui! 9^'en moquaient sans 
« prévoir Ite péril qui les menaçait; car jamais, 
« à aucune époque', notre marine n'avait été 
« plus formidable, ni nos Vaisseau t plus nôÉa- 
« breux ; nous en comptions déjà à flot ou en 
> construction au-delà ide 400 , et nous lés aùg- 
•f mentions journellement. Les offiéiers étaient 



i 



(Juillet 18^6) DE SAINTE-tïl5l,ÈNE. fit 

Cl pleiliç 4*tts1;y^cli9P , d« %fiU^ d*a.r4enr et 
n d'impatience. Aywt d'ftvoiiif w tiout euh j« 
<c ne m'en dpii^ia 4^^r«mâ9t p^i^ ; jie ne l'eusse 
«c même pajf çfu, gi ïo^. ne m^ l'eut pa^ rac^i^të. 
« Qufint ^u?t dépôt* 4^ mendicité > Yohlet 
« spécial d*. Wia «lissîw, vo^ iîi)te»|io»$^,&jre^ 
« aye^iepl é^ mai oompriaet ^ le hut tout à &ik 
u manquai. ]^Q|[|*9iwkment la cieiiiiicitQ'» daius la 
* plupart doç dëparteBjens, li'ftvait point, dte 
« dëtruit<^,^le ^.'è^v^it pas P^ïM été entamée: 
V c'egt que plusieurs pji^ïet5i, ]mn de fiire des 
» dépôts i^n éponvantail po^r /^fl rn^rj4ims , 
ic n'y ayai^ptYvi ({U*iin reftigepour A?fi;^«r^w^/ 
tt au lieu df^ pr^'se^tëf 1» réclu&iôn comme niè 
le cUâtîment» il$ la fa^fûenf ^oUicUer comme 
Il un asi.lç ; 9ui^i le sprt de$ i:eclu3 pouvais- il 
•t être envié pay 1^ pay^^M^ laWieux d» voisî'^ 
ft nage. Qi^ eut d» U aw^Q ùonvert la FFance d« 
tt pareUa éla^li^semiena, qu'on eàt trouve à les 
tt remplir, et qu^on n en eut pas eu mi^ins de 
tt mendiaina> ^ui d'ordinaire s'en fobt une pro* 
« fession , et l'exercent par goul. Toutefois^ ja 
« pus voir que l'extirpation de cette lèpre ét^il 
« irès-po^sible , et il suffisait de quelques d^% 
« parieRxeus, oà les préfets avaient mieux va 

5. h 



S8 ^ MÉMORIAL (Juillet 1816 :i 

«c la chose, pour s'en convaincre. Il en e'tait où 
«c elle avait presqu'entièrement disparu. 

« Une observation qui frappe tout d'abord, 
ce c'est que , toutes choses d'ailleurs égales , la 
« mendicité est beaucoup plus rare dans les 
tr parties pauvres et ste'riles, beaucoup plus 
« commune dans les provinces fertiles et abon- 
ft dantes; comme aussi elle est infiniment plus 
ic dif&cile i extirper dans les endroits où le^ 
« clergé a été plus riche et plus puissant. Dans 
«c la Belgique, par exemple, on voyait des men- 
te dians se faire honneur de leur profession , sef 
et vanter de l'exercei* depuis plusieurs généra- 
« tions j c'étaient là leurs titres à eux , là aussi la 
flc mendicité avait ses quartiers. — * Mais je n'en 
« suis pas étonné, a repris l'Empereur, le nœud 
ic de cette grande affaire est tout entier dans l<r 
« stricte séparation du pauure qui commande le 
« respect , d'avec le mendiant qui doit exciter 
« la colère ; or nos travers religieux mêlent si 
« bien ces deux classes, qu'ils semblent faire de 
te la mendicité un mérite, une espèce de vertu; 
«qu'ils la provoquent en lui présentant des 
ce récompenses célestes : au fait, les mendian<> 
4( sont-ils plus ni moins que des moines au petit 



{Wiiett8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 5» ^ 

te picdf tellement que dans la nonienclaluïe se 
« trouvent les moines ihendîans. Comment' dé 
«i telles idées ne porteraient- elles pas la côflfu* 
« sibn dans Tesprit, et le de'sordre dans la so- 
n ciéte'? On a canonise grand nombre de saints 
n doiit le grand me'rite apparent e'tait la mendî- 
« cite'. On semble les avoir places dans le Giei 
« ponr ce qui, en bonne police, n'eût dû leut 
« valoir sur la terre que le châtiment et la rë- 
« clusion; ce qui n*eût pas empêche', du reste \ 
« qu'ils ne méritassent le GieL Mais contintiez. 
«f—- Sire, ce ne fut pas sans émotion que 
« je suivis ' les détails des ëtablissemens 
« de bienfaisance. En contemplant toute la 
« sollicitude, les soins, rardente charité de 
« tant de belles âmes, je pus voir que nous 
«f étions loin de le ce'der en quoi que ce fut a 
«c aucun peuple; que ' seulement nbus y met- 
« tions moins d'ostentation, moins d'art peut- 
« être à nous faire valoir; le midi surtout^ le 
« Languedoc particulièrement , faisait remar- 
« quer un surcroît de zèle et de ferveur dbnt 
ce on aurait peine à se faire une juste idée : par- 
•f tout les hôpitaux, les hospices, étaient nom- 
ft breux, et généralement bien tenus. Les tn^ 



60 MÉMORIAL (^niUniM) 

m bn& trouTes araiient déeuple depuis ht i^é^ 

m Tol^^tionj je n^ xMoquai pa« diç proomeer 

« aussitôt <|u.& c'était, Tel^t de la dé^oioit^lisafr 

« tiofi dvk teiop$> mai$ op me fit observ^^ et 

n une attex^/Kiiou soutenue me cQQyaixiqmt,qi^'oii 

ce devait ee n^si^tat^ au opatraira, à des causes 

ic trcs-consolautes- Jadis , nw dit-pu, les ea- 

<t fan^ trouves étaient si mal soignés, si mal 

<c nQums , si mal leuu§, que toutft leur popu- 

•c l^QSM était cheûve, malingre > expirante} 

% sur di:i^ , il en périssait toujours sept à n^uf ^ 

« t^ndi^ qu'au jouirdr'hui la» nourriture, la 

« piiOjpi^té, les ^oin;i de toute espèce, sopjt 

«r tel3 <|u'ou lea smxe pfesquetousyet qu'il$ 

te mc^trent um enfance magnifique : ainsi ils 

« ne ce. sont multipliés que de leur propre 

« canservation. La raçcine ausfi y a contriT 

ce bué dan$ un rapport immense. On piend 

H aujourd'hui un tel soin de ces. encans, qu'il 

<c eu. est provenu un abus singulier , il arrive 

fc à de$ mèi:es, xnikmA aisées, d'exposer leur^s 

« enf»u$; puis elles ste présentent à riipspice, 

« s'oCfrant çharUablemeiit de prexulre un nour* 

<c risson cl\ez elles : c'est le leuir qu'elles repren- 

« nent, maisî avec up petit ssilavre. Le tout se 



(f nttei ïM ) DE SAINTE-HELENE. 64 

« fait |i2ur tomperage ties agens némts^ et 
« filbu^ieiKt paiu: ^procnrer use ii^gère .penuon â 
< ritn 4e5 iÀen^ Un autre aims nie ce gcaire , 
« non wpÎBS (SÎfigulî^r cMore^ que je tcSbcôd*- 
m tm en Belgique )y «tait dea inscriptions {irises 
« lMg4teiiips à l'avaaicei) ponarétré Teçu à l*kô« 
« pîtal. U^jtta»e<îota|>le>, tout en se maiîakit]» 
« olrtttaaît de «se Caijx^ iMerire pour *di» places 
« qiai li£î «làierraiènt d4 d^it «^^(velques ac- 
« nées de là : c était Une {KirtioÉt de la dot. -^ 
M JesH3 ! JepkiS ! s'est ^ene' ^ipirEmpereitry Jbrant 
« l^s 4p9viei et rilint, /et p«îs|kite$ deis régie* 
« Haens et dê^ Um l .%.«— *Maài ^^«mt ^àuji * (^risens^ 
« $ire:, i;'étaiit:9tteaf«te «niwr^lwitot t^n u« 
« 2)lea«. 4'hon*ettr €i <le :tî#i|a]Ue misère; 
« h i^artie h<^itoii&e4t no^ dejiartfe^neU^ de 
« vrais el0a(|tt^a^$ects.),4esi*ediivts abombar- 
« blest» i|u'il œ'a îaHu pai^£9tô traterae^ . en 
ic coupaoti <Hfi dont j'et^ifi drepfBnsse, «a 4é^it de 
te tous mes efforts^ Autrefois pn ^Âtigletarre 
«j'âv^s TÎÂtë certaines prisons^ et jf m'dtais 
u peinais de rîr0 de l'i^fjphf^ à^ luX^ qu'exiles 
« pr!&ept^ieat;' mais ici c'^^t jbiea autre d^ose 
<r et je me sentais ind^pé de l'excès ^sonti^ire. 
n U n'^est pas de fiantes , on ))oiidrrait ipèmae dire 



«3 MÉMORIAL (JmUctiBiS) 

« de crimes, qui ne se trouvent déjà assez pu^ 
'« nis par un tel sëjour; en en sortant*, iine 
«( doit certainement plus demeurer' en toute 
-ic justice 9 (jue peu on point à expier,' et'potir- 
;f( tant^ ce n'est là encore -que la demeure^ de 
4c simple prévenus; caï pour les condàttxS3LleV>, 
Ac les vrais coupables, les grands scélérats , ils 
M avâifent' leurs; prisons spéciales} lés maisons 
<c de cqn'ecticMi, ou ils étsiiént péut-iètre trop 
■« bien j car là encoure , le journalier vertueux 
« pouvait trouver a «tivier et faire une coin- 
*« paratson injuriet(sé à *k Providehcie et à la 
^ sociétés Tbuie^oîS' un incônvéïliênt frappant 
*« ^se ' fafisâit^efiiia^i^r ^riûofe dansces maisons de 
•«" oorrécti'on,</ était ramalganye, la fréquentation 
« habittfiélle de toutes les clasises^ de condamnés, 
V dont les uns n -y devant rester qu'une année, 
^ p'crur des- fautes mdiW graves, i|indts que 
« d'autres y étant pour quinze, vingt ans , pour 
« tdute lèur-yie, à^aused'berribles forfaits, il 
x< dëtait' néoéssaii^iBaiént ' eh résiilter bientôt 
€< une espèce de iiiveiâii moi^lV ftoti par 4'feLiQe'- 
« Ikyràtîoti dfë^ èdéliéï'ats', màis^'bîefe plutôt pair 
« l'aggravation des inôins coupables. 
* «* Ce qui me frappa fort eîicorti dasns la 



(Jouici i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 63 

fc Vendée et ses alentours, fut cpie leâ fous y 
<c étaîient en nombre décuple peut-être, que 
ce dans les autres parties de l'Empire; cojDDUtne 
ce aussi les dépôts de mendicité et autres 
/ K lieux de réclusion présentaient des indivis 
<c dusi retenus comme vagabonds, ou qui pour 
«c yaieiit. le devenir, n'ayant point.de parens 9. 
« îgnoraAt leur origine, ^yantété recfieillisdès 
« leur enfance , sans qu'on sût d'où ils venaient, 
ce Quçlques-u^s avaient sur leurs personnes des 
ce blessures dont ils ignoraient le principe , 
« les ayant reçues «ans doute au berceau^ O9 a 
ce laissç passer le temps de tirer partie de ces 
<( individus, qui n'ont jamais reçu aucune idée 
« sociale. Onnesaiff plus au jourd^bui qu'en hitei 
•t — Ah ! s'est éerïé l'Empereur , voilà bieii^là 
ce guerre civile , et son effroyable cortège ; voilà 
« ses inévitables résultats, ses fruits assurés ! Si 
ce quelques chefs y font fortune et se tirent 
ce d'affaire , la poussière de la population , e$t 
ce toujours foulée aux piedsj aucun des maux 
ce ne lui échappe ! » . 

— ce Au demeurant je trouvai dan» l'ensemble 
ce de ces établissemens, un bon nombre d'in- 



61» MEMOKIAL (JùUieii8i6) 

«r Cbtldlte (jU'O^ ihe dit, à tort oti i maison, être 
«r ées {»fisofA!i^ièr8 4*\élàl, des détéûus de la 

it J'éèôuttti tôtt» fcés ï^ïisôniil^i's/teçu* leurf 
« piktetes, aè««^l tbutès léïifs ]p^titions, sàni 

« te âifbiïl et ^^'liîs ]e iéntàis fort HëA t{ûe, n'en* 
i: ile^ààM c{he lettt profite tânôi^iigè, fe ne 
« '4w*fe IWïlW àÙtUtt côttï>àî)le. Toutefois à 
« r^^^^cMi de ^uèl<|aes àic^léïâts Yècotitius^ 
« lamàsie.vërâiâblcHQ^iéât, ixe Wréritâit au pluà 
« ftol0S}itg8fawiis de pdiêe ièdfj^éètlbJAiielle. » 

« {ala^ft kf f^risQUs de ReÉnes;^ f$ troHVai 
K jiarin^i.^ux im eA£sHit de Ma i^t^bs^qniy 
k ayait ^té amené à Tâge d!e fUel^peft mais sea-> 
« ienient) avec une compagnie de cjku^^ursf 
« ceux-ci furent tous exécutes dans le teinps^ et 
«. Tenfant était toujours demeure depuis, faute 
« de décision à son égard. Qu'on juge de son 
« moral ! U n^a jamais vu» connu , entendu que 
K des scélérate ! c'est la seul race, dont il ait 
« le droit de soupçoniier Inexistence^ 

« Au Mont Saint-Michel, une femme, dont 
k j'ai oublié le nom, attira particulièrement 
«r mon attention. ]i)'as3ea^ bonne mine, d'un 



( MUet iBt6) DE SAINTE-HÉLÈNE- 65 

«( eltéHéur doux ^d^untiiâin tien tiiodeste) elle se 
«t tlrouvalt dëtehUe depuis quatorze ans, ayant 
t( prk èéii$ le këtiipi {tite piit trils-aetiVe aux 
« ti^uldeè d^ k Yendjb, y ayatLt coùsiaûmient 
k àê^Mipàgn^ ^^ tt^àM > chief d'un bataillon 
« d'ibsùriglf^, en Àyaht mëiàM ^ris te conliïnan- 
« dèUrèHt apr^ m »iott. Là lùi^èM et lés pleurs 
*r l'feitiiW^t fliittîe. Elle dut tie ttouVèr un air 
« bien toévèi-e ^^ï^t son récit : jB iWectais 
« {HMIr ^d^éf réttértioA ^Wte me cktisait. Ses 
ic mêlants iëtitëÈ et 't$ës autres taieHtéi^ lui àVâii^t 
k cil^ ùnê espèce d^^tem^)!]^ iut Ïês ifemmes 
à grtaliàres ^ ^lëpi^teéis dùht elle sb trouvait 
ft ^utottr^. EBè ^'etait Vôtti^ ^ii sôiu des mala-- 
k à^JHe la ^ii^B: ^IttliayàitroiffiéiHnfiïme- 
ft irle, et totti là chérissaient, 

« A cette femme près, à cjùelqtlés j^ïètres et 
« à^ftèùx 6ù tidis ànciieûs espions chouanis, le 
« testé n'Ôait plus tjUfe di6 la tuïpitude , et ne 
à taiobtraît cpfedés sâtetêfe dé^ôûtàntfes ou gro- 
à tesêjnesi. 

« CêHàii un teatî j6ttiîi^fttVlè 1 b toille livrés 
«r éé i^te/éVidèmmient enfertaé par lés keules 
tr hitriguei^ dé «a fèmtete, à la fa^on deis ancien- 
« ncs letCréls de cachet j tMtaient des filles 



66 MÉMORIAL ( JuiiJct i«.6 ) 

, « publiques, me disant être renfermées, nqn en 
« punition de leur facilite' po}ir tous , mais Men 
^c par le dépit de leur manque de complaisance 
y pour uu seul. Elles me me^taient qu non^ 
« m^is devaient^elles être houorees pourtant du 
« titre de prisonnières d'État, coûter ? francs 
<c par jour, et concourir à rendre le gouverne-* 

V meut odieuK et ridicule.. Enfiu, date ùtae 
« ville de la Belgique , c'était un malheureux 
te qui avait épousée p^ 4c ces rpsièi-es que les 
<f municipalités dotaient dans les grandes occa- 
cf çions : il ëtaitenjfermé pour avoir volé, disait- 

V on, la dot, parce qu'il avait négligé delà 
« gagner : pu s'obstinait à exiger qu'il acquit- 
« tât cette dette importante; lui s'obstinait à 
« s'y refuser. Peut-être lui demanidait-on l'im- 
?^ possible, ç|ic., etc, 

. « Aussitôt de retour à Paris, je fus trouver 
«]ML Real , Préfet <l,e Police de l'arrondisse* 
« iaenp que je yi^nais de parcourir. Je nae £ai- 
« sais un devoir, lui disais-je, de venir lui 

V communiqujer - t^cieusemenl ce que j'avais 
« recueilli. Je dois lui rendre justice, soit qu'il 
« fût bien loin d'êti*e méchant, soit que ma 
« bonne foi le touchât, soit peut-être encore. 



(jûiiW iôi6) DE SAINTE^HJlLÈNE: . 6T 
« Sire, la magie toujours influente de vos cou- 
^ leurs , il me' reiaercia , m'observant que je lui 
« Tendais^ uti vrai service, et m'assurant qu'il 
^<( allait immédiatement a^z^csr et redresser, 
-« ce furent ses expressions. Mais à quelques 
•r jours de là, me rencpntrant dans unç issem- 
•« vblee» il me dit, avec une peine apparente.: 
f< —Eh bien ! voilà une malheureuse affaire bien 
tt défavorable à yvotre amazone (c'était l'évé- 
fc nement et Téchauffourée du général Mallet). 
ff Ce que j'aurais cm pouvoir faire de tnwa chef 
« il y a quelques jours, je ne puis déspxm^is me 
« le permettre pns une décisi<^ supérieure;. 
« nrrrEtjè M £^iis pQ$ çe qiii en arriva» n i « 
L'Empereur s'est arrêté quelque temps çur 
led sdnié ipe jè< ven^ d'exprimer, puis il a 
contln : «^ Dfdbord ^mon cher , pour procéder 
ir xégulièsemâitf.ilrtfaudrait savpir si l'on vous 
« ^ dît vrai, il faudrait entendre ccH^tradictoi- 
« rement ceux cpii sont accusés; ensuite, ïh est 
<c Vrai de c<|Dfessér tout bonnement que les abus 
« so^inliérens à toute société humaine* Voyez 
•« que pbBsque tout' ice dont vous vous plaignes 
:»\Be tronve commis précisément par ceux-li 
M métnes qui* avaiefit charge expresse^ de Tem- 



6â MâllORIAl> (JwuttvBi^) 

« oUAê '^t ^6 vdr p9i¥f6«[t ? eni^ il ^î5t« 
* coiAme ttM «sfyèce (fe ttkéxa ^imâiï Mt ^ 
<c iîemic sibaitsâ) ifuitaVdifp^ la petite "sMtw 
« fuâe* il fËiit ^[u'iiM iti[aiik)sâit)iàpe, tiûka^- 
^i;a¥d OMiMft v^oifô, ^w tps'il eâ i«mofite 
« ^^^pDfê àïWd kià Imite iêgiGfik Àm£si un 

-« âié^coJk^is ^ mlAMs ^ '' f^cmr à rifit^épieur, 
M %û ^tfpds èl y^^¥alM> dl^ébilde dierohet tine 
>4^4ètiï^dufcàte% o^nrirè dMiaàtte de vwiisiiôns 
4r |)MlftUi*o^^vâ& ^es l>raiiif[ig^f&s'ïieTÎT«iMque 
4t ^^frtfe feielK^'ôVlfetâat'qlllî|Kftit te p«l«iqUfer>î 
« je les eftIÉè ^«dëimbég ^«[fi» l'Ëti^ite, qn'ils 
w^éu^icm; ]p«?ddtt% lEto Mcm ))aiii> me itbdre 
« éèiâpl;e : ite^iUlftinït étéils^mptcfre^de bnxH^iu/ 
« th i^mrèttt Twtosbi^ «raui«rdhîi^temeàt|, ils 
^ 'Ms^^i été me^ ioehs^éss ^ : laes dirbctrars 
« ^tlitnèfes'^ et éies léédskiiisi évkc ^nxr dissent 
k'étè sf^ bmiam xmvrés œciètes;; Mtk grande 
^'decm^atifemV^bits deidcta èb^ itcpos> eùtrëté , 
« dû Èotûmei de tà^ ^islaiii^es de^m'occtpa: A 
« fond d'ftiiiélimtir k ebicdîtiaai de ^ute ia »oi^ 
itc^ét)!^, î'^fis^ ^e'tèmdq dncendre jsscpiWx 
V joiussàffces individn^dled > et s'il n'eût pas 



(JniHHiM]! DE ÇAINTE-HÉLÈNE. ^ 

•c çaiilciq^ Qucor^ ^»U, VWH *i»!y 4bç;»4»*J: cw 

^q}k^ y^. %TW tws^l^ie» qm t«out» ^Pl^p fiwisr^ 
« HwlJièrç d'^tça 4«y^t wif^qî,. |Hiwe. qu»ç. j^ 
« VQtti«Â» saii^v^i: QV, i|€«dr^. p)«^ JifSçiW lies. 
« tyrapmeç s^I^Ue^A^s et TOtermf'djiw?«Si qti« 
•ç î'ay^i^ iia^gWe, ppuj ^pt|çei tçmj^s de ççUe^ 
« mon orgwisj^tipn, 4<« pWÇn»^ d'ÉçaÇ. --^ Qp» » 
« Sire^ maia elle fujt l(»^ d^er £»i^& fQC^jOiM dsni$» 
<c «09 «alonç^^ Qfr; niç^ cp(iteib|i^ P4ft peu. à y^% 
« rçndjTQ mpoj]^4a^ir^. INToqs çriâvA^ 4« tous^ 

« ment dea le^lr^s <2e a^çh^t. 7^ Je k ss^if liion,» 
« a dit l'£mpe]:e^l:) ceU fut répété p^^ tout% 
« r£a{t>pe^ et «lermdit odieux.. EHjpoiji^'tant, 
« Toyèa. qi^el peut étr^l'en^pi^e des wofei ejiye*» 
^ ]iimé3 euccore pax lamau^aUe^ foi ! JLie. tput vîpt 
« pjqinçipalememdeUg^uçheiriedu titre de xqçiv 
« décret 1^ qui me pas«4 ^ p^x distraction Q|i,ai^^];cn 
K weut; c^r ai^ fb^d je paipitiens que ee$te bi 
« étsât uu graud l^ieeii^it , et rendait e» l'rwp^ 
«la liberté iudWidnelle plu^ couiplett:Q > p],«$. 
tt assuoree qu'eu siucuu autre pays de l'Europr^ 



Î2 MÉMOKIAL * (Juillet iai6) 

fc miile en arriramt au Cansulal« Qu'on parcoure 
fr la liste de ce qu'on a dû y trouver, que l'on 
« cherche les causes et le motif de leur dëten-*. 
« tion, on yerra qu'il n'en, est presque aucun 
«( qui n'eût mérité la mort, qui ne Teût trouver 
« par un J!Ugeœent , pour q^i consépiemm^nt 
é la dëtt'.Qtioo ne fiit de ma part qu\in kien« 
« fait, Pourquoi 9e publie^t-on rien contre^mot 
« aujourd'hui à ca sujet? Ou sont donc les grands 
fc grief$ qu'on n^ reproche? C'est qu'en effet 
fc il ne se trouve rien. Si quelques-uns des pri^ 
fc sonniei^a sont venu depuis se vanter , auprès du 
<c Kcû ) des souffrances qu'ils avaient éprouvées à 
fc cause de leurs efforts en sa faveur^ ne prono^i' 
ic, cent4kpas laeux-^mèmesleur arrât et ma jus- 
te tiflcation? car ce qui peut étr<? une veitu au-* 
ce jourd'hui aux yeux du Roi , était alors in* 
« "conljefitablement un crime sous pioi, et ce 
m n'est que parce que je répugnais à du sang, 
A< pouiT des crimes politiques, et que de tek pro*- 
K ces n'eussent fait quieçiain tenir l'agitation, 
ce rincertitude au sein de la patrie , que je 
fc cQEpmuai la peina en simple détfflition. 

« Je le répète, les Français, k mon époque,* 
« ont été les plus lihres de toute l'Europe, sans 



(JuîUet iw) DE $AINTE-HÈIJ:NE. 73 

ce en excepter mei^e les Ai^glais; car en An* 
« gleterre si i;ine crise yieiit i faire suspendre 
« Phaà^asççrpufj t^nt'miiyià^ est passible de 
ce la prison par la seule ,volon|e dies ministres; 
ir sans qu'ils aient à exx justifier les motifs ou à 
rc en dcmne^ la raison. Ma loi était bien aujtre^ 
•c ment limite'è. Et puis enfin, a-t-il t^xn^j^é, ai 
et en de'pit de mes bonnes intentions , si , maigre 
et tous mes soins , il existait encore tout ce que 
et vous venez de dire, et beaucoup d'autres 
ce* choses sans doute, c'est qu'il n'est pas si aisé 
« que Ton pense d'e'tablir le bien. Ce qu'il y a 
« de bien remarquable^ c'est que tous les pays 
et qu'on a sépares de nous, ont regrette les lois 
ce avec lesquelles je Lbs ai gouyen^ies : c'est la ua 
<c hommage repidu à leur supériorité'. Le vraiv 
fK le seul moyen de ine condamner victorieux 
ce sèment sur le mal qu'elles ont preiientë, se« 
ce mt de pouvoir montrer autre part quelque 
ce chose de meilleur! De nouveaux temps suc-- 
jK cèdent, oçl verra, etc. , etc. 

Sur les xîinq heures , le Grand-Marechal, qui 

fiorteiit de chet TEmpereur^ m'a dit qu'il ^ne 

de|nandait. L'Empereur n^ëtait pas sorti dé la 

journée. Je l'ai trouve considérant le nouyeak 

5. 5 



ÎTT^ MÉlrfORl AL (Jaillet 18 16J 

bifllard. Il a craint qu'il ne fît trop humide pour 
sortir; il s'est mis à faire quelques parties d'e'- 
icli€cs en attendant le dîner. Dans la soirée', il 
BOUS a lu Alrée et Thyeste^ de Crébillon. Cette 
pièce nous a paru horrible j nous l'avons trouve'e 
dégoûtante et nullement tragique. L'Empereur 
n'a pu l'achever. 

Dimanche 21. 



.» 



Sur l'Egypte* — Saînt-Jean-d'Acre. — Le désert* — 
Anecdotes , etc. 

Vers les 3 heures, l'Empereur a demande sa 
calèche, m'a fait appeler, et nous avons mar- 
che' ensemble jusqu'au fond du bois , où il avait 
qrdonnë à la calèche de venir le joindre. J'avais 
a lui communiquer de petits détails qui lui 
étaient personnels ; . • 



Dans le cours de la promeriade , nous avons 
{tperçu deux bâtimens qui arrivaient. 
' Au dîner, l'Empereur s'est trouvé fort cau- 
saiit« Il venait de travailler à sa Campagne 
d'Egypte ^ qu'il avait laissée quelque temps , 



(Joai«n8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. . 75 

et qu'il nous a dit devoir être aussi intéres- 
sante qu'une épisode de roman. Au sujet de 
sa pointe sur Saint -Jean -d'Acre, il disait : 
« C'était pourtant bien audacieux que d'avoir 
cf ose' se placer ainsi au milieu de la Syrie , 
Tf avec seulement iZ mille hommes. J'e'lais , 
« continuait-il, à 500 lieues de Desaix, qui for- 
ce mait l'autre extrémité de mon armée. Sidney 
« Smith a raconté que j'avais perdu ^8 mille * 
ce hommes devant Saint-Jean-d'Acrej or, mon 
« armée n'était que de 42 mille hommes. Un 
If petit M..., échappé du collège, à ce qu'il 
« parait , n' entendant rien à ce qu'il décrit , * 
te ne sachant que faire quelques phrases, et 
« voulant sans doute gagner quelqu'argent ; 
« frère pourtant de quelqu'un qi\e j'ai comblé, 
a qui faisait partie de mon Conseil d'Etat, vient 
« de publier sur cet événement quelque chose 
« qui m'a passé aujourd'hui sous lefe yeux, et 
H qui m'irrite par sa niaiserie et la mauvaise 
«c teinte qu'il essaye de répandre sur la gloire 
K et les travaux de cette armée, etc. , etc. 

tt Si j'avais été maître de la mer^ j'eusse été 
a maître de l'Orient, et la' chose était si possi- 
« Lie, que cela n*a tenu qu'à la stupidité ou 



76 MÉMORÏAL (Juiiienôie) 

> à la mauvaise conduite de quelques marii^» 
« Volney, voyageant en. Egypte, avant la 
il révolution 9 avait écrit qu'on ne pourrait 
M occuper ce pays sans trois grandes guerres : 
« contre l'Angleterre, le Grand-Seigneur et 
« les babitans. La derrière surtout lui pafais- 
cc sait difficile'et terrible. Il s'est tfpmpe' tout à 
4< fait à l'égard 4e celle-ci , car elle n'a été' rien 
<c pour nous. Nous étions même venus à bout 
fc d'avoir , en peu de temps , le$ habitans pour 
ce amis, et d'avoir mêlé leur cause à la nàtre. 
« Une poignée de Français avait donc suffi pour 
ce conquérir ce beau ;pays, q;u'ils n'eii^sent ja- 
«c mais dû perdra î Nous avions vrai^i^nt accomr 
« pli des prodiges dé guerre et de p^jlitique I 
« Notre affaire n'avait rien de commun avec 
« les croisades : les croisés étaient innombra- 
«c blés ^ «aus par le fanartisme; mon armëe, 
« au contraire^, était fort petite , et les sol- 
(c dats si peu passionnés pour leur entreprise, 
« qu'ils furent tentés souvent , dans le prin- 
ce cipe, d'enlever leurs drapeaux et de revenir* 
fc Toutefois, j'étais venu à bout de les récon- 
« tuilier aviec le pay^, où il y avait abondance 
« de toutes cboses , et à ^i boa marché , que 



(JaaknSi«^DE SAINTE-HÉLÈNE. 77 

ce )é fus un moment tente dç les mettre à la 
te demi-solde, pour leur conserver l'autre moi^- 
«c tié en réserve. Je nl'étais acquis un tel em* 
« pire sur eux, qu'il m'eût suffi d'un simple 
<( ordre du jour pour les rendre Mahométans. 
fc Us n'eussent fait qu'en rire ^ la population 
IX eût été satisfaite, et les chrétiens de l'Orient 
te eux-mêmes eus$ent cru leur cause ga^ée, 
« ils nous eussent apprpuvés , pensant que nous 
t( ne pouvions pas faire mieux pour eux et pour 
« nous. 

« Les Anglais ont frémi de nous voir occuper 
t< l'Egypte. Nous montrions à l'Europe le vjai 
« moyen de les priver de l'Inde. Us ne sont pas 
« encore bien rassurés; et ils ont raison. Si WO 
« ou 50 mille familles européennes fixent jamais 
<t leur industrie , leurs lois et leur administra- 
« tion en Egypte, l'Inde sera aussitôt perdue 
« pour les Anglais, bien plus encore par la 
« force des choses que par celle des armes. » , 
Dans le cours de la soirée , le Grand-Maré- 
chal a rappelé à FEmpereur une de ses conver- 
sations avec le mathématicien iKTo/zg*^, à Ckitr* 
kié , au milieu du désert. « Qu,e vom sen^ble de 
« tout ceci, citoyen Monge, disait Napoléon? 



78 MEMORIAL (Jwiieti8i6) 

« — Mais , citoyen General , répondait Monge , je 
« pense que si jamais on voit ici autant de roi- 
ce tures qii'à Tope'ra, il faudra qu'il se soit passé 
« de» fameuses reVolutions sur le globe. » L'Em- 
pereur riait beaucoup à ce ressouvenir. Il avait 
pourtant alors sur les lieux , disait-il , une voi- 
ture à 6 chevaux, G'e'tait assurément la première 
qui eût traversé le désert de la sorte ; aussi elle 
étonnait fort les Arabes. 

L'Empereur disait que le désert avait tou- 
jours eu pour lui un attrait particulier. Il ne 
l'avait jamais traversé sans une certaine émotion. 
C'était pour lui l'image de l'immensité, disait-il j 
il ne montrait point de bornes, n'avait ni commen- 
cement ni finjc'jétait un océan de pied ferme. Ce 
spectacle plaisait à son imagination. Et il se 
complaisait à faire observer que Napoléon veut 
dite lion du déserti ..^.., 

L'Empereur disait encore que quand on le 
sut en Syrie , on avait arrangé au Caire qu^on 
^e le re verrait jamais j et il racontait alors le 
vol et l'effronterie d'un petit Chinois qu'il 
avait à son service. « C'était un petit nain , dif- 
cc forme, dont Joséphine, disait-iF, s'était en- 
c gouée dans le temps i Paris, Il était le seul 




(jiuHbt 1*6) DE SAINTE-HÉLÈNE: fé 

« Chinois en France, et dès-lors elle avait du 
« ravoir derrièi^e sâ f oîttoé. EÏLé f e promena 
« éti Italie; iâàifé tiomsiie il la volait , elïe ne sa- 
ir vàît plus ^*en faille. iPùith Vén rfeT)arr2[sser } 
« je le p¥i$ rfvéé mai àM m6n eï jiedition d'È- i 
ir gyptè.' C'Aait toujours lé ifç^ôrtér à ïà moitié 
«de son cliemin, que de le jeter en Ég^ptel 
•f Toutefois ce petit nfrôiisltreâ^ait au Êaîrerïn- 
« ten^Eanéé diè micaVé j je tf eus pas plutôt passe 
i le déSerï, (^d^it ^endSt, et à^ vif prix, 2 mitfi' 
^ h6\xiei\ièi de vîli 6té Èordéàùx ciéÉcieux, ne 
« cherchant qu'à faire rfe l'argent, dans la per- 
« siàsiôh que je ne revieïidraïs jamais. Quand 
« on annonça niou retour > il ne se déconcerta; 
« nullement} il courut au-devant de moi /et me 
« découvrit, en serviteur fidèle ^cmait-il^ la 4i- 
« lapidation de mon vin , qu'il attribucdteffron-^ 
« témentà tous ceux qu'il lui pliitt d'atettsbr«> 
<^ Là fourberie était si peu sofrtendble/cpi'iiiu* 
en- un iiâitani convaincu hii*inômei^ Ovt me 
prèssaitJfôf fMlp tefîtirependïe? jeufe léfis'poiiit,' 
\ parce qtf^ t<»ite pi^tp il eifift dbn* fîûlû fetf 
« faire autant de tous les habits brodés qui 
« avaient sciemment acheté et bu le vin. Je me 




80, MEMORIAL (Jwibt 1816) 

fc coplentai die le chasser et de l'expédier à Suez , . 
•c où il devint ce c[u'il voulut. » 

Je dois observer à ce sujet qu'ici nous avons, 
pu croire un moment à un rapprocliement, 
l)ien singi^ier. ILy a quelq[ues mois qu'il nous, 
fut dit que, dans l'un des.bâtimens de la Chine ,.. 
qui passaient alors j retournant en Europe,, se, 
teouvait un Chinois disant avoir servi TEmpe-t 
rcur en Egypte. L'Empereur alors s'e'tait ëcrié. 
que c'était son petit voleur, celui dont je viens, 
de raconter l'histoire j mais ce. n'était 'au vraL 
qu'un cuisinier de KJéber. 

L'Empereur, plus gai que de coutume, a 
terminé brusquement la conversation en se 
tournant vers M"* Bertrand : tf Hé tien ! 
«Madame*, quand seirez-vous à votre loge- 
•I ment des Tuileries , lui a-t-il demandé en 
ft riant? Quand donnèfez-vous*vos beaux dîners' 
« d'ambassadeurs? Maiis vous serez obligée, du 
«jinoins assure-t*on, de changer vos ameuble- 
«imens, vous les tcoaverez passée. » Alors on 
estTenu tout naturellement au grand luxe dont 
nott^, avpns.été témoins sous TEmpereur. 



le-^ 

eilHBh 




(I«iilcitéie) DE SAlNTÊ-Haîa.ÊNE. ^ 

Lundi 22. 

Afîs paternels , etc. — Conrcf satîon remarquable. — 
Cagliostro ; Mesm^ ; Gall; Layater» etc. 

L'Empez'éur est entré dans inat;hainl)re sur 
les dix heures^ et m'a pris pour marclier avec 
Ini. NoU6 avons tous déjeûiië sous leà arbres. 

temps était magnifique; la chaleur forte, 
bienfaisante* L'Ëmpefeur a denEiandé 
sa calèclie; denx de noms étaient avec lui; le 
troisième, à cheval , suivait à côté j le Grand- 
Maréchal n'avait pu venir. L'Empereur est re- 
venu sur qdilques bouderies qui avaient eti lieu 
il j avait quelques jours. lia analysé notre po-^ 
sition> nos besoins naturels : « Vous êtes destin 
« nés , nous disait-il, en rentrant dans le grand 
« monde un jour, à vous y trouver yri?/^?* à 
« cause de tn^. Ma mémoire vous le commân* 
liera. Soyez-le donc dès aujourd'hui! ^ Il pei- 
gnait alojris le bien que dous pourrions nous 
eréelr^ lèS peines que nous pourrions tromper, 
etc. , etCi » C*était tôut-à-la- fois une leçon de 
famille, de morale, de sentiment et de conduite. 
VMe eût dû être écrite en lettres d'or. Il a parlé 




»2 MÉMORIAL ( Juillet i8i€) 

près de cinq quarts d'heure je ne pense pas 
qu'elle soit janiais oubliée par aucun de nous. 
Pour moi, j'aura^i toujours pre'sent, non -seule- 
ment les principes et les paroles, mais encore 
le son de voix , l'expression , le geste et par- 
dessus tout le cœur qui les exprimait 

Vers les 5 heures, l'Empereur est entre' dans.' 
ma chambfe , où je travaillais, avec mon fils , le 
^ chapitre d'Arcole. Il avait quelque chose à^B^^ 
^ire. Je l'ai suivi dans le jardin, où il estrevSIP^ 
par la suite longuement sur sa conversation de 
la calèche.. ,.•..... 

Le dîner se passe de'sormais dans l'ancien ca- 
binet topographique, coiitign avec llfeabinet de 
l'Empereur, et à l'ancien logen\ent du ménage 
Monlholon, dont on a fait une bibliothèque 
assez propre , à Taide des livres et de quelques 
boiseries venues dernièrement d'Angleterre. 

Les traces de l'incendie dans lésion se repa- 
rant lentement, nous sommes contraints de 
demeurer à table dans notre nouvelle salle à 
manger, jusqu'à ce que l'Empereur se retire. 
C'est, du reste, au grand profit de la conversa- 1 
tion. 

L'En^pereur aujourd'hui était fort causant» 




(JuiUcua.e) DE SAINTE-HELENE. , 83 

On parlait de rêves, de pressenlimens ; de pre- 
Txsions, ce que les Anglais appellent double 
sight (double vue). Nous avons del)ité tous les 
lieux communs qu'amènent d'ordinaire ces ob- 
jets; jusqu'à parler de sorciers et de rerenans» 
L'Empereur a conclu : « Toutes ces charlata- 
<c neries et tant d'autres , telles que celles de 
« Cagliostro, Mesmer, Gall, Lavater , etc. , etc. , 
(c se détruisent par ce seul raisonnement, bien 
« simple pourtant : Tout cela peut être, mais 
« cela n* est pas ^ 

K L'homme aime le mer^illeux, disait-il; il 
ft a pour lui un charme irrésistible; il est tou- 
te jours prêt à quitter celui dont il est entouré 
« pour courir après celui qu'on lui forge» Il se 
« prête luvmême à ce qu'on le trompe* Le vrai 
« c'est que tout est merveille autour de nous. 
« Il n'est point de phénomène proprement dit; 
ff tout est phénomène dans la nature : mon. 
u «existence est un phénomène; le bois qu'on 
ic met dans la cheminée et qui me chauffe, est 
(c un phénomène; la lumière que voilà, et qui 
« m'éclaire, est un phénomène; toutes les cau^ 
fc ses premières, mon intelligence, mes facultés, 
ce sont des phénomènes} car tout cela est^ et 



S^ MÉMORIAL (Juillet igi6) 

« nous ne savons le définir. Je tous quitte ici, 
« Continuait- il, me vc^là à Paris, entrant à 
« rOpérà î je salue les spectateurs , j'entends, 
«c les acclamation^, je vois les acteurs , j'entends 
<c la musique. Or, si je puis franchir la dis- 
« tance de Sainte-Hélène , pourquoi ne franchi- 
« rais-jefpag la distance des ftiècles? PourqucH 
« ne verrais-je paS l'avenir cofalme le passé? 
« Tiln serait-il plus extraordinaire , plus mer- 
« reilleux que l'autre? Non, mais seulement, 
« cela n^est pas. Voilà le raisonnement qui dé- 
* truira Ibujourfi ,^sanfl réplique , toutes lès 
«r merveilles imaginaires. Tous ces charlatans 
«r disent des choses fort spirituelles j leurs rai- 
«t sonnemens peuvent être justes, ils séduisent; 
«c seulement la conclusion est fausse, parce que 
iK les faits manquent* 

I « ilfe^meretlemesmérisme ne se sont jamais 
« relevés du rapport de Bailly, au nom de 
« l'Académie des Sciences. Mesmer produisait 
« des efBets sur une personne, en la magnétir 
«c saàt en face. Cette même personne magne- 
nt tisée^ par derrière^ à son insu, n'éprouvait 
« plus tien. C'était donc de sa part une erreur 
vde son imugij^ation, une faiblesse des sens : 



(Juillet leoi ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 85 

<c c'était le somnanpibule^ui, la nuit, court &ur 
« les toit^ sans danger, parce qu'il ne craint 
« pas le jourj U se crisserait le poii, parce <ju« 
K ses sens le troubleraient. 

K J'entrepris un jour, disait-iU à ujae de mes 
« audiences publiques, le cbwlatau Puys^gur^ 
« surs» sbmuainlHile, U y(Hilut le prendre très^ 
€1 haut; je le terrassai par ces seuls mois : Si 
a elle est si savante, qu'elle nous dise quelque 
« chose de neuf. P^us 200 ans, les hommes aur 
te ront fait bien des progrès j ^'eWe eu spëciT 
♦ fie un ^eul. Qu'elle dise ce que je ferai dan$ 
« huit jours. Qu'elle fasse counattre les numër 
n ros qui sortiront demam à la kderie , etc. , etc. 

(c J'en fis de même pour Gallf j'ai Jm^Uicoiip 
« contribue à le perdre. Çoryisart e'taît son 
« gtand sectateur ; lui et ses sepd^lablçi^ ont .uu 
« grand penchant pomr le m?Lterialii$m0 : il acrn 
<c croîtraiit leur science et leur domaine. Mais la 
% nature n'est poin| si pauvre. Si eUe e'tait si 
f< grossière que de .s'annoncer par des forme» 
« exte'rieures, nous irions plus vite en besogne,, 
«c et nous ^eripns plu? savans. Sps seqrejts sout 
« plus fiiji^ et pliis deli<5ats, plus fugitifs j jus- 
« qu'ici ils échappent à tout, Un petit bos^u 



86 MÉMORIAL (Juîiici iSiS) 

K se trouve un grand ge'nie ; un grand bel 
K homme n'est qu'un Sot. Une large tête à grosse 
ic cervelle n'a parfois pas une ide'e, tandis qu*un 
« petit cerveau se trouvera d'une vaste intel*- 
« ligence. Et. voyez rimbe'cillite' de Gall : il 
« attribue à certaines bosses , des penclians et 
« des crimes qui ne sont pas dans fa nature, 
tt q]di ne viennent que de la socie'té et de la con- 
te vention des hommes : que devient la bosse du 
^c vol s'il n'y avait point de proprie'tës ? la bosse 
ce de l'ivrognerie, s'il n' existait point de liqueurs 
« fermentëes? celle de l'ambition, s'il n'existait 
t< point de société' ? • 

« Il en est de mèm% de cet insigne, charla- 
« tan Laifater^ avec ses rapports du physique 
« et du moral. Not/e cre'dulite' est dans le vice 
« de notre nature; il est en nous de vouloir 
<c aussitôt nous parer d'idées positives , lors- 
ne que nous devrions, au contraire, nous en 
« garantir soigneusement. A peine voyons-nous 
« les traits d'un homme , que nous voulons pré- 
« tendre connaître son caractère. La sagesse 
« serait d'en repousser l'idée , de neutraliser 
« ces circonstances mensongères. Un tel m'a 
« volé 5 il avait les yeux grisj depuis, je ne 



( Juillet 1816 ) DE . SAINTE-HÉLÈNE. 87 

« yerrai plus d'yeux gris, sans Tidëe de la 
« crainte du vol ; c'est une armé qui iU'a blesse , 
« et que je redoute partout où je la vois; mais 
« sont-cé bien les yeux gris qui m'ont volé ? 
« La raison , l'expérience, et j'ai e'te' dans le- 
« cas d'en faire une grande pratique, montrent 
t( que tous ces signes exte'rieurs sont autant 
« de mensonges, qu'on ne saurait trop s'en 
« garantir, et qu'il n'est re'ellement diantre 
« moyen de juger et de connaître sûrement les 
ce hommes, que de les voir, de les essayer, 
« de les pratiquer. Après tout cela, il se ren- 
« contre des figures tellement hideuses , il faut 
«' l'avouer ( et il en a cité une qui nous a tous 
tt fait rire , celle du Gouverneur ) , que la rài- 
« son la plus forte est mise d'abord en fuite , 
« et que la condamnation se prononce en dépit 
« d'elle-même. 

Mardi a3. 

Âccomulation singulière de contrariétés , elc« 

Sur les 3 heures, l'Empereur est entré dans ma 
chambre. Il voulait se promener. Je l'ai suivi; 
il avait la figure sombre; il souffrait depuis la 



88 MÉMORIAL (JaOï^taiatfi) 

TeiUe. La gF9«4e chaleur, /dgnj son tour de ^ 
ealëche^^LU e^YÛt fait jtnal. Il a va, de dehors 
une uouvcUe por^e qn9 Von pratiquait} ^lle 0ût 
change toul; Tintéri^r du cabinet topographi- 
que et de rancieH logenusnt de M«* de Mon- 
jlhdloiï. Qn ne hd en avstit pas parlé; il en a 
étaFiv^mexit ot>ntji^e\ ^et ^i^ant appeler, siir- 
le-tcl^mp celui qui TaTait ordonnée; les mau- 
vaises raisons que celui-ci a données n'c^t fait 
que le cixatrarier davanta^ ; il lui a commandé 
Tiyement d'aller la faire réfer»er À l'instant 
4néme. Npsis Sirom voulu marcher; nciaia il 
était dit que ce soir il serait pona^é â bout; 
que toul c<mco^rait à lui dower de l'ii^umeur. 
Des Anglais se sont trouvées «iur^spipi passage; 
il les a évités presque avec de la colèjre, m'ob- 
^rvant que bientôt, il ne Im ^er^it pa^ possi- 
ble de mettre le pied dehors, A .d/ejnx pa$ de là> 
le docteur Ta joint pour lui faire part, assez 
gauchement, de quelques arrangemens qu'on 
projetait pour lui , Empereur , et il lui deman- 
dait son avis. Or, on lui parlait là d'une des 
choses qui lui répugnaient peutr-être davantage; 
Il a évité de ^répon^re, xhose' qui .lui était 
ordinaire , contre les inconvenances i mais 



(MUet isi6) DE SAINTE-HÉLÈNE, 89 

cette fois c'était avec une humenr marquée; 
il a gagne la calèche et y est monté y mais sut 
notre route se sont trouvés «ticore des officiers 
* anglais , et alors il a commandé subitement une 
autre direction, et au galop; 

Cependant la nouvelle ouverture faite à la 
maison^ sans qu'il lui en eût été rien dit , et 
qu'il trouvait si gauche, lui pesait encore sur 
le cœur : il allait l'alléger en s'en prenant gaî- 
ment à la femme de celui qui l'avait dirigée $ 
laquelle se trouvait dans la calèche. Ah ! vous 
« voilà, a-t^il dit; vous êtes sous ma main^ 
« c'est vous qui porterez la peine : le mari a fait 
« la faute ; c'est là femme qui sera bourrée : 
« heureux cette fois l'absent ! » Mais au lieu 
d'abonder dans ce sens, qui n'avait que dé là 
grâce, sans le moindre inconvénient , et dont le 
résultat eut été certain , la femme s'en est. tenue 
toujours à vouloir inopportunément extuser son 
mari , à reproduire des raisons qui ne faisaicpit 
que ramener l'hiâneur. Enfin , pour combler la 
mesure, l'un de nous, en découvrant les tentes 
du camp, lui a appris que les évolutions et les 
manœuvres de la veille étaient en réjouisçatrce 
d'une des grandes victoires anglaises en- Es- 
5. 6 î 



^0 MÉMOmiUL (JmUetl0i6) 

pagn^, et qM œla alkît d'autant moins à ce 
Y^iment ^ qu'il y ftTait à peu près pert. Il était 
fiieil6 de liiTe dans les jeux de TEmperear tout 
ce qu'il éprouvait d'uu tel sujet de conversa^ 
tion. Toutefois ^ xm régim^it ne pe'rit jamais 
«devant Teunemi, Monsieur, il s'immérta- 
t lise! » a été toute sa réponse) il est vitd 
qu'elle était faite sèchement. 

Moi ^ je méditais en silence sur cette c«mula'^ 
tiôn dé contrariétés^ frappant ainsi à coups 
redoublés dans aussi peu de temps. Je trouvais 
l'instant prédeux pour un observateur , j'éva^ 
luais le supplice qu'elles devaient cré^r, et 
j'admirais le peu qu'il en laissait échapper. Je 
«le disais : Voilà pourtant Vhomme intraiiahle*^ 
là tyroi** L'on eût dit qu'il m'avait deviné; car 
en descendemt de la calèche ^ et nous trouvant 
deux pas en avants il m'a dit à mi-voix : « Si 
« vous aimei^ à étudier les hommes, apprénet 
t ^squ'oà peut aller la patience^ et tout ce 
ff qu*au peut dévprer !..«...» * 

£n. arrivant, il a d^aandé du thé; je ne lui 
en Mais jamais vu prendre. M^ de Monlholaa 
ocaipdit , pour la première fois , son. nouveau 
salon : il a voulu le voir , a observé qu'elle serait 



(Juuiet i8i6) DE SAINTE-HELENE. 91 

hien mieux que nous tous|ila fait apporter W 
échecs , a demandé du feu , et a joué successive-^ 
ment avec plusieurs de nous. Peu à peu il .est 
revenu à sa situation naturelle. Nous avmis at« 
teint l'heure du dîner ^ où il a mangé .un peu^ ce 
qui Ta remis tout à fait. Il s'est livré à la cour 
versation; e&t revenu encore à repasser ses 
premières années, qui ont toujours un nouvemi. 
charme pour lui. Il a beaucoup parlé de ses 
anciennes connaissances, de la difficulté, qu'au- 
près son élévation y quelques-unes ont eu à 
pénétrer jusqu'à lui , et il a observé que si on 
ne pouvait franchir le seuil de son palais , c'é- 
tait assurément bien €«i dépit de lui-même , et 
que devaît-cç donc être , disait *- il , avec les 
autres Souverains? etc., etc. 

En causant de la sorte, nous avons atteint 
ûnz.e heures 7 sans que l'Empereur, pi apcun de 
ikous s'en fût aperçu. 

Mercredi 34, 

M"** de B*««.—-Dëtaila^ etc. —Anecdotes de l'émigration» 

. Aujourd'hui l'Empereur a essayé le bîHard 
qui tenait 'd'être placé} puis il est sorti pen^ 



92 MÉMORIAL ( JuUUt iSiS ) 

dant quelques instans; le temps e'tail fort hu- 
mide , il est rentre' presque aussitôt. 

Ayant diner, l'Empereur me faisant causer 
dans sa cKambre sur Femigration , le nom de 
M"* de B,.., laquelle ayalt été dame d'atours de 
Madame , et fort en évidence au commence- 
ment de nos affaires, a été prononcé. Sur 
quoi TEmpereur a dit : « Mais cette M°** de 
<« B, . • . n'était-elle pas une très-méchante femme? 
« —Assurément non, ai-je répondu : Lien au 
« contraire, c'est la meilleure femme du monde, 
c< de beaucoup d'esprit, et d'un excellent ju- 
« gement. — Eh biènl a dit l'Empereur , elle 
« doit avoir beaucoup À se plaindre de moi« 
« Voilà le malheur des faux rapports : on me 
«t Ta fait fort maltraiter. — Oui, Sire, vous l'avez 
« rendue très-malheureuse. M"** de B.... n'exis- 
« tait que pour le charme de la société, et vous 
« l'avez bannie de Paris , et confinée dans la pro- 
« vince, où je l'ai rencontrée dans une de mes 
« missions, avalant sa langue d'ennui, et ne 
ft maudissant pourtant pas trop Votre Majesté, 
« sur laquelle je la trouvais très-raisonnable. 
« —Eh bien I pourquoi n'êtes vous pas venu me 
« titerd'erreiijr? — Ah! oui, Sire, vous nous étiez 



rJoîiiei 18.6) DE SAINTE-HELENE. 93 

« si peu connu, pour ce que je vous contiais 
« à présent, que je ne l'eusse pas osé pour moi-- 
«c même. Mais voici un mot de M"*' de B—. à 
« Londres, au fort de notre émigration, qui 
« vous la fera plus connaître que tout ce que 
« je pourrais dire. Au moment de votre arrivée 
« au consulat, quelqu'un venant de Paris, 
« se trouvait chez elle à une petite réunion ; il 
« était rhomme de la fête, par tous les détails 
« qu'il nous donnait d'un lieu qui nous inté^ 
« ressait si fort. On le questionnait sur le Con- 
•c sul. — Il ne peut vivre long-temps, disait- il: 
« jaune à faire vlaîsù : c'était son mot. Et 
K s'animant par degrés , il porta pour ^ santé : 
cf A la mort du premier Consul! -*- Oh ! 
« Thorreur, s'écria aussitôt M"' de B.... , à la, 
« mort d'un homme ! fi donc ! voici qui vaudra 
« mieux : A la santé du Roi ! 

« — Eh bien! je répète que je l'ai fort mal - 
« traitée , disait l'Empereur , et sur les rapports. 
« que l'on m'en faisait. Onme l'avait représentée 
» comme intrigante , se mêlant de politique et 
fc surtout conune fort adonnée au sarcasme , et 
« cela me rappelle un mot qu'on lui prête p«ut- 
« ctrc^ et qui ne m'a frappé du reste que parce. 



0» MÉMORIAL î («tAiirtâftieo 

« qvCû était très-spiritnel. Un j^ersomiage dis^ 
« txùgaéy qui s'occupait fort d'elle^ me disait* 
« on, Vëtaùt avisé de jalousie, dont elle se jus* 
« tifiait tirès-bien, ne se tenant pas pour battu, 
«r lui repondit 7 qu'après tout, elle défait bien 
* savoir que- la femme de Cësar ne devait point 
fc ttre soupçonnée; A quoi M?"'.dc B,.. trouva 
« plaisant de riposter a^ssitôt,' que les deux 
« petites lignes reçues renfenàaient deux graves 
fr erreurs; car il était notoire à tous qu'elle 
^ n'était pas sa femme, et que lui n'était pas 
« César. » 

Après le dîner l'Empereur nops a lu une 
partie du Dissipateur et du Glorieux; il les a 
interrompus par dégoût : ils ne' lui présentaient 
pas assez d'intérêt. Il souffrait beaucoup de 
«on côté droit ; c'était le résultat de l'humi^ 
dite qui l'avait frappé le tuatin à sa prome- 
nade, et nous n'étions pas;sans craintes que ce 
ne fût un symptôme de U inalàdie ordinaire 
dans ces climats brûlans. 

En rentrant ehes moi , j'ai trouvé une lettre 
de Londres , avec un paquet de quelques effets 
de toilette. Il venait d'arriver un bâtiment de 
guerre d'Angleterre : c'était le Griffon. 



(juiHeMgiS) DE SAINTE-HÉLÈNE. 9g 

Jeudi 25. 

L'Emperear Reçoit des lettres, àes siens.-— ConVersattoa 
ayec l'i^n^ral. — Commissi^ires des Alliés^ etc.» ete. 

^ Sur les neuf heures, j'ai reçu dû Graud-Ma- 
rëdial, pour remettre à l'Empereur, troislet- 
trSqui étaient pour lui. Elles venaient de Ma- 
dame Mère, de la princesse Pauline et du prince 
Lucien. Cette dernière e'tait dans une à moi, ' 
c[ué le prince Lucien m'adressait de Kbme , le 
€ mars. J^en ai rèçii aussi deux de mon agent 
d'affaires de Londres. 

L^Empéreur a passe touta la matinée à lire 
les papiers du 25 avril au 43 mai : ils conte- 
naient la mort de l'Impératrice d'Autriche, la 
prorogation des Chamhres en France , l'acquit- 
tement de Cambrone, la condamnation du gé- 
néral Bertrand , etc., etc. Il a dit beaucoup de 
choses sur chacun de ces objets. 

Sur les trois heures , l'amiral M alcolm a 
fait demander à être présenté à l'Empereur. Il 
lui apportait les journaux des DeTiats jusqu'au 
«IS mai. L'Empereur m*a dit de le lui amener, 
et a causé avec lui près cle trois heures." 13 plaît 



96 MÉMORIAL {JaUict 3816) 

fort à l'Empereur, qui Ta traite, du premier ins- 
tant, avec beaucoup d'abandon et de bonhomie, 
tout à fait comme une ancienne connaissance. 
L'Amiral s'est trouve' entièrement dans son 
sens sur une foule d'objets ; il avouait que l'e'»- 
vasjon de Ste -Hélène e'tait extrêmement diffi- 
cile^ et ne voyait aucun inconvénient à donner 
rîle entière; il trouvait absurde qu'on n'entras 
mis l'Empereur, à Plantation-House; il sentait, 
mais depuis qu'il était ici seulement , avouait-il , 
que la qualification de genëral pouvait être 
injurieuse j il trouvait que lady Loudoti avait 
été ridicule ici, qu'elle ferait rire d'elle à Lon- 
dres : il pensait que le Gouverneur avait de 
bonnes intentions sans doute ; mais qu'il ne sa- 
vait pas faire. Les ministres, disait-il, avaient 
eu de l'embarras avec l'Empereur, et non de la 
haine; ils n'avaient su qu'en faire. En Angle- 
terre, il eût été, et il demeurait encore un 
épou vaut ail pour le continent; il eût été une 
arme txx)p dangereuse et trop puissante entre 
les mains de l'opposition , etc. , etc. Du reste , 
il craignait, disait-il , que toutes ces circonstan- 
ces ne pussent nous retenir long- temps ici , et 
U assumait que l'intention des ministres était 



(Juillet i8i6) DE SACJTE-HÉLÈNE. 97 

qu'à l'évasion près, on comblât Napoléon à 
Ste-Hélène, etc., etc« Tout cela e'tait rendu 
d'une manière si convenable, que l'Empereur 
discutait la chose avec lui sans plus de chaleur 
que si elle lui avait e'te' e'trangère. 

Un moment , l'Empereur l'a visiblement 
ëmu ; lorsqu'au sujet des commissaires al- 
lie's, il lui a exprimé l'impossibilité' de les 
recevoir. «Enfin, Monsieur, lui a-t'il dit, vous 
« et moi nous sommes hommes ; j'en appelle à 
« vous. Se pent-il que l'Empereur d'Autriche , 
« dont j'ai épouse' la fille , qui a sollicite' ce 
« mariage à genoux, auquel j'ai rendu deux 
« fois sa capitale, qui retient ma femme et 
•t mon fils , m'envoie son commissaire sans 
« une seule ligne pour moi , sans un petit bout 
« de bulletin de la santé' de mon fils? Puis-je 
« bien le recevoir? avoir quelque chose à lui 
« dire? Il en est de même de celui d'Alexandre, 
« qui a mis de la gloire à se dire mon ami , 
« contre lequel je n'ai eu que des guelrres po- 
« litiques , et non des querelles personnelles, 
«c Ils ont beau être Souverains, nous n'en som- 
« mes pas moins hommes ; je ne re'clame pas 
« d'autre litre en ce moment ! Ne devraient-iU 



98 MÉMORIAL' \ (Jfuiieitèié) 

ir pas tqus aToir un cœur? Croyeîi, Monsieur^ 
« qu() quand je répugne au titre de gênerai, 
w il ne peut m'offenser î je ne le décline que 
«* parce que ce serait convenir que je n*ai pas 
« e'te' Empereur; et je défehds ici plus Thon- 
«f neur des autres' que le mien. Je défends 
« rhonncur de ceux avec qui jf'ai été, à ce ti* 
#f tre, en rapport , en traité, en alliance de sang 
•r et de politique. Le seul de ces commissaires 
^ que je pusse recevoir peut-être, serait celui 
« de Louis XVIII , qui lie me doit rien : ce 
fc commissaire a été long-temps mon sujet, il 
u ne fait que marcher avec les circonstances 
« indépendantes de lui j aussi le recevrais - je 
«c demain, si je ne craignais les mauvais contes 
« qu'on ferait sans doute, et les sottes cou- 
« leurs dont on ne manquerait pas de peindre 
« cette circonstance, etc., etc. »' 

Après dîner rEmpereux est revenu encore 
sur répoque de son consulat , sur les nom- 
breuses conspirations dont il avait été P^bjet , 
sur les personnes célèbres de cette époque^ etc. 
J'ai déjà mentionné ces objets en grande partie 
plus baut. La conversation a duré jusqu'à une 



(juiHeii8,6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 99 

hcHre du matin, oe <}ui était pour nous uo 
extraordinaire. 

Vendredi 26 au Dimanche 28, 

Cour âe l'Empereur. -^Dépenses , économies , chasses , 
écuries 9 pages. Service d^hohnenr, etc. ^ etc. 

Notre vie accoutumée : sqr le milieu du jour, 
notre tour en calèche; le ,soif , là conyersation. 

Le 27, l'Empereur a rççu.un moment, un 
colonel, parent des Walsh-Serrent,venant du Cap 
sur le Haycomb, et repartant le lendemain pour 
l'Europe. Il avait été gouverneur de Bourbon ^ 
dont il nous a fort entretenu, et sous des rap-^ 
ports agréables t 

Après le dîner, la conversation a lété sur 
l'ancienne et la nouvelle Cour, leurs arrange- 
^lens, leurs dépense^, leur étiquette, etc., etc. 
J'ai déjà parlé ailleurs de Ja plupart de ces 
choses , dont beaucoup n'ont été que renouvela 
lées ici. J'en supprime ce qui ne serait qu'une 
stricte répétition. , 

. La Cour de l'Empereur était bien plus ma^ 
gnifique, sous tous les rapports, que tout ce 
qu'op avait vu jusque-là j et ceycndîint, disait-r. 



A 00 MÉMORIAL { juillet isie ) 

il, elle; coûtait inûmment moins. La suppres- 
sion des abus^ Tordre et la régularité dans les 
comptes, faisaient cette grande diffe'rence. Sa 
chasse, à quelques particularités près, inutiles 
ou ridicules , observait - il , comme celle du fau- 
con et autres, était aussi splendide, aussi nom- 
breuse , aussi bruyante que celle de Louis XVI, 
et elle ne lui coûtait annuellement, assurait-il, 
que JJOO mille francs, tandis qu'elle revenait au 
Roi à 7 millions. Il en était de même de la table : 
Tordre et la se've'rite' de Duroc , disait TEmpe- 
reur , avaient accompli des prodiges sur ce 
point. Sous les Rois, les palais ne demeuraient 
point mieuble's, on transportait les mêmes meu- 
bles d'un palais à Tautrej on n'en fournissait 
point aux gens de la Cour j c'était à chacun à 
s'en pourvoir. Sous lui, au contraire, il n'y 
avait personne en service qui ne se trouvât dans 
la chambre qui lui était assignée, aussi bien 
ou mieux que chez lui, pour tout ce qui était 
nécessaire ou convenable. 

L'écurie de TËmpereur lui coûtait 3 millions; 
les chevaux revenaient, en somme, à 3 mille 
francs T un dans l'autre par an. Un page de 6 à 
8 mille francs: cette dernière dépense g, obser- 



(Juiiittisis) DE SAI3VTE-HÉLÊNE. 401 

vait-il, était la plus forte, peut-être, du palais, 
aussi pouvait - on vanter Te'ducation qu'on leur 
donnait , les soins qu'on en prenait. Toutes les 
premières familles de l'Empire sollicitaient d'y 
placer leursenfans, et elles avaient raison, disait 
TEmpereur. 

Quant à l'étiquette , l'Emperçur disait qu'il 
était le premier qui eût sépare le seri^icedhon^ 
neurÇ expression imaginée sous lui ) , du service 
des besoins. Il avait mis de côté tout ce qui 
était sale et réel , pour y substituer ce qui n'é- 
tait que nominal et de pure décoration, «c Un 
(i Roi y disait^l, n'est pas dans la nature; il n'est 
« que dans la civilisation. Il n'en est point de 
« nu j il n'en saurait être que d'habillé, etc. » 

L'Empereur disait-qu'on ne saurait être plus 
sûr que lui de la nature et de la comparaison 
de tous ces objets , parce qu'ils avaient été tous 
arrêtés par lui, et sur les procès-verbaum des 
temps passés, où il n'avait fait qu'élaguer le 
ridicule, et conserver ce qui pouvait être bon^ 
etc., etc. 

La conversation s'était prolongée au-delà de 
Ai heures. Elle avait été assez gaie , et l'Empe- 
reur a encore observé, en nous quittant, qu'il 



402 MÉMORIAL (j«iiuii$i6) 

fallait y après tout que nous fussions une bonne 
pâte de gens, pour pouvoir nous contenter ainsi 
à Sainte-Hëiène* 

Lundi 2g. 

Noayelle méchanceté du Goareraear, etc* •— Projet 
désespéré du Corse Santîai* 

Le temps s'était mis au màurais depuis quel^ 
ques joui* ; TEinpereur a profite' d'un instant , 
pour visiter une tente que l'Amiral lui a fait 
élever très-galamment , par les gens de sa hé-^ 
gâte , depuis qu*il Ta entendu, dans fetconver- 
satioii, se plaindre de n'avoir pas d'ombrage ici ; 
et de ne pouvoir demeurer hors de sa chambre* 
L'Empereur k fârle' à l'officier et aux gens qui 
la terminaient en cet instant , et a commande de 
faire donner uxl napoléon à chacun des matelots* 

Aujourd'hui nous avons appris que le der-» 
mér|)âtitneiLt avait apporte , à l'adresse de l'Em- 
pereur, un ouvrage sur les affaires du temps ^ 
par i^n membre du Parlement , nous-a-t-ôn éit. 
Il e'tait envoyé' par l'auteur même, et sur la re-»- 
liUrè était en lettres d'or : >dî ISapoUfoM-le^ 
Grand. Cette circonstan(;e a porte le Gouverneur 
à tpteniT Touvragc , sévérité qui de sa part ccm- 



, i 



(ji«ikii«i«) DE SAINTE-HÉLÈNE. >I03 

traste étrangement avec son empressement à 
BOUS aroir prête des libelles qui s'expriment si 
incoayenablement sur l'Empereur. 

Pendant le dîner, TEmpereur, fixant d?un œil 
sévère un de ses gens, a dit, au grand e'tonne- 
ment de nous tous : <r Comment , brigand , tu 
« voulais tuer le Gouverneur !... Misérable î.... 
« Qu'il te revienne de pareilles idées, et tu au- 
« ra$ àflaire à moi i tu verras comme je te trai* 
« terai, )» Et, s'adressantànous, il a dit : « Mes-> 
« sieurs, Voilà Santini qui voulait tuer le Gou- 
« vemeur. €e drôle allait nous faire là une belle 
<t afTaire I II m'a fallu toute mon autorité ^ toute 
« ma colère pour le retenir. » 

Pour l'intelligence de ceci , je dois dire que 
Santini, jadis huissier du cabinet de l'Empe- 
reur, et que son extrême dévoûment avait porté 
à suivre son maître pour le servir, disait-il, 
sous quelque titre que Ton voulût, était un 
Corse qui sentait profondément et s'exaltait avec 
facilité. Outré, depuis quelque teihps, des mau- 
vais traitemens du Gouverneur, ne pouvant 
tenir aux outrages qu'il voyait prodiguer à 
l'Empereur , aigri de voir sa santé en dépérir , 
gagné lui-même par une mélancolie noire, il jy^ait 



4 0» MÉMORIAL ( Juiiut iSiô ) 

. cess(^, depuis quelque temps , tout setvice de 
rinte'rieur, et, sous pre'texte de procurer quel* 
ques oiseaux pour le dejeûuer de l'Empereur , 
il semblait ne p! us s'occuper que de chasser 
dans le voisinage. Pans un moment d'aj^andon 
il confia à Cjpriani, son compatriote, qu'il 
avait le projet, à Taide.de son fu$il à deux 
coups, de tuer le Gouverneur et de. s'expédier 
ensuite lui-même. Le tout, disait.- il, pour 
délivrer la terre d'un monstre. 

Cypriani, qui connaissait le caractère de son 
compatriote, effraya de sa re'solution, en fit 
part à plusieurs autres du service , et tous se 
réunirent pour prêcher Santini j mais leur élo- 
quence, loin de radoucir, ne semblait que 
l'irriter. Ils prirent alors le parti de tout dé- 
couvrir à l'Empereur, qui le manda sur-le- 
champ en sa présence : « Et ce n'est, me di- 
te sait-il plus tard , que par autorité impériale , 
i< p^tifîcale ^ que j'ai pu venir à bout de ter- 
u rasser la résolution de ce gaillard-là. Voyez 
ce un peu l'esclandre qull allait causer. J'aurais 
« donc encore passé pour le meurtrier, l'assas- 
«sin du Gouverneur. Et au fait il eût été 



(loiiiaieiG) DÉ SAIiyTE-HÉLÈNE. «OS 

« bien difficile d'pter une telle pensée de la 
<t tête de bien des gens ! etb • » 

L'Çmpereùr notis iai lu après dliier là Mdrt 
de Pompdë/ que lés journaux di^ient occu- 
per beauccmp Paris eii te niôment psit ses 
àllùsions^» Et, à ce sujet, on à rëpëte encore 
qu on y aVait fe'té oblige de défendre Ri- 
chard, observant qti^assurëlnent au 5 et 6 oc- 
tobre, Loui& XVI eût ete loin d^imagine)- qu'on 
fàt jamais danis le cas de lé proscrire pMir le 
Compte d un autre: a C'est <pie les choses ont 
* bien change! a dit l'Empereur ^ 

Mardi 3o.; 

L^Empereut, après quelques toui-s dans U 
jardin, est entré chez le général Gourgaud^ où 
il 5^est occupé longtemps , le compas . et^ le 
Crayon ^ la main , à arrêter les dimensions dé 
la côte de Syrie et du plan de Saint-Jean-d'A- 
cre, dont il l'a chargé. En marquant quelques 
points autour de Saint-Jean-d'Acre , il disait : 
« j'ai passé là de bien mauvais momens ! » 

Le soir, le Mariage de Figaro , qui nous a 
amuses et intéressés beaucoup plus que nous 
ne nous y attendions^ C'était la révolution déjà 
«n action , disait l'Empereur en fermant; le li^re» 



406 MÉMORIAL (jaiiietiSxô} 

Mercredi 3i* 

Mâanif ie La Harpe» — Religieuses. — Conveo». -*^ 
Tvapistes.— -Clergé firançais. 

^ Le temps a été éppuTantable; à peine L'Em- 
pereur a-*t-il pu, sur les trois heures^ gagner le 
salon de M"* de Montholon. Il y a lu quel- 
que temps les Mille et uae Nuits^ qu'il a trouvées 
sous ^a main; et jetant ensuite les yeux sur nu 
* Tol«9iedu Moniteur que travaille en ce moment 
M. de Montholon, et qui se trouvait ouvert 
aux négociations pour un armistice maritixae en 
4800 , il s'y eçt enseveli plus d'une heure. 

Après dîner, ^Empereur a lu, d'abord la 
Mère Ck)upablc, à laquelle nous avons trouvé 
de l'intérêt , et puis Mélanie de La Harpe, qu*il 
a trouvée mécliamment conçue et fort mal exé- 
cutée. « Une déclamation boursoufflée , disait- 
« il, tout à fait dans l'esprit du temps, bâtie 
« sur des calomnies a la mode, et des faussetés 
« absurdes.Quand La Harpe écrivait cette pièce, 
ic un père n'aurait certainement pas eu le pou- 
« voir de forcer sa fille à être religieuse; jamais 
m Tautorité n'jy eût donné les mains. Cette 
« pièce, jouée au moment de la révolution, n'a 



(Juatct i6i£) DE §AÏNTE-HÉLÈNE. iOT 

« dû son succèft ^u'aa travers d'esprit dumo- 
jK mci^t. Aujourd'hui qifie ia pass^n ^sf toiair, . 
« bëe, dld ferait piti^. La Hatpe a^a fait que 
« 4e fauisses peintures : i} ne f&llait point atta^ 
cr C[uer défi inâftituliooB vicieuses avec d«s ins-» 
m- ferumeiis vicieux. » 

L'Empereur disait que La Harpe avait telles 
meut mattque son but, vis-'à««>vi« de lui, quer 
tout sou intérêt 4^it pour le père , et sa mau-» 
vaiie huflieur contre la fille. Il ne l'avait jamaîd 
vu jouer qu^ii n^ ^t tente de M lever do ssl 
loge, et de crier & ia fille : « Dites seuiatnent 
« non, €t «otts voiis soutenons 4ô«i« ici; cha-» 
te q^ citoyen sera votre dfëfenseur. » 

Il di'sait qu'^ant am rëgiment, il avait assisté 
à maintes prises d'habit. « Cëtait une cér^o^ 
« nie fort suivie par les officiers , et qui nous 
« irritait fort , disait-il , surtout si lés demoi-^ 
« filles étaient jolies. Nous accourions^ et ten-** 
« dions nos oreilles longues d'une aune.' Si elles 
« eussentditizoi^^nous les eussions enlevées l'ë^ 
« pee à laniajn.Il est donc £aUix qu'on^mployà t la 
« vicdence , mais seulement on employait les sé^ 
« duettow : 4HÎ<éngeolait pèu^étré ces ieligieu** 
m ses à ia manièfre des recrues. Le fait est 



4ÔÎÎ MÉMORIAL (Juillet t8ifj) 

u qu'elles avaient à passer , ayant de cotfckire ; 

* par les religieuses, la supérieure, le direc- 
.« teur , rëvêque, Tofficier civil, et enfin les 

ff spectat6ui:s. Le moyen <fue tout c^ se fut 

• entendu pour concourir à u|^ csiine« n , 
L'Empereur disait qu'il ç'tait contraire aux 

convens en général, cpihme inutiles^ et d'une 
oisiveté abr^tissan^te. Pourtant , d'un autr^e coté^ 
disaiHl encore, il y avait certaines choses à 

.dire en leur faveui*.: Les tcdérei:^ astreindre 
leurs membres à être utiles,' ne reconn^ître^que 
des Vieeux annuels, étaient ^ selon lui, le nieilleur 
mezza termine, et c'est ce qu'il avait. fait,^ 

L'Empereur se plaignait de. n'avoir pas eu le 
temps de comipleter aucune de ses. inistitutions. 
Aux maisons de Saint-Denis et d'Ecouen, il 
s'était proposé de joindre, un certain nomb^'e de 
chambres pour servir d'asile et d'hospices à 

« des veuves de militaires ou à des femmes^âgées , 
etc., etc* «( Et puis, il fallait convenir encore, 
<c ajoutait- il, qu'il était des caractères , .des 
« imaginations de toutes sortes; qu'on ne de- 
«c vrait pas contraindre les travers mêmes, 
€< quand ils n'étaient pas nuisibles; qu'un Em- 
f( pire comme la France pouvait et devait 



(f«tilni8i5) DE SAINTEnBDÉLÈNE: 409 

« avoir quekpies hospice» de fojasaj^peUs.ifra- 
<i pister. » Au sujet de' ceux-ci, il observait 
qu^assuranent s'il venait dans la peusëe d'uu 
homme d'infliger les pratiques qu'ils observent^ ^ 
elles passeraient ajuste titrç, pour la plus abo- 
minable des tyrannies, et que pourtant elles 
peuveat faire le9 délices de celui qui se les im^ 

pose volontairement Voilà l'homme, sesbi^ 

zarreries;, ou sa folie ! ... H disadt qu'il avait per- 
mis les moines du Mont-Genis^- maïs ceux-ci 
du moins, ajoutait-il^ étaient utiles, trèsrutiles^ 
on pourrait même dire héroïques. 

L'Empereur avait dit dans son Conseil d'E- 
tat , lors de l'organisation de l'université : « Ma 
« pensée est que les moines seraient de beau- 
«f coup les meilleurs corps enseignans, s*il 
«c était possible de les maîtriser, de les sous- 
•f traire à un chef étranger. J'ai du penchant 
« pour eux, avait-il ajouté. J'aurais peut-être 
^ eu la puiss£^nce de les rétablir j m^is ils me 
« Tout rendu impossible. Je ne fais rien pour 
« le clergé^ ^^'i^ ^^ ^^ donne, aussitôt lieu 
#r 4e m'en repentir. Ce n'est pas que je me 
ff plaigne préçisém^ent d^ ^ciiJs^ clergé j ]m 



««B MÉMORIAL (JWRéiié^O 

«r toMS même dâse^ c&Mentj; mais dH elère les 
« nMETeaut pràtrès dam; une doctrine sombre , 
m fmiatf^e, il n'y a rien de gallican dans le 
M jtenne clergd, 

« Je n'ai rien à dire contre les anciens, les 
« yietOL éfèffçien : ifo «e sont montres recon* 
« naissans de ce que f avais fait pour la reli- 
^ gion^ ils ont répondu à mes espérances. 
^ ¥ Le is^iAiml de Soiig'elik était tu homme 
4(' d'esprit 5 un homme de bien, cftA mWait 
<^]x>taleme9t adopté» 

« L'archevêque de Tours, Mcatràl^ homme 
tt de beaucoup d'instrttctî(m, et qui nous a 
« fort -servis dansf nos différends avec le Pape, 
.K m'est toujours demeuré fort attaché, 

«c Le digne cardinal di^ Sellq/j le bon ar^ 
fc chevêque Roquelaure^ m'affçetionnaient sin-» 
«c càrement. 

« Je n'avais fait nulle difficulté de mettre 
«c révêque j^eaussçi au npmbre des dignitai- 
« res de l'université , et je ne doute pas qu'il 
fc ne fût un de ceux qui s*y conduisaient le plus 
«c sincèrement dans mes intentions/ 

<< Tous ces anciens évêques eurent ma côn-r 
u fiance , et nul ne la trompa. Ce qu'ily a de sin» 



(i«iilettai6) DE SAÏNTE-HÉUÈNE. 441 

« guHer 9 c'est que cmx dont i^i eix.ktài^ plaiin* 
« dre ^ sont pi ëcisévMsoit ceux cpie faims fieâto 
K mol^méine} tant il n'est qtte trof 7m, que 
« l'onctioii sainte^ en nous attachant au dcH. 
ic maîne du Gkl, ne now délme pas des in- 
« firmites de la terre, de ses traders ^ de sea 
« Tilenies, de 1^ turpitudes^ et€«, etc. 

La conversation, s'est arrêtée ensaite; sUr la 
manque de prêtres en France; sur Tobligation 
de les engager à 4 6 ans ; et la difficulté ou même 
l'impossibilité d'en trouver à 2i^ etc. , etc^ 

.L'&Apeireur voulait qu'on les ordminât beau- 
coup plus tard, « C'est fort bien, lui rëpon- 
« daient les dvêques, le Pape même, jos rai- 
tt sonnemens sont très-justes; mais si vous at- 
« tendez à cet âge , vous n'en trouverez plus , 
« avouaient-ils, et vous admettez pourtant qu'il 
« vous en faut. 

ft II est bors de doute, a observé l'Empereur, 
«c qu'après moi viendront d'autres principes, 
« Peut-être vena-t-on en France une conscrip- 
« tion de prêtres et de religieuses; comme on j 
« voyait, de mon temps, utie conscription mili*- 
tt taire. Peut - être ihes casernes deviendront- 
« elles des couvens et des séminaires ? Ainsi va le 



àA t MÉMORIAL ( Ao4t iM) 

m monde !... Paurres nations ! en d^pit de toutes 
«* vos lumières ^ de toute votre sagesse, vous de? ^ 
« meiirez soumises aux caprices de la mode, 
« comme de simples individus. » 

- Il était près d'uii^ heure, du matin quand 
l'Empereur s'est retire : c'était une véritable- 
victoire sur Feïinui, a-t-ildit, et de grands 
avantages contre l'insomnie. 

Jen4i î^"" apût I§x6, 

|^ril-Antoinett&. -rr Mœurs de Yersaîlies. — Anecdotçi^ 
^^ Bérerley. rr Le Pèrç de Fsimille de Diderot. 

Le temps était épouvantable. Sur les 3 heure? 
}e Gtand-Mareçhal est venu me chercher ; j'a- 
vais précisément essaye de mettre le pied dehors, 
\l ne m'a pas troi^vé. C'étaient des Anglais <ju'4 
savait à présenter à l'Empereuir. 

li'Jln^pereur qx'a fa^t appeler sur les 5 liQu^es : 
il était dp mauvaise humeur, et un peu. contre 
moi, 4^s^U-il: Isf visite d^ ces Anglais, le mau- 
yais temps, le manque du sq^lon, celui d'intpr- 
pr^te , tout l'avait contrarjié. 

Il lisait les Veillées du Q^âteçiu , qui l'euT 
çfuyaient^ ni'observait-il^ et il les ^ quittées; 



(Ao&i i«ie) DE SAINTE-HÉLÈNE. 413 

pour prendre les contes de la Reine, Margue- 
rite de Navarre. M 

Puis il est passé à causer de Versailles : la 
cour, la Reine, M"*^ Campan, le Roi, ont été 
lés principaux objets,' et ila dit beaucoup de 
choses dont j'ai dé|à cite quel(pies-unes , et 
dont je supprime un grand nombre d^autres. Il 
a conclu, disant que Louis XVI eût été le 
plus exemplaire des particuliers, et qu'il avait 
été un fort pauvre Roi. Il a dit que la Reine 
eftt ëte' sans doute , dans tous les temps , l'ome-r'^ 
ment de tous lès salons; mais sa légèreté', sc§ 
inconse'quences, son peii'de capacité, n'avaieiit 
pas peu contribua à provoquer, à précipiter la 
eatastropbe : elle avait, disait-il, tout à fait 
ehangë les moeurs de Versailles; l'antique gra-r 
vite, la sévère étiquette, se trouvaient transfor-r 
méesen gentillesses aisées^ en vrais caquétages 
de boudoir. Tout homme sensé, tout homme 
de poids ne pouvait échapper à la mystification 
déjeunes courtisans, dont là disposition natu-f 
yelle à la moquerie se trouvait aiguillonnée* 
encore par les applaudissemens d'une jeûne et 
))elle souveraine* 

yne anecdote des plus caractéristiques a été 



41» MÉMORIAL (A«ûi|«,j6) 
citée à Fappui : Un brave et digne geBerai alUs* 
mand se rend à Paris avec une recoHunandaticm 
spéciale pouir la Kèine, de la part de Tempe- 
jeur. Joseph, son frère» La Reine ne croit pa& 
lui faire de plus grande faireur que de Tad- 
mettre dans .sa petite socie'té.. Il s y trouva y 
cooMste on pense , un peu desorienté ; mais etk 
voulait le bien traiter, et Yob. s» fit unç loi de le 
faire causer. Il fut malheureux dans le choix de 
ses sujets et dans I9 nature de son débit ; il 
parla beaucoup de sajiiment blanche et de sa 
^merU grise qu'il aimait par-dessus tout. Le& 
jeunes courtisans 4o le questionner malicieuse- 
nieut à cet égard; sur une foule de petits détails, 
ai£;i&qi;^ls il avait la bonhomie de jépondre avec 
importance. Enfin ;» l'un d'eux, pouf terminer, 
lui demande à laquelle décidemment il donne- 
rait la préférence. », Ma foi , répond empfaa- 

« tiquem^nt le général , je dois confesser que si ^ 
tt uu jour de bataille, je me trouvais monté sur 
et ma jument blanche, je crois que je n'eu des*- 
^ cendrais pas pour monter sur ma jument 
n grise. » Il sortit, et Dieu sait quelles gorges 
chaudes on en fit. La conversation ay^nt pris 
une aube direction, ou discuta longuement et 



(JUéi iM) DE SAINTE-HÉLÉNE. 4« 

spirituellement sur les blondes et les brunes, et 
la Reine ayant demandé à quelqu'un quelle 
serait sa pre'férence ; celui-ci aussitôt d'arrondir 
son dos , de prendre le ton solennel de TAutri- 
chien , et de dire : « Ma for, Madame, je dois 
ic confesser que si, im jour de bataille ^^^ je me 

«trouvais — Asse», rendit la Reine, 

« ifàtgùetrncfas le reête. » 

Après diner , il nous a lu Bérerlcy et le Père 
ée Famille, celui-ci a surtout eicité sa censure 
Il nous semblait pitoyable. Ce qui amusait le 
plus FEmpereur, disait-il, c'est qu'il fut de 
Diderot; ce coriphée des plalasopliès et de l'En- 
cyclopédie. Tout y est faux et ridicule, obser- 
tait-il. L'Empereur a beaucoup discuté sur les 
détails, et a terminé eîi disant : « A quoi bon 
« parlét à un insensé dans le fort de la fièvre 
« ehaude? Ce sont des remèdes qu'il lui faut, de 
« grandes mesures, et non des argument. Qui 
« ne sait que la seule victoire contre Tamour 
« c'est la faite? Mentor, quand il" veut garantir 
« Telémaque, le précipite dans la mer. Ulysse, 
« quand il veut se préserver des syrènes, se fait 
•c lier , après avoir bouché avec de la cire les 
n oreiHes de ses compagnons^ etc, , etc. ji • 



A^6 MÉMORIAL (AcAtiSiB) 

Vendredi 2. 

Historiée de l'i^mlgratioa àCoblentz.-— Anecdotes^ i^tc; 

Continuation de temps épouvantable , pluie 
battante. L'Empereur ne se trouvait pas bien , 
il se sentait les n»fs trçs-agaces. 

Il m*a fait appeler pour déjeuner avec lui.' 
Pendant tout le déjeuner, et long-temps en- 
core après , la conversation a ete de ^ non* 
veau sur l'émigration. J'ai déjà dit qu'il m'y 
ramenait souvent. Il me questionnait aujour^ 
d'hui sur les détails de Coblentz; Botre situa- 
tion, notre esprit, nos sociétés , notre organisa- 
tion, nos vues, nos ressources; et à la suite de 
toutes mes réponses , il a terminé disant : 
<► Voilà déjà plusieurs fois que vous me dites 
« une grande partie de ces choses; et cependant 
« elles ne demeurent pas dans ma tête, parce que 
« vous me les débitez sans ordre. Écrivez-en un 
« petit historique régulier. Qu'auriez-vpus de 
«( mieux à faire ici? Et puis, inon cher ^ cela se 
ft trouvera un morceau tout fait pour votre 
fK Journal. >» Cette demande était celle deDidon 
g âhée, et j'eusjse pu m'éçrier ^ussi : Tri/0ndf^m 



I 



{Aoèiiet6) DE SAINTE-HÉLÈNE; 117 

regindjubcs.... Toutefois, je fis ce tracé au- 
tant que me le permettaient ma joiemoire et 
mon jugement; car cela commençait à devenir 
vieux, et j'étais bien jeune alors. Le yoici tel 
que je le lus, peu de temps après, à Napoléon. 
€< Sire, après la fameuse journée ijui renr 
versa la Bastille et mit toute la France en mou- 
vement, la plupart de nos Princes, qui se troii^ 
valent comjNromis, prirent la fuite, uniquie- 
ment d'abord pour se mettre en sûreté* Bientôt 
après, des personnes considérables et des jeunes 
^ens furent les joindre : \a% premiers, par les 
rapports qu'ils avaient avec eux; les autre^> 
parce que cette démarcbe portait en soi quel- 
que chose d« marquant , de généreux et de 
prononcé. Dès qu'on, se trouva un certain nom- 
bre, il vint à Fesprit de faire tourner au profit 
de la politique ce que, jusque-là^ le zèle et le 
hasard seuls avaient amené. On pensa que si , à 
l'aide de ces réunions, on pouvait créer une es- 
pèce de petite puissance , elle pourrait réagir 
avec avantage sur le. dedans, qu'elle y devien- 
drait un levier d'insurrection, y. frapperait les 
esprits et. y gênerait les: mouvemens, tandis 
qu'au dehors ;, ce serait un titre ou un prétexte 



42Ô -^ MËMORIAL . (Aoèiiâiê) 

deCoiide,ôù le grand-père combattait au centre, 
tandis que le fils et le petit-fils conduisaient la 
droite et la gauche, où ils étaient ble^^'s, je 
Crois, tous deux, et le même jour. 

<c La })rincesse de Monaco avait suivi le 
prinCe de Conde' : il Ta ëpouse'é depuis; mais 
dès-lors elle gouvernait ddjà sàmàisou, et en 
fi^isaitles honneurs. Nous avoUs pu entieSUdré, i 
cette table, des convives dire et redire aU Prince 
que nous n^e'tions dëjà qiie trop polir eiitrer en 
France} que son* nom et tin mouchoir blanô 
suffisaient; que l'ëtoile des Condë allait enfin 
reparaître j que Toccasionr était unique* quil 
fallait la saisir; et je ne garantirais pas qu'on ue 
fût venu à bout de suggérer au Prince des vues 
personnelles très -intéressées. 

k Worms, par là nature de Son rassemble"- 
ment et le caractère de son chef, montra tou*- 
jours plus de re'gularité , plus d'âusterité de dis*- 
cipline que Coblentz , où se faisaient remarquer 
plus de mouvement, de luxe et de plaisirs : 
aussi Worms fut-il appelé le camp et Coblentîs 
la ville ou la cour. 

« La force du rassemblement mesurait Vim^ 
portance de son chef; ce qui faisait que le 



(aoaéi8i6) de sainte-Hélène. ^2^ 

prince de Conde ne voyait (ju'avec peine qu'on 
lui echapj^âty et se le rappelait long- temps. Je 
n'en courus pas moins à Coblentz dès qu'il eut 
acquis une certaine splendeur; j'y avais des 
parens, des amis, et puis là se trouvaient plus 
de lustre, d'agitation et de grandeurs. CoLlentz 
fut en peu de temps un foyer d'intrigues étran- 
gères et domestiques; on pouvait y apercevoir 
deux partis distincts : MM. d'Avaray, de Jau- 
court et autres, étaient les confidens , les con- 
seillers ou les ministres de Monsieur, aujour* 
d'iiui Louis XVÏII. L'évèque d^Arras, le comte 
de Vaudreuil et autres ^ étaient ceux de M*^ le 
comte d'Artois ; et dès ce temps-là même, oh 
assurait que ces princes montraient déjà assez 
distinctement les ipêmes nuances politiques 
que Ton a prétendu les avoir caractérisés depuis. 
M. de Breteuil, &%fi à Bruxelles, et se disant 
muni des pouvoirs illimités de Louis XVI, 
formait un. troisième parti, et venait encore com- 
pliquer nos affaires. 

w M., de Calonne était notre ressource finan- 
cière, et le vieux maréchal de Broglie et le ma- 
réchal de Castiies, nos chefs militaires. Le brave 
et capable M. de Bouille, sorti de France après 
5. 8 



I 



Ht MEMORIAL (XoMiM) 

FafFahrede Varenncs, n*avait pu dFemetrrer anrcc 
nous et avait suivi le Roi Gustave III eu Suède, 
(t Cependant l'ëmigration avait pris un grand 
cai^ctère, gtâce aux soins employées pour la 
propager. Des agens avaient parcouru les pro^ 
vinces, des avis avaient circule dans les châ- 
teaux, sommant tout gentilhomme d'aller se 
joindre aux princes, pour concourir avec eux au 
salut de ràutel et du trône , venger leur honneur, 
et recouvrer leurs droits. On avait prêche' une 
véritatle croisade, et avec d'autant plus de fruit 
qu'elle avait frappé sur des esprits disposés à 
l'entendre. Panni tous les nobles et les privilé- 
giés^, il n'en était pas un seul qui ne se sentît vive- 
ment Messe par les décrets de l'Assemblée. 
Tous y avaient perdu ce à quoi ils tenaient 
davantage, depuis celui qui occupait le plus 
haut rang, jusqu'au plus petit hobereau j car 
àu premier on avait enlevé son titre et ses vas- 
saux, et le dernier avait vu insulter sa tourelle, 
son pigeonnier; on avait tiré sur ses lièvres. 
Aussi le mouvement fut aussitôt universel pour 
se mettre en route; on n'y pouvait manquer 
sous peine de déshonneur, et les femmes furent 
dirigées à envoyer des fuseaux à ceux qui de- 



(Ai^i%a} DE SA!NTE«HÉLÊNE. *2S 

metiiaient incertains,' ou 49e 'montrs&eiit trop 
lents. Soit donc colère ^ piisîUaminité on point 
d'honnëdr « fëwgpratiob devint une véritable 
maladie; Vw âe précipita ayéc faremi horsrdes 
frontières ; et c^ qni ne oonitribna pas pén ii l'ac-^ 
croître, c'est que W meneurs de la jrévdbitioii 
j poussaient en Secret, tout en ayant l'air dé s'y' 
opposer en public ; ils déclamaient ragaékitot 
contre elle à la tribune y il est vraif 'mais ils 
avaient grand * soin de tenip toiis les ^assajg^s 
bien ouverts. Le ièle vettàît-il à se ralentir? 
les déclamations devenaient plus violentés , et 
Ton décidait de fermer strictement les barriè- 
res. Alors ceux qui étaient demeures en arrière 
se trouvaient au (fësespbir dô n'avoir pas su pro- 
fiter du moment favoràbîjB ; mais, accïd^ntelle- 
ment ou par négligence , les barrières se 
rouvraient <ïe pou veau, et on s y jetait avqc 
empressement , pour n'être pas encore, pris en 
défaut* C'çst par ce manège adroit que l'Assem- 
blée aidait sesennepiis à: se precipitjer eux 
mêmes dans le gouffre, . v ^ . , 

Les Sortes^ têtes du parti avaient juffç^i tout 
d'abord, qu'une tellô paesure^ allait les^désem- 



42» MÉMORIAL Ucêtt ttis ) 

combrer des parties hétérogènes qui gênaient 
leur marche y et ({ue les biens de tous ces bannis 
volontaires leur assureraient d'incalculables res« 
sources. Les officiers croyaient faire merveille 
que de s'esquiver de leurs régimens, tandis que 
les meneurs , de leur côté , faisaient révolter leurs 
soldats , pour les y contraindre. Ils se délivraient 
pat là d'enn^Odis qui les paralysaient , et se don « 
Baient dans les sous-offîciers, ali contraire, des 
coopératturs zélés , qui devinrent des héros dans 
la cause nationale : ce furent eux qui fournirent 
les grands capitaines^ et battirent toutes ks 
vieilles troupes de l'étranger. 

« Il arriva donc que Goblentz, en peu de 
temps» réunit tout ce que la cour en France 
avait d'illustre , et ce que les provinces renfer- 
maient* de riche et de distingué. Noiis étions 
des milliers de toutes armes, de tous uniformes , 
de tous rangs ; nous peuplions la ville et avions 
envahi le palais. Nos réunions de chaque jour , 
auprès des princes, semblaient autant de fêtes 
splendides; c'était la cour la plus brillante; nos 
princes en étaient les vrais souverains, si bien 

e le pauvre électeur , fort éclipsé, s'y trouvait 



tmeie 
plÇu 



pIQiu au milieu de nous ; ce qui porta quelqu'un 



(AûAt a,6) DE SAINTE-HÉLÈNE. ^25 

à lui obseryer un pur fort plaisamment, soit 
naïveté, ou finesse d'esprit, que dans toute la 
foule de son palais il n y avait que lui d'é- 
tranger. 

<c Dans les grandes solennités, il est arrivé 
d^avoir des galas publics, et Ton permettait 
aux notables habitant ûe faire le tour des ta- 
bles« Alors nous étions fiers de voir les gens du 
pajs admirer la bonne mine et la tournure che- 
valeresque de W^ le comte d'Artois i nous 
étions orgueilleux de savoir qu'ils rendaient 
hommage aux connaissances, à l'esprit de Mon- 
sieur ; et il eut fallu voir avec quelle arrogance 
nous semblioBS promener , pour ainsi dire , avec 
nous, toute l'importance, le lustre de notre mo« 
narchie , et surtout la supériorité de son chef 
et l'élévation de nos princes. S. M. le ^oi\ di- 
sions-nous pompeusement dans les cercle^ralle- 
mands , en désignant le roi de France ; car c'é- 
tait , ou ce devait être là, selon nous ^ son titre 
par excellence pour toute TEurope. L'abbé 
Maury, que now avions reçu d'abord avec accla* 
mations mais qui, par parenthèse, perdit beau* 
coup parmi nous en bien peu de temps, avait 
d^ottverj, j^\» disgtit-ij, que ç'étajt là jon 



i5« MÉMORIAL ( Août i^e ) 

droU et sa prérogative, yeut - on un 9mUe 
exeiapie d'exagération? . . 

H Plus tard, au plus fort de nos désastres , et 
notre cause tout à fait perdue, un officier supé- 
rieur autrichien, chargé de dépèches importantes 
pour ie gouverikement de Londres, réunit à 
dîner (pielquès^uns des nôtres avec lesquels il 
vavait eu jadis des relations «ur le 'Continent : â 
la fin du dîner et très- près de toutes vérités, 
Ton parle politique , et ii lui échappe de dire 
«qu'à son départ d« Vienne , on parlait bealucoup 
du mariage de Madame Royale (aujourd'hui 
duchesse d'Angoulôme) avec TarchiduG Char- 
ie€r, qui dans ce moment d'ailjeure occupait 
fort'la renommée, «— rMais c^eçt-JBHpossible ! lui 
« observe vivement un de ses contives frânçaiis. 
« -T^Ét pourquoi? — Parce que ce n'est pas un 
« mariage convenable pour Madame. -^ Com 
«c meiitt s'écrie TÀutrichien scandalisé et fati- 
« gant ses poulmons $ Son Altesse Royale M^' 
« l'^rchîduc Charles ^ Pas un. mariage convena- 
fc Me pour votre princesse *-^Eh ! non^jMonsieur) 
« elle ne iferait là qu'un mariage de garnison. ^ 

«Du reste, ces hautes prétentions nous ve- 
naient de no tre ; édu«ation : c'était là , à' nous , 



(Ao(u ,ai6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 427 

notre sentiment national ; nos princes n'eu 
étaient pas exempts. Chez nous le& frères du 
Roi dédaignaient le titre d'Altesse Royale ; ils 
avaient la prétention d'écrire avec le titre dç 
frère à tous les souverains; le reste était à Ta- 
venant; aussi n'était-ce qu'un cri en Europe 
contre nos manières de Versailles et les jpréten- 
tions de nos princes. 

tt Gustave III nous disait , à Aix-la-Cha- 
« pelle : « Votre Cour de Versailles n'était pas 
«abordable; sa hauteur et son persiflage étaient 
« aussi par trop forts : quand j y ai été, on m'y 
« regardait à peine, et en la quittant j'emportai 
tt le brevet de lourdaud , de ganache. » 

•c JLa duchesse de Cumberland , mariée au 
irère du Roi d'Angleterre, avait à se plaindre, 
<laas le même temps et dans la même ville, qu^ 
la princesse de Lamballe ne lui accordât pas les 
honneurs des deux battans. 

« Le vieux duc de Glocester, à Londres^ se 
plaignait plus tard, pour son compte, d'un de 
nos priuces du sang, et disait qu'au surplus le 
prince de Galles riait beaucoup de ce ^ue lui, 
prince de Galles, l'appelant Monseigneur y 
notre prince s'étudiait soigneusement a tourx^r 



-128 MEMORIAL (Aoéi iSi6> 

^es pkrases de manière à ne le lui jamais 
yendM. 

ce Toutefois , à Coblentz, dans nos circontance^ 
nouvelles, nos princes^ daignaient altérer leurs 
mœurs â cet égard, et descendre au hiyeau des 
princes étrangers. Us se trouvaient en ce mor 
ment auprès de l'électeur de Trêves, prince de 
Saxe, frère de leur mère, lequel, par parenr 
thèse j nous dévorions alors, et auquel nous 
avons coÂté plus tard la perte de ses états; ils 
daignaient l'appeler mon o/zcfc,'lui, pouvait les 
appeler mes neigeux , et il leur disait un jour , as-: 
sure-t-'On: «Cestà vos infortunes que je dois des» 
fc expriessions si tendres; à Versailles, je n'eusse 
« été pour vous que M. tahhé\ il n'est pas sûr 
« que vous m^eussiez reçu tous les jours, » Et on 
ajoutait qu'il disait vrai , et que le comte de 
Luzac<B son frère , là présent , en a^ait fait la 
^riste expérience. 

« Les princes passaient en général leurs soi-r 
rées dans leurs intimités particulières. L'ufi 
était, la plupart du temps, chez M*^® de Polas- 
tron , à laquelle il portait des soins que sa cons- 
tance et ses formes ont rendus respectables. Ce 
n'est pas que l'on n'essayât plusieurs fois, mais 



(Aoftti8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 429 

toujours en vain, de Ten distraire, tant les 
intrigans trouvaient peu leur compte avec 
M"* de Polastron, qui, douce, bonne, excel* 
lente, tout à fait désintéressée, tenait- à demeu-* 
rer absolument étrangère aux affaires. Son 
cercle se composait d'infiniment peu de monde. 
J'avais dû à une parente le bonheur d'y être 
admis; mais comme il fallait se retirer avant 
i'arrive'e du prince, je n'ai jamais eu TUonneur 
de l'y voir. 

« Monsieur passait ses soirées chez M"' de 
Balby , dame d'atours de Madame. M"® de 
Balby, vire, spirituelle, amie chaude, ennemie 
décidée, réunissait chez elle tout ce qu'il y 
avait de plus distingué : c'était un honneur que 
d'y être admis; on s'y trouvait au centre du 
goût et du bon ton. Monsieur y demeurait 
parfois assez tard, et quand la feule était écoiilé«, 
le cercle rétréci, il lui arrivait de raconter, et 
il faut avouer qu'il nous était aussi supérieur 
par les grâces de sa conversation que par soii 
rang et sa dignité. 

Voilà pour notre tenue , et nos dehor» 
de société à Coblentz : c'était notre beau 
pété ; nouç étions moins heureux sous la façq , 



4 30 MÉMORIAL ( A«&t iM) 

politique ; elle formait la partie honteuse. 

» Ah ! boa , a dit ici rEmpereur i aussi bieji 

ce jex;ommeuçais à trouver longs vos détails de 

,« salon. Il est vrai que pour vous c'est lexcusa- 

M ble; vous vous y complaisez > c'est votre jeune 

«teiops.Mais allez. » 

« Sire , toute notre multitude n'était qu'une 
iu>ble ethrîllante-cohuej tout notre ensemble of- 
frait l'image d'une complette confusion. C'ëtaii 
l'anarchie 9 s'agitant au-dehors, pour établir, 
ddsait-on^ l'ordre au-dedansj une véritable dé- 
nocfatie combattant pour rétablir son aristocra- 
tie. Nous donnions en petit , du reste , et à quel- 
ques nuances pr^s, la répétition de tout ce qui se 
faisait en France. Nous avions parmi nous des 
zélateurs tenaces de nos vieilles formes , et des 
. amateurs ardens delà nouveauté; nous âvionsnos 
constitutionnels , nos intolérans , nos modérés. 
Nous avions nos empyriques , qui regrettaient 
fort de ne s'être pas emparé du Roi , pour agir 
de force en son nom, ou tout bonnement le faire 
déclarer incapable; enfin nous avions aussi nos 
jacobins , qui voulaient tout tuer , tout brûler y 
tout détruire en rentrant, etc. , etc. 

« Nos princes n'exerçaient aucune autorité 



(Août a«i6) DE SAlNTE-HELÈNE. 434 

positire sur notare multitude : ils étaient nM 
souverains , il est vrai 5 mais nous étions des 
sujets fort indociles, et très-facilement aigris^ 
nous murmurions à tout propos j c'était sur- 
tout sur les derniers^ arrivans que se portait 
la fureur comnaune; c'était autjant de gloire et 
de chance qu'ils enlevaient à nos exploits et à 
nos espérances, disions-nous i On arrivait tou- 
jours trop tard, s'écriaient tous ceux qui se 
trouvaient une fois admis. Il n'y avait plus 
de mérite désormais^ disait-oo^ Si l'on conti- 
nuait à tout recevoir ainsi , la France entiène 
serait bientôt de notre côté, et ibne se trou- 
verait plus personne de punissable au re- 
tour, etc., etc. 

'«c Pieu vaient alors , de tous côtés , les dénojii- 
ciatîons de toutes sortes sur ceux qui ani- 
vaient. Vn prince de Saînt-Maurice , fils dii 
prince de MJontbarey , ne put résister i 
l'ouragan 7 bien qu'il eut l'appui formel de tout 
ce qu'il y- avait de distingué, celui du Prince 
même, qui daigna implorer en sa faveur, dir 
sant : « Ek i Messieurs , qui n'a pas ses fautes à 
«se reprocher dans la révolution? Moi aussi 
« j'ai eu les miennes 3 et en les oubliant vous 



-Î32 MEMORIAL (Aoàt iSia) 

« m'ayez donné le droit d'intercëder pour 
« d'autres, » M. dé -Saint-Maurice n'en dut 
pas moi^s de'guerpir au plus vite : son crime 
était d'avoir été' de la société des amis des 
noirs, et d'être poursuivi, au milieu de nous> 
avec acharnement, par un gentilhomme franc- 
comtois , qui dénonçait M. de Saint-Maurice 
pour lui avoir fait brûler des châteaux. Or, 
peu de jours après, il se découvrit que Iç cla- 
baudeur n'avait pas de château, qu'il n*f tait 
pas Franc-Comtois, qu'il n'était point gentil- 
homme ; ce n'était qu'un aventurier. 

« M. de ÇazalêSj qui avait rempli la France 
et l'Europe de l'éclat de son éloquence et de 
son courage dans l' Assemblée nationale , avait 
néanmoins perdu la faveur populaire à Co- 
blentz. Quand il se présenta de Paris , le bruit 
courut , parmi nous, que les Princes ne le recc-. 
vraient pas, ou le recevraient mal. Nous nous 
réunîmes 80 Languedociens, pour lui servir d'es- 
corte, en dépit de lui-même. M, de Cazalès était 
l'honneur de notre province; nous le eonduisî- 
^les ainsi chez les Princes, et il en fut bien reçu. 

« Un député du tiers-état, qui s'était fort 
4i3tingué; à la Constituante^ par son royalisme, 



(ÂoAt iai6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 4S3 
€tait au milieu de nous. Un de nos Princes, 
s'adressant un jour à lui , dans la foule, lui dit z, 
« Mais, un tel, explicpez moi donc? vous qui 
ft êtes si honnête homme, comment avez- vous pu 
te dans le temps , prêter le serment du jeu de 
« paume? » Le députe, interlocpië de]l'algarade, 
balbutia d'abord (pi'il avait ëtë pris à court... ^ 
qu'il ne devinait pas les conséquences funes- 
tes Puis, se remettant aussitôt en selle, il 

répliqua avec vivacité : « Du reste, j'observe- 
« rai à Monseigneur que ce n'est pas ce 
« qui a perdu la monarchie française ; mais 
K bien la réunion de la noblesse , qui est venue 
« nous joindre, sur une lettre très^touchante, 
« de Monseigneur. — Hola! dit le prince, en 
«f le frappant doucement sur le ventre , appai- 
« sez-vous, mon cher, je n'ai pas voulu vous 
« fâcher par cette question. » 

« Toutefois , avec le temps, on régularisa, 
tant bien que mal, quelque chose; nous fûmes 
classes par corps et par provinces ; on nous assi- 
gna des cantonnemens , on nous donna des 
armes; les gardes-du-corps du Roi furent reu- 
nis, habilles, équipes, soldes, et bientôt ils pré- 
sentèrent une troupe superbe^ par sa tenue et 



4^» MÉMORIAL (ÀK^ lèt^ï 

set régularité. La coalition d'AiaTergnè et le 
carps de la marine, partie à pied et partie à 
cheval, Ue firent spécialement remarquer par 
leur discipline, leur instruction et leur frater- 
nité'. Et Ton ne saurait trop admirer notre de- 
Touement et notre abnégation : chaque officier 
ne fut plus qu'un simple soldat , tenu à des 
pratiques, à des fatigues fort étrangères à ses 
moeurs, et soumis aux plus grandes privations; 
car il n'y avait point de solde, et beaucoup, 
dans le nombre , n'eurent bientôt plus d'au- 
tres ressources que la cotisation de leurs cama- 
rades plus heureux. Nous méritions un meil- 
leur résultat, eu pour mieux dire, nous étions 
dignes d'une meilleure eùtreprise. On avait soi- 
gneusement réuni tous les officiers des mêmes 
régimens, pour qu'il présentassent le Cadre tout 
formé à leurs soldats, qui ne manqueraient pas , 
pensions-nous , d^arrivér à eux dès qu'il ^ les 
apercevraient: tel était notre aveuglement! C'est 
par un pareil motif qu'on avait réuni de même 
les gentilshommes par province, ne doutant pas 
de leur heureuse influence sur l'ensemble de la 
population : notre maladie était de nous croire 
toujours désirés , attendus , adorés. 



lAoèi t«,^) DE SAINTE-HELENE. 435 

•^ Tous ces rassemblements s*exerçaieiit et 
manœuvraient publiquement, bien qu'aux, in- 
terpellations diplomatiques, â cet égard, il fut 
répondu hardiment qu'il n'en était rien, ou 
qu'on ne manquerait pas de Tempêcher. Nous 
avions des généraux indiqués , un état-major 
formée et tout ce qui caractérise un quartier- 
général, jusqu'à un grand-prévôt. Insensible^ 
ment nos Princes s'étaient environnés de tout 
ce qui constitue un véritable gouvernement : ils 
avaient des ministres pour les affaires du mo- 
ment; ils en avaient même pour la France, lors- 
que nous y serions rentrés; tant ce moment 
nous semblait infaillible et prochain. 

tf M. de Lavilleurnois , dont il a été tant 
question depuis dans une conspiration royale , 
et qui a été mourir à Sinnamaiy , à la suite de 
fructidor, avait le ministère de la police. Il 
partit de bonne heure pour aller l'exercer 
clandestinement à Paris. Il m'avait pris en belle 
affection , et voulait absolument faire de moi 
son gendre. Il employa de vives instances pour 
que je le suivisse ; mais je m'y refusai : la nature 
de son ministère me répugnait. Autrement 



436 Ml^MORÏAL (Aofttt8i6] 

quelles 'difS^rentes combinaisons dans mes des- 
tinées !. ' 

« Nous ayions aussi des rapports directs avec 
presq[ue toutes les Cours, Les princes y avaient 
des envoyés , et en recevaient à Coblentz. M<^ le 
ccHUte d'Artois fut à Vienne, je crois; mais 
bien certainement à Pilnitz. . I^a. noblesse , en 
corps, écrivit à Catherine, dont nous reçûmes 
un ambassadeur, M. de Romansoff. Cette Im- 
pératrit:e voyait avec plaisir se former un orage 
dans le midi de l'Europe, elle attisait volon- 
tiers un incendie qui pouvait lui devenir très- 
favorable, sans qu'il lui en coûtât rien; aussi se 
montrait-elle chaude dans ses sentimens et pas** 
sionnée dans ses pr(»nesses. Elle ne désespérait 
pas 9 dans cette circonstance, de rendre dupe 
Gustave III , dont la voisine activité lui était 
importune ; elle l'avait décidé , dit-on , à la 
croisade, en le flattant de s'en voir le généra- 
lissime. Je ne sais si ce prince , de beaucoup 
d'esprit et de talent, et bien certainement un 
aigle pour son temps, s'en laissait imposer. Ce 
qu'il y a de vrai , c'est qu'il se montrait fort 
ardent pour notre cause^, et qu'il annonçait 
le désir d*y combattre en personne. Quand il 



( AisAt fSi^) DE SAINTE-HÉLÊNE. 4ST 

partit d'Aix->Ia^C2iaJ>elie^ pour aller .prmdrèen 
Suède les dernières mesures à cet égandf je l^afi 
-entendu 9 pte&tiit ^imgi de k ^noesse Lam- 
l>alie, lui dire : ^ Vous tae rèrerr» iMyentot) 
« i&ais encore mis-je tesm , pour mm. icoBipte , à 
« certaines dëmarches^ i certaitis aâiagemeus) 
« car mon rôle est des plus dëlicafs. Saches» ^^m 
«t moi , qui veux revenir combattre à la tête de 
m Tos aristocrates che% tous, ja suit chefs moi 
« le premier dà&oerate èa psrjrs, etc. , ^teg » 

« Nous recevions même des envoya de 
Louis XVI, qui prësentaîeut des tnessages pu- 
blics téprobateui« , et avaiœt des covélétamceê 
coi^deutielks y pout^tre tout à fisut difiiéiaut^. 
Du moitts agissious-^ous comme s'il en avait 
été vcreki , déclarant hautement qu'il ^tait <Jap- 
tîf , et que nous ne devions tenir nul compte 
d'aucun de ises ordres; que nous devions pnen- 
dre le contre - pied de tout ce qu'on lui 
faisait dire; que s'il nous exhortait à la paix ^ 
c'est qu'il nous demandait la guerre. At»^ je 
pense que nous avons ëtë bien funestes au repos 
de f infortune monarque, et que nùtts avons 
notre part spéciale dans le paidon qu'il a con*^ 
sacré dans son tefstamant en fitv^ur de ses amis, 
5. 9 



4J3» MEMORIAL (AiAuSt^) 

i iqui , par un . ^ele iiidiscret^ ditril y lui ont fait 

'\ itànt d^'maL 

' « Cependant notre ânigration se prolongeait, 
peu di^it de tontes les projnessiss que l'oi^ nous 
ifaisait, et de toutes les espérances dont nous 
;nousj)ercion5î ça? M (|uelles illusions, de quels 
.'Contes; de quelle^, absurdités n'abusait-on pas 
;notr0, ;impAtiepce , soit qu'on voulût prévenir 
notre ^decpujKLgen^ent, soit qu'on s'abusât soi- 
mêntie? Qn s'est amusé à calculer , d'après nos 
«lettr.^s et nQS galettes , que nous avions fait mar- 
cher près de 2 miUioiiî^'homtnes en moins de 
48 môÎBy sgns qu'il ait pourtant rien paru à nos 
jyeux- « Wbis, iious di'ss^Ient^en grande confidence 
. «. les hauts initiés , c'est que ces troupe» ne mar- 
. €c <^nt que la nuit pour mieux surprendre nos 
« dén^oçrates, ou qu'elles ne passent de, jour 
ce que par pelotons et sans uniformes, » ou autre 
chose ,de niême forcer. D'un autre côté , c'était 
une. fgulj^ de lettres, que l'on se montrait les 
uns aux autres , de tous les pays et des meilleures 
fiowfç^y en style énigmatique, que l'on croyait 
bien n'êjreintelligible que pour nous seuls. On 
mandait à l'un que 50 mille .cristaux de Bohème 
yenaieht d'être expédiés pour son paysj l'autre 



(AoAt iai6,) DE SAINTE-HEliÈNE. 439 

ëtaitpréveumdercnvoi très-prochain de A mille 
porcetaines de Saxe; on annonçait à un troi»- 
sième 25 mille balles de caçaQ, et autres bêtises 
de la sorte. • , 

« Comment se peut-il, me dis- je, k présent ,, 
que les. gens d'esprit > car il y en avait certai- 
nement beau(:oup dans le nombre, que d'ancieps, 
iiiiaistres qui nous avaient gouvernes^ ^ue d'au- 
tres qui étaient destine's à le deyenir , pussent 
donnier dan^.de pareilles balivernes, ou que 
notre grc^s ban sens, dans la multitude, ne nous^ 
ait pasporlips à leur rire au njez? Mais, non ,, 
nous n en demeurions pas moites ccmvaipcjus, 
que uQ^is touchions au terme di^rf^^sespéraxices;, 
que ceimomentapprochait, qu*^..etait infailUjble. 
que nous a'^urions qu'à nous ipontrer , que nous 
étions vivement désirés, que; tout serait à nos^ 
pleds; » ,:.,.'! >» 

Ici l'Empereur > qui.m*avait souvept inter- 
rompu^ponr.rire- et'goguenarder , m'a jdit^ fort; 
sérieusement : « Combien votre tableau doit être 
« fidèl^j.car jp reconnais Jlà une fo]ule des vôtres î 
<( Vraiment, mon cher, soit dit sans voufi insulter, 
« la jactance , la crédulité, rincqnséqn^nce, 1^ 
« sottise même, l'on pourrait dire en dépit de tout 



4M MÉMORIAL (vA<»«iiêi«) 

4t leur esprit, semblent être spécialement hnir 
« lot. Quand parfois, voufcint m'amuser , je me 
ii suis laisse aller avec eux à lâcher les rènesetà 
« encourager la confiance , j'ai entendu , moi , aux 
le "Tuileries, sous le Consulat et TEmpirC, Tëgal 
« de tout ce que tous me dites là : nul ne dou^ 
f^ tait jamais de rien; l'amour dts Français pour 
te leurs rois avait passe tout entier k ma per- 
•r sonne, me disait-on; je pouvais désormais 
« iaire tout ce qui me plairait^ j'en devais user , 
« je ne rencontrerais jamais d'autres ol>»tacles 
tf (pi*une poignëe d'incorrigibles maudits de 
« tous. Cette contre-révolution, tant redoutée, 
m m^observait im autre, n'avait ëté qu'un jeu 
« d'en£aint pour moi; elle n'avait pas fait un pli 
« dans mes mains. Et croira-t-on ceci î il n'j 
« manquait^ me disait-il avec insinuation, que 
« de substituer Tancienne couleur blanche, i 
« celles qui nous avaient &it tabt de torts en 
« tous lieux. L'imbëcille! c'ëtaît-là la seule 

* souillure qu'il nous trouvât désormais. J'en 
« riais de pitié, bien que j'eusse de la peine i 

• me contenir ; mais pour lui , il était de la mei 1- 
k Jeure foi du monde , bien persuadé qu'il était 
te dans mon sens, et l^ien plus encore que Tuai- 



{Ac*iiai6) DE SAINTE-HÉLÈNE. m 

« .rersalitë pensait conune lui '*'• Maiâ con- 
^ titiaet ? 9 ' 

^ n eât str ^ c'(0ftt le propre dée iMlmniee de iU»»> 
eer «ai? le §eaûtmn% qu'on leur p«irteu A CoblenU, ôii 
Aooa îetioiDie tant dVrgeot, oà une jeunesse aimable et 
brîUaDte^bîen pins k craindre çans doate pi^ l'excès 
que par le manc[cte de son ëdacatioa> remplissait tontes 
les maisons, et parcourait toutes les familles : il était 
natorel de croire que nous deyions y être aimés ; «nsd 
nons croytons-ttons adof^s. Eh bien » l6n de ma dépoi'' 
tation an cap de Bonne-Espérance 9 nn hasard bien tiap 
galier m'ayant j^acé sons la |prde préoisénent d'un 
habitant de Coblents , qui ayait assisté anx instans hril7 
lans de notre émigration, )'eas on grand plaisir d'en 
reparler ayec lui. Nous ne pouvions désormais , à cet 
^ard , ayoir de secrets Fun pour l'autre , 25 ans s'é- 
taient ëconMs ; eh bien ! il me disait : « Vous n'éties pas 
« précisément hai»$ mais tt réritable amour éttfit ponr 
« yoa adveriaivet; ear lenr catse ëbît la ndtre* La li«« 
« berté s'était glissée parmi nous, précisément au tra*- 
" « vers Je yeua aulses; là, imi wilien de vqm» fous vos 
« fews mèiMSf dons avioaa fermé des dnh»^ et Dien 
« sBtC si sens j riions à vos dépens, oCe. , ettt. s Et pins 
dHiAe fois il lui était arrivé , me disail-il , mêlé à la 
fonlo: qui fiysail entendre dos acdamattons sur notra 
passage» dft crier, ayee bon nombre de seé camarades » 
» Vîyenft les princes français , et qu'ils boîyeal «a pe» 



AU2 MÉMORIAL (A«6t léiS) 

« L'apparjltiOB du duc de Brunswick à Co*- 
blentz et rartivée du Roi de Prusse à la tête de 
ses -troupes, furent un grand sujet de joie et 
-d'espëragsce pour; toute l'émigration. Le ciel 
s'ouvrait enfin devant nous,s'ecriait^n , nous 
allions donc rentrer dans la terre promise^ Tou- 
tefois les gens de jugement et d'expérience 
prononcèrent, dès le premier abord , que notre 
crise, aurait Fisçue de toutes celles qui lui res^ 
semblent dans l'histoire^ que nous ne serions 
que dés instrumens ou des prétextes pour les 
étranjgers, qui né chei^haient que leur intérêt, 
et ne nous portaient aucun sentinient. 

«. M. de Cazalës, que peu de temps avait 
formé beaucoup, nous Texprima avec bien dç 
l'énergie. Nous, considérions en extase lesPrus-r 
siens qui défilaient, ds^is les rues de Coblenta; 
pour'gagnernos frontièros. « Jeunesse insensée , 

dans lé Rhin. « Vous parles de l'aocaeii qae nous vous 
« faisions, ajoutait-il; mais c'est celai fait à Cosline 
« qu'il eût ftillu voir ! Là, tous auries pu juger de nos 
« yrais sentimeos : nous- courûmes an^evant de lui; 
« noQS-couroan&niés ses ^soldats; grand nombre d'entre 
« nous s'ienrèlèrent , et plosienrs ensont devenus gêné^ 
« r^Qx ;poor moi j'jr ai manqué ma fortune, etc., etc, « 



( Ao4t iSi*); DE SAINTE^HÉtENE. 4 m 

« nous dit-il , vous admirez avec sy^ipathie c^tte- 
V troupe et tout son attirail; vous tous réjouis- 
•f sez de sa marche; fremissezreu plutôt! Pour 
« moi je voudrais voir le dernier.de ces soldats, 
•c dans le Rhiin. Malheur à qui appelle l'etran- 
•c ger daps'son pays ! O mes amis ! continua-t-ir 
«avec, chaleur, la noUesse française n'y sur- 
« » vivra pas : elle aura la' douleur d'expirer loin 
« de son berceau. Je suis plus coupable qu'un 
ic autre, j& le vois, et je fais comme tput le 
ic monde; mais c'est parce que je. ne pieux rien 
«c empêcher. Je lé répète y malheur à qui s'adresse 
« a l'étranger , . et s'en ile à lui ! ... » 

«c Quel oracle de sagesse .que^ ces dernières pa- 
roles ! Bientôt des faits eussent du nous en con- 
vaincre^ si nous eussions eu moins d'aveugle-» 
ment, ou s'il était donne à une multitude de 
bien raisonner et de bien agir; mais nous étions 
destinés, par nosi misères mêmes, à. enrichir l'his- 
toire d'une des leçons les plus, dignes de la mé- 
ditation des hommes. Nous pouvions bien. nous 
compter 20 où 25 mille eii armes : certes, une 
telle niasse, .ardente^ dévofi^e*^ combattaùt pour 
S€U5 propres intiçVêt^; d^intelligejutè avec les éié^ 
^jnens syinpathiques du dedans ; agissant contre 



4»» MÉBfOŒUÀL (Ai)*iiti6î 

wàe Aartioii fcoakyersée, daas Tâgi^tioft e«i*>* 
fiise de nouTeaux droits, non encore oo&sacrës , 
pa» mêine bien compris, pourait porter des 
eoupe décisifs* Mais ce n'était pas notre force ^ 
nos succès, leur promptitude, cpii eussent^ lait 
le compte des étrangers? Aussi , sous le prétexte 
de cette infhienGe même , et pour qu'elle &'eser<* 
f4t, disaient-ils y nt plufiîeuFS points i la fois, 
ils nous annuUèrenC en nous morcelant , et nous 
faisant pour ainsi dire prisonniers au milieu de 
leurs diyers corps d'armées* Ainsi , 6 mille 
d'entre nous, souples ordres du prince de Condéy 
furent dirigés contre l'Alsace; k mille, sous le 
duc de Bourbon, durent agb en Flandre, et 
42 à 45 miUe demeurèrent au centre , sous le» 
deux frères du Roi , pour attaquer la Gham-» 
pagne. 

•t Le plan , lesToeux de nos princes avaient ét^ 
que Monsieur, comme héritier du tràtie et le 
suppk'ant naturel de Louis XVI, se proclamât, 
▼u la captivité du Roi , régent du royaume , eir 
mettant le pied sur le territoire français; qu'il 
man;hât,avec ses émigrés, en tètedel'expédition, 
et que les allies , à sa suite , ne fusséat que nos 
auxiliaires. Mais les alliés ne firent qu'en rire. 



(AM itaiy DE SAINTE-HÉLËNE. 4»» 

ils nous reléguèrent i leur queue , sous les ordres 
et le bon plaisir du genërediasimé BrunsAvick ^ 
qui nous fit prépédejr par le plus absurde des 
manifestes, dont il noos isauya du moins le ridi^ 
cttle etTodieux. 

« Il est juste de dire toutefois, que parmi 
nous quelque» tieilles tètes, mieux arisees , n^a- 
Taient pas été 9ans^ prévoyance à cet égards 
aussi avaient -celles proposé , dans le conseil 
deaprinees, disait-on, de se jeter, avant Farri- 
vée des alliÀ, sur quelque point de la France, 
^ d*j nourrir, pour notre compte , la guerre ci^ 
vile. D'autres , plus désespérés ou plus ardens , 
conseillaient de se saisir noblement des Etats 
de rélecteur de Trêves, notre bienfaiteur; d'oc« 
cttper Goblentz et sa forteresse, et d'en feire, 
po«r tous les mécontens français, un centre de 
mUiement, un point d'appui indépendant du 
corps germaniques et quand nous nous récriions 
contre une telle perfidie et une telle ingrati- 
tude, ils nous répondaient : « Aux grands maux, 
te les grands remèdes. » On ne sait ce qu'eus- 
sent pu produire de pareilles résolutions, qui 
étaient au demeurant bien plus dans Taudace de 
nos jourS; que dans led mœurs d'alors. Aussi n6 



Am MÉMORIAL (Aoàtt^i6} 

furent-elles pas suivies; et d'ailleurs il était trop 
tard, nous étions trop engagés au milieu des 
étrangers; nous leur appartenions déjà, et nos 
destinées devaient s'accomplir ! • • • 

<c Qu^nt à la multitude , nous étions loin de 
preVoir nos malheurs. No^s nojus mimes/ en 
marche avec allégresse. Il n'était pas un de 
nous qui ne se vit, à quinze jours de là, chez 
lui, triomphant au milieu de ses vassaux sou- 
mis, humiliés , accrus. Notre.confiance n'eût per- 
0ÙS là-dessus aucune observation, aucun doute ; 
j'en vais donner une preuve , qui , pour m'être 
personnelle et fort minutieuse en elle-même , 
n'en sera pas moins caractéristique pour tous. 
Nous traversions la ville de Trêves; un ,de 
mes grands-oncles, lors de la guerre de la suc- 
cession, en avait été gouverneur, pour Louis 
XIV, durant U conquête. Je fus visiter sa. sé- 
pulture; elle se trouvait dans une chapelle des 
chartreux . de cette .ville. La chaleur de mon 
âge , celle du moment , me portèrent à vouloir 
lui élever un petit monmnent, avec une superbe 
inscription, analogue aux circonstances. Je ne 
doutais de rien. Il n'en fut pas ainsi des bons 
j-^ligiewx : Je prieur voulut que je m'entendisse 



(A«àii8A6) DE SAByrE-HÉUEIflE. , m 
avec M, l'Abbé, espèce d'évêque, et d'évêque 
allemand. Sa sagesse, sa tiédeur, en dépit de 
ses nombreux quartiers , lorsque je lui débi- 
tais mon projet chevaleresque , me prévinrent 
d'abord fortement contre lui'j mais quand, après 
quelques circonlocutibhà , il m'accoucha que, 
dans les circonstances présente^... la prudence... 
la sagesse.... si les Français venaient* à entrer 
dans la ville.... A ces derniers mots, mon indi* 
gnation fut extrême j elle fut telle , que je ne 
me donnai pas le temps de lui répliquer une 
parole. Je sortis aussitôt avec le rire du mépris 
et de la colère, convaincu que je laissais là le 
plus effroyable jacobin j et rien qu'une généro- 
sité naturelle et le respect de moi-même pu- 
rent m'empéch^r d'ameuter les camarades , qui 
eussent certainement tout renversé. Hélas! 
pourtant M. l'Abbé y voyait plus loin que moi ! 
ear trois semaines nfétaient pas écoulées, ique 
les républicains étaient dans Trêves, le pauvre 
Abbé en fuite, et les cendres du bon oncle, 
profanées parles infidèles. 

« Du reste, à peine fûmes-nous en pleine 
opération, à peine eûmes-nous mis le pied sur 
le sol ^r^Qçais, qivil devii^t très-aisé, sous peine 



4X8 )IIÉ1MK)RXAL {M.i^%) 

de stupidité ou d'aTeaglem«nt> dé comj^reiidre 
enfia qu'il était possible, à toute rigueur, quç 
nous no«s fussious abusés» Nous bous trouyions 
au milieu des Prussiens, qui eucbaiuaient tou^ 
nos tnouvefiifi&kSi nous ne pouyioni^ aller ei^ 
avant, à droite ni à gauche sans leur pemus- 
çion^ et ils ne l'accordaient jamais* No» sub- 
sistance^ toutes nos ressources dépendaient de 
leur unique volonté} nous avions la honte de 
nous présenter en esclaves sur le sol où nous 
prétendions régner, 

« Quant à nos compatriotes ,,au lien de nous 
recevoir en libérateurs, comme nous n'en dou- 
tions pas, ils ne nous témoignèrent que de Té- 
loîgneiBent et de la répugnance* Pour quel- 
ques seigneurs châtelains, ou autres, qui Te- 
naient nous joindre , la masse entière de. la po-: 
pulation fujait à notre approche; on nous con- 
sidérait hostilement , avec l'œil du reproche 
et k silence morne de la réprobation. Elle 
semblait nous dire : cr Ne fcémissez-vous donc. 
« pas de souiller ainsi le sol de la patrie I N'è- 
m tés vous pas nés Français I Le cœur ne vous 
n dit -il donc rien sur cette terre natale ! Vous 
r( vous dites offensés; mais quel tort, quelle 



(AoAi iM) DE SAU!«TE-HÉLENE. i%1i 

« in jore^ domna jainds à u& fils le droit on le «cnn* 
m timwC de y^inir déchirer sa mèrel^. jOnneut 
« dit qu'autrefois, nu praticien fougueux, Co-- 
ir rîolaiiy eut Fiafsuitie de combattre sa patrie^ 
« inaî^dia moiiis, à la fureur, il joignait Telë"" 
« Taalioaj il se pttisentait B^ec vn bras Victo^ 

• rieux, il imposait tes ptopres volofntés; il ne ' 
« ee traînait pais à k* suite de barbare» éîmn^ 

« gers; il les cotnmandait^ et eti£oa>e se laîi^ 
ir ^-t-41 atlettdrir. Serie^-Toud intap^btes de ee 
« sentiment, et ne redouteriez-vous pas Itos 
« màledictiiMis, <|ui vont^ Paient perpétuées 

* l^rttos enfans! Et, dans ce cas encore, quel- 
le que soient vos succèfs, ils n'égaleront pas 
« vos doûîeuiilTons prétendes venir gouver- 
ic ner; vous n^àure^ amené que des xctaitres, 
« etc., etc. 

it A Verduïr, où à Estaîn, on nous logea 
dans la viil'e. Quelqùefs Camarades et moi nous 
eûmes^p'Ourlotune assez bellemàison; elle n'avait 
plus que les murailles ; tous les meubles, tous 
les propriétaires avaient disparu, à rexceptîon 
Ae deut jeunes demoiselles, très-jolies, qui nous 
en mirent eu posisession. Cette dernière circons- 
tance^ ttow semblait d'uïi augarè favorable. 



450 MEMORIAL (Aott letOj 

nous nous permîmes de lé leur faire aBserver , et 
voulûmes faire les aimables. « Messieurs, nous 
« dit assez aigrement Tune des deux Ama-' 
<k zones ; nous sommes restées , parce que 
ic nous nous sentions lé courage de vous dire 
«f en face , que nos prétendus sont en arme» 
«contre vous, et qu'ils ont nos vœux au) 
« ijQoins autant que nos cteurs. » Ce langage 
était intelligible, aussi nqus n'en dieibàndâine» 
pas davantage , et fumes même, nous loger .aîl^ 
leurs. , • ';:'••.''; i-» . î .• *" *• : » 

« Quoiqu'il en sçit, nous voilà donc en France;, 
et à, la suite de cette armée prussienne^ jijni 
poursuit, brillamment ses succès en avant, nous 
laissajat de 3 ou h marches en arrière, . Eç, 
soit poljir. se rire de nous, parce qiye nous les 
avions assurés que toutes les villes ou^iraient 
leurs portes à notre vue, soit pour se délivrer^ de 
nos importunités, ils nous donnèrent à feire le 
siège de Tjiiionville. Nous approchons, la place, 
et par une de ces bizarreries singulières au ha- 
sard, le corps de la marine s'y trouva précisément 
opposé aux volontaires nationaux de Brest : 
ils se reconnaissent, et Dieu sait la volée d'ép.i- 
tliètes et d'injuKS qui sont aussitôt échangées. 



(Aoèi iM) DE SAINTE-HELENE. 454 

« Toutefois la place deThionville est comme 
ToB sait des plus fortes , et nous ne pouvions la 
prendre, après tout, de nos mains ni de nos 
dents i car nous manquions de tout; et ce fut le 
sujet d'une haute négociation que d'obtenir, des 
Autrichiens de Luxembourg, deux pièces de 2U. 
Après bien des allées et des venues, elles se 
présentent enfin triomphantes, et c'est avep ce 
formidable appareil que nous sommons la place, 
et que sur son refus on lui tire y la nuit en pure 
perte, quelques centaines de coups de canon J 
Lors de mon retour de Fëmigration, le hasard 
m'ayaUxt fait trouver avec le général de Wim- 
phen, commandant de cette place, il me de- 
mandait qu'elle avait pu être notre intention et 
notre mauvaise plaisanterie. — «Mais c'est, je 
« crois, qu'on comptait sur vous. — Mais, quand 
K cela eût été, me disait-il , encore eussiez vous 
(r dû me mettre dans le cas de me rendre; vous 
« ne pouviez supposer que je dusse aller vpus 
« solliciter de m'attaquera été., etc. » l^e tout 
était à l'avenant, la plus petite sortie mettait 
toutes nos forces en l'air, la moindre circons- 
tance était un événement pour nous : cela était 
simple; car nous étions étrangers à tout ; aussi y 



ISS MÉMORIAL (iktàtAit) 

tonrage i pftit» j« n'hësile pas à [croire que 
cent gros bonnets de la garde Impériale, n'eus- 
sent mis tout notre rassem'klement en déroute. 
Heureusement que nos adrersaires n'en savaient 
pas plus que nous , tous étaient pygmées alors, 
bien qn*en très peu de temps on ait trouvé des 
géans partout. 

(c Cependant nous demeurions fort méconlens 
de tomt cela, sous nos tentes et sur notre mau- 
vaise paille; mais , à la Française y notre gai té 
faisait notre salut; notre mauvaise humeur 
s'exalait toute en quolibets , et en mauvaises plai^ 
santeries. Chacun de nos chefs eut son sobri- 
quirt : i! ne fut pas jusqu'au vénérable maré^ 
chai de Broglie , notre généralissime , qui n'eut 
le sien, et 'ceci me rappelle le conte dont nous 
gratifiâmes, sans doute, tm de ses Keutenans, 
qui en demeura noyé. Si mes compagnons de 
tente Usent jamais ceci , ils en riront encore : 

« Lors d'une sortie , qui nous mit tout en 
émoi, eonmie de coutume, chacun se portail 
en avant ^ or, nous possédions deux petits ca- 
nons, que nous avions achetés, et que les offi- 
ciers d*artillerie traînaient eux-mêmes^ faute 
de chevaux. <t— *Eh bien! m'a observé l'Empe- 



OApàt iei«) DE SAINTE-HËLÊNE. 15» 

« reur, j'aurais pu être précisément attelé à 
« ces mêmes canoùs ,. et pourtant quelles 
ce autres combinaison^^ d^ns mes destinées et 
ce dans celles du monde! car il est incon- 
« tes table, et nul ne saurait 1^ hier, que je 
« lui ai imprimé une direction toute de moi« 
a Mais reprenez. » 

(c Sire, nos deux petits calions étaient donc 
en pleine route sur le grand chemin , qîiand 
l'officier-général de jour arrive au grand galop^ 
et s'arrête d'indignation à \dL vue .de no& petits 
canons roulant yers la place, la culasse en 
avant. « Comment, Messieurs, le faisait-on 
flc s'écrier , sont-ce bien des gçlitilskcmimes qui 
« conduisent ainsi leurs canons à l'ennemi? Et 
PC s'il se présentait, comn^ent pourriez vou^^ 
«t tirer dessus?» Et il s'obstinait à ne vou- 
loir pas comprendre ce que les officiers d'artil*- 
lerie se tuaient à lui dire , que pourtant il en 
était toujours ainsi partout , et que , sous peine 
d'invention de sa part, on ne poiivait faire an>- 
trement. Et dès cet instant nous lui expédia- 
pues son brevet, que co&tre-signa la multitude. 

a Mais bientôt tout çib burlesque tourna sit- 

bitement au dernier sérieux i la scène changea 

5, ^ 40 . 



45» MÉMORIAL (ÀoiktiôiB) 

comme par magie , et nos malheurs apparurent 
aussitôt. Soit trahison, soit faiblesse , soit in- 
térêt de sa politique , ou maladie dans son ar- 
mée; soit force réelle ou seule adresse du gé- 
néral français , le Roi de Prusse traita secret- 
tement avec lui, fit soudainement vol te face, et 
marcha vers la frontière, évacuant le territoire 
de la France. Alors commença pour nous 
la plus épouvantable débâcle; le langage ne 
saurait rendre les indignes traitémèns dont 
nous fûmes l'objet, ni le juste ressentiment 
dont un cœur généreux dut se remplir contre 
les Prussiens y nos alliés. Nos princes dégradés , 
méconnus , insultés par eux ; nos équipages , 
nos effets les phis nécessaires, notre linge même, 
pillés; nos personnes bassement maltraitées : 
tels nous fûmes pêle-mêle, poussés et revomis 
en dehors de la frontière, par nos amis, nos 
alliés I!î 

« Pour moi , dès le conuneneement de la re- 
traite , succombant soUs la fatigue de trop 
longues marches, faites dans la boue, et sous 
des torrens de pluie; courbant sous un mous- 
quet et tout un attirail qui n'étaient nuisibles 
qu'à moi, je profitai de ma prérogative de 



tAôàt i8U6) DE SÀINTÇ-^H^ÈIJE. 455 

volontaire, pour sortir des rangs, et opérer 
seul ma retraite,' selon mes for<îe$. Je partais 
quand je pouvais; je n'atteignais jamais lisi halte 
commune , la première métairie me servait 
d'asile, et soit bonheur particulier de ma paj^t, 
ou parce qu'en effet les paysans se trouvèrent 
bons, et point exaspérés contre nous, j'évacuai 
sans malencontre. Ce ne fut qu'à quelque 
temps de là que je pus juger de^ toute Té- 
tendue du péril auquel je m'étais exposé , 
quand je lus dans les papiers, que 45 ou 48 des 
nôtres, traînards comme moi, dont quelques-uns 
étaient mes voisins dans les rangs , avaient été 
saisis, meiiés à Paris, et exécutés dans les places 
publiques en espèce d'auto-da-fé, et comme par. 
voie d'expiation. 

« Aussitôt hors de France , on nous signifia à 
tous qu'il fallait nous dissoudre ; mais cette in«. 
timatien n'était pas nécessaire : les besoins, le 
dénuement dç toutes choses la rendaient impé-. 
rieusement indispensable. Nous nous del)andâ- 
mes; chacmn prit une direction à l'aventure, et le 
désespoir, la rage , furent ses compagnons. Nous 
traversâmes , en fugitifs , la plupart du temps à 
pied, quelques-uns à peu près nus, les lieux de 



4 56 MÉMORIAL ( A<At 1816) 

notre splendeur et rie notre luxe passes. Heu- 
reux quand on ne nous en fermait pas les portes, 
qu'on ne nous en repoussait pas avec brutalité I 
En un instant on nous chassa officiellement de 
partout; on nous interdit le séjour ou l'entrée 
de tous les Etats roisius; nous fuîmes au loin et 
allâmes traîner, dans toute l'Europe, le specta- 
cle de nos misères , qui durent être une grande 
leçon de morale et de politique pour les peu- 
ples , les grands et les Rois. 

<c Cependant I les exploits des Français firent 
«xpier cruellement aux étrangers les indignités 
dont ils nous avaient accablés ; tandis que de 
.notre côté, ce nous fut une espèce de consola- 
);ion que de voir l'honneur de l'émigration se 
réfugier dans l'armée de Condé, qui se montrait 
A tous les yeux et s'est inscrite dans l'histoire 
comme un modèle de loyauté, de valeur et de 
constance. 

. « Telle est , Sire , cette trop fameuse époque, 
cette détermination fatale qui n'est , pour un 
grand nombre , que la seule erreur de la jeu- 
nesse et de l'inexpérience. Toutefois, à ceux-là, 
personne n'a le droit d'en faire le reproche 
qu'euxrmêmes. Les sentimens qui les guidèrent 



(Aoàti8.6) DE SAINTE-HÉLÈNE. I5T 

étaient si purs, si naturels, si gene'rcux, qu'ils 
pourraient même au besoin s'en faire honneur; 
et ces dispositions , je dois le dire, étaient celles 
de la masse parmi nous^ de cette foule surtout 
de gentilshommes de province , qui , sacrifiant 
tout et n'attendant rien, sans fortune comme 
sans espérance, montraient un dévouement Vrai» 
ment héroïque, en ce qu'il n'avait d'autre but 
que ce qu'ils imaginaient être un devoir. Du 
reste , le vice en était tout à notre éducation 
politique, qui ne nous apprenait pas à distinguer 
nos devoirs, et nous faisait porter au prince 
seul ce qui appartenait à toute la patrie. Les 
erreurs passent avec les générations, les seules 
vérités demeurent! Aussi dans l'avenir, quand 
les passions adverses seront éteintes, quand il 
ne restera plus de traces des intérêts croisés ou 
de Taveuglement et de la fureur des partis , alors 
ce qui fut douteux pour nous sera positif pour 
d'autres. Ce qui était excusable ou même licite 
en nous, qui nous trouvions entre un vieil ordre 
de chose qui finissait, et un nouveau qui s'éle- 
vait, sera tenu pour hautement coupable parmi 
ceux -qui jouiront de doctrines arrêtées. Là, pas- 
seront comme articles de foi : 1° Que le plus: 



-158 MÉMORIAL (Aoùtiôte) 

grand de tous les erimes est d'introduire 1'^'- 
trànger a^ sein de la patrie. 2® Que la souve- 
raineté ne saurait être errante^ mais qu'elle est 
inséparable 'du territoire, et demeure liée à la 
masse des citoyens. 3^ Que la patrie ne saurait 
être voyageuse; mais qu'elle est immuable et 
toute sur le sol sacre qui nous a donne' la nais- 
sance et où reposent les ossemens de nos pères. 
Telles sont les grandes maximes, et beaucoup 
d'autres encore , qui demeureront enfantées par 
notre émigration, telles sont les grandes ve'rite's 
qu'on recueillera de ïios malheurs ! 

« Très-bien, a dit l'Empereur, <rès -bien; 
« voilà ce qui s'appelle être sans pre'jugés ! Voilà 
ce de vraies vues philosophiques ! Et l'on dira de 
« vous que vous avez su profiter des leçons du 
« temps et de l'adversité'. » 

« Sire, durant notre se'jour àbdrdduNor- 
thumberland et dans les loisirs de la traverse'e , 
les Anglais , plus d'une îois, touchèrent vis-à-vis 
de nous ce point délicat ; e'gare's par la guerre 
qu'ils nous avaient faite avec fureur , aussi bien 
que parles maximes, dont l'inte'rêt du moment 
remplissait leurs journaux , en opposition 
même avec leurs doctrine; nationales, ils nous 



f Août f8i6J DE SAINTE-HÉLÊNE: 4S9 

entretenaient des mérite^ de l'ëmigratton, des 
vertus dont ils avaient été les témoins, et trou- 
vaient la nation coupable d*y avoir rësiste'. Mais 
quand les argumens» se compliquaient trop ou 
que nous voulions y mettre un terme subit, 
nous l'obtenions d'un mot ; nous Içur disions : 
€c Reportez-vous au moment de vcHitî révoliC- 
#c tion; figureai-vous Jacques II vous menaçant 
M de la rive opposée , ^et soujs les bailnières fran- 
«< çaises > bien qu'entouré de ses fidèles , qu'aii- 
« rie^-vous fait? Et si Louis XIV vous l'eitt 
u ramené à Londres à la tête de 50 mill^ Fran- 
ce çais, qui eussent ensuite tenu garnisoa che^z 
«c vous,qu'auriez-vous senti? — Ah!... Mais.... 
<c Ah !..r-» > disaient-ils, s' efforçant de chercher 
quelque différence ^ et ne pouvant en trouveis, 
.ils se mettaient à rire et se taisaient. » Et en 
. « effet, observait l'Empereur, il n'y avait pas uii 
« mot à répliquer. » Et il s'est mis à passer en 
revue, avec sa rapidité- et ses vues ordinaires;, 
les divers objets que j'avais relatés; il s'est arrête 
sur l'absurdité ^ rinconséquençe , la grande 
. erreur de notre émigration j les vrais torts 
qu'elle avait causés à la France , au Roi, à nou§- 
luêmes. ce Vous ayez établi, consacré dans la 



AÛO MÉMORIAL (A^ûi laïC) 

tt France politique, disait-il, une scission pa* 
« reille à celle que les catholiques et les protes- 
te tans amenèrent dans l'Eprope religieuse; et 
i< quels malheurs n'en ont pas été la suite! J'étais: 
-« venu à bout d'en détruire les conséquences; 
« mais ne vont-elles pas renaître î » Et il déve- 
loppait les moyens qu'il' avait employés pour 
détruire ce fléau , les précautions qu'il avait du 
prendre , les résultats qu'il avait prétendus. 
Comnie tout changeait de face dan^ sa bouche; 
commit tout s'agrandissait à mes yeux , à mesure 
qu'il parlait! « Et le bizarre de ma situation, 
<c observait-il, c'est que dans tout cela je navi- 
tc giiais moi-même constamment au milieu des 
« écueilF. Chacun , jugeant d'après son échelle , 
cf attribuait à des affections, à de simples prê- 
te jugés , à de la petitesse , ce qui , en moi , n'é- 
« tait pourtant que vues profondes , grandes con- 
« ceptiohs et maximes d'état de la plus -haute 
« élévation; on eût dit que je ne régnais que 
« sur des pygmées en intelligence : je n'étais 
« compris de personne. Le parti national n'é- 
<t prouvait que jalousie et ressentiment de ce 
« qu'il Ine voyait ftiire en faveur des émigrés ; 
« et cei^x-ci , d& ' leur coté , se persuadaient 



(AoètiBiô) DE SAINTE-HÉLÈNE. 464 

«c que je ne cherchais qu'à me donûer du lustre 
« par leur secours. Pauvres gens !.,. 

<t Toutefois , en dépit de l'aveuglement et 
« des préjùge's réciproques, j'e'tais arrive' à mon 
ce but 9 et j'avais obtenu la satisfaction de laisser 
« tout calme dans le port, lorsque je me 
« lançais, sur la haute mer, à la poursuite de 
« mes grandes entreprises. » 

N. B* Depuis mon retour en Europe , men- 
tionnant ces paroles de Napole'on à un grandi 
officier de la couronne, qui avait l'honneur de 
jouir souvent de ses entretiens particuliers ( le 
comte de S,... ) , il m'a raconte' à son tour iine 
conversation précisément sur le même sujet : 
elle coïncide trop bien avec ce qu'on vient de 
lire pour que je n,e la rapporte pas ici. L'Em- 
pereur lui disait un j our : « Pourquoi croyez- vous 
« que je cherche à m'entourer des grands noms 
« d« l'ancienne monarchie? — Sire, mais peut- 
« être pour la splendeur de votre trône et pour 
« me'nager certaines apparences aux regards de 
« l'Europe. — Ah! vous y voilà bien avec votre 
« orgueil et vos pre'juge's de classe. Eh bien! 
«c sachez que mes victoires et ma force me re- 
« commandent en Europe bien autrement que ne 



-162 MEI^ORIAL (àoùi i8i€^) 

« pourraient le faire tous vos grands nônu^, et 
cr qu'au -dedans ma prédilection apparente pour j 
<c eux, me fait beaucoup de tort, me de'popu- 
€t larise infiniment. Vous attribuez à de petites \ 
<c vues, ce qui tient à de fort larges. Je reconsr 
« titue une socie'te', une nation, et je me trouve 
a sous la main des elëmens tout à fait antipathi- 
es ques. Les nobles et les émigrés ne sont qu'un 
« point dans la masse , et cette masse leur est 
hostile , et demeure fort ulcérée j elle me par- 
ce donne avec peine de les avoir rappelés. Pouï 
c( moi , je l'ai cru un devoir j mais si je les laisse 
« demeurer en corps, ils peuvent un jour sér- 
ie vir à l'étranger, nous devenir nuisibles et cou- 
ce rir eux-mêmes de* grands dangers. Je ne cher- 
ce che donc qu'à les dissoudre et à les isoler, 
(c Si j'en place autour de moi, dans les adminis- 
« trations, dans l'armée, c'est afin de les incruster 
ce dans la masse , et pour faire en sorte que le 
« tout ne fasse plus qu'un; car je suis mortel*, 
ce et si je venais à vous quitter avant que^ cette 
ce fusionne fût opérée, vous verriez quels in- 
ce convéniens entraîneraient ces parties hétéro- 
« gènes , et le terrible péril dont certaines pep- 
» sonnes pourraient être victimes.! Ainsi doua,, 



(Ao6ti8t6) DE SAINTE-HELENE. 163 

tt Monsieur,, mes vues tiennent toutes à Thur 
(c manité et à la haute politique; nuUemtfit^ 
€c de vains et sots préjuges. » 

Et sur ce que je me recri^giis auprès du nar- 
rateur, combien peu aux Tuileries nous connais 
sions le véritable caractère de Napoléon, les 
hautes et excellentes qualités de son ame et 
de son cœur, il me repondait que pour lui il 
avait été personnellement plus heureux, et qu'il 
allait m'en donner une preuve qu'il choisissait 
entre dix : «L'Empereur, me disait-il , dans son 
« Conseil-Privé, se montrait un jour fort monté 
« contre le général La F..„, , et fit une sortie 
« des plus vives contre ses opinons, ses prin» 
« cipes , qu'il disait capables de mettre un Etat 
<c en complette dissolution; et s'animant par de- 
€c grés, il se mit en une véritable colère. Je me 
ce trouvais un des membres de ce Conseil -, nou- 
er vellement admis et peu fait encore aux maniè- 
« res de TEmpereur, bien qu'arrête par'mes deux 
« voisins, je pris aussitôt la parole , en défense 
n de l'accusé, assurant qu'on Tavait calomnié 
« auprès du souverain , qu'il vivait paisible 
ù dans ses terres avec des opinions personnelles 
^ qui ne caus^ent aucun ^dommage. L'JÇmpe* 



4 6tt MÉMORIAL ( Ao&t iSiS) 

« reuf , dans son état de colère , reprit tout d'a- 
ir bfrd pour insister avec riolence; mais au 
« bout de cinq à six mots il s'arrête tout court, 
ic me disant : Mais c'est votre ami , Monsieur, et 

» vous avez raison Je l'avais oublié Par- 

« Ions d'autre chose. — Et pourquoi , disais-je , 
tt ne nous faisiez-vous pas connaître , dans le 
ce temps , tout cela ? — Par une fatalité qui sem- 
« blaît tenir à l'atmosphère de Napoléon, soit 
« prévention, soit autrement, notre esprit était 
« tel qu'on ne pouvait le raconter qu'à ses 
ce intimes; car si on en eût fait grand bruit, on 
fc eût passé pour un hâbleur grossièrement cour- 
ce tisan, qui eût débité, non ce qu'il croyait vrai; 
<c mais ce qu'il imaginait ptopre à lui mériter 
ce de la faveur et des récompenses. » 

Mais puisque j'en suis à ce grand-officier de 
la couronne , aussi distingué d'ailleurs par les 
grâces de son esprit et l'aménité de ses mœurs 
que par la noblesse de son caractère ; voici une 
de ses réponses, à Napoléon, d'une flatterie 
aussi fine que délicate. L'Empereur, à un de ses 
levers , s'étant trouvé dans le cas de l'attendre, 
s'en montra fort choqué, et lui fit une scène 
à son arrivée , en présence de tous. Or , c'était 



(Août 1O16) DE SAINTE-HÉLÈNE. «6S 

le moment où cinq ou six Rois, entre autres ceux 
de Bavière , de Saxe , de Wurtemberg, sq 
trouvaient à Paris. « Sire , répondit le coupa- 
« ble , j'ai un million d'excuses sans doute à 
« présenter à Votre Majesté j mais aujourd'hui 
« on n'est pas toujours maître de circuler dans 
« les rues. Je viens d'avoir le malheur de donner 
« dans un embarras de Éoîs dont je n'ai pas pu 
cr sortir plus tôt, Sire, voilà la cause de ma negli- 
« gence. » Chacun sourit , et l'Empereur , d'une 
voix fort adoucie, se contenu de dire : «Quoi qu'il 
K en soit, Monsieur, prenez dorénavant vos pré- 
« cautions et surtout ne me faites pliis attendre.» 

Samedi 3. 

Voyage Sentimental de Napoléon. — Esprit pabUc du 
temps. — Joarnée du loaoût. 

Le temps est devenu un peu meilleur ; l'Em- 
pereur a essayé de se promener au jardin. Le 
gênerai Bingham et le colonel du 53*™« ont fait 
demander à voir FEmpereur, qui les a gardes 
assez long-temps. L'apparition du Gouverneur 
a nÊ$ tout en fuite. Le gene'ral Binghdm a dis- 
paru ^^ et nous, nous avons gagné le bois, pour 
nous éloigner du terrain. 



466 MÉMORIAL (Aoâti8i6) 

L'Empereur, dans sa promenade , a beaucoup 
cause d'un voyage qu'il avait fait en Bourgo- 
gne, au commencement de la reVolution. C'est 
ce qu'il appelle son Voyage Sentimental à 
Nuits ; il y fut souper chez son camai*adé Gas- 
sendij alors capitaine dans son régiment, et 
marie assez richement à la fille d'un médecin 
du lieu. Le jeune voyageur ne tardapas, disait- 
il, à s'apercevoir du dissentiment des opinions 
politiques du beau-père et du gendre : le gen- 
tilhomme Gassendi istait aristocrate comme de 
raison, et le médecin , chaud patriote. Celui-ci 
trouva dans le convive étranger un auxiliaire puis- 
sant, et en fut si ravi, que le lendemain il était 
au point du jour chez lui en visite de reconnai- 
sance et de sympathie. L'apparition d'un jeune 
officier d'artillerie, d'une bonne logique et d'une 
langue alerte, disait l'Empereur, e'tait une re- 
crue précieuse et rare pour l'endroit. Il fut 
aise' au voyageur de s'apercevoir qu'il faisait 
sensation. C'était un dimanche, on lui ti- 
rait le chapeau du bout de la rue. Toute- 
fois ce triomphe ne fut pas sans échec. Il 
fut souper chez une M"^ Maret ou Muret y au- 
près do laquelle! un autre' de ses camarades^ 



(Août 1816} DE SAINTE-HÉLÈNE.' 467 

V V. \ semblait fort bien établi; or,' 

c'était là le repaire de l'aristocratie du can- 
ton , bien . que la dame ne fut que la femme 
d'un marcjiand de vin j mais elle avait une 
grande fortune, les meilleures manières, c'était 
la duchesse de l'endroit, observait l'Empereur .Là 
se trouvait toute la gentilhommerie des environs; 
Le jeune ofiGcier avait donné <lans un vrai guê- 
pier, disait-il, il lui fallut rompre force lances; 
la partie n'était pas égale. Au plus fort de la 
mêlée, on annonce le maire. « Je crus que c'é- 
« tait un secours que le Ciel m'envoyait dans ce 
te moment de crise , disait l'Empereur j mais il se 
Cl trpuva le pire de tous. Je vois encore ce mau- 
cc dit homme, dans son bel accoutrement du di-. 
« manche , bien boursoufflé sous un grand habit 
« cramoisi : c'était un misérable. Heureusement la 
« générosité de la maîtresse de la maison , peut- 
« être une secrette sympathie d'opinions, me sau- 
« vèrent. Elle détourna constamment , avec es- 
cc prit, les coups qui eussent pu porter j elle fut 
et sans cesse le bouclier gracieux sur lequel les 
« armes venaient perdre leurs forces ; enfin , elle 
ce me»préserva de toute blessure, et il m'est Xoxjl^ 
« jours resté d'elle un agréable souvenir pour le 



468 MÉMORIAL (Aoàtiti6> 

« service que j'en reçus dans cette espèce d'ë- 
« chauffoure'e. )> 

« Cette diversité' d'opinions , observait l'^mpe- 
lï reur, se retrouvait alors dans toute ,1a France. 
« Dans les salons, dans la rue, sur les chemins , 
« dans les auberges, tous les esprits étaient 
« prêts à s'enflammer , et rien de plus facile que 
« de se méprendre sur la force des partis et 
ce de l'opinion , suivant les localités où Ton se 
(( plaçait. Ainsi un patriote s'en laissait impo- 
ce ser facilement, s'il se trouvait dans les sa- 
a Ions, ou parmi les rassemblemens d'officiers; 
a tant il se voyait en minorité' ; mais sitôt qu'il 
« était dans la rue, ou parmi les soldats , il se 
« retrouvait alors au milieu de la nation toute 
n entière. Les sentimens du jour ne laissèrent 
H pas que de gagner jusqu'aux officiers mêmes , 
« surtout après le fameux serment à la Na- 
« tion^ à la Loi et au RoL Jusque-là, con- 
cc tinuait l'Empereur , si j'eusse reçu l'ordre de 
« tourner mes canons contre le peuple , je ne 
« doute pas que l'habitude, le préjugé, l'édu- 
<c cation, le nom du Roi, ne m'eussent porté à 
<c obéir; mais le serment national une fois 
« prêté, c'eût été fini, je n'eusse plus connu 



CÂoii .iji«) Î)Ë SAÏNTË-MÊLÈNË. m 

<c que là natîoâ. Mes penchans liaturels st trou- 
ft' yaient dès-lors enharmonie avec mes devoirs^ 
<t et s^arrangëaient à merveille de toute la mfe'-* 
«c tapbysiqiie de rassemblée. Toutefois les of- 
« fieiers patriotes, il faut en convenir , ne com-^ 
le' posaient que le petit nombre^ niais avec le 
ft levier dés soldats, ils conduisaient le régiment 
« et faisaient là loi. tiCs camarades du parti 
<c' ôp{)osé, les cbefs mêmes recouraient à nous^ 
«dans f oûs les momens de crise. Je me souviens ^ 
« parcî'enipliè, disait-il, d'àyoir arrache' à la fu- 
it ' reur dé la populace un des nôtres, dont le ^ 
« crime était d'avoir entonné., des fenêtres de 
w notre salle a manger, là célèbre romance de 
«c^ 6 Richard I onion^Aoil Je me doutais bieîn ^ 
« peu alors *qu'un jour cet air serait proscrit ^^ 
« aussi de la sorte à cause de moi. C'est comme 
«'ail 40 août, "voyant enlever, le château des^ 
« Tuirérîès et se saisir du Roi , i'étais assuré- 
ce meiît bien loin de penser (|ue je le remplace- 
<c rais, et que ce palais serait ma demeure. » 
Et s'afrêtaut sur cette journée du ^0 août, il a 
dît: ^t' Je me trouvais, à cette hideuse époque , à 
« Pariâ/loge ra^^^ MaiV, place des Victoires, 
« Au lîrùit du tocsin, et de la nouvelle qu'onf 
5- 44 



^70, MÉMORIAL— ik^iZiej 

vc donnait l'assaut aux Tuileries, je courus au 
« Carrousel , chez Eaupelet^ frère de Beurienne, 
« qui y. tenait un magasin de meubles. Il avait 
cr ëte mon cami^rade ,à Tecole militaire de 
fc Brierine. ÇW de cette maison, que, par ps^- 
« renthèse , je n'ai jamais, pu retrouve^ depuis , 
« parles grands changemens qui.se ^ont opères ^ 
ce que je pus voir à mon aise tous les détails de 
« la journée.. Avant d'arriver au Carrousel, j'a- 
« vais e'te rencontre' dans la rue des Petits- 
« Champs, par un groupe d'hommes hideux > 
•t promenant une tête au bout d'une pique. 
« Me voyant passablement vêûv et me trouvant 
« Fair d'un monsieur , ils étaient venus à moi 
« pour nie faire crier .3^*^^ là Nation l. ce que 
•I je fis sans peiiie,' comme on. p^ut bien le 
« cîtoirev 

« Le château se trouvait atta(|ue par la plus 
« vile canaille. Lé Roi avait assurément pour 
m sa défense ' ^ù moins autant .de troupes 
« qu^en eut depuis la Convention au 4 3 vendë- 
« miaire, et les ennemiis de celle-ci e'f aient bien 
« autrement disciplines et redoutables. La plus 
« grande partie de la garde nationale se Ypontra 
« pour le Roi : on lui doit cette justice, » 



(JâUtâà) DE sXiNTE-HÈ^LÉNE. 4Yf 
Ici' le GrattA-Marechal k 'observé qu'il était' 
précisément d'tiii'Ses Bataillons qui se montrè- 
rent les plus déS^Biiés, ïrayait' failli être massacre 
plusieurs' fois Wr le peuple', en regagnant isole- 
ment sa dèmèïit'e. Nous observions,' de^ notre' 
coté, qu'^n général la gardé nationale à Paris 
avait Cdlistàmmen^t'mofnt ré 'lés vertus de' son 
état : Taînotifr de l'ordre, le dévouement à Tàti-' 
torité;laftrainte du pillage et la haine de l'a-* 
aarchie j et c'était aussi l*opînî6n' de TÊm- 
pereur. > . / . r ^V/± 

« Le palais forcé, et le Roi rendu dans le 
« sein de rAsséinbléë , 'â-t-iïi:onlînue ,^ je me fi{[- 
« sardaia penetrerdans le, jardm, J amais depuis, 
« aucun de mes champs de bataille ne me donna 
«Tide'è aaiitant de cadi^yc^; qùe'"m'en prê- 
te sehtèrèntlék Àfias^és'dés^l^isi^e^^V'ébit qtié'là' 
« petitesse^^ffihoJal^'^k^ft^ le nombre,' 

« soit que ce fut le résuïtàï^^dl^'ïa tireniiët-e* 
« imptesi^ic(M^qnê^'|1[?prô'avâîs etfé^'genre; J ai 
et vu des fehiM^ lileii^iîiis'es se pOTter au dei*-*' 
« nièrîes^ïtïdè'c^e&^iii^lésfcâdâVi'éV Suisàës/ 
« Je' parcîkfrus ' ÛWfei'tkiéi'àiv 'voisinage 'de' 

« la rage étàiï dans^toùi^îes'^éoeitrs'; elle' se mon-^ 



472 MÉMORIAL lA^ t»i6y 

V, tj»i% sur toutes les 'fîgnre$> bien, ({ue cenne 
« fussent pas du tout des gens de la classe da 
«r peuple yet il fiftUait c[ue tous ces lieux fussent 
« jouJ^uellement remplis des meoies habiteiës;^ 
« CSLT bien que je n'eusse rien de particulier 
« dans ma toilette » ou peut-efre était-ce. eneore 
« parce qpe mon visage était plus calme,, ii 
« njL'étetitaiséde/wix'querjesqitais maints re^ 
« gards hostîies et défians^ comme quelqja'uu. 
« d'ixiconiLu,ou,de.sfispçct. «: 

Dimanche 4* 

Balt masqoës. -^ M""* de M^rigpiy^— Le Biëmoot et le» 
Piëmontais. — vGaniiax. dç la Frauçe. r- Eéres sur 
' Paris.— Versailles. — ^ Foàtalaebleaay etc* 

Le temps était, devenu meilleur. L'Empe- 
reur a demandé Sft^calècbe, et a marcbé fort 
loiu jusqu'à ce c[ii'elle ; xinfr le joindre. Nous, 
soyons fait deu;x; tours,. 

On parlait, des bals masqiDbés;jrEptpereur les 
aimait partici^ièrement^, et. eiï demandait sou- 
vent. Il 7. était tonjpurssûrd!uujcertainrendez- 
vous q|ii nelui^aiïiquait,jfinwi,s :.il s'j.trouvait,, 
disajltril^entreprisfcfaai(]ueanijtée.pàr un même. 
mas({verqaiiuira]gpela^t d!anci£fiues.intimités^ 



(Â^t iM) DE SAINTE-HÉLÈNE. nn 

et 1^ sollicitait âyec ardeur de vottloîr Wenié 
receToii|^^t Tadmettrë A isa Cour : <:*etait une 
femme lrè$*aimable,très-bcmtie et très-îiellë, à 
ijai beaucoup devaient certainement beaucoup. 
L'Empereut, qui ne laissait paè que de TafSec^ 
donner, lui repondait toujouts : « Je ite nib 
« pas qiEie Toîis soyez charmante; mais yrcyez 
« uu peu qu'elle est votre demande; juget^ 
*f li vous-même , et prononce* ? Vous aveïx 
« deux ou trois maris, et des enfans de tout le 
« monde. On tiendrait à bonheur sans douté 
« d'avoir été complice de la première faute ; dit 
« se fâcherait de la seconde , on la pardonnerait 
•« peut-être; mais ensuite, et puis, et puis !••«.* 
« A présent -soyez l'Empereur, et jugez :qtté 
« feriez-vous à ma place, moi qui suis tenu i 
« faire renaître un certain de'coruiki? » Alors 
la belle solliciteuse gardait le silence, ou lui 
disait : Du moins ne m'ôtez pas l'espërance, et 
renvoyait à Tannée suivante à être plu« heu- 
reuse, «f Et chacun de nous deux, disait TEmpe- 
• reur, était <xact àce nouveau rendez-vous. » 
A ces bali TEmpereur aimait fort surtout à 
se faire insulter, disait-il, et le recherchait. 
Un jour ^ che;& Gambacerèt , il rit beaucoup de 



MU MÉMORIAL (Ao^i iÇtf) 

^'entendre dire par une M"^ de St-D...:. , qu'il 
prétend que sa nature portait d'aillea» facile* 
/nent àTaigreur, < qu'il y arait des gens au bal 
« qu'il faudrait mettre à la porte, qu'ils- n'a- 
ie raient pu y entrer, sans doute, qu'ayeè des 
K billets yoje's. » 

Une autre fois, il avait porte' la douce et ti- 
mide M"* de Mégrigny à se lever etft'^igner 
avec colèreret les larmes aux yeux; disant qu'on 
abusait assuce'ment vis-à-vis d'elle de laiiberté 
que donnait un bal masque'; L'Empereur venait 
de lui rappeler une faveur très-remarquable, 
qu'il lui avait accorde'e jadis, en ajoutant que 
personne ne^ doutait qu'elle ne Teût p^yée par 
le droit du seigneur. « Or, il n'y avait que moi , 
« disait l'Empereur , qui pût le lui dire sans 
« l'insulter, parce que cela se disait, il est vrai ; 
«;m.ais que j'étais b^çni sûr qu'il n'en était rien* » 
yoici l'histoire : :/,i \' 

L'Empereur allant «e faire copçonnér à Mi- 
lan, coucha à Tijpyes. On lai priésenta les au- 
torités, et parn^^ elles une jeune/pélitionna-ire à 
la veille de sen^arier, .et qui vien^it solliciter 
de lui une faveur ^e fortune, Or^ tiçmtne rEm*» 
pereur désirait , 4îsait41, faifQ quelque chose : 



(Aoài.8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. -175 

qui fût, arec éclat, agréable au pays ^ la cir- 
constance lui parut fe^vorable, et il la saisit 
avec toute la gràcé imaginable, La jeujjie per- 
sonne (c'était madame dé 2Îf<^^572y)x appar- 
tenait aux premières familles' dé la proyince, 
mais tont-à-fait minée par l'emigrationJ A 
peine ëtait-elle de retour au logis misérable de 
ses parens, qu'un page y entrait avec fracas, 
apportant le décret de TEmpereur , qui ^cur 
rendait 30 mille francs de rente, ou plus^ On 
juge du bruit et de Teffét d'un tel eyenement. 
Toutefois comme rien n'était plus charmant > 
plus compliétement joli, disait l'Empereur, que 
la jeune solliciteuse, on voulait que ses attraits 
eussent été pour quelque chose dans sa galan- 
terie, bien qu'il eût quitté là ville quelques 
heures après, et qu'il n'y eut plus songé; c'était 
égaL On sait comme se font les histoires; et 
comme elle épousa un de ses écuyers, qu'elle 
vint conséquemment à la-Cour, on avait mêlé 
tout cela comme ^de coutume ; si biftii que 
nommée depuis Sous gouvernante du Roi de 
Rome, le choix scandalisa 'un moniènt là sévère 
madame de Montesquieu , qui craignait , di<^ait 
l'Empereur , de n'y voir qu'un arrangement. 



MQ IIÉMORIAL (Aoàt4ai6) 

L'Empfsreur dit c[u'il renouTeU à Turin , 1^ 
galanterie gracieuse de«Troyqs ^ daus la perr 
sonne de M**^ de Lasearis • €t dans les deui: 
endroits, du reste, il croit avoir eu à se louer 
de sa libéralité , et en avoir recueilli. le fruit. 
Les deus: fai^illeis se sont montrée^ attachée^ 
et reconnaissantes. 

Il sedeooandait , à ce sujet, qu^ls auront pu 
être les sentimens du Piémont à son égard. 1} 
avait une affectioin particulière, disait-il , pour 
cette province. M. de Saint -Marsan, qui! 
croyait lui avoir e'té fidèle jusq[u'à la fin, Ta-^ 
vait assuré au montent de nos désastres, disait-* 
il , que ce pays se jm)ntrer9^it une de sçs oieil* 
leurei^ provinces. 

m Au fait, continuait TEnipereur, les Piét 
n montais i^'aimaient point à être un petit 
(c État i leur Roi était un vrai seigneur féodal, 
V qu'il falUit courtiser pu craindre. Il avait 
fc plus de pouvoir, plus d'autorité que moi, 
ft qui , Empereur des Français , n'étais qu'un 
vt magistrat suprême, faisant marcher les lois, 
fc et ne pouvant en dispenser! Aurais-je pu 
^ empêcher un courtisan d'être poursuivi pour 
^ ses dettes ? Aftrs^is-je pu s^rrêter l'actiga 



^AQûtiiBi^) DE SAINTE-HÉLÈNE, 4Tt 

« dds lois 5ur 4}ui que ce fât? tstcv^ etc. d 
Dans la conversatioxi du diluer > rEiupèreur 
demandait si on avait calcule la quantité d'eau 
fluviale qui entrait dans la Méditerranée et dam 
la Mer Noire, ce qui Ta conduit à.défirèr 
qu'on calculât la quantité d'eau flwiale. de no^ 
tre Europe , et qu'on assignât la proportion de 
chaque vallée et de chaque versant. Il regrettait 
fort de n'avoir pas présenté eette série de ques- 
tions scientifiques. C'était là $on grand sjsièm% 
disait-il. Lui venait-il une idée utile, curieuse^ 
intéressante : c( A tnés levers ou dans mes com-^ 
« munications familières, je posais des questions 
ff analogues i mes membres de. l'institut, avec/ 
« ordre de me les résoudre* Jja solution en était 
« lancée dans le public; elle y était anal/séev 
« coQibattue , adoptée ou repoussée f et il n'est 
K rien qu'on n'obtieime de la^orte; c'est là la 
« grande voie des progrès dans une grande 
« nation, douée de beaucoupd'esprit et debeau^ 
« coup de lumières. A' » 

L'Empereur observait encore à ce sujet qu'on 
pavait jamais été plus fort en géographie qu'au^ 
jourd'hui, et qu'on en devait quelque chose à 
^es expéditions. Il a parlé ensuite des canau^e 



478 MÉMORIAL (AbAÎ i8i6) 

qu'il avait fait faire en Firance,' Il citait surtout 
celui de Strasbourg à Lyon, qtfil èspe'rait 
avoir ass^z avancé pour qii-on fftt oblige' 
de le finir. Il pensait que sur 30 millions, 
il devait y en avoir de' jà vingt-quatre d'em- 
ploye's, • . 

«c Aujourd'hui on communiquait, par Tinte- 
« rieur, de Bordeaux à Lyon et à Paris. J'avais 
« construit un grand nombre de canaux;^ j'en 
« avais projeté' bien davantage. » L'un de nous 
ayant dit qu'on en avait proposé à l'Empereur un 
très-avantageux; mais qu'on l'avait trompé pour 
l'empêcher d'accepter les offres faites à ce sujet. 
« Sans doute que le plan n'aura été avantageux 
K que sur le papier, disait l'Empereur; mais 
K qu'en dernière analyse, il m/aurait fallu.don- 
« ner dé l'argent; o^ qu'on m'arrachait diffîci- 
a lement. — Non, Sire, répondàit-on , le refus 
.« n'a étéque l'effet d'une intrigue. On a trompé 
« Votre Majesté. — Cela n'était pas possible 
« sur ce point. Vous parlez légèrement? — 
«Mais j'en suis. sûr; j'ai connu le plan, les 
ic offres, les souscripteurs ; raqs parensy étaient 
fc pour des sommes considérables. IL s'agissait 
•t d'unir la Meuse à la Marne. Le canal aurait 



(Aoûti8i6) DE SAlNTE-HÉLENE. 479 

« eu moins de sept lieues. ~ Mais voua ne dîtes 

« pas tout 7 peùti^tre ayëc cela exigeait-on que 

<c je concédasse d'immenses .forêts nationales. 

K dans les environs? ce que je n'aurais, pas vouli>, 

« — Non, Sire, c'e'tait. seulement une intrigue 

« de vos ponts et; chaussées. —* Mais encore 

«f faudrait- il . qu'ils ) eussent opposé quelques 

«c raisons , quelque apparence. d'intérêt public. 

« Que disaient-ils? -i-« Sire, que les bénéfices 

«r auraient été trop! grands, -r- Mais alors ils me 

K ^eussent proposé, ^3: t mêmes; disait lIEcape- 

« reup, et je l'eusse ^écutél JTe vous. répète 

A que vous -ne saui^ie^ avoir raison; vous parlez 

« ici à l'homme dé la chbs.e même, qui s'en 

ft occupait sanS'Cesse^ L<bs ponts, et chaussées, de 

« leur côté, n'étaient jamais plus heureux que 

« défaire. Jamais un particulier ne m'a proposé 

w un pont, qu'il n'ait été pris aujmot. S'il me 

4c demandait un. péage de vingt-cinq ans, j'étais 

« disposéî^à\le lui accorder pour, trente. Ilm'im- 

« portait peu* qull fût utile, s'il ne devait me 

fc rien coûter. îCétait toujours un capital. dont 

« j'enrichissaijr le sol. Au lieu de. refuser des 

fc canaux, je courais après. Mais, mon cher^ rien 

* ne se assemble moins qiiunf conversation do 



ihH MÉMORIAL (AiAt*8i6) 

m sâlott etum conseil d'administration. L'iiomme 
m à projets, dans un salon, a toujours raison; ses 
M résultats seraient magni&pies y infaillibles , si 
a on Fecoutait , et pour peu qu'il puisse lier le 
«refus qu'il éprouve à quelques pots-de^yin , i 
fc quelque înt^ue de fenune ou de maîtresse, 
m le roman est complet ^ or, voilà ee que vous 
M aurez entendu. Mais il n'en est pas ainsi dans 
ic un conseil d'administration , parce qu'on n'y 
ff décide que sur des faits et le compas à la main. 
M Quel est votre canal, avez-vous dit? il {ne 
« saurait m*être étranger^ «— Sire, de la Meuse 
* à la Marne, et de sept lieues seulement.-^ 
tt Eh bien ! mon cher , c'est de la Meuse à 
« l'Aisne que vous voulez dire; et il eût e'té 
c de moins de sept lieues. Gela va me revenir; 
tf mais il n'y a qu^une petite difficulté , c*est 
o qu'en cet instant même il est encore douteux 
« qu'il soit praticable. La, comme ailleurs, Hyp* 
« pocrate dit ouif et Gallien dit non. Tarbe 
« l'assurait impossible; niant qu'il y eut assez 
u d'eau au point du partage. Je vous répète, 
« continuait l'Empereur, que vous parlez à 
K celui du monde qui s'est le plus occupé de ces 
« objets, surtout aux environs de Paris. Il entrait 



(A«âi iM) DE SAiNTE-HELÈNE, Ali 

« dans mes réy€s perp^tUçls.^'epi faire, là. yeri-. 
<c table capitale de l'Eui^pe;» parfois y^ voulais 
M(' qu'elle devint une ville.deSv 3 , cm ^^midUoiis 
«d'habitaiiSj par exemple i» en un mot quelf|ne 
« chose de fa;huleiix , de .colossal^ d'incqmiu 
«jusqu'à nos jours y. jet dont ies ëtablis^emens' 
« publics eussent répondu à la population. ^ > 
. Quelqu'un ayant observa is^ors^ que si le^ilUèl 
eût dofkïké a l'Empereur unvegne de6{^àii$, 
commit à Louis X.IV9 il aurait Juissë dé bîeti 
grandes choses, le. Si le Ciiel m'eût^dOÉtnë seule- ' 
«meut S& anç^t>u^ peu de loisir, a repris 
«•^vivem^t rEiilpfereur, on àrirait cherché vai- 
«nement Fâncien Paris; il n'en fût pars reste' ' 
«'de vestiges; et j'aurais change la face de la 
«France. Archimède promettait totit^ si on lui 
« laissait poser le bout de son levier jj*en eusse 
« fait autant partout où l'on m^eût laisse poser 
« mon énergie, ma perseVérance et mes bud-» 
« jets... Avec les budjets on créerait le monde.. • 
« J'aurais montre la^diffërepce d'un Empereur 
« constitutioimel avec un Roi de France. Les 
« Rofs de iFIrai^ce n'ont jamais' rien eu d'admi- 
« nistratif ni de municipal Ils ne se sont 



4Ô2 î^' MÉMORIAL (ÀôAiiSi^) 

ce ^anuai^ mmtr^bqne^ de graiixds seigneurs que 
« ruiitaretit leur^ ^gét)&; d- affaires. 

ft La^ nation ell^-^mème n'a dans son caractère' 
« et SCS goûts qtter.'du provisoire èt^du-gaspil*- 
« lage. Tout pour ie mometti et le caprice , 
<c jKtt pôiirla dutëe..!..; voilà notre devise eV 
ce noâ^mœitrs en frànce.. Chacun p«S9e^ vie à 
€t [faii'eet à def^dre^âl nerestë jamais- rien.u,*., 
« 2ï'es(E*il' pas; indécent que , Parié n'ait seule*^ 
«fvi^tlpàs un iFfacàtre-Françaisi;' dn'Opëfd; 
« ri^n digne tlerÉes: destinations)! . f î . 

<c J'ai ;; soijiV'ent ^(iombattUi: d§S:fétQ$I que k) 
«viUe.dç Paris yjaulait me.donttefj c'et^^ici^t, 
ce des4Uiçr&, deslials^ des feux d'ar^^ifie^ d^e 4^. 
« de 6, de SOO-miUe francs.^ dqnf^es^re'pax^til^ , 
i< obstruaient plusieurs Jours lep^l^Uc, et :qui 
« coûtaient ensuite autajit A .défaire qu'ils 
et avaient coûte' à construire. Je prouvais qu'a- 
« vec ces faux frais ils. auraient fait des monu- 
<c mens durables, magnifiques ' ^ 

ce II faut avoir fait autant que moi pour con- 
c< naître toute la difficulté de faire le bien. Il 
ce fallait parfois toute ma puissance* J)Our pou- 
ce voir riéiissir. S'agissait-ir 'dér Chemin ëes, de 
« doisons, d'ameublemenS; dans les palais impe'- 



(AoAt i8i6); DE SAINTË-HÉLÉNE. 1Ô3 

«. riaux pour quelques particuliers ^ encourait* 
« àpleine(» y6iies;.mais s'agissait-ril de prolôn- . 
« ger le jardin des Tuileries 9 d'assainir quelques? 
« quartiers, de descJ^truer quelques égoats,' 
te d'accomplir un bien publiciquL n intèrtessât' 
« pa^ directement qi^lqUesparticulieris^ il fallait* 
tt tout mon caractère, çcrire>ix,.dixlettre8ipar' 
ce jo^r, et se fâçhep tout rouge. C'est: ainsi' qiie^ 
ic j'ai employé jusqu'à 30 midlions. onîisgowts,^ 
« dont personne neme tiendra jamais compte. J'ai.: 
fc abattu pour 4 7 millions de maisoiis ^n fac«p des » 
« Tuileries pour former le .Carrou$el et^decoot^ i 
a vrir le Louvre. Ce que j'ai fait est immense,*, 
«ce que j'avais arrête', ce que je projetais 
* em;or.e l'était Ijien davantage.;», m-' • 

Alors quelqu'un observait que ilç^ travaux de 
l'Empereur ne s'étaient p^int bornés ik\ à Earis 
ni à la France; presque tputes les viileus ^d'Italie . 
présentaient des traces 4^ sa c^tfpition. Partout: 
où l'on voyageait,* au pied conwe.^:!^ etm/edes > 
Alpes, dans les sables; de la HpUsiti^e, tsui) lei^ 
rives du Rhin;; Ton retrouvait' Napoléon , îtourr 
jours Napoléon. , , \ ,r Ij •> : • :* ' * : 

A cela il a obsf rv|3 .qu'jll. ataÂtid^cidfç'idiîïdtt;- i 
sépher lei maraiç PQntilnç.,4 C!*»r^'ârtTil4rtf,f 



i8» MÉMORIAL lAM télé} 

«allait s'ca occiiper^oand il përit. i Et t^eve- 
nant à la France: « Les Roiff, disait-ii^ avaiebt 
K trop de maisons de campagne^ et d'objets 
«, inutiles. Un historien impartial aura le droit 
<c de. blâmer Louis <Xiy dans ^és effroyables 
<c et inutiles dépenses de Versailles , surtout 
rayée ses guerres , ses impositions, âès mal" 
« heuirs : il s'est épuise pour ne créer après fout 
«, qu'une : Tille bâtarde. » L'Empereur a alor^ 
afnailysdiesavantdLges d'une tille administrative, 
cf est «à-dire, feite pour la réunion des adminis- 
trations, et ils lui semblaient vraim'ent pro^ 
blématique^« 

Je regrette bien ici de n'aroir pas consigne'^ 
dans le temps, la suite de ces raisons; elles 
étaient si multipliées , si ingénieuses ! J^ujour-' 
d^hui mon exactitude ne ine pèfrrtie* pas de pré- 
tendre les reproduire* Dû resté, ce sont en 
moi des regrets, ^ui malheureusement n'ont 
que trop souvent roetaiioA dé se renouveler. 
Si on aperçoit de nombreuses lacunes dads les 
raîs6nnemeii$ de l'Empereut*, et surtout dans 
la' suite de ses déyeloppemens, c'est qu^à Sainte- 
Hélitte je consignais «i hâte, me fiant sur ma 
mémoire poi^r développer en temps opportun. 



(AoAt liii) DE SAINTE-HÉLÈNE. 48& 

ou bien |e<me coiitciitaîs oiicérc dl^abreViatieras, 
de signes hyéregliphiques^ je savais que j'étais 
à la source ; mais aujxmrd'hui il amvcl qi^e j'ai 
oublié, ou qUD je Àe me retronref plus dans me^ 
propres s^gpe^. Ga ifeit être moâ excuse pour 
bien des çHoses* 

L'Emp^f^i^r ne se dissimulait pas que ta de- 
meure de h eupitale n'était parfois pai^tenafilé' 
pour le$ souverains; mais d'un aut^e eôté Ver«^ 
sailles ne Teftait pas pouv les'^anids, lès mi^ 
nistres ni kl» CQùrtÀsans; C'était do&c une fattte 
de Louis XIV, s'il n'avait ent^eplris Yertoîllès 
que pour le séjoux des voiB} lorsque Saint-Ger- 
main était tout* trouve sôus sa mafin^': la liatùre 
semblait l'att^ir £âit .exj[>rè6 pottp la véritable 
demeure des rois de France. Lui-même, Napo- 
léon, avait fâit'dés farutesià c^t égard ; <ear II ne' 
fallait pas, diâSiit-ii/^ Ibiier dans tout ce 
qu'on avait feit." Il aurait dû retrancher Com- 
piègpe, par eseriiplë/et ik'regriettait d'y avoir 
fait son mariage, au lieii de Fotilainebleau. 
« Voilà, dîsak-il^ en répétant Fontainebleau 9' 
ce la vraie demeia^e dos rbis, ta maison des siècles ; 
tt peiftt-être tt-'ét«t-ce pas rigoureusement un 
cr pçilais d^archîtecte, mais bien assurément 
5, 42 



\^ MEMORIAL (A«iiiêiêj 

K donnero«YOiis^a}outa!is-)e , pour ma première 
(t année? cav &i je yeux que ma dépense soit 
« morcelée^ je yeux néanmoins que le résultat» 
<r le travail m'arrive entier et fini. Ainsi je 
« yeux d'abord un abri, une cambre ^ un ap- 
ff partemeiit> d'importé quoi; mais quelque 
n: chose de complet pour mes i SOO mille francs, 
e Les architectes ne voulaient plus y entendre } 
4i cela gÊnait letir grandiose , leur grand effet. 
H Us auraient voulu d'abord produire tout une 
« façade long- temps inutile ^ et vous engrainei^ 
m ainsi dans des dépenses immenses , qui , si elles 
« étaient interrompues, ne vous laissaient rien, 
et C'est avec cette manière a moi , et ~en dé* 
« pit de tant ^circonstances politiques et im- 
« litaires, que j'ai fait néanmoins tant de cho5es# 
« J'avais réuni kO milliotis de meubles à la cou- 
« ronne, H millions au moins d'argenterie. Que 
« dq palais j'ai restaurés ! Peut-Nètne trop : jy 
« reviens. Grâce à ma manière de faire, j'ai pu 
« habiter Fonlai^n^leau , dès l^a première année 
% de travailla il ne mfen eo4ta pas pkis ^ 5 à 
« 600 mille francs. Si fy ai dépensédepuis tf mil- 
« lions ; cela n'a été qu'en six ans; j'en aurais 



(Aoàt iai6| DE SAINTE-HËLÉNE*. 189 

^ dëpfnsë Imn â'aTantage aTec ie teiii]>s. Mon 
« bttt "prutcipai avait pdar ol^t ^e la diëpetise 
« fût insensibky^t ie résultat elemd. 

n A mes Toyages de Foritaînebleatt ^ disait 
« TEoip^reut, 42 à 46 cea.ts personnes i^taieurt 
^ îtiTitëeS) logées etmenbiè'es^ plus de Smilk 
fc ipOuTtiieM y trouver à dîner , et ceci n'avait 
« riett de coûteux pour le souverain , oiî très*^ 
ce peu , grâce, à l'ordre établi ; Ihiroc Tavait 
« rendu adtnîrable. Hu& de 20 ou 25 princes ,. 
fi dignitaires ou ininiistres étaient contraints 
« d'y tenijT maison» 

ce Je condë^mli^is Yer^saillf^s dans sa création^ 
<r reprenait Ji'Ekni^erejirj mais4ahs.nies idées pai*- 
<( fois gigantes4|ue3 sur Paris^ je revais d'en tirer 
« partie^ et de n'en faire , aveoie temps , qu'une 
« espèce de faubourg i un site voisin, un point 
«c de vue de la grande capitale ^ et pour l'appro^ 
« prier davantiage à cet objet , j'avais conçu iine 
t< singulière idée, dont je m'étais même fait 
« présenter le programme, 

<c De ces beaux bosquets , je chassais toutes 
te ces nymphes de mauvais goût, ces orfaemens 
ce à la Turdarèt^ el je les remplaçais par des 
«c. panoramas, en maçonnerie, dé toutes les ea-^ 



{430 . * MÉMORIAL ^ ' (A^ôtiaîô) 

;<r pitâles où aoils étions entrés victorieux, de 
« toutes les celèkres batailles qui avaient illu»- 
f< trë nos. armes* C'eut été au^uit de monutnéns 
.<«c étemels de nos triomphes et de notre gloire 
«nationale, posés à la porte de la capitale de 
« TEurope, laquelle ne pouvait manquer d^ètre 
« visitée par fo^^ce du reste de rûni vers. Et lais- 
sant tout a coup cela , il s'est mis à nous lire le 
Distrait, dont le volume était depuis long^temps 
.sous sa main; mais il Ta presqu'|iussitôt in- 
terrompu, soit qu'il ait été remué de ses propres 
pensées, soit qu'il s y vit contraint par une 
toux nerveuse , qui depuis peu lui revient sou- 
vent après son dîner. Il est certain qu'il change 
beaucoup, et que sa santé se per4 tout rà -fait. - 

liundi 5, 

Projet d'ane histoire etii*ôpéenae.— ^lim tll.— Forcer 
d'uQ Sultan tare* -r Les Mameloucks. «^Sur b 
tlëgenoe* 

L'Empereur n*est. sorti qu'à près de cinq 
heures i il était souffrant , avait pris un bain ^ 
que la venue de sir H. Lçwe. avait |rop pro-ç 
Jongé , nWapt voulu en sortir au'après que cç 



(A€ût.iai6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 49^ 

Gouvern^î eut disparu de rëteblissement. 

^Empereur avait lu ds^s son bain deux yo- 
lûmes de VHistoire: Ottomane. Il avait conçu 
ridée, disait-il, et regrettait fort de n'avoir pu 
l'exécuter, de faire composer toutes les his- 
toires de l'Europe depuis Louis XIV , sur les 
pièces mêmes de nos relations extérieure où se 
trouvent les rapports réguliers de tous les am-^ 
bassadeurs. 

« Mon règne, observait^il, eût été une époque 
« parfaite pour cet objet. La supériorité de la 
(c France, son indépendance, sa régénération, 
f( mettaient le gouvernement actuel à même 
« de publier tous ces objets sans. inconvénients. 
K C'eût été comme si l'on eût publié l'histoire 
ce ancienne : rien n'eût été plus précieux. » ^ 
^ Et de-là, passant à Sétim III, il disait lui 
avoir écrit un jour : « Sultan , sors de ton sé^ 
f< rail; niets-toi à la tête de tes troupes, et 
« recommenoe les beaux jours de ta monarchie. » 

Sélim , le Louis XVI des Turcs , di$ait l'Em^- 
pereur, qui nous était très*attaché et très-fa^- 
vorable d'ailleurs, se contenta de lui répondre 
que c'était bon pour les; premiers princes de sa 
dynastie, que lés mœurs de -ce #emps étaient 



4U^ MÉMORIAL ( A<At 1816 ) 

him^kÀn^ qttsde fMij^eiii actes leraietit aa]our- 
4'hm fadr» de nisoa , et tout i fttit sans fruit. 

L'£inp«reiir ajoutait xi^anflioiBS que pet^ 
^[(mais mè connàâssait 5 sans doute, la force de 
la dëinelcrppëè subite dont «èrait capable un 
^ttltaii de GoftstaiitiBopie qui saui'ait Se placer 
^ la tèle d« son peuple, le retreHi|>er et mettre 
ea mardbe cette multitadé fa&i^tifeée. Plus fard 
il disait que , pour sou propre compte , si en 
Egypte il ràt pu à ses Français feindre les ma- 
Ibc4bucks,il se aérait f'egafd^ comiiie le maiti*e 
du Blonde. « Avec leette poignée choisie et la 
K dmaillei a|oiitait41 en riant ^ irecruti^e sur les 
M lieatK i pour :4itre dépensée au besoin , je ne 
9 ôflttîiâis riefa quis je n'eusse renversée Alger en 
« tnemiâa. m 

« -^ Mais 4 famais il prenait ^ntâîsië à ton 
« SuiUn^ disait un ipixt le Dej^ d'Alger au 
l( cpns^i frànçidis^ de venir MteTbi«ê^, ^elle 
« aérait viotve MbetQ? fpai5 41 À MM% Uu marne- 
tti laucks. ix^C^est que le^hiÂmeloucids, dans tout 
^ï'Orient^observËtiti'EifiipejhBur^iàaiept en effet 
V des objets de Tetiëràtlon et deitei^reiir, c'était 
«uiie milice regardée jasquU noos^ oonlme in*- 
tt.vLnieibiev »if 



(AoAi i8i6) DE SAINTE-HËLÉNE* 498 

VEmpemur^ i9ti attendantsoii^ikier au milieu 
jd0 ^Otts, 9 ouTert oa litre ^i se ti*cmTait à 
coté de hd ftUr le canapé : c'était la ilégeïKsl». 
Il a dit que c'était-là une des épdt{ues les plù^ 
hideuses de nos annales $ il itaît fftçhé qu'on 
Veut pci»te avec la légèreté du ^setups , et non 
pas avBG la .sévérité de rhisCoire. On ataît jeté 
dessus les fleui^s du bon ton et k vernis des 
grâces , au lieu d'en faire une exacte justice. 
I^ négoce asi vrai ^ observait-il > avait été le 
l'ègns de la d^ravs^tion du cœur^ du dévergon*- 
dage de l'esprit, de rimmoralité la plus pro- 
fonde en tout genre -y c'était au point qu'il 
croyait, disait-il, à toutes les horreurs , à toutes 
les aboinitiÀtydM qa'm teplochait aux mœurs 
du Hégent/ da^H le sein de sa propre famille ; 
tandis ^u'il n^ le cro;fait pas de Louis XV, qui, 
bien que plongé dans le plus sale , le plus hi- 
deux libertinage, ne lui laissait pourtant pas le 
drdit d'ajouter foi à dés choses si révoltantes et 
si monstrueuses; et il le justifiait très-bien de 
cei^âines imputations <pii eussent tijuthéde fort 
près à la personne d*un de ses anciens aides- 
d€-camp, de lui^ Napoléon^ De 14 il esft revenue 
dire q^ieTépt^que du Régent avait été lerenver- 



«emènt de toutes les fortunes , la perte 4e la mo- 
rale publique. Rien n'arait ëté sa<;ré, ni datt les 
.maaurs , ni dans les principes. Le Rëgent s'était 
personnelkmeut couvert d'infamie. Dans Taf- 
fair«des princes légitimes^ il avait montré la der^ 
mhr^ bassesse 9 et commis un grand abus d'auto^ 
rite. Le Roi seul pouvait autoriser un tel juge* 
ment, et luiRdgçuts'était plu à se déshonorer 
gratuitement dans la personne de sa femme, fille 
naturelle de Louis XIV, cju'il avait trouvé très- 
bien néanmoins d'épouser, (juso^ ce Roi ré- 
gnait, ètc.:^ etc, , 

Mardi 6. 

pour es»&ayer la tente qui venait d'être ache- 
vée, on y a dressé la table de service, et nous 
avons invité à déjeûner avec nous les ofi&ciers 
anglais qui avaient surveillé le travail. 
. L'Empereur m'a fait appeler dans sa cham- 
bre ;, il a fait sa toilette, je l'ai accompagné à sa 
sortie jusqu'au fpnd du bois, où nous nous 
gommes promenés quelque temps : il discutait 
dçs objets graves , etc., etc. * , ' 

* Se dois avûir déjà dit\|a'«il trayarllant mon joornal 



(Aôâtfe&6) DE SXINT&HIILÈNE. 495 

' L'Ëài^pereiir est revenu vers la calèche poiir 
la demander, et nous avons recontinnë la pror 
menade jas(pi'àce cpi'elle nous ait joints. En fi^ 
lîLssant le premier tour^ on a dit que TAmphi'- 
trion était là« L^Ëmpereur Ta fait deioander, et 
HOU» avons fait deux tours de plu9« En reve-^ 
nant , L'Empereur a visité la t^nté , et a dit quél^ 
ques mots de satisfaction à Tofficier et'aux ma^ 
telots qui la finissaient. 

Mercredi 7. 

Campagnes dltafie^ etc» ?— Epoque de iSiS, etc. -«- 
Gaataye III. «-Gustave lY* «— Bern^dotte. — Paul P% 

Après le déjeiliiner, que FÊmpereur a fait sous 
la teute ^ il lui a pris fantaisi^e de revoir quel^ 

h LoAgwood» la circonspection et la prodence m'or- 
donnaient souvent d'exprimer mystérieusement ma pen- 
sée. Aujourd'hui, depuis le temps que tout cela a été ëcrit^ 
l'interyalle qui m'en sépare , les différentes situations 
oi^ je me suis trouré/i fqnt qu'il est bien des choses 
que je ne sais plus m'expliquer à moi - méipe. Par 
exemple , il y ayaltdans cet endroit des initiales et autres 
i»ractères dont je n'ai pu ^ en dépit de tous mes efforts j^ 
soupçooner , en quoi que ce fût , la véritable significa-» 
tion. Il est pourtant sur qu'elles devaient exprimer des 
choses d'autant plus importantes et plus délicates, que 
|'9Î f^isi plua de SQÎaà tes rendre inintelligiblest: . .. " 



4M lOtMORIÂL (Acte t«t6) 

iqne$ diàpiitres de la Campagtie d^Itaiie^ il a fait 
irenir tncnfils^ dont k pied^lsiit eHfn beaucoup 
mieux tît lep yeux en meilkur éiàU II a dotiu^ 
la dernière main aa% ohapitred de Pavie et de 
Liiraumie^ lU'esteftsuite presneiie' vers le fond du 
hà^i ayant ô<4nmaâdë que la calèche vint l'y 
joindre. Clifem» fei^ant TËfiipereur disait re- 
garda lèi dampagûêft d'Italie et d'Egypte 
comme entièrement finies^ les croyait en ëtat 
d'être données au public; et c« serait, disait-il, 
sans doute une cliose bien agréable aux Fran- 
çais et aux Italiens; c'était le livre de leur gloire 
et àe leurs droits, etc. ïl ne croyait pas néan- 
moins qu'il dût y mettre soft nom, et répétait 
que les diverses époques de ses Mémoires consa- 
creraient ceux de ses compagnons fidèles, etc. 
A Farrivce de la calèche., la conversation 
continuant sur le même sujet, on la fortement 
presse' de finir 4 84 5;. OR en a vivement deve* 
loppc rimportance, la gravite', les résultats, 
et Êh bien ! a-t-il dit en souriant , il faut que je 
<r m'y reinett<e tout à fait : ct^la feit plaisir de se 
«voir encourager; tnaîs encore faût-ïl de la 
« bonite IttiTnwr pour tyavaillei'. L'on ne nous 
ec abreuva ici que de dégoût et de «racdsseries; 



(Aoii .sio) DE SAINTE-HÉLÈNE. *Ô7 

« on semble nous envier Taîr ({ue tjOM Te«pi-: 
« rons. )» 

Bientré dans sa ebâpmbre, où je rai suivi ^ la 
conversation a^^të des^phis itit^èsstofes et fort 
remarquable^ ILaëlë questién (k Gi^tiaVe III, 
de la Sttèds; de k Russie , de Gustave tV\ de 
Bernadoite, Paul i**5 etc., el€. 

J*ai racomto' (ïa*à^!Aim-k- Chapelle, GUé-^ 
tape m vivait au milieu ^ nbù» en simple 
particulier, soiis le hoé» de ôùtnJ^ de Raga. 
Il faisait le charme de la socie'te , par la vivacité 
de son esprit et Fint^i'dt de ses tëcifs. J'avais 
ouï de sa bouchev j«r jâmrev^^ réf^ùlution iù 
4772;, et j^etaii dassi la position la i^Xns Ytevt^ 
reusa pouar coimaitve à fond ce^e ^oque de 
riiifttdkre de Suède; jq me trouvais^fart de con^ 
naissance en même temps arec bn baron de 
Sprengpottén ^ qui, après avoir ét^ fort i^é 
pour Gufita.v6, avait eu le maliietîr de passer 
en Rttssîie pour revenir i k tété des étrangers 
cconbattre sa patrie* Zt en ëtaît résulte qu'il se 
trouvait par ce faîf tiÔAs ttne condamnation à 
mort en Sii,ede. Or^ il ^«âit aussi à Aix-la-Cha- ^ 
pelle en ce. moment, èf s*én était banni par 
c€Murtoisi«2 dîsait-^il, à Vartîvée'dë Gustave, Il 



«8 'mémorial^ rAôttiis.6) 

ne s'irait pourtant pas éloigné de plus d une 
demi-lieue; de sorte que tout ce que j'entcn- 
4ais;r£içqntiér au Roi dans la soirée / m'était, le 
lend^ins^in à déjeuner/ combattu, modifié oa 
çoiifirmé' paï^ lu, baron. Il avait été foit avant 
dans Ifi çon^atice.de ce princejil me donnait 
les plus grand dçtail$» et comme positifs,' sur lo 
Tsm^ de la naissance de Gustai^e 1F\ qu'on a 
voulu être tout à fait étranger à Guistkve III, 
44 sa \phiiiiei. connaissance et par, sa propre 
volonté. ' 

: L'EqipefieUr observait que cemdme Spreng- 
pçi)çt§n,* aVai.t.et? prtéci^ment l'envoyé de Paul 
au.pi:ès de lut Iqrstl^ son consulat; Et sûr Gus-- 
tavc IV, il a dit que ce prince s'était annoncé 
au début pour un héros; et n^avait find que 
eot^me uti fou) qu'il avait marqué «de bonne 
heure par deà traits fort remarquables. Encore 
en£anty om l'avait vu, disait*il, ii^ulter Cathe- 
rine par le refus de iSa petite^fiUey au moment 
n]^eme où cette grande, I(ïipératrice,< sur son 
trône et au milieu ^de jsa Cour; h'altendsùt plus 
que lui pour la cérf^Djionie.du.nisurîage^. 

.Plus ta{r4, il; n'avait pas: moins {insulté 
Ajiexandre, en ^rçfi|$wt^ apj%sila:ca^3stro|)hG 



(Août :,M) DE SAINTÉ-HËLENE. 4«a 

de Paul , l'entrée de se& Ëlats à un des officiers 
du. nouvel Empereur, et répondant aux plains 
tes officielles qui lui étaient adressées à ce sujet y 
qu'Alexandre ne; devait pas trouver mauvais 
que lui, Gustave, qui pleurait encore l'assas&i-^ 
nat de son père ^ fermât. Tèntree de ses Etats à 
l'un de ceux- que la voix publique accusait 
d'avoir immolé le sien (de lui Alexandre). 

c< A mon apparition à la souverainté, disait 
« rEmpereur , il se déclara mon grand antago- 
« niste; on eût dit qu'il ne voulait rien moins 
« que recommencer le grand Gustave- Adolphe^ 
«Il courut toiute l'Alfeniagne* pour l'ameuter 
« (:ontjrë mou Lors .de la' catastrophe: du duc 
« d'Enghien, il. jura de le ^vengtt :de sa per-' 
«sonne, et plus tard renvoya insolemment 
« IVglé noir au roi de Prusse, parce que celui- 
ce ci avait reçu ma légion d'honneur, etc. etc. 

c< Enfin aon moment fatal arriva , disait l'Em- 
n pereur j ilne conspiration peu coDMnune Tar-' 
« raçhsi du; trpne, et le déporta hors de ses: 
« Etats; L'unanipii té contre lui prouve ses torts 
« sans ,^Qul;e. Je veux qu'il. fut inexcusable,! 
«7n<ê|iie foû; toutefois est-il extraordinaire et 
<ts^i|js exemple qiie; dans cette ciise^ il ne se soit 



200 MÉMORIAL (AcAtieiS) 

« pas tiré une seule épée pour sa défense , soit 
« par affection 9 par reconnaissance , par yertti, 
« ou par matserie même si l'on veut; et vraiment 
« c'est là une ciiTanstatice qui honore peu Tat-- 
« mosplière des rois. » 

Ce prince^ ballotté j trompé par les Anglais, 
qui voulaient en faire leur instrumieilt^ re- 
poussé par ses pxoclies, parut vouloir renoncer 
an monde , et conmie s'il eût senti son eii^tence 
flétrie par son mépris des hommes et son dé- 
goût des choses , il fut volontairement se perdre 
tout à fait dans la foule. 

L'Ëmperenr disait qu'après la bataille de 
Leipsick, Gustave! lui avadt fait parvenir qu'il 
lui en avait voulu long^temps sans doute; niais 
que depuis long-temps il (Napoléoà) était ce- 
lui des 8ou;rerains dont il avait le moins à se 
plaindre, etqne depuis hieii long-temps aussi , 
il n^avait plus pour lui qu'admiration et sym- 
pathie ^ que les malheurs du moment hii permet- 
taient de l'exprimer sans embarras ; qu^il s'of- 
frait pour être son aide-de-^camp, et lui de^ 
mander un asile en FraïKïe. « Je ftis touché, 
c( observait l'Empereur, mais je considérai bien- 
« tôt que si je Taccneillais; i^l était de ma di- 



(Aoii48rf6}) DE SAINTE-HELENE. 204 

« gnité de faire des efforts en sa faveur. Or , je 
« ne gouvernais plus le monde j pujs les esprits 
« communs n'auraient pas manque'' de voir, d$ns 
« mon intérêt pour lui , une haine impuissante 
« contre Bernadotte^ enfin , Gustave avait été dé- 
« cliu par le vœu du peuple, et c'était le vœu du 
« peuple qui m'avait élevé j il y eût eu incon-^ 
« séquence en moi^ désharmonie de principes, à 
«c prendre sa cause. Bref, je craignais de com- 
« pliquer encore les affaires , et fis taire la géné- 
« rosité. Je fis répondre que j^appréciais ce qu'il 
te m'offrait , et que j'y étais sensible ; mais que 
« la politique de la France ne me permettait 
cf pas de me livrer à mes sentimens particuliers , 
* qu'elle m'imposait même la douleur de lui 
t refuser pour le moment l'asile qu'il deman- 
« dait. Que du reste il se tromperait fort s'il me 
« supposait d'autres sentimens qu'une bien- 
« vaillance extrême et des vœux sincères pour 
<t son bonheur, etc., etc. 

« Quelque temps après l'expulsion de Gus- 
« tave, disait encore TÊmpejeur, et la succes- 
tr sien au trône vacante, les: Suédois, voulant 
V m'être agréables , et s'assurer la protection de 
<i la Fx^noe, ilie demandèrent un Roi. Il fut 
5. 43 



?OJè. MÉMORIAL (A^iêié) 

H n'était plus temps et que le mal était accom- 
« pli. Le feit est qu'en se retrouvant au milieu 
<c d^ nous, il s'est aperçu que Topiniou en fai- 
a sait jus^tice^^ il. s'est senti frappé de mort. 
f Alors ses yeux se sont dessilles^ car on ne 
A i^àit patô , dans son aveuglément , à quels 
« lèves n^auront yas pu le porter sa prë'somp- 
<r tien et sa vartilé, etc. , etc. n Et comme à la 
suite de cela et de beaucoup d'autres choses en-^ 
corê, j^ai ose' me permettre de lui faire observer 
coiseme un jeu du hasard , bien bizarre , bien 
e:straordinaire, que le soldat Bcrnadbf të, appelé 
^uné couronne, ou le protestantisme était de 
rigueur, se trouvait précisément ne' protestant ,' 
et que son fils, destine' par-là à re'gner sur des 
Scandinaves, se pre'sentiit au milieu d'eux prë- 
cîsc'ment avec le nom national d'Oscd/'. Mon 
cher , a repris l'Empereur : « C'est que ce ha- 
ie sard tant cité, dont leisr anciens faisaient un 
M dieu , qui nou^ étonne chaque jour , nous 
te frappe à chaque instant , ne nous apparaît 
« après tout si singulier , si bizarre , si extraor- 
« dinaire, que parce que nous ignorons les causes 
« secrettes et toutes naturelles qui l'ont amené; 
« et pourtant il suffit de cette seule combinai- 



(Ac4t ;v») DE SAIPÏTE-HÉLENE. t05 
^ son pour créer du merveilleux .et enfanter 
(( des mystères; ici, par exemple, ^uant au 
«premier article, die s'êtrç teouvé né protes* 
« tant, ti'en faites pas honneur au hasard : raycJK 
« celui-là. Quant au second, le nom d'Oscar: 
« c'est moi qui fus le parrain; et quand je le 
« nommai , je radotais d'Ossian : il se présenta 
« donc tout naturellement. Vous voyez a prë- 
« sent combien est simple ce qui T<ms étonnait 
« si fort, etc., etc. « 

Sur la fin de la conversation, TEmpereur est 
revenu sur Paul ; il a parlé des fureurs que lui 
causèrent , dans le temps , la déloyauté du mi- 
nistère anglais. On Inv avait promis Malte , dès 
qu'on s*en serait emparé ; aussi s*empressa-t-il 
de s'en faire nommer grand-maître. Malte ren- 
due , les ministres anglais nièrent le lui avoir 
promis. On assure qu'à la lecture de ce honteux 
mensonge, Paul se montra si indigné, qu'en , 
plein conseil^ saisissant la dépêche, il la perça 
de son épée, ordonnant qu'on la renvoyât en 
cet état, pour toute réponse. « Si c'est une 
« folié, disait l'Empereur, il faut convenir que 
« c'est celle d'une belle ame^ c'est l'indignation 



206 MÉMORIAL ( Aoûi 1816 ) 

•f de la Tértu, qui jusque-là n a pu soupçonner 
«c une telle bassesse. » 

Dans le même temps les ministres anglais, 
traitant avec nous de Te'change - des pri- 
sonniers , refusaient d*y comprendre , sur la 
même échelle, les prisonniers russes faits en 
Hollande, au projire service, et pour la seule 
cause des Anglais. « J'avais deviné j disait 
« TEmpereuri la trempe du caractère de Paul. 
« Je saisis l'occasion aux cheveux ; je fis réunir 
« ces Russes,' je lés habillai et les lui renvoyai 
« pour rien. Dès-lors ce oœùr généreux fut tout 
(f à moi; et comme je n'avais aucuti intérêt op- 
tt posé à la R,ussie, que je n'aurais jamais parlé 
•f que justice et procédés , nul doute que je 
« n'eusse disposé désormais du cabinet de 
«c SaÎHt-Pétersbourg, Nos ennemis sentireftt le 
« danger, et Ton a voulu que cette bienveillance 
« de Paul lui ait été funeste : cela pourrait bien 
« être? car il^stdes cabinets pour qui rien n'est 
« sacré. » 

N. B. On vient de lire ci-dessus que TEmpe- 
reur se plaignait que le prince de Ponte- Corvo 
{Bernadotte) était à peine en Suède qu'il avait 
eu à s'en défier, et à le combattre: Voici une 



(AoàiiBi6) DE SÀINTE-HÉliÈNE. SOT 

lettre da moment, tout-à-fait à Tappui 4ç cette 
assertion, renfermant d'ailleurs un expose pré- 
cieux du système continental. 

Aaz Tuileries, le 8 ao&t x8ii. 

« Monsieur le Prince Royal de Suède , votre 
correspondance particulière m^est parvenue ; 
j'ai apprécié, comme la preuve des sentimens 
d'amitié que vous me portez, et comme une 
marque de la loyauté de votre caractère, les 
c(mimunications que vous me faites. Aucune 
raison politique ne* m'empêche de vous ré- 
pondre. 

« Vous appréciez sans doute les motifs de 
mon décret du 21 novembre 1 806. Il ne pres- 
crit point de lois à TEurope; il trace seulement 
la marche à suivre pour arriver au même but : 
les traités que j'ai signés font le reste. Le droit 
de blocus que s'est arrogé l'Angleterre , nuit 
autant au commerce de la Suède , est aussi con- 
traire à l'honneur de son pavillon et à sa 
puissance maritine, qu'il nuit au commerce de 
l'Empire Français et à la dignité de sa puis- 
4iance. Je dirai même que les prétentions domina- 
trices de l'Angleterre sont encore plus offen- 
sives envers la Suède } car votre commerce est 



plus îharitipie que contineptal : U farcje rétlle 
du royaume de Suède est autant d^ija Texis- 
tence de sa marine, que dans rexistence de 
son arqie'e. 

<c Le développement des forces de la France 
est tout contîitental. J'ai su créer, dans mes 
états, un commerce inte'rieur qui porte la vie 
et 1 argent des extremite's de l'Empire au Centre, 
fît du centre aux extrémités, par Timpulsioa 
donnée aux industries agricoles et manufactu- 
rières^, par la rigoureuse prohibition des pro- 
duits étrangers. Cet ëtat de chose est tel, que 
je ne sais pas si le commerce françjiis apurait 
beaucoup à gagner parla paix av(}c l'Angleterre, 

« Le maintien, l'observance ou l'adoption dt^ 
décret de Berlin, est donc, j'ose le dire, plus; 
dans les intérêts d^ ]a Suède et de l'Europe , que 
dans les inte'rêts.priye's dp la France, 

Pf^ Telles sont les raisons que ma politique 
ostensible peut, proposer à la politique pstensir 
ble de rAng]eterr4^. Les raisons secrettes de 
l'Angleterre, les voici : plie ne veut pas la paix \ 
elle s'est refusée à toutes le^ ouvertures que je 
lui ai fait, fairej la guerre agrandit son com- 
merce et son territoire 5 elle craint des riestitii- 



(Août i«i6) DE SAINTE-HELENE. 209 

tions^ elle ne veut pas consolider le nouveau 
système par un traite; elle ne veut pas que la 
France soit puissante. Je veux la paix , je Ist 
TOUX entière , pslTce qu'elle seule peut assurer 
les nouveaux, inte'rêts, et les états crëçs par la 
conquête. Je pense que, sur ce point, Votre Al- 
tesse iloyale , ne doit pas différer de sentimens 
avec moi. 

« J'^i beaucoup de vaisseaux, je n'ai point de 
marins; je ne puis lutter avec l'Angleterre pour 
loLliger défaire la paix : il n'y a que le système 
cpntinental qui puisse réussir. Je n'éprouve à 
cela aucun obstiaiele de la part de la Russie et 
de la Prusse : leur commerce n'a qu'à gagner 
au re'gime prohibitif. 

« Votre cabinet se compose d'hommes e'clai- 
lés. Il y a de la dignitQ et du patriotisme dans 
la nation suédoise. L'influence de Votre Altesse 
Royale dans le gouvernement est géne'ralement 
approuvée : elle trouvera peu d'obstacle à sous- 
traire ses peuples à une soumission mercantile, 
envers une nation e'tiangère. Ne vous laissez 
pas prendre à des appâts trop fiatteurs gm^ 
vous présenterait V Angleterre.' L'avenir vous 
prouvera que quelque soient les révolutions 



M MÉMORIAL (A<*t 1I16) 

que le temps doit produire, les souverains de 
FEurope donneront des lois prohibitives , qui 
les laisseront maîtres chez eux. 

it L'article III du traité duS^ février 4g02, 
corrige les stipulations incomplettes du traité 
de Fréâérisham. Il faut qu'il soit rigoureuse- 
ment observé pour tout ce qàî regarde les 
denrées coloniales. Vous me dites que vous ne 
pouvez vous passer de ces denrées, et que, par 
défaut de leur introduction, les revenus de vos 
douanes diminuent. Je vous donnerai pour vingt 
millions de denrées coloniales que j'ai à Ham- 
bourg; vous me donnerez pour vingt millions 
de fer. Vous n'aurez point d'argent à exporter 
dé la Suède. Cédez ces denrées à des marchands: 
ils payeront des droits d'entréesj vous vous dé- 
barrasserez de vos fers : cela m'arrangera. J'ai 
besoin de fer à Anuers^ et je ne sais que faire 
des denrées anglaises. 

« Soyez fidèle au traité du %% février j chassez 
les contrebandiers anglais de la rade de Gotheiri' 
bourg} chassez-les de vos côtes , où ils trafi- 
quent librement , je vous donne ma parole que , 
de mon côté, je garderai scrupuleusement les 
couditio^ de ce traité, Je m'opposerai a ce que 



1 (Août «8ié) DE SAINTE-HÉLÈNE. 241 

^ vos voisins s'approprient vos possédions con- 
^ tinentales. Si vous mancpiez à vos eûgagemens ^ 
je me croirai dégagé des miens. 

« Je désire toujours m'entendre amicalement 
avec V. A, R., je verrai avec plaisir^ qu'elle 
communique cette réponse à S. M. Suédoise , 
dont j'ai toujours apprécié les bpnnes intentions; 
ce Mon ministre des affaires étrangères ré- 
pondra officiellement à la dernière note que la 
comte d'Essen à fait mettre sous mes yeux. 
« Cette lettre n'étant à autre fin , etc. y etc. » 

, NapolÉ(W« 

Jeudi 8* 

Vîgae patrimoniale de Napoléon, etc. — Sa Nonr- 
rlce , etc* — Son toit* paternel* — Larmes de José- 
phine dorant les échaoffoarées de Wnrmser , aox 
enyironsde Mantoue. 

Je suis entré chez l'Empereur sur^es onze 
heures , il faisait sa toilette et passait en revue 
avec son valet-de-chambre plusieurs échantil- 
lons de parfumerie et d'odeur envoyés d'An- 
gleterre j il s'informait de tous, n'en connais- 
sait aucun , et riait fort de sa crasse ignorance , 
disait-il. Il a désiré déjeûner sous la tente, 
et nous y a tous réunis. 



Itii , MÉMORIAL (àoài rt*6) 

Il se plaignait de la mauTaise qualité du vin , 
et appelait en témoignage son maître-d 'hôtel, 
Cipriani, qui est Corse, pour affirmer qu'ils en 
avaient de bien meilleur chez eux. A ce sujet 
il disait avoir eu en patiînloine la première vi- 
gne de rile, grande et considérable : VE^posatap 
, c'était son nom ; il n'en devait parler, disait-il , 
qu'avec reconnaissance. C'était grâce à elle 
qu'il avait, dans sa jeunesse, fait ses voyages de 
Paris } c'était elle qui fournissait aux frais de ses 
semestres. Nous lui demandions ce qu'elle allait 
devenir. Il nous a dit en avoir disposé depuis 
long-temps enfareur de sa nourrice, à laquelle 
il croyait bien avoir donné dans Tile peut-être 
420 mille francs de bien-fonds j il avait voulu 
même lui donner , disait-il, sa maison patri- 
moniale; mais la trouvant trop au-dessus de 
l'état de sa nourrice , il l'avait donneVà la fa- 
mille Romalino, sa plus proche du côté mater- 
nel, à condition que celle-ci ferait passer son 
habitation à la nourrice ^. 



* La maison palrîmomale de Napoléon, son berceau, 
|}0ssédée en effet aujourd'hui par M. Romalino, membre 
de la chambre des députés, est deniçuréc , comoie ou 



(Aoéi f8i6:) DE SÀÏNTE-HELÈNE. 243 

En somme, il en avait fait une grande dame, 
disait-il. Elle était venue à Paris lors du cou- 
ronnement; elle avait eu une audience du Pape, 
de plus d'une heure et demie. « Pauvre Pape, 
« disait l'Empereur, il fallait qu'il eût bien du 
« temps de reste! Elle e'tàit, au demeurant, 
« extrêmement deVote. Elle avait pour inari 
« un caboteur de l'île. Elle plut beaucoup aux 
« Tuîïeries , et enchanta toute la famille par 11 
« vivacité de son langage et de ses gestes. L'Im- 
« përatrice Joséphine lui donna des diamans. » 
Après le de'jeûner, l'Empereur, fidèle à sa 
résolution d'hier ,>i voulu se mettre au travail; 
il a donne la dernière main au chapitre de Cas- 

le pense , un objet de vive cnrîosîtë et de grande vëné-^ 
ration pour les voyageurs et surtout pour le^ militaires^ 
Je tiens de témoins* oculaires» qu'à TarriTée de chaque 
régiment en Corse, elle est l'objet d'un spectacle cons- 
famment renouvelé. Les soldats y accourent aussitôt en 
foule, et s'y font introduire dWtorité* On dirait qn'ils 
s'y croyeut des droits* Une (bis admis ^ chacun s'y montre 
selon sa chaleur de sentioient: l'un, en parcourant des 
yeux , lève les mains vers le Ciel; celui-ci s'agenouille , 
celui-l» baise le plancher ; des larmes roulent dans les 
yeax d'un autre : il en est qui semblent en dëmence. 
On dît quelque chose de pareil du tombeau du gr^nd 
Frédéric. Voila l'empire des héros 1 



^^ MEMORIAL (AoAtitiS) 

liglione ; à la fin duquel il a gagné le bois dans 
rintention d'j attendre la calèche. Continuant 
la conversation qu'avait amepée le chapitre^ il 
racontait que Joséphine était partie de Brescia 
avec lui, et avait ainsi commencé la> campagne 
contre Wurmser. Arrivée à Vérone , elle avait 
été témoin des premières fusillades. Revenue à 
Castel-Novo, et voyant le passage des hiessés, 
elle voulait gagner Brescia; mais elle s^ trouva 
arrêtée par Tennemi déjà à Ponte-Marco, Dans 
l'inquiétude , l'agitation du moment, la crainte 
la saisit, et elle pleura beaucoup en quittant 
son mari, qui lui dit en l'embrassant et avec une 
sorte d^inspiration : a Wurn|ser va payer cher 
ce les pleurs qu^il te cause ! ». Elle fut obligée 
de longer, en voiture et de très-près, le siège de 
Mantoue* On tira sur elle de la place, et quel* 
qu'un de sa suite fut même atteint. Elle traversa 
le Pô , Bologne , Ferrare , et gagna Lucques , 
poursuivie par la crainte et les mauvais bruits 
qui volaient d'ordinaire autour de nos armées 
patriotes ; mais contenue intérieurement par son 
extrême confiance en l'étoile de son mari. 

Telle était pourtant déjà l'opinion de l'Italie, 
observait l'Empereur^ et les sentimens impri- 



(Août 1816) DE SAINTE-HELENE. «45 

mes par le général français, qu'en dépit de la 
crise du moment et de tous les faux bruits qxd 
l'accompagnaient, sa Iemm6 fut reçue à Luc- 
ques par le Sénat; et traitée par lui comme 
l'eût été une très-grande princesse : il vint la 
complimenter ) et lui présenta les huiles d'hon- 
neur; il eut lieu de s'en applaudir. Peu de 
temps après 1 les courriers annoncèrent les 
prodiges de son mari, et l'anéantissement de 
Wurmser, 

L'Empereur est revenu au salon pour la pre- 
mière fois depuis l'incendie. On le meuble peu 
à peu avec des objets envoyés exprès^de Londres. 
Il est un tant soit peu plus supportable. Après 
dîner l'Empereur a d'abord commencé Tur- • 
caret, dont, en dépit de tout son esprit , a-t-il 
dit, il se seiitait çebuté par son abjection; 
mais c'était le cachet de Le Sage , a-t-il ob- 
servé. Puis il a passé à l'Avocat Patelin , dont 
le vrai comique l'a fort amusé. 

Vendredi 9. 

L'Empereur a déjeûné sous la tente; il y a 
retravaillé le chapitre de la Brenta. A trois 
heures il est monté en calèche. Le Gouverneur 



34« MÉMORIAL (Aôét 1816) 

s'était présente durant notre promeriade,- il eut 
désire' parler à l'Empereur, atr sujet ,' croit-on, 
de la fête du Pnnce Régent , qui est hindi pro- 
<:hain ,' -1 2 du courant , et lé prévenir des salves 
que cette circonstanjce occasionnera au camp si 
près de nous. D'un autre côté, on dit qu'il a 
donlié Tordre de ne fournir que la table de 
FEmpereur , et de faire un compte particulier 
pour feliacun de notas /trouvant là dépense fort 
au-dessus de son crédit. Cela est à peine 
croyable j toutefois nous verrons.' 

Samedi 10. 

Gatlierlae II. *— GarJès impériales. -^ Paul I«', ctcî 
Projets dur Hade , ^tc. 

L'Empereur a été souffrant et a pris un bain. 
Sur les trois heures il s'est promené et a demandé 
la calèche. Il venait de lire l'histoire de Cathe- 
rine. « C'était une maîtresse femme, disait-il : 
« elle était digiïe d'avoir de la barbe au men- 
te ton. La catastrophe de Pierre , celle de Paul , 
« étaient des révolutions de sérail , des coups 
ce de mains de janissaires. Ces milices de pa- 
« lais sont terribles, observait-il, et d'autant 
« plus dangereuses que le souverain est plus 



(Aoftti8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE; ^M. 
« absolu- Ma garde impériale aussi eût pu de- 
c< venir fatale sous une autre main que la 
« mienne. » 

L^Empëreur disait que lui et Paul avaient 
ëte au mieux ensemble. JjêTS de la catastrophe 
de celui-ci , dans laquelle , du reste , le public 
li'a épargné ni les siens , ni ses allies , l'Empe-^ 
reur complottait , ajoutait*il , en ce moment-là 
même, avec lui, une expédition des Indes, et 
il l'eût certainement porté à l'exécuter, Paul 
lui écrivait très-souvent* et fort au long :^5a pre- 
mière communication avait été curieuse et ori- 
ginale. « Citoyen premier Consul , lui avait- 
t( il écrit de sa main, je ne discute point le 
« mérite des droits de Thomme i mais quand 
Cl une nation met à sa têtcT un homme d^un 
ïc grand mérite et digne d'estime, elle a un 
R gouvernement, et la France en a désormais 
« un à mes yeux, etc., etc. v . 

Au retour , nous avons trouvé T Amiral et sa 
femme ; TËmpereur les a fait monter en calèche > 
et a fait, un tour de plusj il s'est ensuite pro- 
mené quelque temps dWe manière tout à fait 
gracieuse avec lady Malcolm. 

Après dîner, l'Empereur a feuilleté deui 

s: >!« 



«8 MÉMORIAL (Ao«t,8,e> 

TohiiBttff du TWâtre français, sans pouvoir rien 
rei^coRlrer qui pût le fixer. 

Dimanche li. 

L'Enspereor étêqae , etc. -^ If avait jamaiff sonflert dér 
Vesloinac» 

Après le Je'jeûner sous la tente et quelques 

tours de jardin, ITEmpereuT a fait une dernière 

lecture du chapitre d^Arcole* 

Durant notre tour en c^leclie : « C'est dimanche^ 

« a fait observer cpielqu'iin. ■— Nous aurions la 

« messe 9» a dit TEjnpereur, si nous étions en pays 

« chrétien, sînousavions un prêtre , et cela nous 

tt [eût fait passer un instant de la journée. J'ai 

a toujours aimé le son des cloches de campagne , 

« disait^ il. H faudrait se décider, ajoutaît-il 

« gaiment^ à faire un prêtre parmi nous r le 

a curé de Ste-Helène. — Mais comment Tor- 

« donner, a-t-on dit , sans évêque ? — Et ne le 

a suis- je pas, a repris FEinpereur, n*ai-je pas 

a été oint du même chrême , sacré de la même 

a manière? Clovis et ses successeurs n'avaient- 

a ils pas été oints, dans le temps, avec la formule 

a de RexchnstiçuesacerdûsPN^était'ce pas là 

a réellement de vrais évêques ? La jalousie et la 



(Aoai.8.6) DE SAINTE-HÉLÈNjE. S+9 

« politique des e'vêques et des Papes n*a-t-elle 
c< pas seule amené dépuis la suppression de 
•f cette formule, etc., etc. 

A dîner, je ne tnangteéii^ pas ; rEiftpêréùr a 
voulu en connaître la cause 1 J'avais ûii grand 
mal d'estomac, souffrance à laquelle je disais 
être fort sujet. « Je suis plusheureùx que vous , 
« a observe' l'Empereur. De ma vie je n'ai senti 
« ma tête , ni mon estomac. » L'Empereur se 
repétait volontiers; aussi a-t-il prononcé ces 
mêmes paroles peut«-être dix, vingt, trente fois 
au milieu de nous en différens momens *. 



* D*ordinâlre je passe tous les détails de ce genre , à 
cause de leur mit&atie , à moins qu'il ne se j^rëéeiite utie 
occasion de leur utilité , et malheureusement je n'ai pas 
le temps de rechercher ou de faire naître ces occasions. 
Toutefois la petite circonstance que je consigne ici, en ce 
moment^ n'acqdert qu'un trop grand prix par la nature 
de la mort et les agonies prolongées et terrSbles de 
l'immorteUe victime > qui a succombé sous les triples 
tourmens du corps , de l'esprit et du cœur. Il eût eu 
bien moinsr à soufiErir entre les mains des Cannibales !.•• 
Et ce supplice, ces tourmens, Idi ont été froidement 
ménagés par une administration barbare qui a entaché 
de cet acte les annales d'un peuple si justeme;nt re- 
nommé par l'élévation de ses sentimens et sa sjmpatlile 
pour le malheur 1.... Mais aussi une triste et pénible 
célébrité s'attachera au nom des bourreaux de Napo*- 



220 MÉMORIAL ( Août 1816 ) 

Lundi 1%. 

Campagne /de 1809, dite de Wagram ; espace de six 
9X0is.«-*-E€al de l'Europe.— Plans de la cinquième 
coalition. -^ Machinations intérieures. — Bataille 
d'EckmuIh.-— Belles leçons de stratégie.— Réflexions; 
conséquences. — Bataille d'Essling. — - Bataille de 
Wagram. -—Traité de Vienne» le 14 octobre. 

L'Empereur a passe la matinée dans son bain, 
à lire les journaux des Del)ats de mars et d'a- 
vril , venus hier par la voie du Gap. L'Empereur 
s'en est fort occupé : ils lui laissaient beaucoup 
d'agitation. 

En général, depuis que TEmperxur avait 
reçu des livres et surtout les Moniteurs , il de- 
meurait beaucoup plus chez lui; il sortait à 
peine : plus de cheval, pas même la calèche; à 
peine respirait-il quelcpies instans dans le jar- 
din; il ne s'en portait pas mieux; ses traits 
et sa santé s'altéraient visiblement. 

Aujourd'hui je l'ai trouvé lisant les Croisades 
de Michaud, qu'il a ^ittées pour parcourir 

léon. L'indignation des cœurs généreux de tous les pays 
et de tous les ftges les frappe à jamais dWe étemelle 
réprobation I 



(Aoftti8i6) DE SAINTE^HÉIÊNE; 824 

les Mémoires de Bezenval. Il s'est arrêté sur le 
duel de M. le Comte d'Artois et du Duc de 
Bourbon; il en trouvait les détails curieux; 
mais bien loin de nous. « Il est difficile , disait* 
ce il , de voir des temps plus rapprochés et des 
« mœurs aussi différentes. » 

Dans le cours des conversations du jour, il 
est arrivé à l'Empereur de dire de nouveau , ce 
({ue je dois avoir déjà jtnentionné ailleurs , qne sa 
plus belle manoeuvre avait été à Eclmulh, sans 
toutefois la spécifier davantage; 

J'exprimais , et au moment même de l'imr 
pression de ce volume > mes regrets à cet égard, 
i un de mes amis auquel je laissais parcourir 
mon manuscrit. Il m'a dit ipi'il n'hésitait pas a 
prononcer que ces mots de l'Empereur dussent 
s'entendre, non seulement de tout l'ensemble 
de la bataille, mais encore de celui de toute la 
campagne, qu'il disait être celle qui avait ren- 
fermé le plus d'embarras et requis le plus de 
, combinaisons et de génie, t» L'Empereur, me di- 
sait-il, y est toujours en action; il tient cous- 
tanimentrles fils qui, non - seulement vont dé- 
terminer la victoire sur le terrain où il opère ; 
mais rééliront encore «ujr l'universalité de l'Eu* 



22« MÉMORIAL (Aoùti8i6) 

rope. » Il a yoûlxi me le prouver, et cette cir- 
cppsitwce m'a valu son secret. Cet officier, 
d'jmi i^mQ élejé dans la ^rde, rendu à Te- 
tvL,4e §t l{i vie paisiible, s'occupe dans sa re* 
traita, aivec a^ant de talent que d^ modes- 
tie , d'une entreprise vraiment nationale : le ta- 
blepu 4^s campagnes de Napoléon sur le con* 
tWcMd^ l^Eumpe , par un témoin oculaire. 
SiL .c^mpagne'de A 809 .étant entièrement finie 
$auf ):<^<ldctibu t il a Lien voulu me la confier ^ il 
a £ait plus, il m'a fait finsigne faveur de la 
meilître à oam entière et libre di^osition. Elle 
çi'ai viFen^ent attache', et y trouvant grand 
ïiombji'e 4e circonstances et de choses incites , 
des opôiâoas, des sentimens tout à fait identi- 
qu.€6 av/cc les pîens et marchant directement à 
aaoa hvA>, je n'ai pas h^itë à en introduire ici 
de grandes portions ; mon embarras n'a été que 
celttî àsk fhoix à faire sur SOO pages, appuyées 
de piâc/es , notes et documens authentiques. Je 
ne do^te pas que la satisfaction de ceux qui 
liront oc que j'en extrais ne les porte à joindre 
leurs vœux âmes vives sollicitations , pour de'- 
tei«iiner Leur auteur à nous faire jouir bientôt 
de la publicité de son grand et glorieux 



(Août i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. SSS 

travail. Pour àhré^çr jeniutile sims ci^e^ e'e$t- 
à-dire je^âte, 

L'auteiu- àcommencépar démontrer t%-Jbiej» 
que la coalition contre là France n'a ce$s^ 
d'exister , dépoli 'l 793 jus^n'en i Sik^ mt mi^ 
vertemeat,witdajus Xe secr^et dois caj^inats et au 
fond du cœur de la haute aristocratie enro- 
peennej j^ue le cabinet anglais a été constam- 
ment le cœur et la tête de cette ligue permanente; 
<}ue tottties les campagnes du continent n'é-. 
talent (jue des épisodes de la |;rande lutte entre. 
rAngleterr'C et la France. Il fait ioh?ervçr ^ue 
la coalition a pris une activité nouvelle^ du lào- 
ment qu'elle a vu les ipstitutions de la révolu- 
tion raffermies par Tétablisseroent du trône 
impérial. Il prouve que dès la fin de 180 A, 
d'après des traita conclus À cette épo({ue même 
entre les puissances e'trangères^ et surtout d'a- 
près la fameuse note du 49 janvier 1805, ainsi 
que JbeaKcoup d'autres pièces non connues ^ le 
but constant d« la coalition aét^' le démembre- 
ment de Iftuouvelle France; le renversement du 
trône impérial^ soutien des institutions delà rc* 
volution; enfin, le rétablissement de l'ancien 
ordre de cboses. Il fait voir Napoléon perprf- 



Zn MÉMORIAi: (Aoùi i8ï6) 

taellement réduit à se dëfeiidre contre les atta- 
({VLes du moment , à se mettre en mesure 
contre celles de Tavenir} et force d'opposer à 
ce système de coalition permanente du nord de 
l^Europe et de guerre perpétuelle de TAngler 
terre, le système dëfensif du midi, établi par 
Torganisation nouvelle de Tltalie , de la confé- 
dération germanique et de la })ëninsule espa- 
gnole. 

«t Vainement Napoléon^ pour désarmer cette 
inimitié des souverains, la-t^il pardoiiné à T Au- 
triche en 4805 , à la Rrusse en 4806 ; accordé 
la p^ix à la Russie en 4807; demandé constam- 
ment la paix du monde à l'Angleterre ; cha- 
cune de ces puissances ne se soumet qu^k la 
force, et ne souscrit des traités qu'avec l'in- 
tention de les rompre, etc., etc. 

« Napoléon , au milieu de son expédition d'Es- 
pagne^ est contraint de quitter inopinément ce 
pays, et réparait tout à coup aux Tuileries 
le 23 janvier. B devenait urgent pour lui d'ac- 
courir à la dtf|en$e de TEmpire immédiatement 
menacé. 

« Quelque rapide qu'eût été l'incursion de 
fEmpere^r dans la péninsale^ Ç6 court inter-. 



(Aûùt|8i6) DE SAINTE-HËLÈNE. 225 

valle avait suffi aux intrigues du ^uinistère 
anglais et à la malveillance des cabinets du 
continent pour accomplir une nouvelle coa- 
lition. 

H La Prusse avait arme' furtivement, et s'enga- 
geait à se déclarer dans l'occasion j Tenthou- 
siasme d'Alexandre pour Napoléon s'était déjà 
éteint. Un voyage du Roi et de la Reine de 
Prusse à Pétersbourg avait opéré ce change- 
ment : la Russie épiait le moment favorable , se 
concertant déjà en secret avec la Prusse, et liant 
des intelligences mystétieuses avec Vienne. 
Quant à l'Autriche, (jui, laissée trop forte par 
le traité de Presbourg, n^avait eu depuis d'autre 
sentiment <jue de dévorer ses peines en multi- 
pliant les protestations d'amitié j d'autre occu- 
pation que de songer à recouvrer ses pertes et à 
se donner des forces, elle ne dissimulait plusj 
elle se mettait en campagne , fière et menaçante , 
mais destinée encore une fois à devenir dupe de 
Tégoïsme du cabinet anglais, et à tomber seule 
victime de cette nouvelle coalition. Elle^vait 
pour elle, en ce moment ^ sa population sous les 
firmes, les engagemens ou les promesses de ses 
ypisins; \e vœu de quelçpies Allemande; le con- 



^26 MEMORIAL { Aou 1816 ) 

cours <ie TAjngLeiteiw, et lei» preVentioiis uni- 
Te^sell^ que les iatriguas des eabinets et. la 
liaime de laristocrabe europ^eiuie avaient 
amassées contre Napoléon; enfin, les nom*- 
breuses machinations ourdi<ss contre haï y tant 
att-<leliors qu'au-d^an^ d^ s« empire* 

« A œtte époque » tonte TAU^nag^^ et 
surtout lje Qord de ce pay^ ^ était rcsaplie d^as* 
sociations seçrettes dirigées contre la France, 
La ïM^e deoaocfatiqua, conduite par des pu- 
blicistes et des professeurs e;(aUés levaient la 
r^eueration politique ^ besoin du sièole^ Les 
intérêts aristocratiques ^e joignant ardemment à 
ceu^-là , sous Tapparen^îç patriotique de la li- * 
be'ration allemande, ne calculaient au fond quQ 
le retour de leurs piiiriléges. Tous étaient unis 
so(us le nom généralement connu de Tug^nbund 
( Associalicm de la rertii). 

• Ainsi la cinquième coalition ^ présente 
tout à la fois guerrière et conspiratri^* Sou- 
mise à la direction machiavélique da ministère 
angj|is : tout lui sefa hon. 

« On résolut dwc de diriger des armées r^u- 
Uères au cœur de la France, et d'employer en 
même temps des diversions sur les points les 



(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 227 

plus éloignés de son territoire , les insurrections 
des peuples allies, celles même de nos armées, 
de nos départemens, tout cela est aujourd'hui 
reconnu et bien prouve'. ^ * 

ce Mais pour exécuter un tel projet, il avait 
fallu ayant tout pervertir Topinion des peuples* 
L'Angleterre avait répandu ses agens et son or 
sur tous les points de l'Europe ; elle avait des 
intelligences dans tous les pays et des dépôts 
d'armes en Sicile , à Gibraltar , à Heligoland, 
sur toutes ses esc^idres. La Prusse et l'Autri- 
cbe avaient travaillé T Allemagne, le Tyrol, 
ritalie. Depuis long-temps on attaquait tout ce 
qui s'était montré favorable à la révolution 
française et à la régénération de l'Europe. De- 
puis qu'à la suite de tant de provocations ; nos 
armes triomphantes avaient parcouru tous ces 
divers Etats , on n'avait perdu aucune occasion 
d'irriter l'orgueil humilié, les intérêts froissés, 
les haines particulières ; d'exciter des querelles 
et des rivalités. Depuis l'empire tous ces griefs 
avaient été reportés sur l'Empereui^ et sur son 
armée. 

« Napoléon, bien que toujours provoqué, 
était représenté partout comme le seul auteur 



/ 



SÎÎ8 MÉMORIAL ( Août 1816 ) 

de la guerre perpétuelle j insatiable de con- 
quêtesy aspirant à la monarchie universelle. Ses 
ennemis étaient dépeints conune les défenseurs 
de la liberté générale , les victimes d'une noble 
et juste opposition. Ses partisans, au contraire, 
étaient des courtisans ambitieux , ennemis de 
tous les droits des nations, et de toutes les 
libertés. Chacun des actes de TEmpereur était 
cité conune une oppression $ la défense à la- 
quelle on le réduisait constamment n'était plus 
qu'une offensive perpétuelle. Tous les gouver- 
nemens qu'il avait déjà vaincus, bien qu'épar- 
gnés, n'en demeuraient pas moins, disait-on, 
les objets constans de sa haine et ne devaient 
s'attendre qu'à leur destruction, etc., etc. 

« Qu'on ne soit pas étonné que d'aussi fausses 
allégations aient obtenji quelque crédit à cette 
époque. Les négociations des coalisés , qui eus- 
$ent pu éclairer la vérité, restaient tellement 
secrettes, qu'encore aujourd'hui, malgré le 
temps écoulé, on connaît à peine quelques-uns 
de leurs documens; ils étaient servis, en cela 9 
par Napoléon même, qui se voyait contraint de 
çs^cher aux siens les complots de ses ennemis, 
et, leurs projet^ hoRiicideç. 



(Août ,8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE, 229 

« Toutes ces inculpations soigneusement pro- 
pagées dans les pays e'trangers , trouvaient 
accès, jusqu'au sein de notre France, parmi les 
chauds partisans de la révolution, qui dispu- 
taient sur des garanties sociales , quand l'exis- 
tence même de la socie'té était en danger. Ces 
inculpations étaient accueillies en tous pays, 
par les honmies prématurément occupés d'idées 
républicaines, et qui s'effrayaient de voir un 
bras vigoureux régulariser les monarchies. Elles 
pénétraient jusque dans nos glorieuses bandes : 
tous les enfans de la victoire ne savaient pas 
s'en préserver. La longue occupation de l'Alle- 
magne et de l'Italie les avaient intéressés au 
sort de leurs habitans; et s'ils ne partageaient 
pas précisément tous leurs sqntimens , du moins 
n'y restaient-ils pas assez étrangers. Nos armées 
d'Espagne étaient attaquées par d'autres idées ; 
une généreuse conunisération pour un peuple 
qu'on disait opprimé et injustement assailli, 
réloignement de l'Empereur, source de toute 
gloire et de toute faveur, tout concourrait à 
rendre plus pénible cette guerre de la péninsule.' 
Ce qui, chez l'étranger, excitait la haine et 
la vengeance; produisait chez nous le refroi- 



2S0 MÉMORIAL ( Août isie) 

dissem^Ht. Il était accru dans la masse par la 
fatigue d'un service trop prolonge', et dans les 
chefs par le regret de ne pas jouir des avantages 
acquis, après cet âge où le mouvement n'est 
plus un besoin; car il est bon de conside'rer 
dans l'histoire de nos e've'nemens la progression 
de l'âge dans là glorieuse gene'ration dont la 
jeunesse avait ope're' les merveilles delà révolu- 
tion. Elle avait atteint de'sormais la maturité; 
et pour la plupart de ceux qui la composaient, 
le terme probable de leurs espe'ranccs. 

« Cette fois, continue Tauteur, les arme'es 
autrichiennes devaient attaquer de front, et 
marcher droit sur nos frontières, non comme 
en 4799, "1805 ou 481*, en cherchant les en- 
droits faibles; maià<:omme gens au contraire qui 
né craignaient pas les parties les plus fortes , 
étant assurés d'y trouver de l'appui. En même 
temps^ OA devait détacher au loin des corps au- 
trichiens, dans la Prusse méridionale, sur la 
Vistule , dans la Saxe, dans la Bavière, dans le 
Tyrol et le Voralberg , appelant partout à des 
insurrections qu'on avait préparées, .et aux- 
quelles devaient prendre part surtout les an- 
ciens sujets prussiens, plus exaspérés que tous 



(Aoà»i«i6) DE SAEÏTE-HELÊNE. 231 

les antares , et excités en dessous main par \euv 
aB€i» goQvenrenffienl. 

«r Le corps de Ferdinand devait activer jus- 
qu'à Thorn , amenant 400 pièces de canon y dont 
la Prusse avait besoin avant de se déclarer. La 
(Coalition comptait que les souverains de la con-. 
fëdéiation du Rhin se joindraient à elle, soit de 
gre, soit de force ^ àfinesure que tes ariftëesau- 
IricMennes s'avanceraient sur leur territoire. Des 
promesses et des menaces letir avaient e'të déjà 
adressées; et s'il faut j^iger de cette ëpoquie païf 
celles qufi oM suivi, tes espérances des coalisés 
n'ctaîient pa!? enf ièfrement dënuées de fondement. 

^ L* Angleterre devait- opérer conjointenïent 
avec l'Autriche, et faire en mâmé temps de 
fortes, diversions^ Un armement, le plus consi- 
dérable qtt*elle etit jamais rassemble', e'tait 
dans ses ports Je la Manche, et pouvait jeter 
une araiëe de p]!a=s de UQ mille hommes, soit 
dans le nord de TAÏlemagne , soit dans ta Hol- 
lande ou dans k Belgiqtre, qu'on supposait 
mécontentes. Cette armée, marchant au-devant 
de h grande armëe antri chienne, pouvait se 
rcjxjindre à eîle stfr ïe Rhin , au travers des 
pajrs insurgés. Des troubles éclatèrent effecli- 



232 MÉMORIAL (Août tSiO) 

vement dans le nord de l'Allemagne, en Hol- 
lande et dans l'ancien électoral de Trêves, 
pays le plus favorablement situé pour une telle 
opération. Des bouches du Wéser et des côtes 
de la Hollande aux frontières de la Bohême , il 
n'y a guère plus de 400 lieues de distance. Il 
suffisait donc de quelques succès , de quelques 
jours pour accomplir cette jonction. Une autre 
armée anglaise de 4 5 mille hommes, réunie en 
Sicile, devait débarquer à Naples, faire soulever 
l'Italie méridionale , et aider ainsi aux opéra- 
tions de Tarmée autrichienne dans laLombardie. 
« ATaide de toutes ces attaques des armées 
et des nations étrangères , des machinations 
peut-être plus terribles encore se tramaient 
dans l'intérieur de la France. Il est reconnu 
noaintenant que le conventionnel Fouché, réu- 
nissant alors les ministères de l'intérieur et de 
la police., servait depuis long-temps la famille 
des Bourbons. Chaque semaine il lui livrait le 
bulletin secret destiné à Napoléon seul. « On 
prétend aussi que Fouché voulait se saisir 
du pouvoir lors des nouvelles de la bataille 
d'Essling, et de la rupture des ponts du 
Danube. » D'autres disent : « qu'en cette 



(Août r8i€) DE SAINTE-HELENE^ 28S 

circonstance '^ la couronna impériale deuait 
être déférée à BemadoUe '^*. Il est plus aisé 
de pressentir que de connaître exactement les 
intrigues auxquelles put se livrer ce ministre 
( Fouche' ) , investi d'un si grand pouvoir , et 
ayant des relations si étendues. D'un autre côté , 
l'Angleterre n'avait cessé d'entretenir des coi*- 

'^ Montvéran^ t. 5; Galerie historique ^ t. a et 4, etc. 

'*'* Ceci me rappelle une circonstance personnelle qai 
présente un singnlier rapprodiement ayec ce qne 
rapporte cette histoire» 

Lors de l'attaqae sur Anvers^ ayant demandé à m'y 
rendre comme volontaire , le dac de Feltre , ministre de 
la guerre 9 avec lequel je me trouvais lie , me destina à 
TElat-Major général du p««» de Ponte-Gorvo (Bernadette)» 
dont son beau-frère était chef ^ et me dit, en m'expé- 
diant , qu'il allait me charger pour celui-ci d'un message 
verbal qu'il n'eût pas voulu confier an papier, me priant 
d'en bien retenir les expressions. Elles étaient oelles-ci : 

« Nous avons des raisons de croire à d'étranges menées 
K de la part de Bernadette j à une ambition tout^à-fait 
« extravagante. Ainsi point de démarches > point de si- 
se goatures qui passent vous compromettre : veillez aux 
« pièges. » Ces paroles , sans explications ni commen- 
taires 9 et avec l'état politique des choses telles qu'elles 
me paraissaient alors à moi, portion du vulgaire, me 
semblèrent âa véritable grec. Je les rendis comme je 
les avais reçues, sans m'en inquiéter autrement; et en- 
core aujourd'hui je suis loin de prétendre qu'elles dus- 
sent être d'un poids décisif 5 seulement, je les rapporte* 
5. 45 



23* MEMORIAL ( Aoùi rt .6 j 

respondances dans la Vendée; et quoique ce 
pays fût ramené par une administration douce 
et e'claire'e, les agens de l'ëtranger y trouvaient 
toujours quelques accès. Déjà pendant la cam- 
pagne de "1807 , on avait tente de le faire sou-- 
lever de nouveau : « On voulait , dans la suppo- 
ce sition où Napoléon viendrait à être défait 
(c dans une grande bataille, prendre les armes , 

« et recevoir le duc de Berri iO mille cons- 

fc crits re'fractaires étaient prêts à. se soulever 

ft De la Vendée y le complet s'étendait dans la 
« Bretagne , le Maine , la Basse-Normandie : 
tt Bordeaux n'y étaitpasétranger..,. Aumoindre 
« revers des armées de Napoléon , et à la moin- 
« dre crise politique, le feu de l'insurrection 
«t laissait échapper ses étincelles. Le parti de l'op* 
« position avait dans la Vendée ses points de cor- 
« respondance et de ralliement. {JBeauchamps y 
a t^ M-. ) » Ainsi les espérances de la coalition sur 
ce pays n'étaient pas sans quelque fondement. 

« L'Angleterre avait préparé une autre machi- 
nation en Espagne. Là, c'était une conspiration 
toute militaire. Il ne s'agissait rien moins 
que de soulever l'armée française de Portugal ; 
de la réunir avec l'armée anglaise; d'engager 



(AoùiiSi6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 235 

les autres corps français en Espagne à imiter 
cet exeniplé; de marcher sur les Pjrennees; où 
se trouverait une autre armée anglaiise plus con-»' 
sidërable , arec Moreau qui reyiendtait de l'A^ 
me'rique. On devait s'avancer sur Paris , et 
mettre Moreau à la tête du gouyemement. Les 
Anglais avaient repand|i , dans le pays et parmi 
les troupes françaises^ le tnanifeste et lesprocla^ 
mations de l'Autriche . Des officiers de notre 
armée de Portugal étaient gagnés; ils avaient 
communiqué avec WeUii^gtou et Beresfort j un 
crédit de 600 mille francs leur était ouvert à 
Porto. On annonçait Tespoir de se concerter 
avec les armées d'Allemagne et d'Italie. *( Ze 
noble j MontPéran, ) Du reste , ce plan était 
loin d'être inexécutable. Bordeaux et la Veiidée 
étaient sur le chemin de cette armée à Paris. 
Or , de cette capitale à Bayonne et à Àugs- 
bourg , la distance est la même. Ainsi , à me- 
sure queNapoléoti dépassait cette dernière ville, 
les chances augmentaient en faveur de la cons- 
piration. Car si l'Empereur ei\t voulu reveiiir 
snr ses pas pour s'opposer a cette entreprise ^ sa 
marche eût été retardée par les attaques combi- 
nées des Autrichiens et des insurrections de l'Ai-» 



236 MÉMORIAL (Août iSii 

iemagne ; tandis que celle des armées révoltées J 
peu près libre et même favorisée par tant d'intri 
gués, eût été bien plus rapide. Elles pouvaiei 
donc arriver bien avant l'Empereur à Paris, o 
elles eussent trouvé les secours de Fouché y etc 

•c Ainsi , tout semblait favoriser les espérance 
de la coalition. Si Napoléon était arrêté suii 
nos frontières par les forces coalisées , T Alle- 
magne se soulevait, et la confédération du 
Rbin, ainsi que l'Italie, étaient obligées de 
s'armer contre leur ptotecteur. Si Napoléon 
faisait; au contraire , des progrès en Bavière et 
en Autriche I il s'éloignait d'autant du centre 
de là France , et la livrait aux attaques de se» 
ennemis, pendant que ses derrières étaient 
menacés par leurs machinations. 

« Tels étaient les apprêts de cette guerre 
machiavélique que nous suscitaient les puis- 
sances de l'Europe. Le signal en fut donné par 
des proclapiations , où se trouvent les provoca- 
tions à la révolte et à TiusuTreetion, dont jusqu'à 
cette époque s'étaient abstenus, les gouverne* 
mens monarchiques. ,0n fut encore plusi étonne 
de retrouver, dans la bouche des princes autri- 
chiens, ces provocations adressées ^despeupks 



CAofti 1816) DE SAINTE-HlÉLENE; Ï37 

qui avaient ëtë de tout temps ëtraogers a l'Au- 
triche, et dont elle avait reconnu les gouverne-* 
mens. « Cest, disaient-ils, pour la liberté de 
ir l'Europe , pour la délivrance des Allemands > 
« pour rindëpendance de l'Italie, que TAu^f 
«c triche combat. Sa cause est celle de VAlle-^ 
€c magne. Elle ne reconnaît pour ennemi que 

c< celui qui oublie qu'il est Allemand Elle 

« promet l'appui prochain des troupes ëtran-r 
« gères, etc. » Ainsi, la coalition, aveuglëe par 
sa haine , puisant ses armes dans l'arsenal rëvo^ 
lutionnaire, imitait l'exaltation des msurgës 
espagnols. Ainsi , après avoir employë tant de 
temps et de moyens, verse tant de sang, pour 
combattre là révolution française, elle cii invo^ 
quait les principes , en enipruntait le langage. 
L'histoire remarquera que c^est du conseil au* 
lique de Vienne, que partirent ces cris dç 
Uherléj dHndépendaaoe y ^insurrection , con- 
tre celui qui voulait raffermir les trônes ébran- 
les. Les Rois allaient tenter de corrompre les 
armées , d'ébranler la fidélité des chefs et des 
soldats. Ils livraient, au Nord comme au Midi , 
(en Portugal, en Suède i, en Prusse,) le sort 
des nations et des. souverains ^ des troupes 



dSg MÉMORIAL (Ao^ têi6) 

aveugUes, à des ck^efe parjurer, à die& conspi- 
rateurs flétris par des jngemeas* Cependant, 
^tti assurait les Rois cpw ces armées ou ces 
insarrectioas, appartenapt à des €^e£s ou à des 
partis opposés , ne i^enouveUeratent pas de nos 
jom^s, au centre de l'Europe, les. déchttemais 
de Tempire romain? Quels exonples pour l'a^ 
venir l Le^el d'entre ces Rois pouvait se con- 
fier assez en son entourage de famille , de genë* 
raux, de courtisans , en son peuple, pour ris- 
quer de telles chances? Singulier contraste! 
Pendant que rkomme de la détnocratie et des 
peuples employait tous ses efforts pour éteindre 
les reVoliitions > les anciens gouTernemens et 
f eur vieille aristociatie en semaient les germes à 
p^inesmains sur toute la surface de TE^urope. En 
vam pretendront-ils les comprimer à jamais. Ces 
provocations à l'insurrection , ces promesses de 
liberté, de garanties, d'institutions libérales; 
ces ap|>els aux droits des nations, ne seront plus 
oubliés : tôt ou lard ces cabinets recueilleront 
les fruits de leurs imprudens travaux. . 

ic Au printemps de 1809 , toutes les chances 
de la guerre et de la politique étaient donc 
contre la France} l'Autriche avait sous les ar- 



(Août iM) DE SAINTE-HELENE. «39 

mes 320 mille hommes et 79i pièces de canon^ 
cette armée avait etë divisée y comme les armées 
françaises 7 en 9 corps actifs et deux .réserves. 
Ces corps avaient en eux tons les moyens d'ad- 
ministration et d'exécution , de manière à pou- 
voir agir isolément ou combinés. En arrière de 
ces forces, entièrement disponibles, était une 
réserve imposante , préparée depuis long-temps , 
non entièrement organisée , mais qui pendant 
la campagne même , fournit d'abondans secours. 
Elle se composait des lanihi^rthp ou défen- 
seurs de la patrie y des dépôts d'infanterie et 
de cavalerie; enfin de l'insurrection hongroise, 
et pouvait s'évaluer à *ii%\ mille hommes, qui , 
joints aux forces régulières indiquées ci-dessus, 
composaient à l'Autriche une masse de h%\ 
mille combattans. L^ prince Charles ^ ministre 
de la guerre et généralissime , commandait en 
Allemagne la principale armée, composée des 
6 premiers corps et des deux réserves. Le prince 
Ferdinand était avec le 7« en Pologne; le prince 
Jean avec les 8* et 9* en Italie. Tous les princes 
de celte maison prenaient part à la guerre. 

Napoléon n*avaii à opposer à toutes ces forces, 
que 220 hommes eti Allemagne, qui étaient 



JJIO MEMORIAL ( Aoàt i«iB ) 

loin d'être tous Français ; 57 mille en Italie, 
48 mille en Pologne, et un total de ^25 pièces 
de canon. Il avait la diversité des nations contre 
lui, et hO mille hpmmes de moins que le prince 
Charles, lorsqu'il opéra en Bavière, etc. 

^ Les deux grandes lignes d'opération du 
Nord et du Midi de l'Allemagne, sont éloignées 
de UQ lieues de distance moyenne entre Augs-r 
bourg et Bamberg. On peut agir sur chacune 
d'elles, ou passer de Tune à Tautre; mais il est 
difficile, et surtout dangereux d'opérer sur les 
deux à la fois, parce que l'armée ennemie qui 
se placerait au milieu des deux lignes, pour- 
rait détruire successivement les corps sépares , 
de son adversaire , même avec des forces infé- 
rieures, ou deviendrait du moins maîtresse des 
opérations. L'armée , ainsi placée, arrêterait les 
mouvemens d^ son ennemi, sur les derrières dun 
quel elle peut manœuvrer. Il résulte de là que 
les points militaires les plus importans de ce 
théâtre, sont les passages du Danube, surtout 
oeux où aboutissent les grandes communications, 
les confluens des rivières qui servent de lignes de 
défense ; ceux qui maîtrisent les 2 lignes d'opé- 
ration, et les défilés de l'Est et de l'Ouest (Ulnj. 



(Ao&t i8ie) DE SAINTE-HELENE. 2«î 

et Passau) ; ensuite viennent les principaux pas- 
sages , sur les grands affluens du Danube, les 
capitales, les villes, les nœuds de route, etc. 
Parmi celles-ci, le point de Ratisbonne est un 
des plus essentiels : il devint, en cette occasion, 
de la plus haute importance pour les deux ar-* 
ruées, afin de maîtriser les opérations sur les 
deux rives du Danube , etc. , etc. 

« L'Autriche ayant conservé des relations avec 
la Belgique et les pays allemands cédés depuis 
long-temps à la France , espérait les soulever 
en y faisant pénétrer ses armées. Pour cela les 
principales forces autrichiennes , re\inies en 
Bohême, et débouchant de ce pays , devaient 
d^abord suivre la ligne d'opération du Nord, 
par la Franconie. En 45 ou 49 marches, elles 
devaient atteindre facilement Tembouchure du 
Mein. Traversant tous les cantonnemens de 
l'armée du Rhin, elles pouvaient espérer, avec 
leurs masses supérieures, de les battre en détail , 
et d^empêcher ainsi les divers corps français du 
Nord et du ^Midi de se réunir. C'était un avan- 
tage capital, c'en était un autre considérable 
que de gagner rapidement du terrain , pour feire 
déclarer les souverains de la Confédération , et 



Stt2 MÉMORIAL ( Aoùi iBiô) 

insurger les peuples. On attribua dans le temps 
au gênerai Mayer les dispositions militaires de 
ce plan, qui eut un commencement d'exécution, 
puisque les cinq premiers corps de Tarmëe au- 
trichienne, outre la première réserve, e'taient 
placés eu Bohâme, tandis que le 6^, et la 2® ré- 
serve agissaient seuls en Bavière. Les opérations 
qui avaient dû commencer dès le mois de mars, 
furent ensuite renvoyées au 8 avril. 

<f Les inconvéniens du plan de Mayer n'a- 
vaient pas échappé à la pénétration de l'Archi- 
duc , dont le grand mérite était de bien con- 
naître son ennemi et son terrain. Pendant que 
la grande armée autrichienne aurait marché, par 
la ligne d'opérations du Nord, vers les frontières 
de France, où elle eût trouvé nos réserves et la 
défense nationale, le cœur de la monarchie 
autrichienne , sa capitale même restaient à dé- 
couvert devant un ennemi tellement actif, qu'il 
pouvait des Alpes Noriques y porter encore 
d'autres corps. Mais cette grande armée autri- 
chienne elle-même était exposée aux manœu- 
vres que Napoléon, laissé maîtte du Danube, 
pouvait exécuter sur ses flancs et ses derrières , 
soit par Straubing , après avoir battu le corps 



(Aoùnai6) DE SAIJfTE-HÉLÈNE. 2»3 

de Bavière, soit en débouchant de suite sur 
Bambergy Wurzbourg et^Hanau. Le prince 
Charles n'avait pas oublié la poursuite du Ta- 
gliamento jus<pi'au«-delà de Lëoben en 4797; 
surtout la prise de Vienne, une vingtaine de 
yxiskxs après la capitulation d'Ulm^ en 1805; la 
destruction des armées prussiennes, i lëna, 
Qpëree, en quelques instans , par une manœuvre 
de flanc. L'archiduc savait bien qu'il n'avait 
plus à faire à un Moreau, qui, sans bouger , 
le laisserait derrière lui aller tranquillement 
de riser sur le Bas-Rhin« Le Prince sentit la 
nécessité d'occuper avant tout la ligne d'opé- 
ration sur U rive droite du Danube : il re- 
vint à un projet d'offensive directe, qui le 
tenait sur le chemin de la capitale , et fit re- 
passer le Danube , à Lintz, par la majeure partie 
de son armée, ne laissant en Bohême que les 
4cr ^i 2c corps. D'après les retards qu'éprouvait 
le commencement des hostilités, il eut le temps 
de terminer cette nouvelle disposition. 

« Quant à Pfapoléon, il attend tout des mouve- 
mens de Tennemi. Son but est de battrela grande 
armée autrichienne et de retourner dans Vienne, 
pour y dissoudre cette nouvelle coalition , punir 



ZV\ MÉMORIAL (aôùi isie) 

l'injuste agression et dicter encore une fois la 
paix. Son unique disposition préparatoire est 
de se tenir sur les deux rives du Danube , 
maître de se concentrer, selon Toccasion, sur 
l'une ou sur l'autre , entre Donawerth et Ratis- 
bonne. Il attend que les mouvemens de Ten-. 
nemi soient démasqués , et c'est sur le terrain 
même qu'il improvisera ses deenières disposi- 
tions. Il abandonne tout-à*fait les montagnes 
dont il deviendra maître lorsqu'il le sera de la 
plaine où se trouve le chemin de Vienne , et au 
travers de laquelle il fera voler rapidement ses 
masses. Sans s'inquiéter de la composition de 
son armée, des conscrits qui s'y trouvent en 
quantité , des corps allemands avec lesquels il 
devra agir, il a résolu de ne pas retirer un 
seul homme de ses vieilles bandes d'Espagne , où 
elles combattent plus directement nos vérita-» 
blés ennemis : les Anglais. 

ce Au 20 mars, le corps de Davoust occupait 
les deux grandes routes qui conduisent de la 
Bohême sur le Mein, et dans le Palatinat du 
Rhin. Les corps de Masséna , Oudinot , Lefèvre 
çt Vandamme étaient en Souabe sur la grande 
route devienne, par Munich, Augsbourg et 



(Août i8ié) DE SAINTE-HÉLÈNE. 2M5 

Ulm. Tous ces corps devaient, en cas d'attaque, 
manœuvrer de manière à se re'unir sur le Da- 
nube, vers Ingolstadt ou Donawerth. Ainsi 
l'armëe française , qui s'étendait d'abord des 
montagnes de la Tburinge au pied des Alpes ;> et 
dont les deux masses principales gardaient les 
lignes d'opération du Nord et du Midi, dans la 
Franconie et la Souabe , étaient soumises d'a- 
vance à un plan général de concentration sur le 
Danube, vers les points d'où elle pouvait le 
mieux manœuvrer sur l'une ou l'autre rive. A 
cette nxême époque , les armées autrichiennes , 
d'abord réunies dans la Bohême, faisaient leur 
mouvement par Lintz, pour joindre les corps de 
Hiller au camp de Welsj laissant Bellegarde et 
KoUowrath sur les frontières de la Bohême , en 
face de Bareuth et d'Amberg. Ce mouvement 
de l'Archiduc avait été fort long , et ne s'était 
terminé qu'au commencement d'avril. On peut 
voir maintenant , d'après là position^ de l'armée 
française , qui devait être bien connue de l'Ar- 
chiduc, qu'en sortant vivement de la Bohême, 
il pouvait espérer de culbuter les cantonnemens 
de Davoust, et gagner leur droite vers le Da- 
nube : du moins il pouvait atteindre directe- 



2»6 MÉMORIAL (Aoàt i8i6) 

ment les bords du fleuve et de F A Itmulh , au- 
dessus de Ratisbonne , et y faire sa jonction 
avec les corps de Hiller. Ce mouvement , opéré 
rapidement empêchait ou reculait fort en arrière 
la réunion des corps de Tarmee française ; ren- 
dait l'Archiduc maître des clefs du terrain fet 
de la plaine, au moins jusqu'au Lech; il le 
tenait à portée , en même temps , de la route 
directe de Vienne > comme des insurrections du 
Nofd , dont il s'éloignait trop. Plus tard Charles 
revint à cette opération ; mais par un trop 
, long détour : alors il n'était plus temps* 

ce Bieiftôt la guerre commença. Les armées 
françaises ne s'attendaient nullement à être 
attaquées aussitôt; elles eussent été surprises, si 
cela eût été possible. Napoléon était encore à 
Paris , et n'en partit que sur la nouvelle de 
l'agression. Le k avril Bertliier arrivait à Stras^ 
bourg et s*y établissait. Le 4®' avrill'Archidué 
quitta Vienne; le 6^ sa proclamation à l'armée 
autrichienne annonce la guerre. Le. salut de 
la patrie nous appelle à de nom^eaux ex^ 
ploiis^ etc. y dit-il. Quel long commentaire 
mériterait ce peu de mots ! Le 8 , les Autri- 
chiens violent la foi des traités existans : sur- 



(Aoàii8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 2*7 

prennent le passage de Tlrni. Le lendemain 
seulement un simple billet de rArchiduc au 
commandant de Tarmee française, dénonce les 
hostilités , avec moins de formalités qu'on n'en 
met à la rupture du plus simple armistice. 
L'agression des Autrichiens avait commence en 
même te'înps sur tous les points; ils envahissent 
à la fois la Bavière , la Franconie , le Tyrol , 
l'Italie et la Pologne. L'arme'e de Tarchiduc 
Charles marche au-delà de l'Inn, et les corps de 
Bellegarde débouchent de la Bohème. Le 9, 
l'Empereur François arrivant , l'armée arrête 
son quartier-^ene'ral à Lintz. 

« Ici je dois faire observer que travaillant 
d'après les documens de l'armée française , et 
d'après mon journal fort exact de cette cam- 
pagne ; osant espérer de deviner , d'après les 
règles de l'art, ce qui est resté caché des dispo- 
sitions méthodiques qui ont dirigé les événe- 
mens; enfin, ne possédant sur l'armée autri- 
chienne que les relations officielles ; je ne 
pourrai, dans tout ce qui regarde cette armée, 
que rapporter les faits connus et constatés. L'Ar- 
chiduc ayant été, dès les premiers jours, sous 
l'influence des manœuvres de Napoléon , il de- 
vient d'autant plus difficile dé spécifier les 



ZkS MEMORIAL ( Aoài i8i6 ) 

motifs de certaines opérations. Pour deviner 
ceux-ci, il faudrait qu'il n'y ei\t eu ni fautes ni 
contre-temps j ce qu'on ne saurait admettre. » 

Ici l'auteur expose les vues qu'il suppose à 
l'Archiduc, ses intérêts, ses dispositions; il 
blâme la lenteur des Autrichiens, qui mettent 
4i jours à faire 28 lieues, etc. 

« Le 46, Napoléon arrivait à Stuttgard, et 
donnait ses ordres directement à Tarmee. Il 
était temps qu'il vînt en prendre le comman- 
dement pour s'opposer à la marche de l'ennemi ; 
mais surtout pour remédier aux fausses manœu- 
vres de Berthier , et pour terminer ses incer- 
titudes. Celui-ci, arrive' à Donnawerth le 43 
avril, se trouvait accablé sous le poids de ce 
commandement momentané j il se portait tantôt 
à Neustadt , tantôt à Augshourg; ordonnait à 
Oudinot de se sendre à Ratisbonne i à Davoust 
d'envoyer la division Saint-Hilaire et la cava- 
lerie de réserve sur Landshutt et Freysingen. 
L'arrivée de Napoléon suspendit tout mouve- 
ment. Il attendit, pour agir , des nouvelles de la 
Bohême et de Ja Bavière. Le 4 7 il se rendit à 
Donnawerth; son arrivée à l'armée fut annoncée 
par cette belle proclamation : « Soldats! disail-il, 
te le territoire de la confédération a éid violé,..; 



(Aôiit»«t6) DE SAINTE-HÉLÈNE. «»9 

« J'étais entouré de vous lorsque: le ^souveraiu 

« d'Autriche vint i mon bivouac de MoravJiej 

. « vous Tavez entendu implorer ma clémence , et 

. « me jurer une ..amitié éternelle. Vainqueurs. 

• c( dans trois guerres, l'Autriche a dû tout à nq^- 

« tre générosité i trois fois elle a été parju^-e!!! 

€< Nos succès passés nous sont un sur garant de 

« la victoire qui nous attend. Mar.chons dQ^c : 

« et qu'à notre aspect l'ennemi reconnaisse son 

« vainqueur. » 

« liC 4 6 , à l'arrivée de Napoléon à Stuttgard , 
nos deux grandes masses se trouvaient^ rangées 
autour de Ratisbonne et;d'Augsbourg. Le 2® ' 
corps à Eterhauzen y Riedenbourg , Hemau^ 
ayant sa 2^ division à. Dassvang, sa grosse cava- 
lerie autour de RatisJ>onne \ le corps de la Saxe 
ducale a Ingolstadt, où allait arriver bientôt 
Ja division de réserve du 3« corps. L'ennemi, qui 
avait manœuvré de manière à couper la divi- 
sipn Priant, trompé dans ses projets , se montre 
le lendemain 17 devant RatisboDgtie , et fait 
trop tard quelques tentatives sur le pont de la 
Kj^gen. Les troupes commandées par Masséna 
jse ^trouvaient à Augsbourg, Le centre de, la . 

lig^e fr^{aise semblait dégarni ^ ms^is^ barré 
•5.^ ... ^^ 



tvè MÉM01UAL ( àêài \M } 

paj k Dftttube et le Lèch^ il ^tait gatde par les 
JBtttarois Jes Wurtemb^geoil et la dirision da-- 
«ale de Saxe. Cette ligne de aotre armée était 
bri^'e : des dent aile» |>làeëes atit saillans^ les 
eôi^ps français pouvaient tomber sur leurs enne«- 
mis, s'ils s'engageaient dans ce piège qui- leur 
était tendu. 

tf En arrivant à rarme'é, Napoltfou troure le 
moûTement de la giande masse ennemie pro- 
noncé sur la rive droite du Danube, entre ce 
fleuve et le Bas-^Isër; de telle manière qu'elle 
ne peut plus atteindre la rive gauche du Da- 
nube, qu'en for<;^nt le paiâsage de ce fleuve ou 
celui du Lech. Nâpcdéon occupait, par la place 
d'Augsbourg, qu'il fait mettre dans le plus 
grand ëtat de défense; pa» les postes retranchés 
de Landsberg , de Rain et de Donawerth, tous 
les passages qui, sur la rive droite du Danube, 
portent en Souabe. Il donne aussi l'ordre de dé^ 
fendre à Ratisbonne le passage vers la Fran- 
coûie. L'armée autrichienne étendue sur l'Iser, 
depuis Landshut jusqu'à Munich> mais attaquant 
en grande force sur Lânsdhut, et de^boiichant 
par-lk , menaçait évidemment le centre de la 
ligne française. C'est au plus actif m réunir ses 



(JMiiMO DE SAUfTE-HÉLÈlSE. fii 

lorces. Mw» sammes-noas à temps de le hin 
êut la riVe dft'ûite du Danulie? et oieroDs^nouit 
le tenter? £ii tnardbtikt sur la rive op|k)see;.il7 
aura un passage de fleure a opérer^ et par con-^ 
Sëqnent riea 4e décisif n'en peut résulter. Ce^ 
pendant l'eniienii était plus rapproché de Nem* 
tadt sur le Danuibe^ et du point de concaEitra"^ 
tion que nos ailes ; il avait son ordre de marcher 
en avant, ses derrières^ ses lignes de retraitei 
tout bien assuré» Malgré tout ces avantages» 
Napoléon (ordonne le sK^vement général sur la 
lire droite y et par des marches de flanc ; à 
Davoust^ de Ratisl^(»uie sur Neustadt; à Mas- 
aéna, d'Augshourg sur Pfaffenhoff en ; lui* 
même se perte au centre , au poste du danger 
et des difBculf& , peur arrêter les têtes dé co«* 
lonnes de l'ennemi , et laisser le temps a ses ra« 
pides ailes de se rejoindre. Pour toute autre , 
et avec d'autres troupes , cette manœuvre eût 
été fort scabreuse; mais pour Napoléon ^c^€St 
«omme il le disait , un calcul ^heures : c'est 
aussi un calcul de terrain; mais il ne faut iit*f 
tromper ni de quelques minutes , xà de nquelqueif 
toises; car il y va du salut de l'armée, Quac^' 
à lui, il s'est rendu» par ses dispositions, «ftts 



Sgi MÉMORIAL (Août 1816) 

manœuvre absolument sûre. Si l'ennemi s'a- 
vance sur le centre , Napoléon le battra ; s'il 
cherche à le tourner par son extrême gauche ; 
il trouvera Augsbourg fermé, de manière à 
tenir tête à. toute son armée réunie; s'il veut 
gagner Ràtisbonne , il doit le trouver aussi- en 
défense. Dans ces deux derniers cas , Napoléon 
tombait suif les derrières de Fennemi, et le 
poussait, soit sur le Danube, soit sur les Alpes. 
Ainsi la manœuvre contre l'ennemi, qui finit 
par se diriger sur Ratisbonné, va être aussi 
d^àstreuse pour lui , que brillante pour nous ^ 
car, avec sa droite avancée entre le Danube 
et riser, Napoléon va refouler, dans le cul-de* 
sac entre ces deux rivières, l'Archiduc qui s'y 
est si imprudemment enfoncé. Il lie s'agissait de 
rien moins que de la destruction totale de 
l'armée ennemie ; si les ponts de Ratisbonné et 
de Landshut ne s'étaient paà trouvés ouverts. 

« Napoléon annonce à Masséna que, ^ pour 
cette grande et décisive manœuvre, il va re^ 

/user sa gauche j at^ancer sa droUe 

et qv^ entre 7^ 18 , le A9 ei fc 20 , toutes lès 
affaires de l Allemagne seront décidées. » 

Ici se trouve cette belle manœuvre qu'a voulu 



(Aoûïieiôj DE SÀINTE-HÉLENE. 253 

{probablement mentionner TEmpereijr , c'est-à- 
dire lesdispositions préparatoires delà bataille, 
et elles sont en effet admirables. L'auteur décrit 
Iq placement et la marche de tous nos corps , ceux 
de l'ennemi, les engagemens partiels, le résultat 
général/ les fautes de rArchidiic; les nôtres 
même , dans les exécutions subalternes du moins ; 
car pour la conception du chef, il nous la mon- 
tre complète et devant amener infailliblement 
Tannihilàtion entière de toutes les forces enne- 
mies. Je saute à pieds joints sur tous ces détails 
ti^-€urieux : ils seraient/bien accueillis sans 
doute par les militaires ; mais ils pourraient 
paraître longs à tous les autres, et m^écarteraient 
de mon biit outre mesure/ Je passe tout de 
suite aux grands résultats exprimés dans la 
proclamation suivante de Napoléon, et puis aux 
reflexions de l'auteur : 

« Soldats ! dit l'Empereur , vous avez justifié 
«mon attente, vous avez suppléé au nombre 
«par votre bravoure! En peu de jours vous avez 
(c triomphé dans les trois l)atailles de Thann , 
« d'Abensbérg et d'Eckmûlh , et dans lescom- 
« bâts de Peissing, de Landshut et dé Ratis^ 
«lionne, 100 pièces' de canon', 4^ drapeaux y. 



Ui^ MÉMOAlAL (AièAiiif) 

« So mille ptiscmniers , S équipagei , Â mille yûi« 
« tiircs attelées portant les haga^, toutes^ 
f les caisses des régimens : voilà le résultat de 
ir la rapidité de vos marches qt de votre cou^ 
f rage. 

« Naguères Teniiemi se promettait de porter 
€ la guerre au seiu de notre patrie : aujourd'hui , 
« défait, épouvanté 9 il fuit en désordre. Déjà 
ir Tavant-garde a passé l'inn ; avant un mms 
^ nous serons à Vienne. » 

« Cette proclamation , envoyée de tons côtés , 
annonça, aux amis comme aux ennemis delà 
France , les victoires et les projets de FEmpe* 
pereur , etc. , etc. 

« Ainsi, en quatre jours de comhafs et de 
manœuvres , sont accomplies les destinées de 
rarmée autrichienne , de cette armée /si érro« 
gante, si nôàihreuse , la plus belle qu'eut ja<- 
mais mise sur pied la maison d'Autriche ! Par 
ses premières dispositions 5 Napoléon a organisé 
le plan de sa grande bataille; il a assuré la dé^ 
fense de ses postes» fait reconnaître le terrain 
pour une bataille m avant d^'Augsbourg, dans 
l^ direction par laquelle l'ennemi se6)blait de- 
voir s'avancer. Il a recti&é les fausses dtsposi* 



(AoèiiM) DE saj[nte;-hélênel t6& 

lions d6JBerthier, et ramasse ses. forces aux 
ailes 9 laissant libre 1^ terrain où il voulait attirer 
Tenneini. Il Vy a amené peu à peu, tout en pre- 
nant ses mesures pour le battre ensuite ^ de 
quelque côté qu'il se tournât* Le 47 à midi| 
Napoléon arrive à Tarmee ; le 18 il donne ses 
ordres, et annonce que dans trois jours tout doit 
etr^.fini ; si sa prédiction éprouve un retard de 
quelques heures, c'est que sa jeune armée ^ 
composée en grande partie de conscrits, n'a pas 
cette vigueur des troupes d'Austerlitz et de 
léna. Le i 9 commence Texéciition de ce plan 
dont on est obligé de reconnaître les fondemens 
dans les premiè^e^ dispositions des mois précé- 
dens i la jonction de l'armée s'opère sous le 
oinon de l'Archiduc. Le ^0 Napoléon romp^ 
à Abensberg la ligue de rennemi, et sépare to<* 
talement la gauche du centre. L^e 21 il détruit 
i Landshut cette gauche^ s'empare des maga- 
sins , du parc, de tous les équipages, des com- 
munications de la grande arméje ennemie» Le 
22, il revient à Eckmiilh porter les derniers 
coups à Tarmée de l'Archiduc , dont les deliris 
9p sauvent honteusement au travers de Ratii^ 
bonne et des montagnes de la Bohême. :Sâ 



256 MÉMORIAL (Aoàt\«t6) 

Landshut eût ëtë attaqué à temps par la rWe 
droite, les corps de Hiller ne pouvaient plus se 
retirer^ et étaient entièrement écrasés sur les 
Botds de riser. Si Ratisbonne n'eût pas été livrée 
à rArchiduc, ses débris, accablés par toute Tar- • 
ihée française , sur les bords du Danube , coupés 
de Straùbing, privés de tout passage et de tout 
"moyen de faire des ponts, étaient réduits attx 
' déttiiierés extrémités. Ainsi, sans ces deùxcon- 
tre-témps, l'armée du prince Charles était en-' 
tièrèmèrit détruite eh quatre jours: jpien, du reste, 
nf'en est échappé que par morceaux et en fuite. 

« A aucune époque de l'histoire, on n'a vu 
une telle bataille , livrée sur un aussi grand ter- 
rain et dans des directions opposées , condiïite à 
vue par la même tête, exécutée par les mêmes 
bras^ avec une aussi rigoureuse précision'^ une 
telle rapidité et le meilleur emploi de tous tes 
moyens r à moins qu'on en excepte toutefois 
dans le début de Napoléon en Italie , Casti- 
glione, Arcole, et Rivoli surtout, où le génie 
avait devancé l'expérience. 

« Il faut que les militaires se gardent bien 
d6 confondre ces manœuvres exécutées au loin ^ 
piai^ toujours en partant d'un centre unique , 



(Aaàtiiiej DE SAÏNTE-HÉLÈNE. §57 

avec le système oppose' de lignes étendues de'- 
mesurément , sur lesquelles les plus grandes 
forces disparaissent ; où le commandement su- 
prême ne pouvant atteindre sur tous les points , 
la grande direction manque partout. L'un est 
fe système des Daun, des Lascy, des Moreau : 
Fautre celui de Fre'déric et de Napioleon, 

Pendant ces batailles, tous ces mouvemens 
de concentration et d'extension furent faits à la 
minute et dans la circonstance la plus oppor- 
tune; Les 3^ et 1«corpS| d'abord éloignés de plus 
deT^O lieues, se trouvèrent réunis dès le second 
jour ; par la manoeuvre la plus audacieuse, pour 
entrer sur' la même ligne de bataille. Le H^ 
corps fit en trois jours 36 lieues, en poursuivant 
les lauriers que d'autres corps venaient saisir 
en avant de lui. Ensuite Napoléon fait les déta- 
tfiemenssuccessifs, à mesure des besoins de tout 
iîé vaste champ /qu'il embrasse dans tous ses 
points. Àvaut d'attaquer à Landshut , il déta- 
che Lefèvrè pour venir au secours de ÏDavoùst 5 
avant Eckmûlh , Béssières à la poiirsuited'Hîl- 
1er ; avant Kaiisbonne, Masséna sur le Bas-Da- 
nube et le Bas^Inn ; à peine Ratisbonne est en- 
^vé; qu'il envoie à Landshut les grenadiers 



SM MÉMORIAL u^ »|««) 

d'Oudinot , les Bavarois de Leièvre , le ÇQtfs 
4e Lanne$ pour soutenir Bepsieres e% ÏQtm^v la 
tête de la coloune qui doit prévenir T Archiduc 
sur Vienne^ Cependant Napoléon ne laisse pas 
nn instant douteux: le succès de ces beUe3 com- 
binaisons i car les corp» de Masse'na et d'Où* 
dinoty qui ont tourne constamment la gauche de 
Tennemi, sont toujours à même d'aider les 
corps engages dans les journées des 30,24 et 
S2. Davoust, tenant tête à la majeure partie de 
Tarmee ennemie, reçut a propos les secours 
dont il avait besoin ; et s'il eût etë pousse un 
peu le SA j Tarmée aurait eu quelques lieues de 
moins à faire le 22 , et des chances de suceè» de 
plus. 

«c Jamais on n'a mieux vu tout ce que peu- 
v^it le çoup'd*aHl et Và^propos. Ici , daps cet 
immense champ, pas un homme, pas un mo- 
ment, pas le moindre avantage du terrain n'ont 
été perdus devant des ennemis qui ne savaient 
tirer parti ni des forces, ni du temps, ni des 
positions. Pas un combat n'était livré qui n'eut 
nu but déterminé et souvent décisif. Il résul- 
tait de li non-seulanent grande gloirei pour 
rarmée,mais grand prdlt prair Thumanité^ car, 



U«é* iêté) DE SAlNTE-MÉtÈNE. «5» 

dans les guerrsB rx^ conduites, on pefd plus 
d« moitié des liOi^mes inutilement , soit par les 
combats libres n^l-à^propos , soit par les ma-^ 
lad^ps qui suivent les campagnes :prolongëes. » 
La stratégie semble surtout être la prëdilec* 
tioa de Tauteur; il en a fait et avec succès sa 
constante occupation. Il m'a montre la preuve 
authentique qu'il s'e'tait exprima, il y avait 
de'jà deux ans, sur les célèbres campagnes 
d'Italie 9 eu 4TÔ6, et celle deMarengo, préci- 
sément comme le fait l'Empereur dans ses dic«^ 
tées de Ste-Helène , qu'on vient de publier eu 
iCet instant; c'est-à-dire, qu'il avait deviné, 
saisi toutes ses idées et ses vues à cet égard. Il 
a fait uu travail sur la topographie militaire du 
théâtre de la guerre en Italie, qui, présenté à 
Napoléon à Milan, lors de son couronnement, 
le frappa tellement, qu'il s'écria : J* aurais payé 
des millions pour auoir une telle chose quand 
je commandais ici. A ce talent reconnu mais 
ignoré de Napoléon , venaient s'adjoindre en- 
core beaucoup de traits de courage très-remar- 
quables , et grand nombre de blesËiures. Mal- 
heureusement la fatalité a voulu que les hautes 
chances offertes à nos braves, se soient trou- 



260 MÉMORIAL (Août .816) 

vées finies précisément à l'instant où celui-ci, 
entrant dans la garde, allait sortir de la 
foule. On sait que l'Empereur se plaisait à y 
puiser, et son coup-<l'œil si juste le faisait 
toujours à coup sûr, Cèst sans entourage , 
sans intrigue, sans sollicitations aucunes, qu'on 
a vu surgir inopinément les Lobau , les Drouot , 
les Bernard : mon ami allait avoir son tour 9 
son heure était venue. 

et Les bords de l' Abêtis et de la Laber , dit- 
il, çont devenus classiques pour l'art de la 
guerre. Les militaires iront étudier là , bien 
mieux que dans les livres, les théories dies 
grandes opérations. Là ils verront inscrite pour 
des siècles, la resplendissante gloire des armées 
françaises ! Là est un de ses plus beaux monu- 
mens, impérissable à jamais, tant qu'on lira 
dans l'histoirç que des batailles ont été livréies 
par le même général étales mêmes troupes, le 
^9 à Thann, le 20 à^Ab^nsberg, le 24 à 
Laudsbut, le 22 à Eckmûlh, le 23 à Ratis- 
bonhe. Là les militaires apprendront la con- 
naissance du terrain, la pratique du coup- 
d'œil, l'emploi des forces, l'opportunité des 
dét^heïQétis , tout le secret des grandes l?a- 



J 



(Aoàt i8j6) de SÀINTE-HÉI.ÈNE. 261 

taillesr, qui consiste à savoir s'étendre et se 
concentrer à propos , et diriger ses masses selon 
le terrain et les disppsitions de l'ennemi. Mais 
ces manœuvres doivent servir de leçons, et non 
pas d'exemple ; il faut les e'tudier et non les co- 
pier. Malheur à cjui s'aviserait d'en exécuter de 
pareilles, même dans des conjonctures analo- 
gues j car il y perdrait certainement son hon- 
neur et son armée. Pour oser les tenter et pour 
en, venir à bout, il fallait la toute puissance 
du génie et du commandement dans le chef, 
.jointe au plus absolu dévouement de la part 
de toute l'armée. , 

« Ces manœuvres présentent une leçon pré- 
trieuse sur une des parties' les plus difficiles de 
la guerre. On y apprendra comnient on peut 
arrêter l'exécution d'une opération commencée, 
et détruire ces avantages si vantés de l'initia- 
tive. Ici, en effet, l'Archiduc était en pleine opé- 
ration quand Napoléon eët arrivé. Si ces deui^ 
généraux avaient été d'une égale force secon- 
daire , le chef français: se seraithâté^ de gagner , 
par Donaverth elRatisbonne , la rive gauche 
du Danube ; il àârait,gardé ces deux têtes en se 
réunissant entre Néustadt et Neubourg, Le chef 



262 MÉMORIAL (i^t itfS} 

autrichien aurait Uniguemmit oianomyre &am 
jiâssêr It Danube. Des tenuines, des tnois se 
^l'aient écoules sans fp&'il y eût rien de Êtit; on 
èét vtt une campagne à la Daun on à la Moreau. 
Si Ids deux généranx aTaientété également su* 
ip^rieurs, le chef aatrichien anrait continue sa 
pointe maigre c^le des Français; se serait prë-* 
eipité sur le corps de Davoilst, et l'aurait cul* 
buté sur Ratisbonne : là , le livrant an corps de 
la rive gauche on au canon de Stadtamhof , si 
la ville tenait encore, il serait venu avec sa 
masse tomber successivement sur le centre et la 
gauche de l'armée française, dont il aurait eu 
probablement bon marché. On peut supposer 
que Napoléon aurait inanosuvré avec moins 
d'audace, s'il eût eu affaire à un ennemi de 
cette force; car il a dit dès le deliut de sa car- 
ri^e : La ffuerre est une affaire de iacL La 
première chose est de savoir contre ^ui et 
avec (jui on guerroyé. L'Archiduc le savait bien. 
« Mafsséna, ton jcmrs grand à la guerre; Da* 
vottst, $6 montrant tous les jours plus digne des 
plus grands commandemens, donnèrent à Napo- 
léon des preuves de tèle et de dévouement, qtia* 
Ulés qui commençaient i devenir assea rares 



iAm Hit) DE SAIPÎTE-HÉLÈNE. US 

pour pouvoir être louées; mais Lannes fut 
VAchUle de Tannée | glawe exterminaieur 
dans ces cinq journées, où, avec les mêmes 
troupes^ il combattit à de si grandes distances: 
à] ArnUafeu ^ à Attnhausen, à Rottembourg^ 
à Landshut , à Eckmûlh , à Ratisbonne. Pour- 
quoi des d^tinëes qui se deVeloppaient si 
éclatantes, ût qui alors atteignaient la matu«- 
ritë du premier talent , deyaient elles être 
si vite tenninées ! ! ! Après ces illustres person^ 
nages, les généraux, les officiers, toute TarmeCi 
jeunes et vieux soldats, cavaliers et fantassins. 
Allemands et Français^ tous se montrèrent 
dignes du grand capitaine. 

« Ces victoires de Napoléon furent couron-^ 
nées par les plus grands résultats. La désorgani- 
sation des armées de T Autriche, rouverîure des 
chemins de sa capitale^ renvaliissement de ses 
provinces et la destruction des préparatifs d'in* 
vasion, des magasins, de la landwerth, des mi* 
iices, etc. Enfin, la perte des conquêtes éplie^- 
inères des archiducs Jean et Ferdinand , etc» 

« L'Autriche se trouvait viol^nment frap- 
pée et plus qu'à demi vaincue. Mais ce coup ter* 
^ible se ressentait bien plus loin encore ; <kn& 



26» MÉMORIAL (iUùtjeia} 

toute r Allemagne et même dans toute TEu- 
Tope. La coalition de 4809 venait d'être terras- 
sée toute entière dans les champs de la Laber. 
Tous: ses projets dépendaient de l'issue de la 
première bataille. Si l'affaire eût été dou- 
teuse, ou si elle eût été contraire à Napoléon, 
si seulement il avait différé son attaque , qu'il 
«ût attendu ses ennemis ou porté des coups 
moins assurés , il eût été bientôt rejeté de l'autre 
côté du Rhin et accablé par TEurope entière. 
En ce même moment éclataient les insurrec- 
tions organisées dans le Tyroli ^^ Westphalie, la 
Prusse; mais les triomphes d'Eckmiilh arrêtè- 
rent Tembrasement qui allait s'étendre du 
Tyrol à la Baltique , raffermirent , pour le mo- 
metit, la foi chancelante de la Prusse et de la 
Russie, retardèrent le départ de l'expédition 
anglaise, et dérangèrent le plan combiné contre 
la Belgique et la Hollande. Enfin, ces triom- 
plkes comprimèrent aussi ^ à l'intérieur de la 
France et dans nos armées , ces intrigues que 
nous verrons s'y développer plus tard, etc. 

« Cependant, Napoléon ne devait pas laisser 
a TAutriche le temps de réparer ses pertesj,à 
la coalition . celui de réunir ses forces, et de 



(Affcti8>6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 265 

renouer ses intrigues. Il fallait aller à Vienne 
|Vûur forcer l'une et l'autre à ^a paix j car celle- 
ci était toujours le but de toutes nos guerres > 
comme le prix de- tous no9 triomphes^ 

« Après Eckmûlh se présente une grande 
(Question de guerre et de politique. Que de-^ 
Taient faire les chefs des deux armées? On 
a récemment apprcïuyë l'Archiduc de s'être 
retire en Bohême : on a blâmé Napoléon de 
ne pas avoir poursuivi et détruit une armée 
battue. 

(c<Mais le prince Charles ne pouvait absolu^ 
ment faire autre chose que ce qu'il a fait. Il 
devait se mettre au plus vite ; à couvert ; il 
nJavait pas de choix. Seulement' il a marché 
encore .trop lentement, etc. 

« Napoléon aussi a fait ce qu'il devait.' 
A . deux marches en arrière de Ratisbonne ^ le 
priQce Charles avait trouvé un pays de mon* 
tagnes et de défilés^ la Bohême, oùia défend 
sive est si favorable. A la rive droite du Da- 
nube, Hiller s'était rallié, renforcé sur l'Inn, et 
même s'avançait sur Neumarck. Si Napoléon 
s'était engagé d'une ou deux marches au-delà 
de Ratisbonne, il laissait toute liberté auptînce 
5. 17 



266 MÉBfORIAL Câ«ài^4«> 

C]2aslés de régaler , à Passau ou à Lintai , la 
riiile droite do Danul^j d*y faire sft jcmctioiEi 
aYec Hiller ^ de dëfendre les approches de 
Vienne et de se réunir plus tard au pnnce 
Jean. Napoléon perdait alors le plus beau 
fruit de la bataille d'Eckmûlh -, et ce n'était 
pas pour les laisser reîoindre, qu'il avait séparé 
les deux armées autrichietines* il eût aban- 
donaé par là tout l'avantage de la victoire , de 
sa position et du terrain* Pour aller de Ratis- 
bonne à Vienne, par la Bohême , le chemin est 
mauvais, diâicile; il forme un grand contour, 
un arc dont une autre route, belle, facile, di- 
recte, forme la corde. Or, c'est cette dernière 
qu'occupait Napoléon, sur la rive droite du 
Danube. Vienne est sur cette même rive, en- 
tourée d^une forte enceinte , susceptible d'une 
grande défense. Il ne pouvait espérer de l'oc- 
cuper que par une marche rapide, par un coup 
de main» Il ne pouvait donc hésiter un instant 
à y courir. Cette détermination lui présentait 
toutes sortes d'avantages : elle maintiendrait la 
séparation des diverses armées auti'ichiennes, 
concentrerait autour de cette capitale toutes 
les fdrces françaises^ de l'Allemagne et de l'Ita- 



(Août t6t«) DE SÀÏNTE-HÉLÈNE. 267 

lie 5 rapjielkraii an centre de la'monarchie tous 
les corps ennemis destiner à faire insurger au 
loin les peuples contre la France : toute autre 
conduite eût e'të une faute. » 

Aussi la marche sur Vienne s' exécute avec 
la même habileté qui en avait ouvert la routcf. 
C'est la même célérité dans la course, la même 
précision dans lès mouvemens , la même étendue 
daÉs Tensemble. Des ordres partent aussitôt 
Jpour Eugène-, Bemadotte , Poniatovsrsli. Na- 
poléon fait écrire au premier : a Avancez en 
tv tout 6 confiance , t^Empereur va percer au cœur 
« de l'Autriche; l'ennemi né tiendra pas devant 
«c vous, etc. , etc. Au dernier : çu^il s^tri re- 
porte à son zële. » — Bataille d'Ebersberg , 
tiuUemeiit connue. 

« Cependant à côté de tant d'audace se multi- 
plient toutes les mesures de prudence; une A^^ 
réserve se forme à Ratisbonne, poumons garan- 
tir la ligne d'opération sui' la rive gauche du 
Danube; une 2« se forme à'Augsboutg, pour 
assurer la ligne d'opération de la rive droite ; une 
S« se forme sous le nom de corps d'observation de 
l'Elbe. Les places intermédiaires sont mises £n 
Aat de défeMe. A Mayence, les conscrits, à 
mesure qu'ils arrivent dé l'intérieur, sont orga- 



S68 MililMORIAL (AoAi 1^.6) 

Tkisés en bataillons provisoires et acheminés Teri^v 
l'année , cte. , etc. » 

L'auteur après avoir décrit ici les dispositions 
nouvelles , continue : 

« Ainsi', cette armée française, tellement con- 
centrée quand 4I faut combattre ^ s'étend .mainte- 
nant enxolonnes de corps échelonnés au fond.de 
la vallée du Danube , suivant parallèlement la 
marche de TArchiduc sur la rive opposée aux 
frontières de la Bohème;' prête à f^re face par la, 
gauche le long du Danube ^ si l'armée de T Ar- 
chiduc se présentait. L'armée pouvait se ^con-^ 
centrer aussi sut un point quelconque de sa 
ligne en »& heures. C'est par cet heureux me- , 
lange de conp entration . et d'extension.de corps 
si nombreux, manœuvrant avec la précision 
d'un régiment ^ijuo Napoléon déterminât d'aussi 
inunenses succès et déconcertait les plans de ses 
ennemis , etc. ^ etc. 

« Nous vivons à une époque , remarque 
l'auteur , oy les capitales prennent une telle 
importance sur les affaires de la guerre, que 
tout doit être sacrifié à la conservation de ces 
centres de Tajiministration et de la vie des 
ejnpires : ^e leur occupation dépend presque^ 
toujours là défisnse et le sort des États. Les 



(Août ;i,6) DE SAINTÈ-HI^LÈNE; 269 

exemples de Viémie et de Berlin, dans les deux 

guerres précédentes, l'avaient' assez démontre. 

Depuis , rèocupatîon de Paris en à fourni deux 

nouvelles preuves. Si la prise de Môscdw et 

de Madrid sepiBlait en' donner de coiittaiarei^, 

on a été rëduît â brûler la preinière, ne l'ayant 

.{>as su^cdn^eryer; et qua^t'i 1^ ^®^il;a:|a^lu 

toutes les.particularrt6S ;de l'EspagiQie, qui ne se 

trouvent nulle autre par^,, t^pt; l^ ^coprs de 

,r Angleterre, les diversions de l'Europe, et une 

foule d'a^cidens , pour, sauver la péi^nsule et 

jprQciuÂre Cjetjte exception À la règle générale. Les 

capitales doivent donc être mises à l'abri de 

l'invasion étrangère, afin.de laisser aux armées 

la liberté de i^anœuvrer , et aux nations le 

temps de pourvoir à la défense générale, » %ik 

^e sujet il veut que Pa^ris soit fortifié. C'éts^it 

Tavis de Napoléon, dit-il; e'était aussi celui de 

Vaûban, et c'est encore celui de Tingénieur 

qui chez nous le remplacé aujourd'hui^ et qui ne 

porte qu'à 50 millions les frais de cette défense 

toute extérieure , c'est-à-dire, au tiers seule- 

'tnént de ce qu^on consacre chaque' année en 

'embeilissémcns, constrUction$, etc. (Projet du 

général H.) 

if Vienne, capitale de l' Autriche ,étoit donc 



270 MEMORIAL (^qûiiBiô^ 

le hvA où tç^daient également ies 4eux corn* 
mandans en chef , etc ^ etp . 

« Or, aucune capitule n'était à cette époque 
dan3 unç meilLeur<ï fiituati<M pour être défendue* 
A noitië couverte par le DanilBe^ elle était e&-^ 
tourëede deuai lof tj^fidatibns; filBie extérieure, 
angakire, à dSemi revêtement , qui enferme 
^es feufaôurgs; l'autre intérieure formée d*une 
tres-fprteencieinte, etc. 

« Napoléon 5é présente devant Vienne. le 
40 mai ad matin, quinze jours après Eckmûlh, 
moins d'un mois après l'ouverture de la cam- 
pagne; il fait occuper les faubourgs sans résis- 
tance; mais lorsque l'avant-garde se présente 
sur les glacis qui séparent les faubourgs de la 
ville,, eUe est reçue à coups de canon. Le ma- 
réchal Lannes envoyé ,dan^ la place un aide-de- 
camp porteur d'une sommation. Cet officier est 
maltraité, retenu, et la ville tire contre ses fau- 
bourgs. Ceux-ci envoient une députation à 
Napoléon pour ii^tercéder en faveur de Vieime. 
Il la renvoyé avec une lettre de Berthier à 
l'archiduc Mi^ximilien , qui comm^dait dans 
cette capitale ; mais à l'arrivée de £6(t|;e(députa- 
tion le feu des remparts redouble. Dès-lors Pîa7 



(AoAtiBie) DE SAINTE-HÉLÈNE. «71 

poléoB , qui roulait nijénager cette capitale plus 
que ne le faisaient les pnnces autrichiens e^x- 
memes , prend le moyen convenable pour forcer 
l'archiduc à l'évacuer sur-le-champ. Profitant 
lie rm>rme faute qu'on avait commise en negli»- 
jgeant de lier la place au Danube, il conduit 
lui même le)t^ corps; jette un pont sur le petit 
bras qui sépare le taubou^rg Landtrc^àM PratùT^ 
et fait occuper le petit pavillon de Lusthauss* 
En m^e temps, pour repondre au feu dç la 
place qui ne cessait de battre les faubourgs , e( 
pour détourner l'attention de Tarchiduc, ]Vapo^ 
lëon fait établir une batterie d'obusiers, à pe«|. 
près sur le même emplacement où se^Ltl'attaquç 
des Turcs en 468>^* 

« A 9 heures du^ir des obus sont lances dauf 
la ville. Alors se trouvait malade dans le parais 
paternel, la jeune archiduchesse Marier-Louise^ 
Sur un simple avis de cette circonstance , 1^ 
direction du feu est aussitôt changée et le palais 
respecte'. O jeux de la fortune ! qui eût dit alors à 
JMarie-Louise qu'à peu de mois de là ces n^êi;nes 
mains qui faisaient trembler Vienne , tresse- 
raient des couronnes pour sa tête ^ qu'au palaif 
des Tuileries, épouse et mère, elle rouerait sur 



272 MÉMORIAL (Aa4t.fti«) 

ces Français (jiiï la. f rappaient dMpou vante!!! 

« Cette résistance d^ Tarchiduc Maximiliei% , 
dans Vienne, était coupable, puisqu'il avait 
négligé tous les moyens de la rendre moins pré- 
judiciable aux babitans , utile à Tétat et à Vslt- 
mée. Vienne pouvait être brûlée par un* ennemi 
tnoins généreux, sans retarder d'une heure la 
possession de soti enceinte : faute des deœt 
archiducs. * 

« C'était beaucoup aux yeux de Tannée et 
de l'Europe d'avoir pris Vienne. Pour Napo^r 
léon c'était peu , lorsqu'il n'avait pas les pontç 
du Danube j parce que la fin d'une guerre de 
coalition n'était pas à Vieune ; mais dans la dis^ 
persion dcjs restes de l'armée autrichienne et de 
la ligue des Souverains , efq. 

«c Mais pour cela il fallait ps^sser le Danube 
si impétueux, dans un moment où les eaux 
ëtaient les plus élevées, devant une armée en- 
core formidable , et au milieu du pays en^ 
nemi , etc. , etc. 

« Cependant, le bruit de l'entrée des Fran^ 
çais à Vienne , vint confirmer, dans les Cours cft 
chez les peuples d'Allemagne, la sensation pro- 
duit^ par la ifouvêlle des victoires d'Eckmûlh. 



(Aoûtt8i6) DE SAINTE-HÉLÊNE. S73 

Les projets d'insurrection et d'armeiAerit furent 
suspendus, Ifes trahisons politiques a journdès, 
les associations particulières refroidies et conr- 
primees. Schill, parvenu a reunir un corps de 
6 niillé -honimes, en compromettant les noms 
des Rois 'de Prusse et d'Anglèten'e/ne trou-»- 
vait plus de pays qui osât se déclarer pour 
lui, etc., ^tc. ' ' 

<c Le'€£ibinet de Londres même se ressentit 
de l'influence de ces triomphes. Les intrigues 
et les inde'cisioris'de'son ministère n'en' fiirent 
pas peu augmrâtéei» ,' et- ses grandes diversions 
promises, de plus en plus.'retardëes. 

« La Cour de Prusse multiplia les demonstfar 
tiens de fidélité' aux traites, et feignit de pour- 
suivre les partisans de Schill. Celle de Russie, 
notre alliée en apparence, se décida enfin à nous 
fournir son contingent ; elje mît en niouvement, 
sur la Gallicie , un corps dé 15 mille hommes , 
beaucoup moindre que ne le portaient ses eiiga- 
gemens; et encore pensé-t-on généralement que 
les Russes ne s'avancèrent que pour contrarier 
les. progrès très-rapides des Polonais, et smv 
tout leurs principes, 

(^ Le passfige d'un fleuve comme le Danube ei^t 



^j% MEMORIAL ( Aoûi t»f G ) 

une ojMeratipn fort difficile. Il ne (uffit pas d'a- 
voir on pont et de passer à l'antre rive, il faut 
dâHMcher au-delà , se maintenir et conseryer 
le pont. Qaand on considère Teffrajante im- 
mensité des objets nécessaires pour une telle 
constiuction et leur fragilité , ainsi q[ue la ter^ 
rible violence des obstacles qu'il faut vaincre, on 
à peine à concevoir que de telles opérations 
réussissent jamais. Ici il fallait traverser d'abord 
un pnsmier bras du Danube 9 large de 230 toi^ 
Ses; un second bras ûe AW toises, où se trou- 
vait le grand courant, séparé du premier par 
une île large de 400 toises; après cela on n'é- 
tait âicore arrivé que dans la grande île de Lo- 
bau, plantée d'arbustes et coupée de petits ca- 
naux. Il fallait enfin traverser, pour atteindre 
la rive gauche, un troisième bras, dont la lar- 
geur variait de 50 à JO toises. Le Danube, en 
cet endroit, est divisé en tant de bras, parsemé 
de tant d'îles, que c'est un véritable labjrrin- 
the, à l'abri duquel l'ennemi pouvait appro- 
cher beaucoup de nos travaux. Ainsi, c'était 
nue triple rivière à passer, un triple pont i 
construire , dont un était de la plus grande di- 
mension, au milieu des ennemis , qui, de tous 



(Aoâi t«^) DE SAEfTE-HELÈNE. 2T5 

cotes, nous voyaient et nous entouraient. Dans 
la construction de ces ponts , il Êillait se servir 
de bateaux de formes et de grandeurs diver-» 
ses, ramassés au hasard, retenus par quelques 
cordages et quelques clous , pour lutter contre 
la violence de Timp^lueus: Danube. Tout cela 
fat £ait et même fort vite, en raison de TinH 
mensiie des préparatifs que tous ces ponts exi- 
geaient. U &ut néanmoins reconnaître que les 
inconvëniens que piiësentait ce passage, étaient 
rachetés par de grands avantages. Si le Danube 
était plus large et divisé en plusieurs bras, il 
était an3si moins rapide et moins profond. Ces 
îles servaient à assurer les ponts partiels j enfin , 
celle de Lobau était comme une tête du grand 
pont,mne vaste place d'armes, d'où on pouvait 
arriver avec plus d'assurance sur la rive droite , 
etc. , etc* 

« Les ponts , conunencés le 4 8 au matin y fu-* 
rent ternoiinés assez vite. Aussi ^ dès le 20, le 
4« corps avait gagné l'jile de Lobau. L'Em^ 
pereur s'y rendit lui-même, et fit jeter le der^ 
nier pont devant lui. Son intention était de 
marcher directement i Tennemi et de terminer 
l'ceuvje si brillamment conunencce à Eckmûlh. 



276 MEMORIAL (Âoàt 1816) 

Il avait rapproche de lui la majeure partie de 
l'arme'e, afin qu'elle pût défiler sans interrup- 
tion sur la rive gauche. 

<c Le terrain où devait déboucher l'armée 
française était des plus favorables. Eîn avant du 
coude que le fleuve formait en cet endroit et 
dont les bras s'élargissaient ccnisidérablëiaient, 
se trouvaient les villages tFA^(n'n et iPEss- 
liifg: le premier à gauche, touchant à unbrasda 
fleuve où il y avait fùrt peu d'eau; le deuxième 
à droite, à 2 ou 300 toises en face du saillant du 
Danube. Plus à droite encore et à égale distance 
du fleuve , se trouve le bourg éPEnzerdorf. Entre 
Asparn et Essling il y a un millier de toises, 
et k peu près autant entre Essling et Enzer- 
dorf. Les deux premiers villages, bâtis en ma- 
çonnerie, entourés de petites levées de terre, 
présentaient des espèces de forts très*aisés â 
défendre, deux excellèns appuis pour notre ligne, 
couverte mssi par un bas-fond où fossé : cette 
ligne pouvait être tournée, il est vrai, j)ar ses 
deux flancs, au-dessous d'Essling du côté d'En- 
zèrdorf , et sur les derrières d' Asparn, où le pe- 
tit bras du Danube était facilement guéable. 

fc Ei^ avant 4^5 villages s'étendait une plaine 



rAoâii8i5) DE SAINTE-HÉLÈNE. 277 

immense, parfaitement unie , sans ruisseau ni 
le moindre ' obstacle. On li'y apercevait que 
quelques villages au milieu de moissons ver-* 
doyantes : c'était le terrain le plus favorable 
pour deux armées égales qui avaient à disputer 
de bravoure et d'habileté. Ce Tétait aussi pour 
une armée inférieure, qui aurait à lutter contre 
des forces supérieures, à l'aide dés villages in- 
diqués. 

ft Napoléon , plein àe son projet de marcher à 
l'ennemi , n'attendait que d'être rejoint par une 
partie de Tarmée ; il ne pensa pas devoir être 
attaqué lui-même : les rapports de là cavalerie 
légère le maintinrent dans cette sécurité ; aussi 
nes'occupa-t-il nullement d'établir le H^ corps i| 
nk de profiter des avantages de la ligne d' As- 
pam i Essling. Il faut le dire, parce qu'il n'y a 
rien ^d'indifférent à la guerre , ni dans ce qui 
décide de la vie des hommes et du sort des em- 
pires*, si Napoléon ou Masséna avaient fait oc- 
cuper convenablement Aspam, il est probable 
que ce village n'eût pas été pris par l'ennemi ; 
ou si nous avions préparé à l'avance ce qui fut 
exécuté par le corps d'Hiller, en s'en empa- 
rant, jamais les Autrichiens né s'y seraient 



278 MÉMORIAL (AaAi rt,6) 

xoainteims. Le mur du cimetîèirè d'Aspam fat 
abattu par eux de leur côté, et ce cimetière 
leur devint par là uue citadelle qu'il nous fal- 
lait escalader sous le feu le phis terrible, pour 
y parvenir f et quand nous nous en ëtioUs em- 
pares , il n'était plus pour nous qu'un coupe- 
gorge, dans lequel nous demeurions entière 
ment à découvert. » 

Ici se trouve décrite la première journée 
d'Essling ( le 24 mai )y oà Ma&sena résiste avec 
son seul corps , pendant tout le jour, à toutes 
les forces autrichiennes f et COnsei^e Asparn 
par cette opiniâtreté héroïque qui le caractéri- 
sait si éminemment. Les ponts déjà déranges dès 
ce joiir-là, interrompent fréquemment le pas- 
sage des troupes , déjouent les pr(^ets de Napo- 
léon y sauvent Tennemi et amènent la terrible 
journée du lendemain ^ aitaisi décrite par Tau- 
teur : ' 

ce Tant d'héroïsme dans la défensive de 
Masséna et de ses braves avait produit la plus 
grande sensation au milieu des deux armée» , et 
singulièrement augmenté chez nous l'ardeur 
pour attaquer le lendemain y et Tespoir d'une 
complète victoire. Napoléon, renforcé par le 



^Aoôt ,«»6) DE SAINTE-HÉLÈNE, 27» 

corps de Lannes, veut attendre Tarriv^e de 
Davoust et de la réserve ponr faire sa grande 
attaque; mais dès les deux heures du matin, 
avant le point du jour, le combat avait recom- 
mence à Asparn , et quelle temps après sur 
toute la ligne. Le ge'ne'ralissime autrichien 
s'était enfin de'cîdé à faire avancer la re'serve 
de grenadiers , qu'il avait jusque là si mal à 
propos laissée en arrière. Ce prince aurait dû 
sentir dès le premier moment la nécessité de 
brusquer une telle affaire. Ses retards avaient 
laissé arriver trois de nos divisions de plus à 
la rive gauche. Il persiste dans son même sys- 
tème de lataille , et s'acharne de nouveau contre 
Aspam ; il attaque moins vivement Essling , où 
Lannes se trouve renforcé par deux divisions. 
Mais le général ennemi ne s^occupe nullement 
des moyens de tourner ces deux villages, et 
surtout Asparn. Son feu et ses masses l'écrasent 
de nouveau et lui facilitent les moyens de s'en 
emparer,. Masséna fait relever la division Mo- 
litor par celle de St.-Cyr. Le 2Jt* léger pénètre 
dans le village, culbute Tennemi dans la grande 
rue , et coupe une colonne qui s'avançait par la 
rue parallèle. 806 honunes, dont 41 officiers et 



280 MEMORIAL . {Aoèiiai<?j 

un général, avec 6 pièces de canon ^ sont enlevés 
et conduits dans l'île de Lobau. Le .2 M? finit par 
être repoussé, le W* arrive au secours et reprend 
le village , qui, perdu de nouveau , est de nou- 
veau* repris par le Hessois. Tous ces régimens 
montrent la plus brillante valeur. L'ardeur de 
Masséna soutient l'enthousiasme du Me corps, au 
milieu de ce théâtre, le plus horrible que la 
guerre ait jamais présenté. En ce moment on 
annonce l'arrivée de la garde à Aspam : tout le 
monde croit tenir la victoire. 

« Napoléon voyant l'ennemi persister dans 
ses fautes de la veille « et diriger ses grandes 
masses sur Asparn, avec une forte colonne sur 
Essling , ce qui . dégarnissait . beaucoup son 
centre , fait aussitôt des dispositions pour pro- 
fiter .de cette faute et exécuter immédiatement 
l'attaque projetée , dont il n'avait fait la veille 
qu'une . démonstration : elle devait détruire 
l'ennemi en le perçant par le centre. Se croyant 
au moment de voir arriver le corps de Davoust, 
l'Empereur envoya les tirailleurs de sa garde à 
Asparn, et donna ordre à Lannes de conunencei 
l'attaque avec son corps d'armée, dans Tinter-; 
valle . entre. Essling et Aspatu , contre l'aile 



(AoAti8ii5) DE SAINTE-HÉLÈNE. S81 

gauche de HohenzoUern et la droite de Lich- 
^ tenstein.^^insi Napoléon fait avancer sa droite,^ 
et pivote sur sa gauche, appuyée à la défense 
d'AspaïTi. Parla, il partageait l'armée ennemie 
en deux portions qui allaient se trouver fort 
compromises Tune et Tautre. L^nes ^ à la tête 
de la division St.-Hilairê, ayant à sa gauche 
les grenadiers d'Oudinot, à sa droite la divi- 
sion Boudet j la cavalerie par masses dans les 
intervalles , nnarche fièrement à Tennemi, et 
s'avance sur ce léger glacis ^ au sommet duquel 
se trouve le centre des Autrichiens. 

« ATerti du danger qui menace cette partie 
si importante de sa ligne , l'Archiduc accourt en 
toute bâte, appelle momentanément à lui une 
partie du corps de Bellegarde, dispose ceux de 
HohenzoUern et de Rosemberg; place derrière 
eux , en 3* ligne , afin de les renforcer encore ^ 
plusieurs régimèns de Taile droite de sa cava- 
lerie , dont Taile gauche est formée sur plusieurs 
lignes. Il attend ainsi l'attaque du maréchal 
Lannes. Cette attaque , exécutée sous les yeux 
mêmes de Napoléon, vive et impétueuse, cul- 
bute lès premières troupes de l'ennemi. Bes- 
sières, à la tête des cuirassiers, fait plusieurs 
5. 48 



2S2 MÉMORIAL ( AoAi .s.g) 

charges brillantes 6ur Iji. cavalerie et Tinfanterie 
des Autrichiens. .Celle-ci cédait du terrain. 
L'Archiduc se met à la tête des régimeus battus, 
et les ranime par Texemple de la plus brillante 
valeur; il saisit le drapeau de Zach, et se pré- 
cipita dans le fort de la mélee. Plusieurs de se^ 
q0içiers sont blesses autour de lui. 

tt Cependant les Français redoublaient de 
vigueur et poussaient leurs avantages; la vic- 
toire la plus complète se montrait déjà aux 
yeux-dç Napoléon , lorsqu'au lieu de Tarrivee 
du 'maréchal Davoust, il re^-oit, vers sept heures 
du matin , la nouvelle de la ruptuive de ^e$ ponts , 
telle qu'il était impossible de songer à les réparer 
dans la journée ^« La fortune lui arrachait le 
plus beau triomphe. Dans de telles dispositions^ 
avec ce qu'il Rivait de troupes sous? la main^ 
l^appl^bn pouvait encore se livrer à l'espoir de 
yaiuçrÇ; mai» sa prudence remporta; il ne 



* Ce cmel accident , essaye andsi la veille , provenait 
mm-yenlenient de la orne du Danobe, mai» encore da 
cboc àq noi^hreax radeaui^ , de grosses barbes et de 
grands . arbres lancçs par des paysans et des soldats 
postés idaus des ries supërienres, dont on avait négligé 
dose vendre oii^tre/ ^ 



(Aoéti8i«) DE SAÎNTE-HÉLÈNE. 283 

voulut pàB exposer k qùeiqiues nouveaux côhtro- 
tèmp^ ie sort de tant ^e braves^ dans cette 
plaine découverte, où les colonnes d'attaque 
pouvaient, à mesure qu'elles s'avançaient, être 
prises de flanc et à revers. Il ordonna donc i 
Lannes de suspendre son attaque, et de ramepier 
ses ^troupes lentement dans leur prépiière posi- 
tion; sa droite à Ëssling,.et sa gauche dans la 
direction d'Asparn. 

€€ Si cette brillante attaque .ne fîit pas cou- 
ronnée d'un succès complet, elle en jitnposa pour 
tout le jour à l' ennemi;. elle arrêta Us attaques 
qu'il préparait; elle dégagea, pOur le moment, 
nos aites. vivement pressées, etc 

ft Massena tenait toujours Asparn, l'ennemi 
venait d'y rentrerj les tirailleurs de la jeune 
gardç demaadèxwt à J'enchasser* Nouvellement 
formés, il^ n'avaient de lag^i^dç que le nojn et 
le dëvouemeut. Ils gagnjèrent là leniçs gronades ; 
mais ce ne fut pas sans beaucoup de peines et de 
pertes. Ce village devait être eiicare dispute, et 
pçntlanl; toute là journée pris et repris par l'un 
et l'autre parti; toujours avec plus de facilite 
për l'ennemi, qui continuait à l'entourer ; tou- 
]ours wec f l^de peine et de courage par nous. 



28fi MÉMORÏAÈ (^<*» *•*) 

un grand xlos, repousse p^lq ass$iats ai^0c:la 
plu9 gpran<i(6 valeur,: Les gr^ents^diers hongrois 
sont si mal menés , que V-^rcbiduc est obligé 
d'accourir encore pour les retenir sur la ligné» 
« Cependant , à force d'essaiyer de tous lesf 
pqiuts de la position,; le prinee Charte» finit 
. par disposer sur le centre une attaque effrayante 
pour l'armée française. Ceux qui voyaient dlair 
aux aff spires de guerre, (sonçuretit dansroet iois^ 
tant les plus vive^ inqiu^tud^. Oa apercevait 
en face de 'Vinte^y^^U^ trop dégarni qui sépare 
Aspam d'Essling, la Crète du rideau ^e i^ou-' 
ronne]|^ d'artillér^, Semasses de cavalerie, dé 
colonnes profondes d'in&nterie. Ces prépara- 
tifs formidad)les meç^^ient le terrain vide qui 
sépars^it les coj^p^ de Lannea et de Ma5»éna, et 
la direotîop. la plus courte sur nos pônis. Une 
attaque vive et franche de rArcMdùc avfeo ses 
ré^yçs et )ês troupes intitiles sur la ligne, 
pouvait eui peu de minutes accomplir la perte 
4e y^i^iv4^. Déjà ces massés étaient a petite 
po:ftée de notre li^e$ heureuseineht Fennemi 
perd 7^ en ^anpiens et en mouvemens préparatoi- 
res, le temps qu'il faUait employer à agir avec 
vigueur 4 Napoléon^ qui voit ce danger terrible, 



f A<*i« tétiS DE SÀ^PÎTE-MlÈNE: f^ , 

dirige au centre totit ce* qu'il peut trouver de 
disponible dans notre artillerie, en très-grande 
partie de'montee ; il fait marcher, vers les Saines 
des masses autrichiennes, (Jtielques tî^pes déjà 
excédées de fatigue, et envoie Bessièrés' char- 
ger âvéic la cavalerie , non plus pour la victoire , 
mais pour le salut de l'armée. Il faut donner tète 
baissée dans cette colonne pour l'arrêter j c'était 
un acte d'absolu dévouement. Nous n'avions 
plus en atrière de notre centre qu'uiie seule ré- 
serve d'infanterie j il est vrai quëcVtait la vféille 
garde; cette héroïque élite que pendant «iibng- 
temps il a sufii de niontrer à nos ennemis pour 
arrêter ou contenir leurs plus grands efforts. 

k Bes^iëres , malgré les pertes de sa cavalerie y 
charge audaicieusement et renverse la tête de- 
là colonne. Il nen faut pas davantage pour ar- 
rêter, cet ennemi irrésolu. Dès-lors le sort de la 
joutnée est fixé , et Napoléon pourra attendre 
la nuit pour exécuter sa retraité i il se rappro- 
che dii petit pont pour veiller à ses préparatifs 
et ordonnes lés dispositions dévenues nécessaires. 

« La journée s^avançait, et il cnét^it temps, 
car nos munitions étaient épuisées. L'artillerie et 
Vinfanterie allaient se trouver sans cartouches; 



2«» MÉMORIAL (Août4»â6) 

la cmnmunication était hiterfompue avec les. 
parcs de réserve; la plus grande partie de nos 
pièces étaient endommagées, les attelages tués 
depuis long-temps. On avait été obligé de ra- 
lentir le feu; l'ennemi, au contraire,. continuait 
le si^n avec sa terrible artillerie qui nous écra- 
sait. Il renouvelait constamment ses attaques 
contre les deux villages. Dans l'une de ces atta- 
ques, vers le soir, Lannes, qui jusque- là était 
demeuré constamment au plus fort du danger, 
descendant de cheval pour prendre quelque 
repos , est frappé d'un boulet qui lui emporte 
les deux jambes. L'armée va perdre un de ses 
premiers chefs, dont les talens s'étaient si p1*odi-. 
gîeusement développés; la France, un de ses 
apjiuis les plus solides; l'Empereur, un ami zélé* 
Lannes fut transporté dans l'ile de Lobau; 
Napoléon alla à sa renccmti^e près le petit pont. 
Leur entrevue fut des plus touchantes; leurs em- 
brassemens des plus tendres. Napoléon pleurait à 
chaudes larmesàgenoux devant le héi*Qs mourant. 
C'eut été en toute circonstance un grand spec- 
tacle; il l'était bien davantage le soir d'une ba- 
taille si douteuse qui nouscoûtait tant de braves. 
« Nos troupes avaient comme oublié la fain^ 



(Aoûi i«i6) DE SAINTE-HELENE. 289 

et rexti:ême fatigue dans ces [ deux longues 
journées, où la chaleur :fut excessive, où elles 
soutinrent UO heures de combat. Belle époque 
de gloire!!! Dans une situation aussi critique, 
notre ardeur et notre confiance ne se refroidi- 
rent pas un instant ! L'ame du chef était passée 
dans celle de tous les soldats.... Pendant ces 
journées mémorables, 8 divisions françaises, qui 
ne formaient pas la nîoitié de notre armée, re- 
poussèrent constanunent les, attaques de toute 
l'armée autrichienne , qui ne put conquérii* 
quelques toises de terrain ^ et fut même souvent 
sur le point d'être culbutée. 

c< Dès le commencement.de la nuit^ on fit filer 
sur le petit pont les nombreux blessés entassés 
sur 1^ rive gauche. Tous ceux qui donnaient 
signe de vie furent emportés dans Tile de Lb- 
bau. On fit ensuite passer l'artillerie, les 
caissons; pu enleva même tous leurs débris. Les 
pièces prises à l'ennemi avaient été emmenées, 
rien ne fut laissé sur le champ de bataille, pas 
même les fusils et les cuirasses de nos morts. 

L'ennemi fit la faute inconcevable de ne pas 
poursuivre immédiatement ses avantages , et de 
nous laisser surtout cette île. de Lobau, qui, 



290 MÉMORÏÀL (Adtttitfi6) 

saiiisoitè au milieu de son terrain, fut notre 
sûreté dans le revers, et nous devint bientôt le 
moyen du triomphe; 

Dans cette campagne tout est classique hhei 
Kapolëofi, pour (quiconque peut en suivre et 
en juger les détails : on Ta vu jusque-là préparer 
et suivre rapidement la victoire; le voici à pré- 
sent dans une ^ circonstance imprévue, terrible. 
Qu'en le considère remédiant , en\in clin*d'œil, 
à de grands désastres, et déterminant à l'itis- 
tant même les dispositions qui dbi vient lui* as- 
sii^rer de ncmveau la victoire ! Réduit à une dé- 
fensive momentanée, il va ieré^ dans Tilé de 
, LobaU) an:j: portes de Vienne même, une vé- 
ritable fortere$^e française, qui maîtrisera le 
fleuve et le terrain* Trahi par les vagues du 
Danube, il va renchainer; et le tout «e fera 
on vue d'un ennemi qui se proclamé triom- 
phant, et ne songe point à troubler des prodi- 
ges qull ne sait pas deviner: et peut-être e§t-il 
en quelque sorte excusable, car l'auteur sMcrie 
à ce sujet : « Heureux ceux qui ont pu deviner 
« ces miracles du génie !!!... Cène furent pas tou- 
« jouri; ceux qui rapprochaient^ te plus. » 

«Lies premiers ordres, dit-il, sont donnés 



(A^tiai6) DE SAINTE-HELENE. 294 

à l'in^taint même du désastre , et les prép^ratils 
M>Bt si rapides , que 2 au 3 jburs après la ba- 
taille, 011 voit déjà plusieurSf sonnettes battre des^ 
pilotis au travers des deux grands bras, du JDa-i 
uubei( mais les bulletins > pour tromper l'enne- 
mi , annoncèrent qu'il s'agisait d'une sorte d'e^ 
t^ade pour couvrir les ponts et arrêter 1^ 
brûlots. Le même jour, Napoléon détermine 
sur les lieux, et trace, de sa cravacbe sur le sable, 
le plan des ouvrages qui doivent former la tête. 
des grancfs ponts et le réduit de Lobau* 

A compter de cet instant , chacun travaille 
saps relâche j le chef se multiplie et les soldats 
sont infatigables. Leur constance , leur ardeur 
sont sans égales. Napoléon , dans ses projets et 
pour mieuxse dérober à Tennemi , a besoin, vers 
la fin , d'une petite île en face d'Essling , tou- 
chaiit presqu'à là rive autrichienne. Les génc*^ 
raux du génie et de Tartillerie en déclarent l'at- 
taque à-peu-près impossible. Mais JNapoléoa 
otdonn0, et en plein midi, unaide-de*camp.de 
Maseiénà traverse WDanube, avec 6 cents volti^ 
geurs, sdus le feu de toute Tartillerie autri- 
chienne , atteint Vile, enchâsse rennemi, s'y 
maintient contre toutes ses attaques^ et en deux 



292 MEMORIAL (Août 1816} 

heures un pont de bateaux est construit en dé- 
pit d(î toutes les batteries qui enfilaient lé Da- 
nube et jetèrent plus de 2 cents boulets dans 
les œuvres du pont. Sous un chef tel que Na- 
poléon , tout avait cesse d'être impossible ; per- 
sonne ne s'occupait plus de sa propre conserva- 
tion : la vie , c'était la gloire ! Il est vrai que le 
gênerai ne s'épargnait guère. Napoléon faisait 
souvent lui-mêtfie la tourne'e des postes de l'en-^ 
nemij et en approcha , dans l'île du moulin, jus- 
qu'à 25 toises. Un officier autriehien le recon- 
naissant un jour sur les bords d'un canal large 
de 50 toises, lui cria : Rctirez-pous , Sire ,■ ce 
n* est pas là votre place. Paroles admirables qui , 
vu le ressentiment du jour contre Napoléon, la 
crise du moment, et l'importance de sa dispari*- 
tion , honorent à jamais les rangs dont elles sor- 
tirent, et montrent, dans celui qui les pro- 
nonça, une loyauté et un culte à l'honneur qui 
ne sauraient être surpassés! ! I » 

Enfin au bout de J^3 jours, durant lesquels 
on a le droit de se demander : qu'a fait l'Archi- 
duc ? que devait-il , que pouvait-il faire ? Ce 
que l'auteur au surplus discute rigoureusement: 
Au bout de JJ^3 jours, disons-nous , tous tes Ira- 



(Aoûti8i6) DE SAINTE-HELENE. 298 

vaux ise trouvent accomplis ; ils étaient im- 
menses et merveilleux : en voici un échantillon; 

« Il y avait à chacun des deux grands bras 
du Dauube^ larges, l'un de 230, et l'autre de * 
ihO toises, des. ponts sur pilotis où trois voi- 
tures pouvaient marcher de front. Au-dessus 
de ceux-ci, de petits pofits, larges de 8 pieds, 
pour l'infanterie ; au-dessous, des ponts de ba- 
teaux. Ainsi des débouche's étaient préparés 
pour trois colonnes, et le tout était couvert par 
des estacades qui se rejoignaient sur une Ue , à 
2 cents toises au-dessus des ponts. Le soin ftit 
poussé) à un tel point, qu'on éclaira ces ponts 
par des lanternes de i en 40 toises , continuées 
tout au travers de l'ile de Lobau , le long des 
chaussées qu'on y avait pratiquées sur une lar- 
geur de M pieds. Au moyen de ces lanternes , 
le chemin d^neurait aiissi praticable de nuit 
que de jour. De grands écriteaux indiquaient , 
à. chaque embranchement , toutes les directions 
pour les divers corps de l'armée. Ainsi les plus 
minutieuses précautions avaient été ajoutées au 
développaient des plus grands moyens, etc. 

tr Cependant, l'Empereur avait employé Fin- 
tervalle des trc^vaux à réorganiser son armée, et 



2Ô* MEMORIAL (Aùûiiwe 

à rapprother de loi tous les corps dont il pou- 
vait disposer. Le prince Eugèae. lui avait atnen^ 
î'arme'e d'Italie, au travers de beaux feits 
d'armes, coaronRës paf la victoire de Raafe. 
Marmont e'tait arrivie avec son corps du fond de 
là Dalmatie. 

•c Le plan de-Napoléon, des plus vastes, àe$ 
plus décisifs , embrasse Tensemble de ses armées 
et les divers pays qu'elles occupent. ïoutefoÎÈ 
tant de coopérations, et à de si grandes distances , 
h'ont à ses yeux et dans sa pensée , que l^nité 
ÛÊ but et d'action. Il va jeter sa grande armée 
au-delà du Danube et sur la gauche de l^ennemi, 
pour le séparer de la Hongrie j il l'attaquera 
sut le champ de bataille qu'il aura confquis, le 
battra et Tacculera sur la Bohême , où il se 
trouvera prévenu, et entoura de toutes parts* 
Le tout s'accomplira de point en pdint, ainsi 
qu*il Fa réglé, jusqu'au moment ou l'ennemi, 
frappé de sa situation désespérée , implorera un 
armistice. 

« Les ordres furent donc donnés à Maâsena 
dé porter ses divisions vers la partie septentrio- 
nale de Lobauj à Oùdîuot de passer, le 4«'^jtLil- 
let, dans cette île, et de s'y établir j à Eugène 



^AD*iiei6) DE SAINTE-HELENE; 295 

rétre rendu le tt à Ebersdorf avec des vivres 
.pour deux jours, et de passer les ponts sans 
s'arrêter j à Davoust de ne partir que dans la 
n^it du k ^n 5^ et de filer sur-le-champ dans 
rUe de Lobau^à Bernadotte et à Bessières d'être 
rendus le 2 à EbersdOrf ; à Yanidame d'occuper 
Vienne, le 2 au soirj à Lefevre d'envoyer Wrede 
À Vienne pour se reunir a la garde impériale , et 
de se tenir lui-même à JLintz, pour, dès que la ^ 
grande armée aurait passé le Danube, entrer en 
Bohême par le sud, enm^e temps que Jérôme 
y entrerait de Dresde par le nord, et que Junot, 
de Bareuth, la menacerait par l'ouest. Enfin, il 
n'est pas. jusqu'à Ppniatowsky, «auquel Napc- 
léon . prescrivait d'emmener ses Polonais sut 
Olmutz pour contenir Tarchiduc Ferdinand, et 
d'y entraîner les Russes^ si ces^ alliés douteux 
avaient la loyauté de nous servir de bonne foi. 

« C'est pour les gens du métier surtout que 
sont intéressais et précieux les ordres donnés 
en cette occasion; ils sont le programme exact 
des batailles qui suivirent. Jamais on n'avait 
TU diriger une aussi grande opération à l'avance 
avec autant de précision, et jamais tout n'avait 
été prévu ayec autant d'exactitude. Les détails 



296 MEMORIAL (AotiiSie) 

du passage ne sont pas moins ' admirables. 
« he k juillet, à une heure après midi, on 
reçoit l'ordre de traverser le soir même. 

ti Tout avait e'të parfaitement préparé; les 
passages étaient multiplies , la direction de 
chaque corps jalonnée à l'avance; aussi tout 
fut exe'cuté avec la plus grande promptitude et 
dans le plus gtand ordre. Jamais une armée 
- aussi nombreuse n'avait aussi rapideifient tra- 
versé tant de défiles et formé son ordre de 
bataille. En une nuit elle se trouva rangée de 
l'autre côté du Danube , quand son ennemi sur- 
pris la croyait encore dans ses cantonnemens. 
Du temps de Turenne et de Condé onn^eût pas 
cru la chose possible ; du temps de Yillars et 
de Vendôme, on y eut employé plusieurs jours 
peut-être, sans y parvenir; enfin , du temps de 
Frédéric, à peine ce grand capitaine aurait- 1 
espéré y réussir avec sa bonne armée. Nos ad- 
versaires^ dans la plus belle plaine du monde, 
passaient des demi -journées à se mettre en 
ordre de bataille , etc. 

<c Napoléon ayant deux poiits à son extréilie 
gauche , dont le premier sur pilotis , à l'abri de 
tout accident; devant servir de ligne de commu* 



< «Mi iai6 ) DE SAnnrB-ftÉLÈNE. 897 

kttcMiooi pour Tatliiee^ wmAit kmmt Ua «mk 
pont OM&ne dé ivierrei MU «xtréiM éfoifè |it 
MAMbage^itmiiài^ pMttoaslfvca^jt h fomiM^ 
iilé de ÉianfaQU^er pAr Ite d«im «âitl^mittÀ et 
Aillâiit de la L^btu, le fSmè plè« piM^blë li«^ 
igrands Ins d« Dakitti»^ C«t; par c^ ûéHà^ 
piwt cpe commtDçà là gnoidd oprfiMMiK 

« A 9 heures d» soir y tér$ t*«à^tttllAt1s'4«i 
bTB& de JjoiuMii diw k fMnd Dmtttbe^ OuAittOt 
faitemlititpiér ttceftte^^tigMM-diiw diMliiM 
«t des bctsmx pri^paféipîr fai BiliHlië)'ili paiff- 
sent â la xhre gantffae et sfy ëtal>iteséiiti 0^ iè 
premiet doap deJcsàon d'OodhMft; «oMM iès 
battieiâes de Lofan fimt ^i|i' fti mrîiA»^ I9 
«nés sur les bvu^rsgcs eBttwdsf li^ àvtlrdÊ^ stit 
le lercam ^'il oe:aipe) le plus ^ûA néÉnbrè 
sur EAtersdfirf étisis àlentmiMi Ont dit piét pd^ 
taelkBUHt M Yéit mé qilMllM' âe4MMl3}i^<t 
d'obus eiiflMiifiëstMaSëétta jette déi|o«i<<£ltë 4S 
ce&tsIioMMnes sur rsutreriire) ils |»àiseii«<d^tis 
cittq bacs. Le pvettttet a de la pefa^Aabo^ets 
les hoeimes «e jètleftt i la Mgef et le ti^etrif à 
terre j alors le passage cMititiAe saM iic^ernrp- 
tioii. Les pvistes de TeAfiemî îMd ttAéi^ ôA 
sarprîsy et ottëtabKt les ponts piti{>aitfs i Ta- 
6. 19 



.\ 



1H». / ailillOKlAL ' . (Acùtisie) 

rvance. GelÉi d'une ^seule pièce :se trouve placé 
ien 8i<>ii 40 Mamntes*, malgré: la ImisNt dc^ 
4mx* Jbe tt* eoqb^.cotraieiiGeiiaimédi^^ineiità 
àsé^etf. la transport. 60ntiiiu:e ;sur les. Bacs.' Où 
c(Hn|k)t^ce des. poiîts 4e, radeaux et de ba^ 
teaux'sur l'île Alexandre. Le premier est fini à 
trois UeureS) le fiècond à'deax j un > quatrième 
«St'leté plui^haùt; le cinquième avance rapide- 
ment» Qependant la canonnade continuait d'une 
Ratière épduvwtalite; Enzessdorf est bientôt la 
proie de$ fi^mmel. L'ennemi ne répondait' que 
ikibkânent en faiàe des: ponts; mais il tonnait 
de tons se»ouvi*ageStSur le terrain de l'ancien 
pissiageV où il croyait que notre armée débour 
chakt* A tout c^ fracas vint se joindre nn orage 
tefriJUie i^t une pliiie p^v torrens, qui produisit 
Un froÂd.Q^^traordinairé. 'Les travaux n'en sont 
nullement dérangés v Napoléon est partout, 
courant à pied d'un pont à' l'antre /au milieu 
d^ boues et dé ces rives glissantes où ou.cuIt 
buta à chaque in$tant. Infanterie, artillerie, 
cavalerie, tout d^le ^ns relâehe, A mesure 
qu'on gagne du terrain sur la rive gauche, Na- 
poléon fait assurer ces premiers progrès. Il a 
donné à l'avance aux offiçiers.du géiue JPordre 



(Août ,816 ) DE SAÏNtE-HÉLÊNE. 29^ 

de tracer quatre immenses redâins J)Our cou- 
Tfir les ponts. Ailisi chacjùe pas que font les 
troupes, prépare' par le feu terrible qui ^écrase 
rennemi , est prote'ge' par des ouvrages contre 
tout accident. L'avant-garde ennemie, qui se 
trouvait dans cette partie, cède le terrain pres- 
que sans xombattrie , et se retire ati-delà d*En- 
zersdorf , selon Fordrie qu'elle en a reçu ! 

ft Maigre la multiplicité des ponts, il fallait 
encore plusieurs heures pour faire défiler une 
armée aussi nombreuse que la nôtre. Les corps de 
la 2e et 3** lignes non encorp formées, arrivaient 
successivement. Ce n'est que vers midi que là 
première ligne se trouve établie perpendicuH 
lairement au Danube, selon Tordre donné : 
Massena à gau'clie ^ Oudihot et Bernadotte au 
centre , Davoust à droitfe. Ces corjps sont pal- 
régimens serrés en masse. Ils occupent ainsi 
un bien petit espace. L'armée d'Italie, là 
garde, avec le 44» corps viennent former la 
2» ligne, et les réserves de cavalerie la 3»; 
Le reste de l'armée étant arrivé, ou près de 
l'être. Napoléon porte en avant sa première 
ligne et s'étend en éventail , etc. , etc. » 

Ici se trouvent les développemcns de cette 



^pp MÉMORIAL (Aoii i«i6) 

celèbrjB bataille 4e Wagr^jp, tellement nonar- 
<|uabl@ p^F U^ ^p^ye^ketls prp'par%tCHxps et les 
grap4^ manœuvras mst;a^|;^<3ep qui la vea- 
den\ upe 4<QS pl]u.s }oqgi)es (ju^ ^iBnt été Imees: 
ils feipplisçjt^nt tout iim f»eo[iain.Q. Cette ki«- 
taiUe e^% çnçQf je iine de^ pl^lç mémorables des 
tejnp$ q^oderi^es, pa^ leç fp^ce^ qui cambatttrenf 
de part ^% d'ai4|;f'e, l$i rçpnt^ttiqn des deux gë- 
nç'rau^ ppposp>, \e^ p^rîç? dfiS dCT»^ arpifiBs, et 
sp» grand rfi'^ulfa|; , J[a p^J3^ 4ç Vienne. Cet 
éyeQ^m^t fournil à {'auteur Içç df^'tails les phis 
lucideS) Iqs r^'fle:^ ipns le$ pluç judicieuses. Mais 
je pî^^serai tput de çuitç aux premiers résultats 
de la b^taillp prqprement dite. EU© coûta aux 
AutriçUieus 2^ mille mprt;^ ou blesses , et nous 
laissa 20 mille prisonniei^s. Toutefois elle fut loin 
encprç 4c remplir leç espérances de Nappl^n : 
rarmde reprocha ^ ui^ 4p ses lieutenans, dont 
eUe s'était déjà plaintç à Austcrlitï , à iëiia, â 
T^iaxi, etp.,, 4'avoiç, \^ 5, attaqué trop tard 
Wa^rs^m; cyçlchp, 1^ p, sans oombatre, Ader<:laa, 
têtxî 4ç P^otre pp^tiop ^ appui des manœuvres de 
]>îap9J^wn , et qv.i , çuti;^ le% mains de F ArcbiAic, 
devint cel^^i de fi^a ici|isHî?i,çe et de ses attaquer. 
Pe^VêH'^ceUemçnjaut^e VEwpÇïcur eûtrilpusiî 



(AoMïtiô) DÉ SAINTÈ-flËtÈNE. Se*- 

rejcftei! ^r la iiiathradse cohiiilîtè àeé iroàpes 
e^angères qui lui étaient côtifiéès; niâîs loin 
de là ^ il se permit toêirié, tathé Tusàgë reçu, 
urne '^wclaâïatiôn individu^ltè âé^s ]^(^uei!e 
il les ^aMdit dé èotonfià de gfàiïk } ce 
^Uf ïemptit d*rffton»èi»éht leS iittres cotp^, 
et porta TEmperétt* à: lé renvoyer en Viittice. 

« NupT)lëaiïy ùôiîipagtion e< fifge des Ratits 
fails de s«s krsites'/ feùr dislribtta^ dé fiombreuses 
recoili*peiises. Passant étf réviie Farinée (ifltaliè» 
k fenxientai^ de' la bàtalitle , il dit aux soldats r 
* Votts étés' de braves géiis, vous Votis êtes tous 
^ couv^ts de gloire ! » tJiié profcfamatioh té- 
moigna à l'armée la sati^aCti^À de éom Erhpe- 
reary et' s'adressa plu^ pârtWuIièi^emeiit au gé- 
nie, à l'artiilei?ie et au* jpôntonnieM, qui , par 
leurs ifiblmienses ttàymitf» ^fki^tit préparé tou« 
cés^niiracies. 

« ?jkpdloo» fit tmê in^téàiàXSfji ihv fe champ 
de bataille' : Ottdifrôtv Ifarniôtit et Matidonard, 
Ih embrassa: ce demiiô^ , délaissé lôngrtfemps à 
cause de dissentiméns antérieurs. Le nôùveâtt 
ûtoTcéhal ,J attendri jti^qù'aùi fei¥Hï^S , ^'éérîa 
dahs Fef&i^n de »An cœur,' qù'i'ï îui vouait 
désormais uiie fidélité sinttèr^ , éftgagetnèri* que 



.3j03 MEMORIAL (Aotit iSiS) 

Wapoloon , du reste , a eu roccasiou de teiftoi-^ 
gner avoir e'ie' rempli., » 

L'auteur, après avoir analyse la conduite et 
les fautes de T Archiduc en cette circonstance, 
dit: a PovirNapole'on,il s'fst conduit, dans cette 
bataille , d'après les mêpies principes que dans 
rensemble de la campagne. Il a tenu . sçs 
•troupes sous sa main, et a manœuvre, excentri- 
quement. Attaque' et pre'venu, il a laissé l'en- 
iiemi démasquer son mouvement, Ta attaque' 
lui-même à son tour au moment et au point 
favorable. Rien ne lui a échappé, ni les dangers 
de la gauche et de l'île de Lobau , en état de se 
défendre sçule, où il. voit Boudetj ni les dan- 
gers de la droite, où il renforce Davoust^ au. 
cas que le prince Jiean arrivât. Cependant il a 
éprouvé 4e grands contre-temps : si l'attaque 
du 5 au soir eût été convenablement faite, elle 
çut réussi , et dès-lors Ts^rmée de l'Archiduc , 
percée par le centre , était séparée en deux par-? 
ties qui pouvaient être fortement entamées, et 
qui, rcjfitées, l'une sur la Bohême , l'autre sur 
la Hongrie, ne se seraient plus rejointes. On eût 
évité , d^-lors la grande bataille et toutes les 
chances du lendemaia. Si Aderçla n'eiit pa^ 



Câoft|t^6) DE SAÏEni&HËLtNE: É6% 

été\ àhsniixoité sans jconp fëiir ^ «le . 6 au jiopur^ 
TariiiéefràBçaii^ , qui setrativalt concentrée^ au^ 
7Micu]l^tédb pi^emier ^ortlécentrë ddga^^ 
reaintixii,et seiiait tetiMnbëe supsa droftéj quiéû^ 
et^ écneéejmi^tk^é^ d»iis >le Danabe, etc.\ etc;- 
/(» Gc^éndant rA^cHiditc se retirait eh ttnite 
hâté sur la Bohême, et «a refraitç, quoique faite 
ayec une grandes halitlete, allait développer les 
c^nséqwendos dé la : bafaille j bien pl}is ' déaais^ 
trouses encore que lapeprte de la bataille ^ie^ 
niècoe. ; Chaque jour , chaque instant voyait 
entaitor l'antiëe ennemie : elle était mi^nacée de 
périr en dçtftil; La. Cofir de Yienne sentit toute- 
l'ininfitieiiL^ ;dû dan^Si et rie hâte de le préve^ 
nir^ Le 40,viQr8Jiesoir/Masseàà.pourkiLvantse5' 
avantage et n^Htr^; 4^ faubourgs de Znaïm,' 
allai| eiiliev^r |a ^rille^i qpnbid usa cri tiniversel' 
se fit entondiiet^ittlehingâe.Ialighe) celui de 
cessez le/èuj ccMsex le Jeu. Une dËputationF* 
autrichienne avait atteint Nàpofaaoïi /pour trai-^ 
ter de la paix et sqUicâter une armistice. Ce> 
dernier point devint un grand, sujet dé disser-' 
tatiOR dans tout^l'armée! , et soi^là tente même de 
l'Empereur. La situation vraim^iitcrttMfite d^s; 
fpjpces»^ autriçhiwnes était visible à ^du s les 



ym^tt ^t giin^mtDt|«e|>cnmeiit (fvec^'taiit 

4?^ foiis tt»k feîfii pM±* «sotel: mpee une €mip 
iiaM ,b«W^ f«^ doit Ws: protalattiaB» «» iw 
s<)p9p9iOiiA . Q^^Tampift jamik j^tf bidt fa« de 
^SP^- ^ t w^ffii Qft de mackiaiftit & houmiUmî 

iia^iiiittlM>pI|iiBO^si{^ faobdstice^dtflanll r«» A 

^C^tto^tmistiBcrBOiis liivrat lesidMftrivts^a* 
Obimbft: jatKpdài Aaflcbv 0C^ tmrter Us^ prwiiiees> 

àMOVf aittS tihM d^ bt iMOtttdbîto'aMl^bîefffle' 

«mûmië flB:r6|îi9(p«pfe«érd?ciê*llM]!i6n»ée-, 8^^ 

iteildlmn|Hrt:dë»]»Hdii&d^fitaw dis lit^B^hâue- 
i^ sfasandhs'Ot' prdpre^formiv Ld^omttmand^ 
mimt OB) flitx xétifé* à Vdrehidtta Cha9rie&, epà 
«ppQDte;^ fiMlka qu^^ÙMnl éte> d^ailièufs ses- 
cû|idMai»Dfti inîUtaiTffy. FkrtiKrâl le* phu» TÎf 

pouf lat vateurpsnvniielto' AMiffl.araît pTO^ 
d»gué> IdBS pMUiW Sttft' n»&eiir , diMit>-Ott , 



là^:9t^) DE SAINTB-HikaÈNE. $01^ 

avait J&té d'aviftr ea Naipcdëan â eodà&attre > et 
ck^un pensait q[u'aufiisii génëral éa £iiFOpe 
Biete pit même faite aussi hirn^ 

«iÀ$c teissiseixnecaitt^pagiie d^^nxrâ de 
tnÛB ouDtSy 4]iiâ poixntait mèa^ compCcr une 
a»tte} esf èea^ de sœp^ifiîoa d'aimes tacstcs de 
lidtîous j^ et dmaxdS ce coRuet iaitccfalle^^ fae de 
efaoeesl efc^elsristtkats^H!.*.^. 

« La yidbm& deWa^lvaaLentsay les espritis et 
kLpdHtifotf Llnfaieapce dagyetioghafcîttteJJtt. ïia^ 
peiânD stail; èciT.e8t; la^ canqiagnfl ito XBtMsêM 
dlBJDie cmserTmineiKl. effiajsmte : k ligne ëtaîe 
générale contre lui, les machiûaitidiia: imivea'« 
sdfe9é.lie.>\sÛ8t<Â]»;diEditx^^ frajppa de tei^reur . 
tQttIm les *ialmîllattceSve*xQiitiivt.iim8 les mouH 
vemensi le revers d'Essling^ ranima tous , le§. 
plans et ireveilla toutes les espérances. Wagram 
hm eAn£aa^îd'.d« w)uMaii.j ehacaaSi'eittpcesBa de 
reprrendïe sou: attitude^otimise; et de' multiplier* 
ses protesfations de dévouement et de Lonne 
amitiés. 

<rEc* cafiinet awgfeis , cjui n'avait pas su ou 
voulu aider T Autriche ^and elle luttait encore ,^ 
aa hâlan aussitût^ qu'il la. vit abattue ^ d'ef-- 
fectuer, avant le retour des* ti^oupesj'rançaises, 



/ 



3fie . MÉM0RL4L : (àoûiïîiwî) 

son^ exp^'dition coatre le port . d'Anvers , dont 
la des^fructioïi lui temait: si: fortià cœur: il ïa 
manqua par impetitie. Toutefois^ cette dÎTeirsioix 
suffit encore pour ranimer les sœi*ètes espérances 
de 1- Autriche; et lui faire traîner les négocia tiond 
en Icûgîtear. C'est dans cet intervalle qu^tin 
événement imprévu fut sur le point- de déjouer 
toutes les combinaisons! , et de don^ejr lin tout 
autre cours aux érénemens de. l'Euiiape.: Napo- 
léon, fut à' Tinstaaxt de. tomber ai Scbôànbniti 
90US le couteau d*un fanatique^ Si l!acte eut Jté 
consoaaié, qai peut dire ce qiû se serait passé 
en Europe! !1* . 

a Enfin l'expédition d'Anvers avortée ,î et Ra- 
poléon praoant le ton menaçant, l'Autriche 



* J*aî enteoda VEmperear se faire précisément la 
même question^ et y répûndre, en parcourant en peu 
d^nstana huit ou dix hypothèses diverses , aTeç cette 
fécondité d^clées et cette rapidité d'expressions qui lui 
étaient si particulières. Si jô ne l'ai pas mentionné en 
son lien , c*est que , ne voyant pas qa*il en pût ressortir 
aucun bien, et y jugeaixt de, nombreux iaconvéniei;is , 
j*ai cru devoir omettre le tout ^ seulement il termina , 
disant : « Je nli^ite pas à prononcer que mon assassina^ 
« à Schœnbrun eût /été moîtis funeste pour la. Franco 
«c (|^c ne Va été mon uuioz^ avec rAulriji^i^*, « ^ 



(Août 1816) DE SAINTï^HËLÊNE 307 

$igna , le -1 )* octobre , la paix de Vicnae, dont 
les conditions 9 vu le ventahle ëtat des choses , 
purent être regarde'es comme de nouveaux.actes 
de la cle'mençe du vainqueur. 

« Napoléon épargna donc encore. une fois 
VAti triche j c'est qu'il était loin de vouloir la dë«* 
truire^ qu'il la jugeait nécessaire à sa politique^ 
çt qu'il espérait se l'attacher enfin à : force de 
bienfaits. Il s'est cruellement trompé! ! !....,. Et 
toutefois on a pu lire plus haut, quelque part, 
dans ce Recueil, qu'il s'accusait , comme d'uîïç 
ve'ritable faute, de l'avoir laissée trop forte 
après Wagram, « Le lendemain de la bataille , 
ce j'eusse du, disait-il, faire connaître, par Tordre 
a du jour, que je ne traiterais avec l'Autriche ^ 
<c qu'après la séparation préalable des couronues 
« d'Autriche, de Hongrie, de Bohème, placées 
K sur des têtes différentes. » 

Ici l'auteur, après des réflexions générales sur 
cette magnifique campagne , récapitule ce que 
la patrie, en cette dernière occasion, doit en 
aussi peu de temps, à'I'activité, la persévérance , 
la force d'ame, l'immensité dû génie d'un seul 
liomme^ il démontre que la gloire, Tindépen- 
(lance, la splendeur, la félicite de cette pjitke/ 



308 MÊMÙKlAL i&àiK tme j 

étaient le |>]fem«ef , filni(][iie ^eiHittteiiri dé cet 
hcmûAé v^aitnenfr ^éàâ ;• ei il termine (sû éxpli- 
qWfft flimi M» ejLWèmë iSdàéfàiiàri <fàûs son 
dernier triomphe. <^ C'est (JtfeNaptltcoïi, dît-il , 

• bien au-^eflBtts éë ^^ ticïoii^e^ et âti am'bi- 
« tiiMks of dôoires ^ s'ët^t iiffjyc^ék j^Iu^ Êêlle, 
« ke ftlto gami^ë âé» âissSoâ$f^ Vàà^é & une 
tfksCffti^ dilew«i»te,* d'àèc^d* é)3t Frai!r6é, par leâ 
à faetio^^ qpi# ta ilîfifîséiêni et lâettaieût son 
•r exfkfeùcé^ éh' pét'A^ éttsùitfe sur toute FÈu- 
i? tope, pstf la ôOïiétfârite coalition de ses enne- 
« tiàs , leurs attaqués perpëtuelïes , Te refus 
« obs^iiïë dfe là paix gèneTralé , il avatt su juger 
tt îhévîtalléïafegeWratïon moderne j etpre'teh- 

* dait à la diriger..,. ï^tacëauplùs haut point des 
ft lumières, au-dessus des intérêts comme des 
« passit>ns , il avait pu peser les nécessites du 
« temps.>.,Xhef de la cause des peuples triom- 
tt phaQS,f il voulait en traiter i l'amiable ^avec 
«c les- Rois vaincus ^etc-y eto.^^ 

Dans^ mon Récu^ii,^ VaUteM trouvera^ plus 
d'une £dis,rdtfiis lés parole» de Napolëdn' même, 
roccttiod d'ètiie fied de l'avoir si Bien d^në , 
et>ii« g^àttffa abrtOul> h' douce satisfection de 



(AoAi 1816) DE SAINTB-HÉLÊNE. 8ê9 

cc^iir djQ Wfoif admiré , aimé, «n pleiBC eon- 

Mardi 13. 

r 

Sqr la jBi|kerr^ A^ ftmsÎPf -^ V^^tés, «le» »-« M* da 

AI. NecV^r^etç. 

L'Empereur m'a emmené de bon matin fort 
Ipin dans Lç hçi^i \l % qift^é plti; d- une heure 
sur l9t silïia^iQn 4fl la J'jrwie^ } tlerlà, il^»t revemi 
^ur lesi gens, q\^i l^a¥ai^j[p^t trahie sur les fatalil^p 
nopihreu^çil (pii V^Y^&nl ^tra^né :«]a SQCurit^ 
perfide CAV^i^ p9J sqn marîago a^cic l'Autriclie; 
rayenglejneiiÇ des Tiiurcft» qui font la p^ix pre- 
ci^eWwt quand il? ^^Vftiont faire la guerre j 
celui dt^ Syer«a4Qtte ^ qui oJbât i son amour* 
propret ç% k çefîrçgpeutiiuens, plutôt qu^à sa vé- 
rital^ç §raj94mT at i sa stabilitjé; une saison 
rigxxur-WW PUtre T^miTt J jusqu -ji la supëriorité 
d^^pv^t: d« Mt <k Narbonn^ à Vi^fina, qui , dé- 
cûUTr^Ut r Ay^tf iekei à nu,, la força de se bâtçr; 
epfyçk^ \m mpçà^ màs^M de Lutseu et d^ Baulzen , 
qui > r£iu]#9Wtc l^ R^ft de Saie à Dresde , le mi- 
r^(, lui l^apokon^ en possession des signatures 
hp^til^. d^ VAiitirii:lie, et ne lui laissèrent plus 



SIO. MÉMORiAl {Aottiéiéy 

aucun faux-fuyant. « Quel malheureux con- 
« cours pourtant ! disait-il d'un accent tout-à* 
te fait expressif} et toutefois, continuait-il, le 
(c lendemain de la bataille de Dresde , François 
«. aVâit envoyé de'jà quelqu'un pour traiter. Il' 
« fallut que Techec de Vândamme arrivât à 
(c point nommé comme pour aider/à Tarrêt du 
% destin* >» 

M.deTalleyrand, sur là conduite duquel TÉnl* 
perenr. revenait beaucoup, pour savoir, disait-il, 
quand il avait commencé véritablement à lô 
trahir, lavait poussé fortement à la paix ail 
retour de X^eipsick. « Je lui dois , observait-il ^ 
« cette justice : il blâma mon discours au Sénat; 
« mais approuva fort celui au Corps Législatif, 
a II ne cessait de me répéter que je me tnépre- 
« nais sur l'énergie de la nation ; qu'elle net 
« seconderait pas la mienne , que je m'en verrais 
« abandonné, qu'il me fallait m'accommoder à 
ce tous prix. Il paraît qu'il était alors de bonne foi, 
ce qu'il ne trahissait point encore. Talleyrand 
ce n'a jamais été pour moi éloquent ni persuasif f 
ce il roulait beaucoup et long-temps autour de 
ce la même idée. Peut-être aussi me connaissant 
ce de vieille date, s'était-il fait une manière pour 



(Aoa» i»i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 3>|4 

« moi ; du reste , il était si adroitemenit évasif 
« et divagant , qu'après des conversations de 
te plusieurs heures, il s'en allait, ayant édiappé 
« souvent aux ëclaircissemens ou aux objets que 
« je m'étais, promis d'en obtenir, lorsque je l'a-* 
K vais vu arriver, etc., etc. » 

Quant aux a£Eaires du moment et au sujet 
des derniers journaux qui peignaient la Fraiice 
en agitation toujours croissante, le résultat a 
été que, pour toute l'Europe, les chances de 
l'avenir semblaient indéfinies, multipliées, iné- 
puisables ; qu'il existait, en cet instant, un fait 
constant, lequel nous parvenait de' tous cotés j 
c'est que personne en Europe ne se croyait dans 
une attitude stable. Chacun semblait redouter 
ou pressentir des évéuemens nouveaux , etc. 

L'Empereur m'a retenu à déjminer avec lui 
sous la tente î il a fait ensuite apporter Corinc 
de M"' de Staël , dont il a lu quelques chapitres. 
Il ne pouvait l'achever, disait^il. M"** de Staël 
s'était peinte si bien dans son héroïne, qu'elle 
était venue à bout de la lui faire prendre eu 
grippe. « Je la vois, disait-il, je l'entends, je 
« la sens, je veux la fuir, et je jette lé livre. Il 
« me resitait de cet ouvrage un n.ellleUr souvenir 



S42 MÉMORIAL (A«^t«s4€) 

«t que ce que j'éprouve aujourd^ui. Peut-être 
« esirce parce que dans le temp$ je le lus avec 
^ le pouee^ <^<nnme dit| fort iugéaieusement 
« M* Tabbe de Pjradi; ^ et non saus quelque 
u verîte'. Toutefois je pcrsiisterai , jen vfaix 
« voir la fin; il me seoitble toujours (pi'il n'était 
« pas sans quelque interéL Je ne puispardoimer 
« du reste à M»* de Staël d aToir raralë les 
K Français dans sou roman. C'est assurément 
•c une singulière ÊMnille . que celle de M"^ de 
<c Staël ! Son: père , sa mire et elle , tous trois 
« à genoux I en ccoistaule adoration, les uns des 
« autres, s'enfumaut dun encens reci^^oque, 
H pour la meilleure édification et mystification 
« du public. Mi»*" de Staël, toutefois, peut se 
« vanter d'avoir surpassé ses nobles parens, 
« lorsqu'elle a psé écrire que ses sentimeiis pour 
u son père étaient tels, qu'elle s'était surprise 
f( à se trouver jalouse de sa mère. 

» M**' de Staël était ardente dans ses passions, 
« coBttnuait^il ; elle était furieuse, forcenée 
« dans ses expressions. Voip ce que lisait la 
(c police durant sa surv6illance*--*Je suisloiude 
« vous , écrivait-elle à son mari , apparemment. 
« Venez à l'instant, je l'ordonne je le veux , 



(Aoûn8f6) DE SAINTE-H3ELÈNE. 343 

«( je suis à genoQx,,^ je Tousinjtplore lr.*Ma m^in 
« est saisie d'un poiguardU.. Si vous hésitez , je 
« me tue y je me donne la mort , et vous seres 
m coupable de ma destruction» : C'était Gojine. 

Elle avait accumule, dans le temps, tous ses 
efforts, toutes ses ressources sur le gênerai de 
l'armée d'Italie^ disait l'Empereur; elle lui 
avait écrit au loin sans le connaître; elle le 
harcela présent. A l'en croire, c'était une mons^ 
truositë que l'union du génie à une petite insi- 
gnifiante Créole, indigne de l'apprécier ou de 
Tentendre, etc., etc. Le général ne répondit 
malheureusement que par une indifférence qui 
n'est jamais pardonnée par les femmes, et n'est 
guère pardonnable en effet, observait -il en 
riant. 

A son arrivée à Paris , il se trouva ppurraivi 
du même empressement, continuait-il; mais 
de sa part, même réserve, même silence. IJIaT 
dame de Staël , cependant , résQlue d'en tirer 
quelques paroles et de lutter avec le vainqueur 
de l'Italie, l'aborda debout au, corps dans la 
grande fêt^ que IJkl^ de X^U/eyraiid , ministre 
des relations extérieures, dormait au général 
yictorieu:!;. Elle Finterpdila au milieu d'uu 
5, 20 * 



8i» MÉMORIAL <AoAii8i6i 

gràtid cerok , lui demandant q;tt*ellé était i seé 
yeux la première femm^^a monde / tnotte oti 
tivaiÉte. « Gdle qtii a fait le plus dfeA&»s| re- 
« pondit Napolécm, avec beaucoup de «impfi- 
«cité. » Madame de Staël , d^abd^rd un peu dëcon- 
eertëe, esiiiya de se remettre en lui observant 
qu^ilavaii la iëputationd*aimer peu les femmes; 
«r Pardonne* -moi, reprit encore Kâpolf^on, 
R j*aime beaucoup la mienne , Bladamè. » 

Le gieneràl de t^anned dltalie eût pU sans^ 
doaile mettre \t comMè A Teutbousiasme de la 
€erin4 genevoise, disait HBmpereur; mais il 
rdctontait ses infidélités p<>Iitiques et son in-^ 
tempërance de célébrité; peut-être e&t-iî tort; 
Toutefois FheitHoe avait fait trop de poursuites , 
elle s'était vue trop rebutée, pour ne pas deve- 
nir %ine chaude ennemie. « Elle suscita d'abord 
« Bënjamm Gonsfant, qtii n^entm pas bien 
« loyalement dans la carrifere , observait FEm- 
* péréur : lors é& là foimdtion du Tribunat , 
à 41 employa lès . plus vives soUicitations 
*ï près du pi'elnier Consul pour s'y troiiver 
«compris^ A onze heures du soir fl suppliait 
«encore â toute ïbrdèj a mintiif, et la fa- 
irlreur prononcée, iï ftaît déjà relevé juscp'à 



tAD4t sgi6) DE SA'INTE*HÉLÈNE. ^it , 

« I'ûiwltê.i La preimèt*e rëiinion des tribuii^ 
-H fut pouf lui une superbe occasion d'inyecti- 
K ver. Le soir,.illttininatioii ciie% madâÈoie de 
« Staël. £Ue courouita son Benjaiâin au milieu, 
je d'une assemblée brillante, et le proclama uù 
,<v second Mirabeau. A cette farce, qui n^ëtalt 
K <{ue ndicûle, succédèrent des plans plus dan- 
« gertex» Lors du concordat , contre lequel ma- 
ie dame de Staël était forcenée , elle tinit f Oût- 
« à-coup conti'e moi les aristocrates et les ré-* 
A publicûns î'^Vous n'àyes plus qu'un mo- 
4( ment, kur cnâh^elle , détinaîn le tyraii aura 
4c hO mille prêtre» à son service. » ■.'■'> 
Madame de Staël ayant ènân lassé toute pa- 
tience^ disait Na^pofôoÀ^ fut eÈ^voyée en e2cil. êoA 
père avait déjà vivement déplu lors de là caûi- 
pagUQ de Marengô. « A' mon passage favaïÀ 
* Toulu le voir , disait TEmpereur^ et n'avaft 
« ^owvé qu'un lourd régent de cëllëge , MeA 
<c LoursoufOé. Peu de temps après, et dans Fës- 
•• pôÉr sa« d<w«e de reparaître' avec moA 
4c ste<5ourssùr ta scène du mondé , il publia une 
«r brôclrtire dans laquelle il prouvait que là 
ce France ne pouvait pluS être république ni 
« monarclrte.' On ne voit pas trop, disait 1-Ém- 



Si fi MÉMORIAL (AWtiBie) 

«c pcrcur, ce qiiilui restait. Il appelai t^dams xet 
tt ouvrage le premier Consul , Vhomme néces- 
« saùe^ etc. etc. Lebrun lui. repondit, par une 
ft leltfeiçî^ quatre pages, dans son beau .style et 
,« d'unp façon très-mordante : il lui demandait 
«Ç s'il n^avait pas assez fait de niai à la France, 
«^ et s'il ne se laçs^itpas, après sqn épreuve delà 
fc Gonstituant:e ,, det pre'tendre à la regeater de 
« jçiouyeau? ^ 

et Majlame de Staël., dans sa disgrâce., com- 
«^bat,ta.it d'une m^ii^i .et sollicitait de l'autre,. 
«. Le jprjemier Consul lui fit dire, qu'il lui lais^ 
«r sai^ l'univers à é:i^ploiter ,; cpi'il lui abandon^ 
«f i^it Je reste de la te^rre j et ne se réservait que 
PiPs^^^^y^^^^ U lui d^e'fe^dait d'approcher. Mais 
« Paris était precisën^ent l'pbjet de tous les 
«vœux de madame de Staël. N'importe, le 
ce Consul fut çQnstamment inflexible. Toutefois 
c madame de Staël renouvelait de temps à 
« autre ses tentative». Sous l'empire elle voulut 
•c être dame du palais : il y ay^ait siei^s. doute à 
<( dire oui ou nonj mais le moyen qu'on pût 
« te;Qir madame de Staël tranquille dan$ un 
fc pajàis ! etc., etc./» 

Après dinej: l'Empereur nqus a lu les Ho- 



(Août .êi.6) DE sainte-héléne: $at 

races, que notre admiration â souvent inter- 
rompus. Jamais Corneille ne liqus avait sémblié 
plus ^and^ plus beaii^ plus netveux que sur 
notre rocher. 

Mercredi 14. 

De la chasse à Ste-Hélèiie , etc*r— Veille da iS août , etc. 

L'Empereur ert sorti de bonne heure. Avant 
neuf heures il m'a fait appeler y il était dans 
l'intention de monter à cheval et d'essayer de^ 
pouvoir tirer quelques perdrix que nous aper- 
cevons toutes les fois que nous sommes en voi- 
ture, qui se laissent toujours approcher tant 
que nous sommes sans armes , mais jamais autre- 
ment. L'Empereur s'est mis à inarcher pour 
tacher de se poster à propos i mais on n'a pu 
retrouver les perdrix } il s'est fatigue prompte- 
ment et a pris le parti de monter à cheval , pb-< 
servant que tout cecin'e'tait point precisemç^nit' 
les chasses de Rambouillet ni de Fontainebleau. 
Au retour nous avons déjeûne' sous la tentej 
l'Empereur a fait asseoir à table le petit Tris- 
tan, qu'il a vu traverser la prairie, et s'en est 
fort amusé pendant tout le repas. 



*I8 MÉMORIAL (A»«kiiWi> 

Après le dajeÀner, rEmptreiUr » &it relire 
el a dos le chapitre de Rivoli. Nous en étions 
anx trois ^[narts , qaand l'aniioiice du Gonvev^ 
neur nous a fait quitter précipitamment latente 
et prendre refuge chacun dan§ notre tanière. 
L'Empereur a Voulu beaucoup moins qu'un 
autre se laisser relancer ^ ses oatnTWfiations avec 
le Gouverneur, lui sont par trop.penibles et de'-» 
sagrëables. « Je n'en veux plus avoir , dit-il. 
« Il m'échappe des choses dures qui compro- 
ce mettent mon caractère et ma dignité : il ne 
« doit sortir de ma bouche que des choses flat- 
« teuses. » Il se trouvait fatigue de sa course du 
matin; il s'est mis au bain. 

Sur les cinq heutes il a fait un tour en ca-r 
lèche > le temps était délicieu:^. 

Le Gouverneur avait vivement désiré voir 
l^Emperemr: il avait, disait- il, à lui parler 
d'affaires. On soupçonne que c'était pour lui 
dire qu'il n'avait plus d'argent, qu'il avait tout 
épuisé et ne savait plus comment faire j ce qui 
eût été fort indifférent à l'Empereur, qui n'eût 
pas manqué de le prier de nouveau de le laisser 
tranquille. 

Avant le dîner, l'Empereur puait w^^ 



(Allât IM6) DE SAINTË-HELÉNE; 319 

dchecs dans U salon; il avait pris du punch. Je 
suis arrive tard, en entrant il m'a dit de p^rendre 
ma part du punch ; mais on a £siit observer qu'il 
n'y avaitplusde verres. « Oh que si,a«^t-il dit «i 
« me donnant le sien> et il boira j'en suis s&r..,. ^ 
Puis il a ajouté : «< C'est à Tanglaise n'est-ce 
« pas? Ghes nous on ne boit guère c[U'après sa 
« maîtresse. « , 

Pendant le diner on a fait l'observation que c'é- 
tait la veille du 4 6 août; l%npereur a dit alors : 
a Demain en Europe^ bien des santës seront 
« portées à Sainte-Hélène. II est bien quelques 
« sentimens , quelques vœux qui traverseront 
« l'Ocëan. » Il en avait déjà eu la pensëe ce 
malin durant la coursé à cheval > et m'avait dit 
les mêmes choses. 

Après le dîner^ Cinna : Corneille nous semble 
divin. 

Jeudi ï5. 

Fête de l^mpereor* 
* Aujourd'hui, 45 d'août, c'était la fête de 
l'Empereur ; nous avions projeté de nous pré- 
senter tous chest lui vers les onze heures : il nous 
a déjoues en paraissant gaiement à uos portes dès 



320 ^'MEMORIAL (Août iSis) 

^neuf heures. Il faisait fort douX; il a gagne le 
jardin; chacun s'y est successivement réuni : le 
Grand- Maréchal, sa femme, ses enfans sont ar- 
rives; TEmpereur a de'jeûne', entoure' de tousses 
fidèles, sous la grande et belle tente, cjui est une 
véritable et heureuse acquisition. La tèmpe'ra- 
ture était belle, lui-même était gai et fort cau- 
sant ; il a semblé jouir quelque^ inslans de nos 
sèntimens et de nos vteux; il a voulu', nous a-t- 
il dit, passer toute la journée entouré de nous 
tous; ce qui a eu lieu, causant, travaillant et 
promMiant à pied ou en voiture, *> 

Vendredi i6.^ 

.Ecole Polytechnique sapprimëe^ etc. ^- Indécence des 
journaox anglais, etc.-— Machine k glace. 

Mon fils et moi nous nous sommes rendus de 
très-bonne heure sous la tente auprès de TEm- 
pereur,qui a travaillé divers chapitres de la 
campagne d'Italie jusqu'à deux heures, qu'il 
s'est retiré sur l'annonce du Gouverneur^ mar- 
mottant : « Le misérable m'envie je crois l'air 
« que je respire ! » . • :• 

Pendant le déjeûner il 'avait demandé le 
journal des Débats , qui contenait la nouvelle 



(Ao(iii8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 324 

organisation des académies; il voulait voiries 
membres qu'on avait chasse's de Flnstitut. Cela 
a conduit à revenir sur . la suppression de l'e'- 
cole Polytechnique , que Ton disait inutile et 
dangereuse. Le journal anglais que nous avions 
reçu ne, jugeait pas ainsi ; il disait que^cetle 
suppression seule valait aux ennemis de la 
France plus qu'upe grande victoire ; que rieft 
ne pouvait prouver davantage les ve'ritables 
intentions pacifiques et l'extrême mode'ration 
de la dynastie qui venait gouverner la France, 
etc., etc.' : il disait encore beaucoup d'autres 
clioses. 

. Quelqu'un observait à ce siijet que les pa- 
piers anglais devenaient, pour le gouvernement 
français , malveillans jusqu'à la grossièreté et à 
l'indécence .,.....•••. . . • 

Lord ou lady HoUand avait, par une galan- 
terie toute particulière , adressé à Longwood , 
pour l'usage de l'Empereur, une machine d'in- 
vention nouvelle , propre à créer dé la glace : elle 
nous est arrivée aujourd'hui par l'entremise de 
» Tamiral Màlcolm. , L'Empereur, en resortant 
yer^ les quatre heures, en a voulu voir l'ejcpé^ 



822 MEMORIAL (Aotat^iB) 

rience; l'Amiral s'y trouvait jelk a ëtë des 
plus imparfaites. L'Empereur au bout de qael^ 
que temps a pris le parti de la promenade , et 
a emmeaë l'Amiral , avec lequel la conversation 
a roule sur une foule d'objets y et, de la part de 
l'Empereur 9 sur le ton le plus affable et le plus 
amical* 

Samedi 17. 

Idées reUpeuses de NapôlëoD.-«E?éqae de Naates (de; 
yoi8ia).-^Iie Pape. --Liberté de Téglise gallicane.-^ 
Anecdotes. — Concordat de Fontainebleau. 

L'Empereur a déjeûné sous la tente ; durant 
le repas, deux de ces Messieurs racontaient à 
FEmpereur les excès dont ils avaient ét^tànoins 
àl'araiée, et qt^i lui étaient demeurés inccmnus. 
Les violations multipliées de^ ses ordres, les 
violens abus d'autorité , d'autres grands torts 
encore f^tc. y etc. L'Empereur écoutait; quel- 
ques détails étaient si forts^ qu'il ne pouvait les 
croire^disait-il. « Allons, Messieurs, a-t-il repris^ 
m vous faites ici des libelles. » 

Le vent était très^violent j il y avait tempête ; 
il pleuvait de temps à autre. L'humidité a force 
l'Empereur de rentrer. 



(Aoét ,éx6)= DE SAINTE-HÊLÈNE. a23 

Après le dîner on a lu Zaïre , et les belles 
scènes d'OEdipe , parmi lesquelles TÈmpereur 
distinguait surtout celle de la reconnaissance ; 
qu'il a dit être la plus belle, la plus complette 
dutkëàtre. 

Eu parlant de prêtres et de teligion, là 
conversation a conduit TEmpeïeur à dire t 
« L'homme lance dans la vie se demande t 
<r D'où viens-je? Qui suis-je? Où vais-je? Ce 
« sont autant de questions n^rstërieuses qui 
« nous précipitent vers lareligion. Nous courons 
« aU'-devant d'elle, notre penchant naturel nous 
« y porte j mais arrive l'instruction qui nous 

• arrête : l'instruction et l'histoire, voilà les 
« grands ennemis de la vraie religion, ddfigure'e 
« par les imperfections deshommes. Pourquoi, se 
« dit-on, celle de Paris n'est -elle pas celle de 
•r Londres, ni de Berlin? Pourquoi celle de Pe'- 

• tersbôui^ diffère^t-elle de celle de Constanti-i' 
« nople? Celle-ci, de celle de la Perse, du 
« Gange et de la Chine? Pourquoi celle des 
« tetnps anciens n'est-elle pas celle d'aujour-^ 
fc d*hui? Alors la raison se replie douloureuse-- 

• tnent , -elle< s'écrie Religions! religions! O 
« eufans des hommes ! , . . . , On croit bie» à Dieu , 



32« MÉMORIAL (AoûtiSis) 

ce ùtirCe <{ue fout le proclame autour de nous, 
« et que lés plus grands esprits y ont cruj non ^ 
« seulen^ent Bossuet; dont c'était le me'tierj 
« mais encore Newton, Leibnitz, qui- n'y avaient 
<c que faire. Mais on ne sait que penser de la 
« doctrine qu'on nous enseigne , ^t nous nous 
« retrouvons la montre qui va sans connaître 

¥ son horloger Et voyez un peu la gaucherie 

«. de ceux qui nous forment ; ils devraient éloi- 
« gner de nous l'idée du paganisme et de l'ido- 
«c latrie , parce que leur absurdité provoque nos 
« premiers raisonnemens , et nous prépare à 
ic résister à la croyance passive; et pourtant ils 
« nous élèvent au milieu des Grecs et des 
« Romains, avec leurs myriades de divinités, 
« Telle a été, pour mon compte et à la lettre , 
« la marche de mon esprit. J'ai eu besoin de 
a r^ ^ ',J'^i cruj mais ma croyance s'ept trouvée 
« ji^^^j^ jncertaine , dès que j'ai su , dès que 
* j r 0.^ ;^isouné ; et cela m'est arrivé d'aussi 
« bcri^ne heure qu'à 4 3 ans. Peut-être croirai-je 
« de nouveau aveuglément , Dieu le veuille ! 
a je n'y résiste assurément pas , et je ne demande 
ne pas mieux j je. conçois que ce doit être ; un 
« gratij et Vrai bonheur. 



(Aoàt iai6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 325 

•c Toutefois , dans les grandes tempêtes y dans 
« les suggestions accidentelles de rimmôralitë 
« mênie , Tabsence de cette foi religieuse , ye 
« l'affirme ^ ne m'a jamais influence ^n aucune 
« manière ,. et je n'ai jamais doute' de Dieu j 
« car si ma raison n'eût jpas suffi pour le com- 
te prendre, mon inte'rieur ne. l'adoptait pas 
M moins. Mes nerfs e'taient en sympathie avec 
« ce sentiment. 

« Lorsque, je saisis le timôri des affaires», 
« j'avais de'jà des idées arrêtées: sur tous les 
« grands e'iemens quj colie'sionuent la socie'te' ; 
« j'avais pesé toute l'importance de la religion ; 
« jj'étais persuadé , et j'avais résolu de la réta- 
M blir. Mais on croirait difficilement les résis-^ 
te tances^ que j'eus à vaincre pour ramener le 
ce catholicisme. On m'eût suivi bien plus vo- 
* lontiers si j'eusse arboré la bannière proies- 
éi tante j c'est aii point qu'au Cùm *'^" *" t , 
•c. où j'eus grande peine à faire adopV*'*^*® ;:i- 
«; cordât , plusieurs ne se rendirent qu^t om- 
a plôttant d'y échapper. Eh bien! se disaient- 
« ils l'un à Tautre , faisoiîs-nous prot€Sta.ns , et 
« cela ne nous regpirdera pas. Il est sûr qu'au 
« désordre auquel - je ' succédais , que i^ur les 



326 MÉMORIAL (Aoiti;»»^) 

u ruines où je me .trouyais placé ; je pouv^ais 
« choisir entre le catholicisme et le protestant 
« tisme ; et il est vrai de dire encore €[aje les 
^ dispositions du moment poossaieiiit toutes â 
^ celui'^i; mais outre que je tenais. réeUement 
« à ma religion natale^ j^ayais les plus hauts 
H mati& pour me décider. E^i proclamani le 
9 protestanlijsme qu'eussé-}e obtenu? J'aurais 
« crée en France deux grands partis à peu près 
» égaux, lorsque je voulais qu'il n y en eAt plus 
n du tout; j'aurais ramené la'fiueur des que^ 
<t relies de religion , lorsque les lumières du 
fc siècle et ma volonté avaient pour tut de les 
ic faixe disparaître tout à £ai£« Ces deux partis 
a en se déchirant eussent aûnirhila la France, et 
<c l'eussent rendue l'esclave de Tl^urope ^ lorsque 
se } avais l'amiition de Ten rendre la maîtresse; 
K Avec le catholicisme j'arrivais bien plus sdre^ 
« ment à tous mes grands résultats ; dans t'înté- 
<c rieur, chez nous> le grand nombre absorbait 
a \ti petit > et je me promettais dé traij;er celui> 
« ci ftvèc une telle égalité^ qu'il n j aurait biem 
t tôt plus de motif à coimaîtise la diifër^ice; 
• Au dehors; le catholicisme me conservait le 
« Papej et avec mon influence et nos forces en 



(AiMkt«8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 327 

« Italie, je ne désespérais pas tôt on tard^ par 
« un moyen ou par un autre , de finir par aYOÎr 
« «moi la direction de ce Pape; et dès-lors cpi'elle 
« influence ! Quel levier d'opinion sur le reste 
« du monde I etc. ^ ttc* ; 9 et il a terminé 
disaiit : fc. François 1^^ était placé rérita*- 
4c blement pour adopter le protestantisme k 
« sa naissance , et s'en déclarer le chef en Eu^ 
« rope« Charles Quint, son rival, prit vivei- 
« ment le parti de Rome , c'est qu'il crojaît 
ce voir là pour lui un moyen de plus d'obtenir 
f( l'asservissement de TEurc^e. Gela seul ne 
« suffisait-il pas pour indiquer à François I" ta 
« nécessité de se charger de son indépendance; 
«c mais il laissa le plus pour courir après le 
« moins. Il s'attacha à poursuivre ses^ mauvais 
%< procès d'Italie; et, dans l'intention de faire sa 
4c cour au Pape , il se mit à brûler des réformés 
«dans Parts. 

M Si Françoi]^ I*' eût embrassé le luthéranisme 
« si favorable à la suprématie royale, il eût 
c épai^gné à la France les terribles convulsiosis 
m. religieuses amenées plus tard pat* les calvi*^ 
« nistes, dont l'atteinte, toute républicaine, fut 
« sur le point de renverser le trône et de dis- 



328 MÉMORIAL (Ao4t isie) 

« soudre notre belle monarchie. Malheureuse- 
« ment François P.^ ne comprit ;rien de tontcela, 
« car il ne saurait donner ses scrupules pour 
«c excuse,. lui qxii s'allia avec les Turcs, et les 
«c amena au ^milieu d^ jious. * Tout bonnement 
fc c^est qu'il n'y*' voyait' pas si -loin . > Bctise" du 
« temps! intelligende féodale ! Fraîïçois I®', après 
« tout ,- n'était: xja'ùn lieros dç tournois , un 
JK beau de salon, un de ces . grands hommes 
te pjgme'és. ';]..' 

« L'évêquq de Nantes .( De Voisins) , disait 

a encore l'Empereur, me rendait réellement 

« catholique parla sagesse ;de ses Tàisonnemens, 

ce son excellente morale et sa tolérance éclairée. 

« Marie-Louise, dont il e'tait le cohfèsseiir, le 

« coaasulta un jour sur/; l'obligation de fair« 

« maigre les vendredis. — ^A quelle table mangez 

« vous, lui dit révêqué ?. — A celle de. TEmpe- 

ce reur. — Y commandez- vous? . — Non, — 

« Vous n'y . pouvez donc rien; le ferait-il ,lui- 

«c même? — Il est à croire, que non. — Sou-, 

ce niettez-vous alors i et ne provoquez pas un 

« sujet de scandale. Votre premier .devoir est 

« de lui obcir et de .le faire respecter ; vous ne 

a manquerez pas . d'autres moyens de vous 



(Ao&tteiS) DE SAINTE- HÉLENB. 329 

« amender et de vou^ prive:^ àtlx ytut, de 

• Dieu. 

«e Ce fat la ftiéme eltMs étcôie poar ùtf è cônd- 
<c mtmiôn publiée (|ue <]tte)<^ei»*unâ mbëût eu 
ft tête à Marie-Lobiâe pour le joUî de H^iafeé. 
« Elle 0e )e vcrulut pourtant pa$ sî^ils avoir pris 
ftf l'avis de âoh sage CotifesMur, qtà Yeti dîsstiâda 
tt pai" leé mêbiés raisonnemélis. Quelle diffe- 

• teAte, disàH TËiUpereùt, si* elle eiit eïë 
<c travaillée par Un fanatiq[tte ! (Quelles (pierellés, 
a ({uelle d&uiiioii u'éùt^il pas pu auieuet eutre 
« noué } Quel mal h'èidt-il pafs pu faire dauâ les 
« circonstances où je me trouvais I 

« L^evêque de Nantes, ïtous^ faisait ôbjêrvér 
« TEmpéteur, aVaitV^cu âvet ï)idef ôt, au milieu 
a des încrëdttled , et y avait toujoUi's élé côn- 
it venablemteât; auffii avait -il rëpou^ë à tout: 
ce il atàit Stirtottt le bon esprit d'abandôniiér 
t touf àe ^i ti'était pas toutetiable , <fe faife 
tt vèttogÈHà^ la religion de tout ée qu'il n'eïtt 
« pu déféîidrc.*-kUn anittta! qtri ie meut, côhi- 
f< bine ef péb^e, n'âf-C'df pa^ une ame, lui di- 

• SâiV(W?^ --* tiwtfqtiol^ pâS i ï^p6ïidaft-iJ. — 
ft Mais où va-t-elle?Car elle n'est pas à iVgale 
ft dé là nôfifé. -^Que VOUS importe , elle de- 

5. ' ' 21 



330 MÉMORIAL (Août iSie) 

m meure peut-être dans les Limbes. Il se reti- 
« rait donc dans les derniers retrancbemens , 
« dans la forteresse même , et là se ménageait 
<c toujours ainsi un excellent terrain. Aussi ar- 
« gumentait - il bien mieux que le Pape , et 
« souvent il le desolaité C'était, parmi nos evé- 
« ques, le plus ferme appui des libertés galli- 
cc canes. Gëtait mon oracle ^ mon flambeau j il 
K avait ma confiance aveuglq sur les matières 
« religieuses. Car, dans mes querelles avec le 
« Pape, j'avais pour premier soin, bien qu'eb 
ce ayent dit les intrigans et les brouillons à 
ce soutane, de ne pas toucher au dogme; si bien 
Cl que dès qtte ce bon et vénérable evêque de 
«Nantes me disait, prenez garde ^ vous. voilà 
ce en face du dogme , sans m'amuser à disserter 
K avec lui, sans chercher même à le comprendre, 
a je déviais aussitôt de ma route, pour y reve- 
« nir par d'autres voies; et comme il n'avait 
« pas mon secret , combien il aura été étonné 
fc de mes circuits ! Que j'aurai dû lui paraître 
«e bigarre ^ obstiné, capricieux, inconséquent! 
« C'est que j'avais un but, et qu'il ne le con- 
« naissait pas. 
. « Les Papes ne pouvaient nous pardonnet nos 



(Aodt 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. ' 384 
« libertés de Tëglise gallicane : les quatre fa- 
it, menées propositions de Bosauet surtout exci- 
cc.taient l^r ressentiment ,; c'e'tait, selon eux, 
« un véritable ojàoifeste de guerre, aussi nous 
ff considéraient-ils hors du giron au moins au- 
«tant qu^ ';les protestant. Ils nous trouvaient 
ff aussi coupables , peut-être plus, «t s'ils ne nous 
«avaient pas accablés de fcmdres ostensibles^ 
<K c'est qu'ils avaient craint les conséquences :> 
« ^otre séparation. L'exemple de T Angleterre 
« était là. Ils n'avaient donc pas voulu se couper 
« le bras droit de leur propre main, mais ils ne 
« cessaient de veiller pour une occasion favo». 
« rable; ils Tattendaient du temps^ Nul doute 
« qu'ils vont la croire arrivée aujourd'hui. Tou- 
« tefois les lumières du siècle et les mceuVs du 
« temps les repousseront encore. 

« Quelque temps, avant mon couronnement, 
« disait l'Empereur, le Pape voulut me voir, et 
« tint à se rendre lui-même chez moi. Il avait 
(( fait bien des concessions. Il était venu à Paris 
« me couronner , il consentait à ne pas me poser 
« la couronne, il me dispensait de conmnunier 
« en public avant la cérémonie , il avait^ donc , 
« selon lui > bien des récompenses à attendre en 



S32 ' MÉMORIAL (A<At iSi6) 

tt retour; aussi avait-il irêvé d'abord la Roma- 
« gne , les lotions, et il conunençait à soup- 
ir çotïïMT qu'il £su:^rait renoncer à ^ut cela. 
Cl II se^^aiMittit alors sur une bien petite grâce , 
u disaitril, seulement à Toir signer un titré 
« ancien, un chiffon bien use qu'il tenait de 
» Louis XIV. --*Faiies moi ce plaisir , disait-il; 
Or au ifond , cela ne signifie rien.— 'Volontiers 
« Trèi-Siint-Père,et la chose est faite, si. eUe est 
et* faisable. » Ô^, c*élîiit une de'claration dans la- 
quelle LôAis XIV , sur la fin dé ses jours, 
sdduit par M"* de Mai^lénon , ôu gagné par 
ses confesseurs, desapprouvait les fameux arti-» 
clés de 4682 , bases des libertés de l'egUse gal^ 
licane. L'Empereur repondit malignement qu'il 
n*avait, pour son compte, aucune objection per- 
sonnelle ; mais qu'il fallait toutefois, pour la 
règle , qu'il en parlât avec les ëvêques ; sur quoi 
le Pape se tuait de répéter que cela n'était nul- 
lement nécessaire, que cela ne méritait pas tant 
de bruit, « Je ne montrerai jam^s cette signa- 
le ture» disait-il, pas plus qu'on n'a montré 
ff celle ^e Louis XIV,— Mais, si cela ne signifie 
« rien, disait Napoléon, à quoi bon ma signa- 
« ture? et, si cela peut signifier quelque chose, 



(AoAt iBi6) DE SAINTE-HÉLÈNE. S33 

ff il faut bien q[ae déceouueiit je caasulte mes 
f( docteurs^ « 

Toutefois I pour ne pas refuser sans cesse > 
TEmpereur youlut paraître n'en ittepas éloigne'. 
Alors r^Téque deNantes et lés Trais ëvèques fran- 
çais accoururent aussitôt. « Us étai^t furieux, 
« et me gardaient, disait l'Empereur, comme 
« ils eussent gardé Louis XIV au lit de mort, 
« pour Tempècher de se faire protestant. Les 
« Sulpiciens furent appelés , c'étaient à^sjésui- 
(( tes au petit pied j ceux-là cherchaient qu'elle 
ft était ma pensée , ils ne demandaient qu'à 
« faire ce que j'aurais Toulu. » . 

L'Empereur a. terminé disant : « Le Pape 
« m'avait dispensé de la communion publique , 
ce et c'est sur cette détermination de sa part , que 
« je juge de la sincérité de sa cro^nce reli- 
« gieuse. 11 avait tenu une congrégation de 
« cardinaux pour arrêter le cérémonial. La 
« plusr grande partie avait insisté fortement 
« pour que je communiasse en public^ soute- 
« tenant que Fcxemple serait d'un grand poids 
ft sur les peuples ; et qu'il fallait que je le don- 
« nasse« Le Pape , au contraire , craignant que 
« je n*acoompIisse cet acte que èonime un des 



33» ' MÉMORIAL {aoù i8i6) 

(( articles du jprogramme fie monsieur de Sëgur , 
« n y voyait qu un sacrilège , et s'y opposa in- 
« flexiblement. « Napole'on ne croit peut-être 
« pas, disait-il 3 un temps viendra san^ doute 
« où il croira; en attendant ne chargeons pas sa 
« conscience ni la nôtre. » 

^ Dans sa charité chrétienne, car c'est véri- 
ff tahlement un bon, doux et brave homme, 
« disait l'Empereur, il n'a jamais désespère' de 
tf me tenir pénitent à son tribunal; il en a 
a laissé souvent échapper l'espoir et la pensée, 
fc Nous eu causions quelquefois gaiement et de 
CI bonne amitié. Vous y viendrez tôt ou tard, 
ir me disait-il avec une innocente douceur , je 
« vous y tiendrai ; ou d'autres si ce n'est pas 
fi moi , et vous verrez alors quel contentement, 
« quelle fttisfaction pour vous-même , etc. , etc. 
^ En attendant , mon influence sur lui était 
ff telle, que je lui arrachai, par la seule force de 
« ma conversation privée, ce fameux concordat 
« de Fontainebleau, dans lequel il a renoncé à 
«r la souveraineté temporelle , acte pour lequel 
çc il a fait voir depuis qu'il redoutait le juge- 
n ment de la postérité, ou plutôt la réprobation 
« dq ses; successeurs, JX n'eut^as plutQt signe 



(Aoflii8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 3S5 

« qu'il s'en repentit, U devait, le lendemain, 
« dîner en public avec moi ; mais dans la nuit 
m il fut OU feignit d'être malade. C'est qu'im- 
« médiatement après que je Teus quitté il 
t retomba dans les mains de ses conseillers ha- 
« bituels , qui lui firent un épouvantail de ce 
« qu'il venait d'arrêter. Si nous eussions été 
« laisses seuls, j'en eusse fait ce que j'eusse 
m voulu} j'aurais gouverne alws le niionde reli- 
« gieux avec la même facilite que je gouvernais 
ft le monde politique. C'était"^ vraiment un 
m agneau, tout-à-fait ;ai^gi^n bonune, un ven- 
« table bomme de bien que j'estime , que j'aime 
« beaucoup, et qui, de son côte, me le rend 
« un peu, j'ei\ suis sûr. Vous ne le verrez pas 
cr trop se plaindre de moi ^ ni porter surtout^ 
« aucune accusation directe et personnelle, non. 
cr plus que les autres Souverains. Peut-être des. 
a déclamations vagues et banales d'ambitiea 
ft et de mauvaise foi , mais rien de positif et de* 
« direct; parce que les hommes d'état savent 
« bien que, l'heure des libelles passée, onnesau-^ 
a rait se permettra d'accu^tion publique, sans, 
« des preuves à l'appui, et ils n'auraient rien. à» 
m produire en cq genre : telle sora l'histoire. Il 



33£ MÉMORIAL* (Aoaii»i6) 

« n'y aura 4e contraire, au plus^ q«e qael<{u^^ 
« mmfBÎs dkr(uiii]QeiiffS.aaie2 bonitfs pour W€Àt 
«c priâ4es radfttages de coterie, oq de^kitrigaes 
« pour des faits authentiques, ou bien encore 
« les mémorialistes, qui, trompes par les erreurs 
« du moment, se:ront morts avant d'avc^r pu se 
« redresser, etc., etc. . 

fr Quand on connaîtra la vérité' de me^ que- 
» relies avec le ]^pe, on sMtonnera de tout ce 
c< q^il fit sQuIEpir à ma pati^ce, ear onsalt que 
<c j% n^^tais pas endurant. I^rsquUl me quitta , 
ce après mon eouronnipient^.il partit avec le 
K seoret d^t de n'avoir pas (^tenu de moi les 
<c r^mp^nsesqu^il croyait avoir méritées. Mais, 
et qiielque) reconnaissance ^e |e lui eusse por- 
« t^e d'aillèuri , ja ne pouvais , après tout j 
« ti^afiquer des içit^réts de FEmpîpe, poirr l'ac- 
« quit de ioaes propres sentimens ; et pui$ fêtais 
e trop fi^ pour sembler av<>ir' acheté ses eom^- 
« plaisances. A peine eut41 le pied sur le sol 
« italien , que les intrigans , )es brouillons , les 
ie ennemis delà France, proÔtèrent de se$ dispo- 
« sitiens peut" S'en saisir, et dès cet itiptant tout 
« fut hèstiie de sa part. Ce n'était plus lé doux ^ 
« le paisMe CManmQfOi y ce digne ëvéque 



(Aofe i»i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 8«7 

td'Imola, qui s'était proclame de si bonne 
« heure digne des lumièr^ls de son siècle. Sa 
t signature n'ëtait plus apposée <]^u'à la suite 
t d'actes tenant bien plus des Grégoire et des 
«F Boniface, que de lui. Rome devint le foyer 
« de tous les complots tramés contre nous. 
« J^essayai vainement de le ramener par la rai- 
if son , il ne m'était plus possible d'arriver jus- 
JK qu*À ses fentimens. Les torts devinrent si 
it graves, les insultes si patentes ; qu'il me fallut 
m bien agir à mon tour. Je me saisis donc de ses 
.< forteresses , je m'emparai fie quelques pro- 
« vinces ^ je finis mém^ par occuper Rome, tout 
« en lui déclarant et en observant strictement 
« qu'il demeurait sacré pour moi dans ses at- 
« tribtttîons spirituelles, ce qui était loin de 
« faire son compte. Cependant il se présenta 
« une crise, on crut que la fortune m'abandon- 
it nait à Essling j et aussitôt on fut prêt à Rome 
« pour soulever la population de cette grande 
« capitale. L'officier qui y commandait ne crut 
a pouvoir échapper au danger, qu'en se défai- 
te i^nt du Pape, qu'il mit en route pour la 
« France. Un tel événement s'était opéré sans 
« ordres , et même il me contrariait fort. J'ex- 



338 MEMORIAL ( AoAi iSie) 

« pëdiaî donc sur-le-champ pour qu'on fît de- 

« meurer le Pape , où on le rencontrerait ; et ou 

<r Te'tablit à Savonne , où ou l'entoura de soins 

t et d' égards; car je voulais bien me faire crain- 

« dre , mais non le maltraiter j le soumettre y 

a mais non Tavilir, j'avais bien d'autres vues I 

• Ce déplacement ne fit qu'accroître le ressenti-^ 

« ment et les intrigues. Jusque-là ^ la querelle 

f n'avait ëté que temporelle; les gêneurs du 

' « Pape, dans l'espoir de relever leurs affaires, 

ce la compliquèrent de tout le mélange du spi* 

« rituel* Alors il me fallut le combattre aussi 

«'sur cie point : j'eus naon conseil de cons- 

c< ciençe, mes conciles, et j'investis mes Cours 

« impériales de l'appel comme d'abus; car mes 

« soldats ne pouvaient plus rien à tout ceci; il 

« me fallait bien combattre le Pape avec ses 

tf propres armes. A ses ërudits, à ses ei^goteurs, 

« à ses légistes, à ses scribes ; je devais opposer 

<v les miens. 

« Il y eut une trame anglaise pour l'enlever 
et de Savonne ; elle me servait , je le fis trans- 
« porter à Fontainebleau ; mais là devait être 
tt le terme de ses misères et la régénération dç 
<f sa splendeur. Toutes mes grandes vues ^'ér 



(Ao6ti8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 339 

ce taient accomplies sous le déguisement et le 
« mystère, j'avais amené les choses au point 
<c que lenléyeloppement en était infaillible, sans 
« nul effort et tout naturel. Aussi, voit-on le 
ce Pape le consacrer dans le fameux concordat 
•f de Fontainebleau , en dépit même de mes 
et revers de Moscow. Qu'eût-ce donc été si je 
.« fusse revenu victorieux et triomphant? J'a- 
« vais donc enfin obtenu la séparation tant dé-* 
<c sirable du spirituel d'avec le temporel , qui est 
ft si préjudiciable à Sa Sainteté, et dont le mé^ 
« lange porte le trouble dans la société au nom, 
a et par les mains mêmes de celui qui doit en être 
, « le centre d'harmonie ; et, dès-lors, j'allais rele- 
«c ver l^Pape outre mesure, l'entourer de pompes 
« €t d'hommages, je l'eusse amené à ne plus re^ 
K gretter son temporel, j'en aurais fait une idole 3 
et il fût demeuré près de moi , Paris fut de- 
« venu la capitale du monde chrétien, et j'au- 
« rais dirigé le monde religieux ainsi que le 
•t monde politique. C'était un moyen de. plus 
f< de resserrer toutes les parties fédératives de 
« l'Empire, et de contenir en paix tout ce 'qui 
« demeurait en dehors. J'aurais eu mes sessions 
ff religieuses comme mes sessions législatives; 



ÙO MÉMORIAL (A«i«ti8i6) 

a mds conciles eussent été la représentatieoide 
ir la chrétienté, les Papes n'en eussent été que 
« les presidens} j'eusse ouvert et clos ces assem^ 
<c blëes, approuve et publie leurs décisions ^ 
« comme l'avaient fait G)nstantin et Charle- 
« magne ; et si cette suprématie avait échappé 
f< aux Empereurs, c'est qu'ils avaient faif la 
« faute de laisser résider loin d'eux lès chefs 
^ « spiirituels, qui ont profité de la faiblesse des 
«c Princes, ou de la crise des événemens, pour 
«c s'en affranchir 9 et les soumettre à leur tour. 
« Mais, reprenait l'Empereur, pour en arri-^ 
« ver là, j'avais dû manoeuvrer avec beaucoup 
« d'adresse, déguiser surtout ma véritable pen- 
^ sée , et donner tout-à-fait le changea l'opi- 
» nion; présenter à la pâture publique des 
« petitesses vulgaires ^ afin de lui mieux dérober 
« l'importance et la profondeur du but secret. 
« Aussi était-*ce avec une espèce de satisfaction 
tt que je me voyais accusé de barbarie envers le 
•t Pape /de tyrannie en matière religieuse. Les 
tt étrangers surtout me servaient à mon gré, en 
« remplissant leurs mauvais libelles de ma mes- 
« quine ambition, qui, selon eux , avait e« be- 
« soiu de dévorer le misérable patrimoine dm 



fAofti i8itf} DE SAINTE-HÉLÈNE. m 

« Saint Pierre, etc., etc. Mais je sayab Lie» 
« qu'au résultat oti me teriendrait ira dedans , 
« et qu'au dehors cm ne serait plus à mteie d'jr 
ic remédier. Qtie n'^ùtHin pas fait pour le pré- 
« yenir y si ou Te&t derinë à temps^ car qn^ 
et empire dësormaîs sur touà les pays catholi-* 
ce ques , et quelle influence sur Ceux même qui , 
t ne le sont pas, à l'aide des membres de cette 
u religion qui s'y trouvent répandus , etc,, eto; 
L'Empereur disait que cet affranchissement 
de la cour de Rome ^ cette réunion légale, la di- 
rection religieuse dans la main du Souverain ; 
avait été long-temps et toujouTS l'objet de ses 
méditations et dé ses vœux- « L'Angleterre, la 
ic Russie 5 les couronnes du Nord^ une partie 
ce de l'Allemagne la possèdent, disait-il j Venise, 
« Naples en avaient joui : on ne saurait gou* 
« verner Sans elle j autrement une nation est 
Il à chaque instant blessée dans son repos, sa 
« dignité , son indépendance. Mais c'était foi^t 
«c difficile, ajoutait-il ; > chaque tentative j'en 
« voyais le danger* Je pouvais juger qu'ui» 
« fois embarqué , la nation m'eût abando»Be\ 
fc J'ai plus d'une fois sondé l'opinion, essayé 
«c de la provoquer j mais en yain^, et j'ai pu me 



n2 MÉMORIAL (Août \m) 

m convaincre que je n'eusse jamais eu la coope-. 
^ ration nationale. » Et ceci m'a explique une 
sortie dont j'avais e'te' témoin. 

L'Empereur, à une de ses grandes audiences 
du dimanche, la réunion extrêmement nom- 
breuse, apercevant Tarchevêque de Tours ( de 
Barrai), lui dit d'une voix très-eleve'e : «Eh 
« bien ! M. Tarchevêque , coioment vont nos 
« affaires avec le Pape ? — Sire , la deputation 
«c de vos Evêques va se mettre en route pour 
m Savonne.-— Eh bien! tâchez de faire entendre 
€< raison au Pape, rendez-le sage, aùtremeûf il 
« n'a qu'à perdre avec nous. Dites-lui bien qu'il 
ce n'est plus au temps des Grégoire, et que je 
m ne suis pas un débonnaire « Il a l'exemple de 
« Henri VIII î sans avoir sa méchanceté, j'ai 
«plus de force et de puissance que lui. Qu'il 
« sache bien que quelque parti que je prenne , 
« j'ai 600 mille Français en armes , même un 
« million qui, dans tous les cas, marcheront avec 
« moi, pour moi et comme moi; les paysans, 
« les ouvriers ne connaissent que moi,' ils me 
« portent une confiance aveugle. La partie sage, 
« éclairée de la classe intermédiaire^ ceux qui 
« soignent leurs intérêts et recherchant la trant 



(Ao6t|»i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. UZ 

« quillite me suivront; il ne restera donc plus 
o pour lui que la classe bourdonnante qui , au 
« bout de huit jours , L'aura oublié pour coin* 
« mërer sur de nouveaux objets. » Et comme 
l'Archevêque, fort embarrassé de sa contenance, 
voulait balbutier quelques paroles. — « Vous 
« êtes en dehors de tout ceci, M. l'Archevêque, 
« reprit l'Empereur d'une voix toute radoucie ; 
« je partage vos doctrines, j'honore yotre piété, 
ce je respecte votre caractère. » 

L'Empereur, je le comprends bien aujour-: 
d'hui, n*avait jeté, sans doute, tout cela en 
avant, que pour que nous le fissions fructifier 
au dehors; mais il se méprenait bien sur nos* 
dispositions, celles du palais, du moins. Une 
portion, la. moins réfléchie , n'iuésitait pas dans 
ces occasions à le blâmer tott bonnement et 
hautement ; l'autre portion , la mieux inten- 
tionnée , se donnait bien de garde d'en divul- 
guer un seul mot , da^s la crainte de lui faire 
tort dans l'opinion; car tel était en général 
notre trarers d'esprit , notre manière singulière 
de juger, d'interpréter l'Empereur, bien que, 
sans malveillance y mais seulement par légèreté, 
par inconséquence ou par mode , qu'au lieu de 



ikU MÉMORIAL (Ao6ftf8i6) 

chercher à le rendre populaire , nots sommes 
peut-être ceux qui lui ayous fait le plus de 
mal. Je me souviens très-lâen que, prëcisëment 
pour ce fameux Concordat de Fo&tainébleaiu , 
le matin qu'il parut inopinément dans le Moni^ 
teur » on se disait confidentiellement dans les 
salons de Saint-Cloud^ que rien n'ëtait moins 
trai que cette pièce, qu'elle était fausse et 
cbntrouvée ; d'autres disaient à Toreille ^ que 
le fond en était vrai, sans doute ; mais qu'il 
avait été arraché au Pape , par la frayeur que 
lui avaient causée là colère de l'Empereur et sa 
violenee. Si bieb que je ne serais pas étonné 
que cet heureux épisode, si dTamatiqûe,deN)si« 
poléon à Fontainebleau 9 traînant le père des 
fidèles par ms chepeux blancs^ ne fût pas 
sorti préciséménV de rimâgination du prosateur 
poétique; mais qu'il TeÂt en effet recueilli de 
la bouche des courtisans, dés serviteurs mêmes 
de l'Empereur } et pourtant voilà comme on 
écrit l'histoire î 



\ 



{Aoàii8i6) BE SAINTE-HELENE. 8Jè6 

Dimanche i8* 

Gonvérsatioa ybre ayed le Gouyernear; ea tiers atec 
l'Amiral. 

Le temps > toute la nuit* et le jour, a été des 
plus affreux. Sàr4es trois heures, TËmpereut 
est sorti, profitant d'un eclairci j il est entrd chei 
moi) nous sommes passés chei^ le général Gour*^ 
gaud, qu^ était malade, et de-là chez madame 
de Montholon, quia suivi dans le jardin. L'Ëm-* 
pereur était d'une extrême gaité, la conversa- 
tion s'en ressentait; il a entrepris d'amener 
madame de Montholon à faire sa confusion go- 
uérale^ insistant surtout sur le point de départ: 
« Allons, disait-il,. parlez sans crainte, que le 
« voisin ici ne vous gêne pas, ne voyez en lui 
<( que le confesseur, 'nous n'en : saurons rien le 
« quart d'heure d'après , eti^^ etc. 

Et vraiment, je crois qu'il allait persuader, 
quand malheureusement le Gouverneur est 
venu interrompre de si heureuses dispositions . 
il a paru et l'Empereur a gagné brusquement 
le fond du bois , pour ne pas le recevoir. Mon- 
sieur de Montholon nous a rejoints peu d'ins- 
tans après , pour faire connaître à l'Empereur 
que le Gouverneur et l'Amiral demandaient 
5. 22 



3«6 MÉMORIAL (Aoftt 1816) 

instamment riiouiieui: de lui parler : il a cru 
à qudique cQmmmiksalÂon de- kur part , il ert 
revenu dans le jardin , où il les a reçus. 

Noii« posâmes demeurés en arrière avec les 
officîer« du Gouverneur. Bîautot la oouv«rsa« 
tiou a été vive de la part de l'Empereur ^ qui 
se promenant entre le Gouverneur et l'A- 
mirsd, «l'adressait guère la parole qti'â celai- 
ci, même eu parlant de IWtre. Nous deaijeu* 
rions à une, assez grande distance pour, ne 
rien entendre distinctemeat; mais }'ai su {dus 
tard qu'il lui a répété de nouveau, et avec 
plus de îorcG et de chaleur peiut-être^ tout 
ce qu'il lui avait déjà dit dans^ les.cxmver-i 
sations précédentes* 

Sur les bonnes interprétations que l'A^ 
mirai, qui jouait le rôle de médiateur, s'ef- 
forçait de domner aux intentions du Gouver- 
neur, l'Empereur a dit : <c Les fautes de 
« M. Lowe viennent de i»es habitudes dans 
A la vie. Il iÊk% jamais commandé que des 
« déserteurs étrangers, des Piémontaîs, des 
« Corses, des Siciliens , et tous renégats traî- 
» très 4 l0u¥ ^patrie; la li«, Técmne de l'Eu- 
« rope. S'il eut cominaHdé des h<MwnFres , ées 



(Aoàt i«id) DE SAIN115-HÉLÈNE. 3»t 

« Anglais, s'il l'était lui-siéitie, il aurait des 
K i^rds pour iseuSL qu'on dort honorer. » 
Dans un autre moment l'Empereur a dit 
qu'il 4tait un courage moral aussi nécessaire 
que le couine du champ de bataille; que 
M. Lowe fte l'avait pas ici vis*-à*vis de nous, 
^n t^e rivant que notre ëyasion, plutôt ^e 
d'employer pour l^mpê^^er ie$ seuls moyens 
Trais, sages, raisonnables , fiK)ids. L'Empereur 
lui a dit aussi ^que du reste son corps était ent^e 
les mains des metbans; mais. que scm ame de- 
meurait aussi Bère, aussi ind^'p'endatite qu^à la 
tête de ^OOmilie hommes ou sur le U'ôae, quand 
il faisait des Rois. 

A l'article des réductions de nos dépenses et 
de l'argent qii'<m demandait a l'Empereur; il a 
répondu : « Tous ces d^àils me sont trcp 
« pénibles, ils sont ignobles. Vous me mettriez 
« sur les charbons ardens de MoÉttkezuma ou 
« de Guatimozin , que tous ne tireriez pas de 
« moi l'or que je n'ai pas. lyailleui* quî vous 
«demande quelque chose ? Qui tots prie de 
« me nourrir? Quand tous diiscontinuer» tos 
« proTisions,si j'ai faim , ces bmves ^soldats que 
ce Toilà, en monti^ant de la «laift Je camp du 



SM8 . MEMORIAL ( Août i&|6) 

« 5S^^ prendront pitië de moi ; j'irai m- asseoir à 
« la table de leurs grenadiers ^ et ils ne repous- 
« seront pas, j'en suis sûr, le premier, le plus 
« viejii soldat de l'Europe., xi L'En^pereur ayant 
reproche' au Gouverneur d'avoir garde quelques 
ouvrages qui lui étaient adresses, il a repondu 
que c'était parce que l'adresse pqrtait la quali- 
fication d^ Empereur. « Et qui vous a donné le 
« droit, a répliqué vivement l'Empereur, de 
« me disputer ce titre ? Dans peu d'aimées votre 
«( lord Gastelreagh , votre lord Bathurst et tous 
« les autres-, vous qui me parle;^, vous serez 
« ensevelis dans la poussière de l'oubli, ou si 
c on connaît vos noms ^ ce sera par les indi- 
'« gnités que vous aurez exercées contre moi^ 
.fc tandis que l'empereur Napoléon demeurera 
c toujours sans doute le sujets l'ornement de 
c« l'histoire et l'étoile des peuples civilisés. 
« Vos libelles ne peuvent rien contre moi; 
c vous y avez dépensé des millions, qu'pnt-ils 
c pfroduit ? La vérité perce les nuages , elle 
c brille comme lei soleil j comme lui elle est. 
« impérissable \ ^ 

L'Empereur convenait, dans cette conversa-- 
ûoU| avoir fort n^altraité et souvent sir Hudsou 



lAoAi ,8i6) DE SAINTE^HÉLENE, U9 

iMwe', et il lui rendait la justice d'avouct 
eucore que sir Hudsou LoWe neluiaraît jamais 
précisément manqué} il s^ëtait contenté de tnar- 
moter souvent) entre ses dents i des choses qu'il 
n'avait pas laissé entendis. Une fois il a dit 
qu'il avait demandé son rappel, et l'Empereur 
hii a repondu que c'était la parole la plus 
agréable qu'il pût lui faire entendre. H a dit 
encore, que nous flétrissions son caractère eh 
< Europe} mais que cela lui était égal, etc. ^ etc. 
Le seul manquement peut-être du Gouverneur , 
disait l'Empereur, et qui serait léger auprès de 
tout ce qu'il avait reçu , avait été de se retirer 
l>rusquement , quand l'Amiral ne s'éloignait 
qu'avec lenteur et avec de nombreuses saluta- 
tions. « L'Amiral était précisément là ,me disait 
ce gaiement l'Empereur, le marquis de Gallo 
« lors de ma rupture de Passeriano , etc. , etc. » 
Allusion à un des chapitres de la campagne 
d'Italie qu'il m'avait dicté. 

Au surplus, l'Empereur disait qu'après tout , 
il se reprochait cette scène. « Je.ne dois plus 
« recevoir cet officier : il fait que je m'emporte; 
ce c'esf au-dessous de ûia dignité; il m'échappe, 
« vis-à-vis de lui , des paroles qui eussent été 



350^. MÉViORIAL frA<Atii*^n 

« in^pardonnSNblds aux TmUriô^ ; si elles pea- 
m vent «yoirutie excuse ici ^ c'est de me trou- 
« verentrese&ioams^tstms son pouvoir • ^ 

Api?ès>l64în^r^l'Empei*eiur a fait lire une lettre- 
en réponse au Gôuvetneur, qui ajvs^it envoyé- 
officiellen^nt Iç traita' du 2 aoùt^ par leqtLel 
les spuyeràins allîe'a stip^ulaient TempTiscMane- 
ratent dp Napoléon, Sir Hudson Ld\^e deman- 
dait^, par la même occasion, à intrpduire les» 
commissaires e'traingers à Longwood. L'Empe- 
reur avait didte cette lettre , dans la joume'e, à[ 
monsieur de Montholoii^ il a voulu que chacun 
de nous proposât ses^ ol)jectiQ9î3 et donnât son 
avis. Elle nous a semblé un chef-d'œuvre d^ 
dignité, de force êSk de logique. On ht trouvera 
^lusbasjors de sOn envoi, ou bien: eiicwe aui 
pièces officielles. 

Lundi 19^ 

Retoar sar la conyersatiini avec le GotiTerncur , etc.— 
Efl^t dea libeillés star Napoléon. — Traité, de Pontai- 
iiebItaa.-^:Oavrage da général S-— ^-4i. 

Le temps a continué d'être aussi affreux que 
nous l'eussions jamais vu. Depuis 3 ou 4 jours^ 



<Aoûi4«i(^) DE SAINTE-HÉLÈNE. 364 

c'est un de nos vëritablos ôuragani^ d'équinoxe 
en Europe. L'Empereur l'a bravé pour efttrer 
sur les ^0 heures che^'moi : en sort^inf il s'esj; 
accroche la jambe à UA clou près de la porte; 
son bas a ëte déchiré psqu'à mi-japibe; heu- 
reus«anentla peau m'a été qu'affleurée. Il &'est 
vu forcé dfi rentrer pour changer^ « Yo»* me 
« devez, une paire de bas, me. disait-tiLpeooda^^ 
tt le temps que son valet de chambre lui tsxi 
« mettait une autre ; un honnête homme ne pxé^ 
ce sente point de pareils dangers dan$ ses appar- 
ie temens. Vous êtes logé trop em mrin : il est 
« vrai que ce n'est pas tout à fait votre faute. 
« Je me eroyais indifférent sur ce poin:t> mais 
« morbleu vous me surpassez*"-*^ Sire , disais-je , 
ce mon mérite n'est pas gi'and, on ne me laissa 
« pas de choix. Je suis vraiment im cochon dans 
u sa fange, je dois l'avouer.} mads, comme dit" 
» Votre Majesté^ ce n'est pas tout à fait ma 
a faute. » 

Nous avons gagné le jardin à la* faveur d'ua 
éclairci. L'Empereur revenait sur la converss^- 
tion qu'il avait eue la veille ^ dans ce même 
endroit, avec le Gouverneur et en présence de 
l'Amiral; se reprochait de nouveau la violence 



352 MÉMORIAL (AoAt 1816) 

de ses expressions. « Il eût e'te plus digne de 
19. moii disait-il» plus beau , plus grand, d'expri- 
:« mer toutes ces choses de sang froid ^ elles n'en 
V eussent eu d'ailleurs que plus de force. » Il lui 
revenait surtout une qualification qu'il avait 
laisse échapper contre H. Lowe (^scribe éCétat^ 
major,) y qui avait dû le choquer , d'autant plus 
qu'elle rendait une ve'ritë, et Ton sait qu'elle 
offense toujours. « 5e l'ai bien ëprouvd moi* 
^ même i Tile d'Elbe, continuait l'Empereur. 
'« Quand je me suis mis à parcourir les libelles 
« les plus infâmes, ils ne me faisaient rien, 
« mais rien du tout. Quand on m'apprenait, ou 
«que je lisais,' que ]^diyÊA étranglé , empoir 
ce sonné y vidé, que j'avais fait massacrer mes 
•c malades, que ma voiture avait roulé sur mes 
« blesses, j'en riais de pitié'. Combien de fois 
« n'ai-je pa3 dit alors à Madame : Accourez , ma 
* mère, voici le sauvage^ Vhomme tigr/s y le 
tt déi>oreur du genre humain } venez admirer 
« le fruit de vos entrailles. Mais sitôt qu'on 
fi approchait un peu de la vérité, il n'en était 
« plus de même , je sentais*^ le besoin de me 
« défendre, "accumulais les raisons pour me 
ce justifier, et encore n'était-ce jamais sans qu'il 



<Aoôt i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. S53 

« restât quelques traces d'une peine secrète. Mon 
ce cher , voilà Thomme ! » 

Delà l'Empereur est revenu sur sa protesta- 
tion contre le traite du 2 Août, qui nous avait 
e'te' lue hrer après dîner. J'ai osé lui demander 
si 7 mettant en avant la reconnaissance de son 
titre d'Empereur par les Anglais , lors de leurs 
négociations à Paris et à ChAtillon , il n'avait 
pas oublie de mentionner celle qu'ils avaient 
dû faire au traité de Fontainebleau , et qui me 
paraissait omise. « C'est à dessein, a-t-il dit 
<« vivement j je ne veux point de ce traité, je le 
« renie; je suis loin de m'en vanter, j'en rougis 
« plutôt. On l'a discuté pour moi. N.. , qui me 
« l'apporta, me trahissait. Cette époque appar- 
« tient à mon histoire, mais à mon histoire en 
« grand. Si j'eusse voulu traiter alors sensé- 
es ment, j'aurais obtenu le royaume d'Italie, 
« la Toscane ou la Corse, etc., etc., tout ce que 
« j'aurais voulu. Ma décision fut une faute de 
« mon caractère, une boutade de ma part, un 
« véritable excès de tempérament. Je pris du 
« dégoût et du mépris pour tout ce qui m'en- 
« tourait; j'en pris pour la fortune, que je me 
*f plus à braver. Je jetai les yeux sur un coin 



Hn . MEMORIAL (iUfttiais) 

« de terre où je pusse être mal, et profiter des 
« fautes que l'on ferait. Je me décidai pour 
K rUe d'Elbe. Cet acte fut celui d'une ame de 
a rocher* Mou cher y je suis d'un caractère 
« bien singulier, sans doute, mais onine serait 
fl( point extraordinaire ,, si Von n'était d'une 
« trempe à part : je suis une parcelle de rocher 
ce lancée dans l'espace I Vous me croirez peut- 
« être difficilement j mais je ne regr^^tte point 
V, mes grandeurs : vous me voyez faiblement 
« sensible à ce (jue j'ai perdu. — Et pourquoi 
« ne TOUS croirais-je pas, Sire, répondais-je, que 
« regretteriez-vous ?.... La vie de l'homme n'est 
« qu'un atome dans la durée de l'histoire. Or, 
a cliez Votre Majesté, l'une est déjà si pleine, 
» que vous ne devez plus guère prendre d'inté- 
«f rêt qu'à l'autre : s'il en coûte ici à votre corps, 
« votre mémoire y gagne au centuple : si 
ce vovs eussiez dû finir au sein d'une prospérité 
« non interrompue, que de grandes, et belles 
« choses eussent passées ignorées! Votre Majesté 
« me Ta déjà dit elle-même , et je suis demeuré 
« frappé d'une telle vérité. Il n'est pas de jour, 
ce en effet, que ceux qui furent vos ennemis 
« ne répètent avec nous, qui sommes vos fidèles, 



(JMiL iW) DE SAINTE-HELENE. »55 

9 que voos êtes bien certainement pliis grand 
• ici tpkûwi Tuileiîes, Et^même sur ce roc , où 
^ vottt ont déporte la violeiicè et la mauvaise 
^ foi ^ n'y comwandexi-TOus pas encore ? Vos 
m goc^ei^/YOS maifrès »ont à vos pieds; rotre 
ft ame soumet tout ce qui l'approche : votes yous 
« montres ici ce que l'histoire dit de Saint«* 
tt Louis ^us leâ chaîlies des Sarrazins : le vrai 
« maure de ses vwufueursi. Votre irrésistible 
« ascendant vous accompa^e ici. Nous le peii<» 
« sona tous autour devons, Siré^ lé commissaire 
41 russe le disait l'autre jour, nous s^ssure-t-on, 
(V et ceux qui vous gardent Teprouyent»., Que 
« regretterie»-vous? ctc, etap^ 

En rentrant, r£mpereur a demanda son dë^ 
jeûner sous la tente, en dépit de l'ouragan , et 
mr'a garde'. L'eau ne perçait pas; nous en étions 
quitte pour une forte humidité, mais les rafales 
de pluie et de vent tourbillonnaient autour de 
nous> et se précipitaient, au loin devant nous, 
vers le fond des vallées; ce spectacle n'était pas 
sans quelque beauté. 

L'Empereur s'est retiré vers les deux heures ; 
il m^a fait revenir à quelque temps de là dans 
son cabinet. « Je viens de Uye le général S~n>, 



356 MÉMORIAL (Aoâti«i6) 

• disait-il , en posant le liyre : C^est un fou/ un 
« ecervelë, il dit defc bêtises. Après tout, ce- 
« pendant , il se laisse lire, il amuse j il coupe , 
«c tranche , juge et prononce sur les hommes et 
c sur les choses. IL n'hésite point à^ donner 
a maints conseils à Wellbgton, et dit qtiHl eût 
« dû faire quelques campagnes sousKléber, etc. 
« Il fait de Souit le premier général du monde. 
« Kléber était sans doute un grand général j 
te mais dans Scmlt, ce n'est pas précisément la 
« partie la plus forte j il est bien plus encore un 
<t excellent ordonnateur, un bon ministre de 
« la guerre, 

« Ce S — n, a-t-il continué , a déserté du 
« camp de Boulogne , portant tous mes secrets 
« aux Anglais, cela pouvait avoir des suites 
«fort graves. S— n était général, son acte 
« fut hideux , irrémissible. Mais pourtant re- 
« gardez comme en révolution un homme peut 
t< élre mauvais sujet , dévergondé , éhonté. 
ce Je l'ai trouvé à mon retour de l'ile d'Elbe, il 
« m'attendait de pied ferme j il m'écrivait une 
« longue lettre dans laquelle il pactisait avec 
«moi. Les Anglais étaient des misérables, 
.i« écrivait-il, il avait <îté long-temps au milieu 



(Ao6i i8i6) DE SAINTErHÉLÈNE. 357 

« d'eux, il en avait été maltraite, il connais- 
« sait leurs ressources » leurs moyens ; A allait 
» iji'être fort titile. Il savait que j'étais trop 
« magnanime, trop grand pour me souvenir 
« encore des torts qu'il av,ait pu avoir , etc. 
(c Je le fis arrêter; et» comme il avait été déjà 
« juge et condamne, je suis encore à savoir pour- 
« quoi on ne Ta pas fusillé y il faut qu'on n'en 
« ait pas eu le temps, ou qu'il ai^; été oublié; 
« c'était un châtiment que réclamait la patrie : 
M il ne saurait y avoir ni transaction , ni indul-- 
« gence pour le général qui a l'infamie de se 
« prostituer à l'étranger, » ^ 

Le Grand-Maréchal est arrivé, l'Empereur 
après avoir continué la conversation quelque 
temps, l'a emmené jouer aux échecs. Il souf- 
frait beaucoup du mauvais temps. 

Après dîner ^ il nous a lu le Tartufe } mais il 
n'a pu Tachcver, il se sentait trop fatigué : il 
a posé le livre» et après le juste tribut d'éloges 
donné à Molière , il a terminé d'une manière à 
laquelle nous ne nous attendions pas. « Certai- 
cc nement, a-t41 dit, l'ensemble du Tartufe 
« est de main de maître , c'est un des chefs- 
a d'œuvre d'un homme inimitable. Toutefois 



858 MÉMORIAL (A«ftti«i«) 

« cette pi«ce porte uii tel ca'factère , que je né 
« suis nuUanent étonne que son apparition 
ic ait e'te' l'objet de fortes négociations à Ver- 
« sailles , ^ éie beanconp d'hésitation dan« 
ce Louis XIV. Si j'ai le droit de m' étonner dé 
le quelque chose , c'est qu'il l'ait laisse joner J 
« elle présente, à mon avis, la dévotion sous des 
« couleurs si odieuses; une certaine scène offre 
«c une situation si décisive^ é. complètement 
<c indécente, que , pour mon propre coâipte, je 
« n'hésite pas à dire que , si la pièce eût «té 
« faite de mon temps , je n'^i aurais pas permis 
« la représentation. 

Mardi 20. 

La baronne S»....., etc* 

Sur les A heures , j'ai été joindre TËmperenr, 
par tes ordnes, dans la salle du billard. Le temps 
était toujdars aussi affreux ; il ne lui avait pas 
permis, disait41^ démettre le pied dehors, et 
pouJi^int il ^'était vu chassé de la chambre et 
du salon par la fumée. Il m'a trouvé, disait-il, 
la figure toute renversée : c'était de rindi^oa* 
tion la pl«s vive, et il a voulu en connaître la 
cause* 



(AoAt i«i6) DE SAINTE-HÉLÉNE. 359 

« Il y a deux ou frois ans , ai^jc dit , qu'un 
k commis au bureau de la guerre , très-brave* 
« homme, pour ce que fen connais, venait 
ic chez moi donner des leçons d'écriture et de 
ce latin à mon fils. Il avait une fiHe dont il comp- 
<« tait faifte une gouvernante , et nous priait de 
« la recommander, si nous en trouvions l'occa- 
tt sion. M*** de Las Cases se la fit amener : elle 
« -était charmante , et de l'ensemble le plus 
•t séduisant. A compter de tel instant , M"** de 
K Las Cases l'invitait parfois chez elle , cherchant 
ce à lui faire faire quelques connaissances dans 
« le monde , qui puisent lui être utiles. Or, 
fc voilà que cette jeune personne, notre con- 
« naissance , notre amie , notre obligée, se trouve 
« être précisément aujourd'hui la baronne 
« d!^ £....«., la femme d'un des commissaires des 
« puissances près. de Votre Majesté, arrivés 
« da«s Tile il y a près d'un mois. 

« <Jue Votre Majesté juge de mon étonnement 
« et de toute ma joie, à cette précieuse bizar- 
« rerie du hasard î Je vais donc, me dîsais*je, 
« en dépit de tant d'obstacles, avoir des nou- 
ée velles positives, détaillées, secrètes même de 
« tout ce qui m'intéresse. J'ai vu passer 8 ou. 



360 MÉMORIAL (Ao&ti«i6) 

tt 10 jours de silence sans inquiétude , même 
•« pas sans quelque contentement. Car , pçnsais- 
« je, plus on met de circonspection, plus on 
« doit avoir à me dire. Enfin, il y a trois ou 
a quatre Jours , qu'entraîne' par mon impa- 
« tience , j'ai dépêche' mon domestique vers 

« M"* de S ; je l'avais bien style', et son 

a titre d'habitant de l'île lui facilitait l'accès, 
a et sans nul inconvénient. Il m'est revenu tout 
« à l'heure, M"* S...... ayant re'pondu qu'elle 

« ne savait ce dont on voulait lui parler. A toute 
« rigueur je pouvais croire encore que c'e- 
« tait un excès de prudence y et qu'elle n'avait 
«c pas voulu s'en fier à un inconnu. Mais voilà 
« qu'aujourd'hui je reçois du Gouverneur 
« l'avertissement de ne point chercher à lier 
« aucun rapport ^écret dans l'île , que je dois 
« savoir à quoi je m'exposerais , que la tentative 
« qu'il me reproche n'est point douteuse , car 
€< il l'a tient de la source même à laquelle je me 
« suis adresse'. Vôtre Majesté' voit à présent ce 
« qui m'a bouleverse'. Trouver une si vilaine 
« de'lation où je devais supposer de Finte'rêt, 
4c de la reconnaissance même , m'a indigne' au 
« dernier degré j j'en suis hors de moi. » 



tAiAt i8iB) DE SAINTE-HÊLÈNË. 364 

L'Eippereur m'a ri au ne^ : « Que vous coit^ 
u naissez peu le cœut humaiù , m'a-t-il dit ! 
« quoi I sott |jère a été précepteur de votre fils; 
tt ou quelque chose de semblable; votre femme 
« Ta protëgee dans sa nullité, et elle est devenue 
•c baronne allemande! Mais^ moil cher^ vous 
« êtes celui qu'elle redoute le plus ici , qui là 
«t gênez davantage ; elle n'aura pas raéoie vu votre 
« femme à Paris; et puis encore ce méchant sir 
tt Hudson I^owe se sera plu peut-être à donner 
tt à la chose une tournure odieuse : il est si astu"- 
« cieux^ si méchant !«.. » Et il a recommencé à 
se moquer de moi et de ma colère. 

Après dîner 9 l'Empereur a continué le Tar<^ 
tu fe, qu'il n'avait pu achever hier , et cela a 
été encore assez pour aujourd'hui. L'Empereur 
était accablé; le mauvais temps prend visible-* 
ment sur lui< 

Mercredi 21. 

Corfisard^ eto* — Anecdotes dessalons dç Paoîë* • 

Le temps toujours aussi affreux ; l'humidité 
est au dernier point dans nos chambres 9 la pluie 
'^ y pénètre de toute part. 

Le secrétaire du Gouverneur m'a apporté 
5. 23 



3fl9 ' BfétfORIAL (A9^i»^f} 

una lettré d'Europe^ elle m'^ proçiun^ quelques 
i^tatis cU vrai jboolieur} elledi'appçrtàit les 
sjouvenin^ el les vœux de mes anus les plus 
chers. J'ai ete h, lire à l'Empereur. 

L'Empereur souffrait beaucoup de ce mau- 
vais temps. Il agieiguë squ saloa vers les quatre 
heures) il croyait avoir eju de la fièyiie, il se 
trouvait abattu , il a demandé du punch , et a fait 
quelque parties d'échecs avec le Grand-Maré- 
chal. Le docteur e$t venu de la ville. Les deux 
hÀtûnens arrivés venaient du Gap; l'un d'eux 
était lePodargus, parti d'Europe 40 jours avant 
le Griffon ) l'autre était une petite frégate ve- 
nai^l dé l'Inde et retournant en Europe. Il y 
avait, nous a-t-on dit, une lettre pour V Empe- 
reur Napoléons mais elle n'a pas été remise , et 
nous ignorons ce que ce pouvait être. 

Après dîner, on a dit que les médicamens 
étaient épuisés dans l'île, et Ton observaif que 
l'Empereur ne serait pas accusé d'y avoir con- 
tribue. Gek Ta conduit à dire qu'il ne se rap- 
pelait pas d'avoir jamais pris une médecine aux 
Tuilerie^ ayant eu jusqu'à trois vésicatoires à la 
fois, il les avait supprimés sans vouloir prendre 
de médecine. Il avait eu à Toulon une blessure 



( AqIi liaC) DE SAINT&HÉUlNe. 363 

gmne , oomme celle d'^Ul^rsiè, disait- il ; celle à 

laqueUesa yieille nourrice l'aVait recoBnur, il ea^ 

srtraîl i^éri, tout en iacliappaftt de même aax m£* 

^ioamcaaus. L'un de nous s'iest pennis de lui de^ > 

i|umdeff : V Si Yotre Majesté avait la dyssentene* 

« dessein ^ ae refi^^emitrelle eneore aux mëdi-> 

« camens.r^A pèsent que je mê pointe bien , je* 

ic i^pondsr oui sansi hésiter^ disait l%nperenr;' 

•c sfiai$.si Je devenais biesi.nialade, peut-4tr6> 

« changorab'je » çt ce serait aloorf .en mot la cop-*' 

u version qu'amène la pear da dialiie jdan» 

«c rbomme qui va mourir. » fit alors il ^épé^ 

t;^it son incrédulité i la médecine^ mais il n^$» 

était pas ainsi , observait-il «. de |a cbi|rurg}ej il^ 

avait, disait il^ commence trois: fpis dw cow*sr 

d'anatomie : les a{laires«t le ddgoét les ai^ietit 

toujours interrompis, m Daiis< une certaine oc-^' 

« casion, disait-il^ et à la mite d'/une.longiie 

m discussion, Gorviisard , désirenxde jne parler 

ff pièce en main, eut ràbominallon,lasoâ^a*« 

9 tesse, dem'apporter à Saint-fGlo|id, dans spn 

Y mouchoir de p<»cke , un estomac, et cette bor-> 

9 .rîble vue me fit rendre â UiMant méme:toul 

<f ce que j'avais dans le mien. » 

L'Empereur après le diner, a essaya d'une 



comédie; mais il ëtait si fatigué, si soufifi^anf 
' qu'il a été contraint d'interrompre et de se 
retiverarant neuf heures : il m'a fait le suivre; 
et comme il né se sentait auctme envie de dormir , 
« Allons, mon cher, m'a - 1 - il dit, voyons; 
« un conte sur votre faubourg Saint*ûermain : 
u comme dans les Mille. et une Nuits, essayons 
« de rire.--«£h bien I Sire : il était autrefois un 
« chambellan de Votre Majesté ^ qui avait un 
« grand-oncle, bien vieux, bien vieux. .. », et je me 
ft sduvieiis que Votre Majeté nous a raconté 
« rhistbire d'un gros offîcier allemand, qui, 
m prisonnier au début de la campagne d'Italie , 
9. se plaignait qu'on eut envoyé pous les com- 
« battre un jeune étonmeau qui détruisait le 
n métier et le rendait insupportable. Or , nous 
• avions parmi nous précisément son pareil : 
« e'était le vieux grand^oncle, encore presque 
« avec le costume de Louis XIV. Il donnait la 
m comédie toutes les fois fpie vous nous faisiez 
« parvenir quelques merveilles d'au-* delà du 
m Rhin; vos bulletins d'Ulm et dléna étaient 
« pour lui autant de révolution de bile. Il était 
i loin de vous admirer; vous gâtiez là , aussi le 
« métier; U avait fait, répétait-il souvent^ les 



{Jteftittt^) DE SABVTË-HIÎLÈNE. 866 

« eainpagnes du maréchal de Saxe, et vèilà; 
« disaii-il>qm étaient irrsdinent des |>ro<iigës de 
« guerre, et qu*6n n-àtaitpsfTàssez apprécies; 
«Alors là guen*e ^tait saiiS- cioute'^ii art; maïs 
^ aujourd'hui, obâérvait-il en Èàusààiît ks e'paii- 
« les I !!..•• De noCte temps nou^ là faisiotis en 
« toute debencef; nbusr avioiîs àôs inuléf^, nous 
^ étions suivis dé nos catitittes ^ nous aTiôns 
< « notre^ tente , nous faisioiMs ^]>oniie chère , nous 
. ft. a^ioni» knètnë la <:omédie a& itjuaitler-genëral ; 
<c les àraie'esVapprochàîent ion prenait de belles 
«c :positi<ms,)ôn donnait ime bataiîte, quelque- 
içlfois on faisait uii si^ôy et fàiis on prenait'ses 
•4Ç quartiers d^hirer pour reGonLmëlu:er au prîn^ 
« ^emps. Voilà ce qui s'appelle , disaît^l avec 
m satisfaction, faire la -pierre: Mats aujoiii^ 
« d'àui une ixmée toùtsé entière disparaît devant 
« une .fi^itee dat)s Ane seale hataillèf^ etune mo- 
4c oiai^Iiie est renversée; on parcourt cent liéùes 
<c de pays en dix jours; dort qui peut, mdnge 
« qui en4roiive«Mafoi,si vous appelez icelâ du 
*« géni« , môi'jè imis fotcé : alors d'avou^iBc^ je 
^ n'y ènfténds plufc rien; aussi: vous] nïe :(bS^s 
jr pt^é.quand je.vous v^iâ le: preioid're ipouncuà 
u graiid^JbQiBipie. ^ L'Ëmpèreur riait aux ^edats^ 



366 BféMORIAL {âo&tme) 

mrtçut des cantinen Qt des Aiuleto. Puis il 
ajoatait : « Vous difeies done bien dds betiisMSs à 
« mon sujet ?^-^phI oui, Çife^ej; çb grande 
« abondance* -^ Eh bien! l^ovts somiliies slsuls; 
« il n'y a pa$,d^intrus ici) dites^ onCdre* -^ JEU 
.(c. bieni Sire , ujobjour dans idie so6iéte tlloiâief 
,v eutr^im jBoaUf biisiii content de hâi imâm 
:« capitaine de <;ayalerie^ ne dbutànfc de rifciii «-«• 
« J'arrire^ nous dit-il, delà plaine des SaUons, 
<t je viens de yoir «lanideiUyrer Aotrg Osarogoth. 
n -^C'tftait Votre JMaîesté^ Sire. !!l<»«IIaTait deux 
.« ou trois f dgi9iehs,i|ii'ii a culbutes les uns sur 
ic le&atttrea» et k tout a etë se |ierdre dans des 
M buissons, l'aurais yovlu avec SO matti^es ( csh 
« raliècK diins lé temps passtf ) iseulement, le 
•m faire prisbiinier lui et ions lés sienâ. Reputa^^ 
« tioi lisnrpee ! rét^ëtait-il* Aussi Moreau n'a 
-m eesse de dite ^ué c'était à rAIlemftgne (pi'il 
fE l'attendait. On parle de guerre avec l' Autri** 
« obe-ysi elle a lieu nous verrons comment il 
f( s'en tirera* On nous en fera justice, j» 

«fï^iguerrà eut lieu^ et Votre Mâjesteen très^ 
«Ipeù de jours^ nous envor^a le buUetiù: d'Ulm , 
éicekai d'Aiitijer^tatetCv, notre mpiisieut reparut 
.v dipis uotréicèrçlfii. et^pour le eoup^ aalgi:<étQiitf 



(AtAttUO DE SAINTE-HÉLÈNE. 3SJ ^ 

« notre malveillance nous nous ëcnàiUes tous à 

« la fois : — Et vo$ SO traittéS?— Oh l ma foi, 

«. dit-il, on n'y entend plps triçn; cet homme 

« déroute tout ^ la fortune le m^çpar l$i m^ip - 

«et puis ces Autrichiens, çojit .sMourds., si 

«^hêtes!..., » 

L'Empereur riait beaucoup et me demaii* 
dait ({iielijue choçe de pl^s fort encore. <-— 
« Sire, cela devient bien dtGIcile^i cependant H 
K me revient encore une vieille douairière qui 
« est morte aveo ToltstiuàtiGai* de n'avoir pas 
« voulu croire à aucun de vos succès en Âlle- 
« ttiàgûè. Quand on parlait devant elle d^Ulm,^ 
« d'Austerlite , de votre entrée à Vienne, -^ Et 
« vottscrqycte cela, tons aatrèë, disait -elle» 
« haussant les dpaules. Tout eeSa est fabrique 
« pair lui. fi Voserait pai^ mettre le pied en A!- 
« letaagne; croyes qu'il e^ eiîfcore derrière le 
« RhiUi o& il ^e meurt de peur et nous envoyé 
< des contes* Le temps i^oimm apprendra si oxi 
« m'en impose à moi !••«»? 

Et leshistôitèsëpaisëes,l?fiisip6feur me r^- 
vpya^ disant : « Que £QiUb41&, ;^e:doiVent41s 
«dire à présent? Certes. /aJiJQÎnd'hui je leur 
<i donne be^u jeur 9 



3B& MÉMORIAL (Aoéii»i«) 

.; , . Jeudi 22. 

Aujourd'hui a été un véritahle jour de deuil 
pour moi , c'est le premier depuis notre départ de 
France où je n'ai pas Vu TEmpereur. Des cir- 
constances-heureuses faisaient que j'étais le seul 
qui eusse jusques-là joui de ce honheur. Il a e'te 
fort souffrant j sa réclusion a été complète ^ il 
n^a démandé aBsoIuUient personne, 

» Vendredi id, 

'.\ : . . /'■'■■•> .>'>•-' ' ' '. ■> î ■ \ 

L'Emperenr çootinaeâ'âtre.8oufiranti;«*> Pièce of&cieUe 
remar<]Qable adressée à sir Hodsoa ho'we. 

LjB tempKacoiitiMi^ 4!êt9e hvfiitdQ^pluviisax; 
Sf^ les 3 hjeurg^^ttdemiç, l'EmpcreUr ma fait 
df 9aafi4er dan^ s^ ch^ml^re ^ 11 faj&a^t ^ .foilette ; . 
U^a^ait j^é fortem^nj; i|iqon^modé î .mftis grâce à 
^ /Wawèi;*^ 4e :• «e, tr^it a ,; dÂs«^it-«il ,: grâce là son 
Ijfifïii^tiqiUS ïiéplusipp <Je ;la yeiUç , ç'étaitfini, il , 
était bien, ... • '; ' 

iit'lii iQsé ilui txnb véritàMé douleur } 

j'dFais iradvit, lui.disçuS'^jé /ui^our* lAalh^ureux ' 
àsms mtfnpmÉBsài])^eassû dû; lé Inarquçr à Teti* 
cre rouge. Et quand' il a appris içetqud c'était. 



{Aoâii8i6) DE SAINTE-KÈLENE, 369 

« Cdmment/vraiment , a-t-il dit, c'est le seul 
«t jour depuis France où yous ne m*avez pas 
fc vu!w.;. Et vous êtes le seulL..,-» Et après 
quelques secondes de silence ^ il a ajoute avec 
un J;on bien propre à me dédommager si cela 
eût été possible : r Mais, mon cher, si cela 
« vous était d'un si grand prix-, si vous y teniez 
«f tant, quen'ètes vous venu frapper à ma porte. 
fc Je ne suis point inabordable pour vous. » 

Le docteur a été introduit; il a dit que le 
Gouverneur avait promis de ne pluf mettre 
les^piefls à Longwood. Un méchant qui était 
la , a &it observer qu'il commençait à vouloir se 
rendre agréable» 

L'Empereur a passé de là danssabil)liotliè- 
qu^f il s'est feiit lire par mon filf une longue 
lettre que j'écrivais à Rome*. L'humidité Ta 
èha^séy il a gagné le salon, la salle de billard; 
arrivé au pér>:oii,'il n'a pu résister ati désir dé 
marcher un peu. « Ce que je fais n'est pas sage, 
« a-t-il dit. » Heureusement l'extrême humidité 



* C'est ma lettre au prince Lacien, si fameqse depuis 
dans rhîstoire de mes 'pei^sécations ; et qu'on trouvera 
plîtsWënsoAliéu, voIu^^YIL - 



370 MÉMORIAL (AodtrSre) 

Ta forcé de rentrer pres^u'aiis^itot. Il »^e»t fixé 
dans le salon ou il y avait un bon feu, il a de-* 
mandé de la tîswe de feuilles d'oranger , et à 
fait quelques pfairties d'échecs. 

Plufs tard» Siftès dîner, l'Empereur a ^ar* 
couru les contf» de Miaroiontel, s'est arrêté sur 
le: PliilQS9{^6 S0i-disant4 U toussait encore 
b^coup^ilaredemi^ndé de la feuiUe d'oranger. 
Il a disserté loi^'^tenips, tt de la manière la plus 
intéressante sut Jeaii*-J.ac<{Ufiâ, son taleùt» àon 
influence y sa biaarrerie, ses tiorpitudes pri^ 
vées, etc. Il ^est retiré à 40 heureà. Je suis 
bien fâché do ne pouyoit aujourd'htû me rap-* 
peler les détails de tous ces objets i 

Dans la jouméie / Mi de Montholcm a adressé 
la réponse tfficiella suivante au Gouverneur, 
qui avait écrit touchant les conuAissaires des 
puis^nces, et les eïobarras dé son bmdje^ t c'est 
la lettre que fai déjà menticrii^ée pbis haut , le 
4 S de ce mois} la voioi: 



Piàœ officielle^ -— « M. le Général. J'ai reçu 
ir le traité du 2 août 4845, conclu entre Sa 
«c ^Majesté Britannique , i'Ëmpereur d'Au- 
fi triche, l'Empereur de. tlussie et U Roi de 



(AA iêi6^ DE SAINTE-HELENE. 374 

lE Prusse V qui était joint à votre liettre au 23 
« juillet* 

« L'Empereur NapoMon protesta êontre le 
te eonteikù de ce traite;; il n'est point prison** 
« Aier de VAng^te^e. Après altroir abdique 
« entre lei mains des reptdsdntàns de la nation , 
<c au profit de la coustitution adoptée par le 
« peuple fr^fnçais ^ et en iaveur de son fils, il 
« s'est rendu rolontairèlnent et libifemént en 
« Angleterre , pour y vivre en particulier, dans 
« là retraite, iôus kprotection des lois britsin<« 
fr niques. La violation de toutes les lois ne peut 
« pas constituer un droit de fait* lia personne 
• de i'Empet*eur Na^olëon se trouve au pou« 
n voir de F Angleterre; mais de fait, ni de 
« droit , il n'a été , ni n'est au pouvoir de l' Au-» 
« triche, de la Russie et de laPrutee; même 
a selon les lois et coutumes de l'Angleterre, 
« qui n'a jamais fait entrer dans la balance des 
« prisonniers j les Russes, leâ Autrichiens, les 
<t Prussiens 5 les. Espagnols, les Portugais, 
< quoiqu'unie à ceb puiteances par des traités 
9 d'sdliance, et faisant la guerre conjointement 
fr avec elles. La convention du 2 août, faite 
ir 4 9 jours après que l'Empereur Napoléon était 



872 MEMORIAL XAiftimtf) 

* enr-Angteterre, ne. peut àirbif en droit aucun 
tt effet; elle n'offre que le spectacle de là coa- 
«litiqn des quatre plus grandes puissances de 
« l'Europe \ pour Toppressiôn d'un seul hohime; 
« coalition que désaTt)u.e 1: opinioÀ âe tous les 
« peuples, (iompie tous les principes de la saine 
« morale. Les Empereurs d'Autriche et de 
« IVu^^ie, le Roiide Prusse n'ayant , de fait ni 
tr de droit, aucune .actioii sur la personne de 
« rEmpereùr Napoléon, ils n'ont pu rien sta- 
ic tuer relativement à lui».-^ Si l'Empereur Na- 
«f pdleon eût '. été au pouvoir de rEmpereùr 
K d'Autriche , *: ce prince se £ut ressouvenu des 
« rapports que la religidn.et la nature ont mis 
« entre. un père et un -fik , rapp(>rls qu'on ne 
« viole jamais impunément. Usé fût reissouvenu 
« que quatre fois Napoléon lui d restitue son 
« trône : à Leobfen, en 4797 i et à Lunevîlle , 
« en 4804,' loirsqué ses arme'es étaient sous les 
« àiuys de Vienne^ à Presbourg, en 4 806, et 
crè Vienne, «n'4809, lorsqueses armées étaient 
« maitpress^s de la capitale et dei trois quarts de 
<c la monà^rchie/ Ge prijuce se fût ressouvenu des 
« protçslidi3fcs !^u'il lui ôt an iîvouac de Mo- 
« ravie/ Èin 4806; et à réntitîviie' de Dresde^^ 



(Aoûl 1816) DE SAINTE-HÉLENE. 37S 

tt en 4842, —Si la personne de TÈmperenr Na- 
« poleon eût e'të au pouvoir dé TEmperéur 
« Alexandre , il sd fût ressouvenu des liens d'a- 
ir mitië contractés à Tilsit, à Erfurt, et pen- 
« dant42 ans d'un commerce journalier; il se^ 
« fût ressouvenu de la conduite de l'Empereur 
« Napole'on , le lendemain de la bataille d'Aùs- 
« terlitz, où, pouvant le faire prisonnier avec 
te les débris de son armée , il se contenta dé sa 
« parole, et lui laissa opérer sa retraite; il se 
« fixt ressouvenu des dangers que personnelie- 
« ment l'Empereur Napoléon a bravés pour 
« éteindre l'incendie de Moscow, et lixi con- 
« server cette capitale ; certes ce Prince n'eût 
fr pas violé les devoirs de l'amitié et de la re- 
« connaissance envers un ami dans le malheur.' 
« -—Si la personne de TEmpereur Napoléon 
« eût été même au pouvoir du Koi de Prusse , 
« ce Souverain n'eût pas publié qu'il a dépendu 
« de l'Empereur, après Friedland, de placer un 
« autre Prince sur le trône de Berlin; il n'eût 
« point oublié, devant un ennend désarmé, les 
m protestations de dévouement et les sentimetis 
« qu'il lui témoigna en 4842, aux ehtreVu'ips tte 
« Dresde. Aussi, voit-on, par les àrticlcs'2 et S 



3^n MÉMORIAL (fo«^i]»iCl 

« dadit traité, (pie ne pouy^mt; influer «9xiei;i 
« sur le sort et la persoi^ne de rjEi^per^ur Pfa- 
«polëon,({ui n'est paf^ en leur^ pouvoir , ce» 
« Princes $*en rapportent à ce que fera là-dess^; 
« Sa Majesté Britannique, q^i se cKai^ de renv 
9c plh* toutes les obligations. Ces Princes ont re^ 
ic proche à l'Empereur Napoléon d'avoir préféré 
•c la protection des lois anglaises à U leur.*— Le$ 
« fausses idées que l'Empereur JNT^poléon avgif 
« de la libéralité des lois anglaises, «et de l'in^ 
•c fluence d'un peuple grand , généreuiç. e% libre, 
V sur son gouvernement, l'ont décidé à préfé- 
R rer la protection de ses lois à eeUe de son 
a beau-père ou de son ancien ^ini. L'^i^ipereuir 
« Napoléon a toujours été le maître dp fi^ire asr 
« surer ce qui lui étaif perscpnel ppor jw traité 
« diplomatique , soit en a? romeittant 4|a l^te de 
•c l'armée de la Loire , soit en jse mettant k la tête 
« de Tairmée ^p la jGironde , que oojpraiandait le 
ce général Claudel; xnafs ne cherchant désormais 
« quç la retraite et la protection des lois xi'une 
ce nation libre ^ soit anglaise , soit americaiQe , 
ce toutes çtif^laûons lui ont paru intitiles; Il 
« 4 cru l^ pe^ple anglais plus lïé par sa dé- 
c« marclie franphe, noble et pleine de confiance, 



(AgAi i«i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. S75 

« qu'il ne VeAl pu être par les traitéis les plus so« 
« lennel$. Il s'est trompé; mais cçtte erreur fera 
fc à jamais rougir les yiois Bretons , et dans la gë«* 
ft nëratioA actuelle, comme dans les générations 
^ futures y elle sera une preuve de la déloyauté 
V de l'administration anglaise. -^ Des commis^ 
fc saires autrichien et russe sont arrives à S^e* 
fc Hélène; si leur mission a pour but de remplir 
¥ une partie des devoirs que les Empereurs 
« d'Autriche et de Russie ont contractes par le 
« traité du 2 août , et de veiller à ce que les 
« agens anglais, dans une petite colonie » au 
c milieu 4e l'Océan , ne manquent pas aux 
« ^rds dus à un Prince lie avec eux par les 
9 lienfi de parenté, et par tant d'autres rapports^ 
« onreconnait dans cette déocia^che des marques 
« du caractère de ces deux Souverains. Mai$i 
« vous avez. Monsieur, assuré que ces commis- 
M saixes n'avaient îii le droit, ni le pouvoir 
« d'avoir aucune opinion sur tout ce qui peut se 
« pa^er sur ce rocher* 

u Le ministère anglais a &it transporter l'Eip- 
« pereur Napoléon à Ste-Hélëne, à 2 mille 
« lieues de l'Europç. Ce rocher, situé sous le 
« Tropique, à 500 lieues de tout continent, est 



< 



aT6 MÉMORIAL (Ao/^i ibis) 

ic soitmis à la chaleur dévorante de cette lati-^ 
« tude; il est couvert de nuages et de broiïil-* 
« lards les 3 quarts de rarmée; c'est à la fois le 
ce pays le plus sec et le plus humide du mondée, 
ce Ce .climat est le plus contraire à la sant^ de. 
fc TEmpereur. C'est la haine qui a pte'sidé au 
le choix de ce séjour y comme aux instructions 
« données par le ministère anglais aux officiers 
« commandant dans ce pays : on leur a ordonne 
« d'appeler l'Empereur Napoléon , général, vou- 
c lant l'obliger à reconnaître qu'il n'a jamais 
« régné en France, ce qui Ta décidé à ne pas 
« prendre un nom d'incognito, comme il y était 
tt résolu en sortant de France. .Premier magis- 
m ti^at à vie de la République, sous le titre de 
« Premier Consul, il a conclu les préliminaires 
« de Londres, et le traité d'Amiens avec le roi 
« de la Grande-Bretagne. Il a reçu pour ambas- 
« sadeurs, lord Cornwallis, Monsieur Merry, 
« lord Whitw^orth qui ont séjourné en cette 
« qualité à sa Cour. Il a accrédité auprès du roi 
« d'Angleterre, le comte Otto et le général 
« Andréossi,qui ont résidé comme ambassadeurs 
<x à la Cour de Windsor, Lorsqu'après un échange 
iK de lettres entre les ministères des. affaire» 



(Aoàt 161/6} DE SAINTE-HELENE. 37T 

« étrangères des deux monarchies / lord Lau- 
* derdale yint à Paris muni des pleins pouvoirs 
« du Roi d'Aûgleterre , il traita avec les plenipq- . 
« tentiair es. munis des pleins pouvoirs de TEm-^ 
« pereur Napoléon, et séjourna plusieiirs moiâ( ^ 
<à la Cour des Tuileries* Lorsque, depuis , à 
<i Cbâtillon ^ lord<!^stelreagh signa ruliimatitm 
« que les puissances alliées présentèrent aux 
« plénipotentiaires de TEmpereur Napoléon, il 
« reconnut . par-là la quatrième dynastie^ Cet 
«c ultiniatum était plus avantageux que le traité 
« de Paris; maiè on exigeait que la France 
c renonçât à la Belgique et à la rivé gauche du 
m Rhin , ce qui était contraire aux propositions 
« de Francfort, et aux proclamations des puis^- 
« sauces alliées ; ce qui était contraire au ser- 
« ment par lequel, i son sacre , l'Empereur avait 
« juré l'intégrité de l'Empire. L'Empereur pen- 
« sait alors que ces limites naturelles étaient 
<c nécessaires à la garantie de la France , comme 
« i réquilihre de l'Europe; il pensait que la 
« nation française, dans les circonstances ou elle 
itse trouvait^ devait plutôt courir ioutes les 
M chances de la guerre, que de s'en départir. La 
« France eût obtenu cette intégrité, et atee elle 
5. 2;^ 



378 MÉMORIAL * (A^ »8i6) 

« conserve >oii honneur, si la trahison n'ëlait 
fc venue au secours des allies. Le traité du 
ce 2 août , le bill du parlement britannique 
f( appellent TEmperettr Napoléon : Bonaparte, 
u et ne lai donnent que le titre de gênerai. ^ 
u I^e titre de général Bonaparte est sans doute 
<c éminemment glorieux, l'Empereur le portait 
« àLodi , à Castiglione, à Rivoli , à Arcole , i 
u Leohen y aux Pyramides , à Aboukir ; mais 
K depuis A 7 ans il a porté celui de Promter Con^ 
« sul et d'Empereur^ ce serait convenir qu'il 
ic n'a été ni premier magistrat de la Républi^ 
«que j ni souverain de la quatrième djmastîe, — - 
« Ceux qui posent que les nations sont des 
K troupeaux qui, de droit divin, appartiennent 
« i quelque^ familles, ne sont ni du siècle, ni 
« même dans l'esprit de la législature anglaise, 
fc qui changea plusieurs fois l'ordre de sa dynas- 
« tie 9 parce que les grands changemens survenus 
c( dans, les opinions , auxquels n'avaient pas 
«.participe les princes régnans , les avaient 
fc rendus ennemis du bonheur et de la grande 
« majorité de jcett<} natioa. Car les rois ne scmt 
« que df^s ntagi^trats héréditaires, qui n^existent 
« que pour le bonheur des natioitô, et wm les 



"M 



làflki$M) DE SACfTE-I&ENE. 879 

4K Daticnft pour la fiatîs&etidB àts rois. Ccfit le 
I» mimé esprit de iiaino ^i à tnéùmié. qoM 
«ffimpëtetir iMapoleon ne pàt écrire^ u tetof^ 
« voir aucoxie lettre, sans ^'ellè soit <Wivrte 
^ ^i ltt« par les miiiisitres aoglais et les affîckrs 
#r de Sie^ëlèiie« Oithii a^ par-là, iiitenlit la 
«r possibilité de recevoir des nottTelles dur sa 
k inèi« , de aa femme , de son fils, de ses freres;} 
é et lorsque voulant se.aoustraire aux iiicoiivé«> 
éc aiiensde toir ses litres lues par des officiers 
é stibaitemes, il a voulu euvoyet des lefe^res 
« cadbbetëes m Prince Rëgent , on a répondu 

* qu^on ne pouvait se charger que de hisM» 
« passer des lettrés ouvertes; ^e telles étaient 
« kà Ittstruôtions du mmi^ère; GoUle mesure 
éc %t*a pas besoim de r^exions, )eUD donnera d'te« 
«r tranges idées de l'esprit de radxninistration 
«e qui l-a^iict^; elle "serrait dësavouide à Alger 

* niêm« ! -^ Deis ktf re!^ sont arrivées pour des 
ic officiers-géa^)*atix de la suite de TËmpereui*^ 
c'éKes étaient décachetées et vous£aréntTemi«» 
« ses , vous ne les avefc pas eommuniqûëes, parcs 
<t qn^elies n^étaient pas passées par la^rankldu 
« ministère anglais r il faHut leur faille refa^^ 
et 'A mille laites ,.et ceâ offickrs euieat là dôu->' 



380 MÉBfORIAL '(AcAt iSiS) 

« feur de saroir qu*il existait siir ce rocher, des 
«nouvelles de leurs femmes, de léura mères, de 
« leurs enfâns , et qu'ils ne pouvaient les c6n- 
ïc naître que dans 6 mois I ! !». Lé cœur se sou- 
« lève ! On n'a pas pu obtenir d'être abonné au 
tt Moming-Chronicle , au Momîng-Post , à 
« quelques journaux français; de temps à autre 
ce on fait passer à Longwood quelques numéros 
« dépareillés du Times. — Sur la demande faite 
ir à' bord du NortKumberland , on a envoyé 
« quelques livres; /mais tous ceux relatifs aux 
tt affaires des dernières années, ont été soigneu* 
^ sèment écartés.. Depuis on a voulu corres* 
« pondre avec un; libraire* de Liondres, pour 
« avoir directement les livj*es dont on pouv^iit 
ft avoir besoin, et ceux relatifs aux événemens 
«^ du jour, on l'a empêché. Un auteur anglais 
«t ayant' fait un voyage en France .et l'ayant 
« imprimé à Londres > prit la peine, de nous 
«l'envoyer pour l'offrir à l'Empereur; içais 
« vous n'avez pas cru pouvoir le lui remettre, 
« parce qu'il ne vous était pas parvenu par la 
« filière de votrç gouvernement. On dit aussi 
if que d'autres livres envoyés par Içurs auteurs^ 
« n'ont pu être remis < parce qu'il y avait sur 



(Aoàt.ei6) DE SAINTE-HELENE. 38i 

•c rinscription de quelques uns : à TEmpereur 
«r Napoléon, et sur d'autres : à Napoleon-le* 
ce Grand. Le ministère anglais n'est autorise à 
« ordonner aucune de ces vexations. La loi , 
ft quoique inique, considère TEmpeireur Napo- 
<( leou comme prisonnier de guerre; or, jamais 
«c on n'adeTendu aux prisoniiiers de guerre de 
<c s'abonner aux journaux , de recevoir les livres 
(c qui s'impriment : une telle défense n'est faite 
ce que dans les cachots de l'inquisition. 

« L'île de Ste-Hëlène a 40 lieues de tour; 
« elle est inabordable de toutes parts , des bricks 
« enveloppent la côte , des postes place's sur le 
ce rivage peuvent se voir de l'un à l'autre , et 
« rendent impraticable la communication avec 
« la mer. Il n'y a qu'un seul petit bourg, James 
c< Town, où mouillent et d'où s'expédient les 
ce bâtimens. Pour empêcher un individu de s'en 
« aller de l'île, il suffit d'exercer la côte par 
ce terre et par mer. En interdisant l'inte'rieur 
« de l'île, on ne peut donc avoir qu'un but, 
fc celui de priver d'une promenade de 8 ou 40 
ce milles qu'il serait possible de faire à cheval , 
« et dont; d'après la consultation des hompes 



982 MEMORIAL ( AaU tè^s ) 

ot de Tait ^ la privation abrège les fou m de 
«t l'Emperent. 

€ OitaëtsiLli VEmpereur dans la position de 
m Longwood , exposée à tous les veats : terrain 
€ stenle^ inhabité^ sans eau, n'étant suscep^ 
tt time d'aucune culture. Il y a une enceinte 
tt d'environ 4200 toises incultes* A 4 i oa 4200 
' m toiies, sûr un mamelon, on a établi un camp j 
«t on tient d'en placer un autre à peu pires à la 
« même distance, dans une direction opposée, 
« de sotte qii'au milieu de la chaleur du Tro- 
H pique f de quelques côtés qu'on regarde , on 
€ ne voit que des camps. L'Amiral Malcolm 
« ayant compris l'utilité dont y dans cette posi^ 
« tiou , une tente serait pour l'Empereur , en a 
c fait établir une, par ses matelots, à 20 pas de 
<( la maison : c'est le seul endroit où Ton puisse 
«I trouver de l'ombre. Toutefois l'Empereur u'a 
fi lieu que d'être satisfait de l'esprit qui anime 
ce les officiers et soldats du brave BS"* , comme 
d il l'avait été de l'équipage du Northumbër- 
« land. La maison de Longwood a été coUs*^ 
u tttiite pour servir de grange à la ferme de la 
* compagnie j depuis, le sous ^ gouverneur de . 
H l'île y a fait établir quelques chambres ; elle 



^Aoàt rtiç) DE SADnTE-HEIJÈNE; S83 

H lui serrait de maison de campagne ; mais elle 
H n'était en rien convenable pour une &àbi- 
« tation. Depuis un an cp'on y est , on jr a tou- 
u jours trayaillë , et l'Empereur a constamment 
'< eu Fincommoditë et Finsalubrité d'habiter 
ic une maison en constniction.Xa chambre dans 
« laquelle il couche est trop petite pour contenir 
« un lit d'une dimension ordinaire 3 mais toute 
« bâtisse à Longwood prolongerait l'incommo- 
« dite des ouvriers. Cependant^ dans cette mi- 
te sëraUe île, il existe de belles positions offrant 
« de beamc arbres , des jardins et d'assez belles 
« maisons, entre iaiutres Plantation-House ; mais 
« des instructions positives du ministère vous 
n interdisent de donner cette maison , ce qui 
« eût épargne beaucoup de dépenses employées 
« àvbâtir à Longwood des cahutes couvertes de 
« papier goudronné, et qui déjà sont hors dé 
* service, — Vous avez interdit toutes corres- 
u pondances entre nous et les habitans de l'île j 
« vous avez mis de fait la maison de Longwood 
(K au secret; vous avez même entravé les com- 
<i munications avec les officiers de la garnison.' 
« — On semble s'être étudié à nous priver du 
» peu de relisoufcas qu'offre ce misérable pays, 



Uk MÉMORIAL (Ao&ti8i6) 

f( et nous y sommes comme nous le serions sur 

f le roch^ér de l'Ascension. Depuis h mois qiie 

« TOUS ites à Ste*Helène , vous avez , Monsieur , 

f empire' la position de TEmpereur. Le comte 

ft Bertrand vous a observé que vous violiez même 

« la loi de votre législature, que vous fouliez 

« aux pieds les droits des officiers-généraux pri- 

« souniers de guerre ; vous avez répondu que 

« vous ne connaissiez que la lettre de vos ins- 

« tractions^ qu'elles étaient pires encore que 

« .nous paraissait votre conduite. 

, « J'ai l'honneur , etc. , etc. Signé ^ le comte 

« D£ MoVTHOLOir. 7) 

^ P. S. J'avais signé Cette lettre , Morisic : x 
fi lorsque fài reçu là vôtre du 47, vous y jo. 
f< gnez le compte par aperçu d'une somme an- 
ce nuelle de 2Q mille livi'es sterlings que vous 
« jugez indispensable pour subvenir aux dé- 
'( pensiçs de. rétablissement de Longwood, après 
a avoir fait toutes les réductions que vous avez 
(r crues possibles; La discussion de cet aperçu 
« ne peut nous regarder en aucune manière > 
« la table de l'Empereur est à peine le stricte 
f( nécessaire ; tous les approvisionnemens sont 
^ de mauvaise qualité , et quatre fois plus cbers 



(Aoài 1816) DE SAINTE-HELENE. ^ 385 
tt qu'à Paris. — Vous demandez à l'Empereur 
qf'un fonds de Î2 mille livres sterlings^ yotre 
« gouvernement ne vous allouant que 8 mille 
• livres sterlings pour toutes'^^ces, dépenses. J*ai 
€ eu l'honneur de vous dire que TEmpereur 
« o'avait pas de fonds, que depuis un an on 
« n'avait reçu ni écrit aucune lettre , et qu'il 
u ignorait complètement tout ce qui se passe , 
« ou a pu se passer en Europe. Transporte vio- 
« lemment sur ce rocher , à 2 mille lieues , sans 
« pouvoir recevoir ou écrire aucune lettre , il 
a se trouve aujourd'hui entièrement à la discre'- 
n tion des-agens anglais. L'Empereur a toujours 
- désire' et de'sire pourvoir lui-même àtoutes ses 
«.-a^penses quelconques, et il le fera aussitôt 
ff que vous le lui rendrez possible, en levant 
« l'interdiction faites aux ne'gocians de l'île , 
« de servir sa correspondance , et qu elle ne serr 
« soumise à aucune inquisition de votre part ou^ 
« d'aucun de vos agens. Dès que l'on connaîtra 
ce en Europe les besoins de l'Empereur , les pér- 
it sonnes qui s'intéressent à lui, enverront les 
« fonds ne'cessaires pour y pourvoir. 

« La lettre de lord Bathurst que vous m'avez 
ce communiquée, fait naître, d'étranges idées ! 



386 MÉMORIAL (Aoai r8.6) 

ic Vos ministresigm)reraienl-ils donc qxiele spec* 
« tade d'un grand homme aux prises avec Tad* 
Il yersite est le spectacle le plus sublime! Igno- 
« reraient*ils que Napoléon, à Ste-Hélène, au 
fc milieu des persécutions de toute espèce, aux* 
« quelles il n'oppose que de la sérénité , est 
« plus grand ^ plus sacre , plus vénérable que 
« sur le premier trône du monde , où si long- 
ce temps il fut l'arbitre des Rois ! Ceux qui 
« dans cette position manquent à Napoléon , 
« n'avilissent que leur propre caractère et la 
n nation qu'ils représentent ! » 



Samedi 24. 

Ma fiuaiUe anglaise ; yaste dette de recoimaifisaiice de la 
part de rëmigration envers les Anglais , etc. •*— Géaé* 
rai Joabert.— Pëtersboarg.*— Moscow; son incendie. 
Projets de Napoléon, s'il tàt revenn yainqueur. 

J'ai été sur les 2 heures joindre l'Empereur 
dans sa chambre. Il m'avait dès le matin fait 
demander mxm Atlas. Je l'ai trouvé achevant de 
parcourir la carte de Russie, et la partie de 
l'Amérique avoisinant les établissemens russes. 

U availr beaucoup souffert durant la nuit ^ 



(Ao&t 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 387 

beaiKOup touâfié. Gt^endant le temps ëtait rede- 
venu tout à fait doux* Il s'est habiUé pour sortir* 
Durant sa toiletté , il revenait souvent sur l'heup 
reuse îdeV de F Atlas, le mente de sou exiécu^ 
tîon y rimmensité des choses qu'il contenait ^ et 
finissant comme de coutume ^ par 'dire : quel 
recueil! quels détails! quel ensemble I etc. 

L'Empereur a gagne le jardin. Je lui ai dit 
que j'avais écrit le matin eu Angleterre, et ré-* 
pondu aune lettre que je lui avais l^e il y a 2 
ou 3 JoUrs. « Votre famille anglaise, m'a*t-* 
« il dit alors , s^nble faite de bien braves gens^ 
i< ils vous aiment beaucoup et vous leur éteis 
ce bien attaché. -^ Sire , ai- je répondu , je. les ai 
f( soignés eu France durant leurs AO années de 
« captivité., et ils avaient pris soin de moi eu 
M Angleterre durant mes 40 années d'émigi^a* 
ce tion. C'est désormais entre nous tout à &it 
« l'hospitalité des Anciens. Je compte sur eux 
ce en toute chose , et ils pourraient disposer de 
ir tout ce que je possède. *^ Voilà une liaison 
ft bieu heureuse , a-t41 dit. Qui est-ce qui vous 
«c Ta procurée? Gxnment est-elle venue? » Je 
lui ai fait alors l'histoire de ma connaissance 
nvec celte famille* 



388 MÉMORIAL {Ao«ui8is) 

ff Jamais , lui disais-je, la planche de laquelle 
(t le malheureux naufrage reçut son salut, ne lui 
« fut plus chère que ne me Test cette famille. 
9 Sire, il n'est point de faveurs, il n'est point 
ft de trésors qui pussent acquitter les soins que 
«r j'en ai reçus, ni le bonheur qu'elle m'a donne. 
« Quand les hideux excès de notre reVolu- 
« tion nous forcèrent d'aller chercher refuge 
« en Angleterre, notre émigration y causa la 
« plus vive sensation ; l'arrivée de tant d'il- 
« lustres exiles , leur fortune passée , leur 
te affreuse condition présente , occupèrent tous 
te lés esprits, t'emplirent tous les sentimens. Il 
t( en fut question dans les assemblées ponti- 
fe quesy dans les églises, dans les cercles, dans 
ce les ménages. Cette catastrophe remua toutes 
<t les classes , excita toutes les sympathies. Une 
« foule gene'reuse et sensible s'empressa autour 
« de nous. Nous fûmes l'objet des soins les plus 
« délicats et des bienfaits les plus réels. Td fut, 
« il faut l'avouer, le spectacle attendrissant 
fc que présenta la grande portion de la société 
tt d'Angleterre , en dépit même du dissenli- 
cc ment d'opinions. C'est un témoignage que no- 
ie tre reconnaissance doit à la vérité de l'histoire* 



(AoAt 1B18) DE SAINTE-HÉLÊPŒ. 38»^ 

c< Or , je me trouvais à Ldndre» ayec Une cou-- 
tr sine de mçu nom, que sa place à la Cour de 
« Versailles avait mise à même, d'éfre agréa* 
€c ble à tout ce qu'il y avait de. distingué en 
«c Europe, lorsqu'elle était dame d'honneur de 
ce la princesse Lamballe, laquelle était elle- 
« même sur-intendante de la maison de la 
« Reine. Cette circonstance se trouva heureuse 
<( pour notre famille. La plus grande bienveil- 
c( lance entoura ma cousine; un grand nombre 
« de personniçs accourut auprès d'elle; entre 
(c autre un jçu]|Mciénage : la femme était char- 
te mante, pleine de maiii/^^res .Uobles et grandes 2 
ce elle était Française ; le mari doux , facile i 
ce plein d'honneur. Ils avaient une grande for* 
c^ tune, un bon cœur; leur maison 4evint pres<* 
«c qu'aussitôt celle de ma cousine et de tous les 
c( siens^ qui durent s'y croire dans leur propre 
« famille, 

« Ce digne ménage fut sans cesse plein ^e, 
« prévenances et jie soins pour nos réfugiés. 
« On voyait constamment chez eux ce que l'émi- 
cc gration avait de plus distingué. Nous sommes, 
ic un grand nombre qui contractâmes alors en^ 
ce vers eux une dette de reconnaissance, qui, 



380 MEMOKIAL (ÂottiSiB) 

« mlalgre toute son «fteodae, ne flanrait effrayer 
« mon cœur; dosse'^je Tacquitter à moi' seaL 
« Je la lèverai à mes enfansqui, s'ils me res- 
te semblent, la tiendront pour sacrée et seront 
« heureux de pouvoir l'acquitter jamais envers 
<c les leurs. 

« L'ëlëvatioii d^amé et le cœur français ^ 
m étaient caiacferistique cfaes iady ^^« Lors- 
« que le (ùrince de C!ondë, arrivé à Londres , 
« d^rchàit une demeure à la campagne, elle 
Il ine dépâcka pour lui offrir la superbe maison 
m ^«lle possédait dans le ùétité de Durham, 
K Le Prince après s'^ii être fait donner les 
fc détails, m'ttyant observé que cela lui coûte- 
«c rait sains doute la rançon d'un roi , fut agréa- 
« blemènt ému d'entendre qu'elle lui était 
« offerte par une Française qui croirait, di- 

* sait-elle, en avoir reçu un prix inestimable 
<c si un Coudé daignait l'habiter; et il voulut 
« aussitôt Tallér remercier en personne. 

• <c Cette famille vint à Paris, après la paix 
à d'Amiens, et ce fut en contrebande au milieu 
et d'elle y à la faveur de son intimité, que je res- 
« pirai quelques jours plustôtTàir de la patrie, 
ce Je sauvai pai; elle les longues et pénibles for- 



(Ap4ii8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. ^i 

« Bialit^ que Tactie d'anmistie exigeait de moi 
ce à la frontière , e% je dus à ces amis de pouVoîfr 
•c le$ remplir k Paris, avec beaucoup plus de 
<c facilité et moms de desagrément ; mais aussi 
te lors de la memre d'arrestation contre les Au- 
« glais voyageurs , qui mit cette famille au 
n nombre des détenus, j'eus le b^mheur inesti- 
« mable d'adoucir à mon tour sa situation , et 
«c de devenir son répondant. 

«t Le temps , les événemens nous ont enfin se- 
<c parés ; mais ils n'ont rien pu sur mes souvenirs , 
«c et Taiguille aimaiitée est moins constante , 
V moiïis fidèle dans sa direction, que ne le sont 
« mes pensées et ma reconnaissance envers ces 
« bons et c^ers amis; telle est, Sire, ce que 
ce Votre Majesté appelle ma famille anglaise. » 

Cependant, durant mon histoire , nous avions 
marché vers l'écurie et demandé la calècht^*. 
L'Empereur a voulu qu'elle vînt nous joindre 
au fond du bois; elle s'est fait long -temps 
attendre , parce que M*** de Montholon s'était 
trouvé indisposée. Son mari est arrivé pour 
excuser ce retard , et FEmpercur a voulu qu'il 
moulât. 

La couversationaété; durant toute la course, 



392 MEMORIAL (Ao&tisie) 

sur le gênerai Joiibert, dont M, de Montliplon 
avait e'te le beau-frère et Vâide-de-catnp. 

« Joubejrt ayait une haute véne'ratiôn pour 
4c moi , a dit TEmpereur ; à chaque revers 
« éprouvé par la Republique, durant Texpédi- 
« tion d'Egypte, il déplorait mon absence. Se 
« trouvant en cet iiistan.t chef de Târmée d'Ita- 
<c. lie ^ il m'avait pris pour modèle /ai^^irai ta me 
« recommencer, et ne prétendait 4 rien moins 
ce qu'à tenter ce que j'ai exçcuté depuis en Bru- 
ce maire» seulement il eût agi' avec les jacobins, 
«c Les niesur^es.et les intrigues de ce parti, pour 
ce le mettre sur. la voie de cette grande entre- 
ce prise, l'avaient porté au commandement en 
ce Italie, après les désastres de Scherer; de ce 
ce Scherer,dilapidateur ignorant, digne de tous 
a les blâmes. Mais/ Joubert fut tué à Novi 
« dans son premier choc contre Suwarowj îl 
ce n'eût exécuté à Paris qu'une échauffourée j 
ce il n'avait point encore assez de gloire ; de coa- 
« sistance ni de maturité; il était de nature à 
ce acquérir tout cela; mais en cet instant il n'é- 
« tait pas assez fait, il était trop jeune encore; 
ce et cette entreprise était pour le moment au- 
« dessus de seB forces» 



XàtAi liifi) DE SAirrrE-HÉLÉNE; ZQ$ 

Du reste, voici le pôftrait de ce gàiéral, 
ilictë pat l'Empereur , pour ses campagnes 
d'italle, et dont je reU-ouye le brouillon. 

Joubert^ né an département de l' Ain, dass 
l'ancienne Bresse » avait étudié pour le barreau, 
LarévolutioB lui fit prendre; le parti des armes; 
il servit à Tannée d'Italie ^ et y fut fait général 
de brigade. Il était grand, maigre, semblait 
naturellement d'une faible complexion; maif 
il 1 avait mise à l'épreuve des grandes fatigues, 
dans les Alpes, et s'y. était endurci. Il était 
intrépide , vigilant , fort actif, marchant à la 
iâle des oolonnei». Il fat fait général de divi^ 
sion pour remplacer Vaub<^is, dont il pmle 
corps d'armée. Il se fit beaucoup d'bonn^r 
dans la campagne de Léoben , commandant 
l'aile gauche quHl amena au gros de l'armée ; 
des montagnes du Tyrol, par les défilés du 
Puthei5Btal. Il était fort attaché à Napoléon, (Jui 
le chargea de porter au Directoire les derniers 
drapeaux enlevés par l'aitoée d^Itaiie. Resté à 
Paris pendant la campagne d'Egypte, il y épousa 
la fille du sénateur Semonyille, mariée depuis 
au maréchal Macdonald. Ce tnâfiaj^ le fetâ 

dans les intrigues du Manège ,«et le fît nommét 
5. 25 



.39» MEMORIAL. (Ai^iSief 

gênerai en chef de l'armëe d'Italie, après la 
défaite de Scherer. Il fut tué à la bataille 
de Novi. Il était jeune encore, et n avait pas 
acquis toute rexpériênce nécessaire. Il eût pa 
arriver à une grande rénommée. 

. L'Empereur n'a pu faire qu'un tour , il se 

trouvait trop fatigué; il était loin d'être bien; 

A 8 heures Qt demie TEmpereur m'a fait api* 

peler : il avait été obligé de se mettre au bain, 

m'a-t-il dit, et croyait avoir un peu de fièvre. 

IL s'était senti subitement enrhumé; mais il ne 

toussait plus depuis qu'il était dans l'eau : il y 

était depuis long-temps. Il y a dîné; on a dressé 

pour moi une petite table à côté. L'Empereur 

esj revenu sur l'histoire de Russie. <c Pierrc-le- 

5 Grand, disait-il, avâit-il bien fait de fonder 

c( une capitale à Pétersbourg à si grands frais? 

t( N^eût-il pas obtenu de bien plus grands résuL- 

fc t^|s, s'il eût dépensé tout son argent à Mos- 

u cow ? Quel avait été son but ? L'avait-il 

« atteint? —Je répondais : Si Pierre fût resté à 

«f Moscow, Sa nation fût demeurée Moscovite; 

« un peuple tout à fait asiatique; il avait fallu 

f< la déplacer pour la réformer et la changer. 

M Alors il s'était transporté sur les frontières 



iÎAo«i,rai6) DE SAlNTE-HÉLENE. âô5 

« mêmes enleyëes à l'ennemi , et en y asseyant 
é sa capitale en y accumulant toutes ses forces , 
« il la rendait plus ïnvulne'ràBle j il s'affiHaîtâ 
^ la socie'të européenne ; il s'établissait dans 
« la mer Baltique, d*où il tournait facilement 
« ses ennemis naturels, les Polonais et les Skié-* 
« dois, pour venir s'allier, au^ besoin ^ avec les* 
« nations placées derrière eux, etc., etc. * 

L'Empereur disait n'être pas tout à fàitsatis^ 
fait de ces raisons. « Quoiqu'il en soit, disait^ 
« il, Moscow a disparu, et qui peut assigna 
tt les richesses qui y ont été dévorées? Qu'on se 
«t figure , disait^il , Paris avec l'accumulation 
« des siècle^, des travaux et de l'industrie. Son 
« capital^ depiuis 4 )^ cents ans qu'il existe, ne se 
fic fût-il accru que d'un million par an , quelles 
tt sommes! Qu'on joigne à cela les magasins, le 
« mobilier, la réunion dès sciences^ -des arts, 
« les correspondances d'affaires et de «coiàmerce 
« toutes établies, etc., etc., et vôUà pourtant 
ce Moscovr , et tout cela a disparu en un instafnti 
fc Quelle catastrophe I La seuleidée n'enfait^elle 
ff pas frémir !.. Je ne pense pas que pour 2 mil^ 
•t liards on pût le rétablir. ». • ' 

Il s'est étendus longuement sur tous ces évé^ 



9M MÉMORIAL (A^iiiis) 

nemens, et a hisse échapper une parole trop 
caractërisquei pour que je ne Taie pas tiotée. Le 
Iftom âr JRû^tqpàim ^y^sii ëtë piptoncé, j'ai ose 
oJb^êtrTèi: que la'conleur donnée dans le temps à 
^n acte patriotique m^avait fort surpris, car 
il m'avaitému loin de Windigner j bien plus je 
Vstvais eurië!... A quoi TEmpereur a répondu 
avec une vivacité singulière, et dans une espèce 
dé contractiou qui ttahiâsait le dëpit : « Si 
« beaucoup à Paris eussent pu le lire et sentir de 
ti la sorte, croycx que je le leur aurais vante'; 
« mais ]t n'avais pas lô choix. ¥ £t revenant à 
Môscow, il a dit : 

^ Jamais, éii de'pit de la poësié, toutes le» 
!* fictions de l'incendie de Troie n'égalèrent 
p lli cëalitë de celle de Mosconr. La ville était 
4c de bois, le vent était violent; toutes les 
fK pompes avaient ëtë enlevées. C'était littëra* 
m ment un ôcëan de feu« Rien n'en avait ëtë 
« soustrait^ tant notre marche avait ëtë rapide 
è et notre entrée soudaine. Nous trouvâmes 
f juscpi'àdes diainanssur la toilette des femmes^ 
m tant elles avaient fui avec prëcipitation« Elles 
« nous écrivirent à quelque temps de là, qu'elles 
• avaient chiche i échapper -aux prenkiersmo- 



\ 



iM^ mil) DE SAIMTE-HÉLÈNE. 897 

« mâii^ 4'aiie aoMateftftte .datigoreuse^ qift'ellet 
m recommâi^aiettt lours biens à la loyauté des 
u T^idqitettrs ,^ et ne inaïKjuemieiitpsisdeTepa*» 
te raître en peu de jours, pour solliciter leprs 
« bi^ufaita et leur apporter leur recoanaîs&stiice; 
« La populi^tiosii observait rEmpereur, étf it 
tt loin d's^yoir eoia|ilota cet attehtfiti C'est 
« même elle qui jielus livr^, leii 3 ovLh cents 
if malfaiteurs ëcfaappés des prkona^ qui la* 
« Valent exécute» -^ Mais^ ai^je ode demander.^ 
« Sire^ si MoscoW n'eût pas été livre aux flain«* 
t( mes, Votre Majesté coimptoit-dlle y ipr^ûdre 
m ses quartiers ? <»^ Sans doute ^ a répondi( rJEm^ 
« per^^Ur, et j'aurais alon dobué le ^pectaek 
« $ingttUer d'une armiée hivernaiit paisiblement 
« avi milieu d'une nation ennemie^ qui la presse 
« de itoutes parts' i t'eut été le. vaisseau pris par 
« les glaces. Vous vous serfe^ trouvé en France 
« plusieurs mois privés de mes nouvelles f mais 
ic vous fussiez demeurés tranquilles y vous eus* 
« sies été sages; Cambacérès^ comme de coi»-; 
«ç tume^ eût meté les affaires exi mon nom^ et 
û.tfmt bût' été son train conulnc si j'eusse été 
'm pr^entv L'hiver, en Russie, eût pesé sur tout 
M le mondes Vengourdisl^inent eut été généfal. 



89B ' miMORIAL (Ao(ii ai6; 

ir;Le printemps, fifct revenu aussi pdbr tout le 
•nmonde; Chkcuu se fàt i^yeillë à la fois, et 
«.ron sait que les Frauf ais sont aussi lestes 
«f4u!auctins.. ... 

.• K Au . premier retour de k belle saison, 
dri)jea9se/doiicmartliëaux euuemis; je les eusse 
« battus ;- j'eusse- ^ë maître de leur Empire. 
ce Mais Alexaiidi-e , croyez le bien , né m'eût pas 
«umene jusque-là. Il eût passe ayant partou* 
^ tes les conditions que j'eusse dictées ; et alors 
9 la France eût enfin.commencé à pouvoir jouir, 
ft Et vraiment., celft à tenu à bien peu de chost; ! 
« can j'avais été pour combattre des*)iommes en 
'c armes > et non laf nature en courroux : j'ai dë- 
4c fait des années^ mais je n'ai pu vaincjce les 
« flaihme& , la gelée , l'engourdissement , la 
« tnort !... Le destin a dû être |^us fort que 
ce moi. Et pourtant quel malheur pour la France, 
fcf pour l'Europe ! 

- . « La paix dans Moscow accomplissait et termi- 
«,nait mes expéditions de guerre. C'était^ pour la 
^ « grande cause , la fin des hasards et le commeii- 
« cément de la sëcuritë. Un nouvel horizon ^ de 
« nouveaux travaux allaient se dérouler; tout 
a pleins du bien-étreet de la piospëritë de tous« 



(AoAt iSiB) DE SAINTE-HELENE. 39 1' 

« Le système européen se trouyait tonâé ; il 
« n'était plus question que de Fôrganîsër» ♦ - 

« Satisfait sur ces grands points, et trann 
« quille partout, j'aurais eu aiissi mo;u ecngrès^ 
<( et ma sainte^ alliance. Ce sont des idëes^ 
V qu'on m'a volées. Dans cette reunion de toiis> 
« les souverains , nous eus^ons traité de nos în- 
« térêts en famille, et compte de clerc à maitre{ 
« avec les peuples. ; ; » 

« La cause du siècle était gagnée, la révolu-^ 
«r tion accomplie ; il ne s'agissait |)lùs que de la* 
« racommoderavec ce qu'elle n'avait pas détruit. * 
« Or , cet ouvrage m'appartenait j je l'avais prêt- 
er paré de* longue main aux dépens de mapQ- 
« pulafité peut-être. N'importe. Je- devenais 
tt l'arehe de Tancienne et de la nouvelle alliance^ 
« le médiateur naturel entre Tsmci^net le neu- 
\ vel ordre de choses. J'avais les principes let la 
cif confiance de l'un } je m'étais identifié avec 
ce l'autre; j'appartenais à tous deux.; j'aurais fait 
« en conscience la part de chacun. > 

(c dSa gloire eût été dans mon équité. »i 

Et après avoir énuméré ce qu'il eût prbposé 
de souverain à souve^in, et de souverains à 
peuple. « Forls comme nous l'étions, coatis 



AQO MEMORIAL tAAuiin 

W nn^t-it , Vml Gd que nous eussions cancéda 
« ei\t semblé grâ]Qi4. Il nous eût mérité la r^con^ 
u roiys^Qce 4e$ peuples^ Aujourd'hui i ce qu'ils 
<^ «rr^c^ront ue leur semblera jamais assez, et 
« ilii ne. cesseront 4^ se d^e^, ni d'être mé^ 
, « eontens, » 

II pc^s^it ensuite en revue ce qu'il eut pro« 
posé p^ûr.la prospérité , les inl(érêts^ la jouis- 
sance et le bien-être de l'association européenne^ 
U^éût voulu laS' mêmes principes , le même 
{ir^stème pa.rt6ttt. Un Clode européen j une Cou( 
de- QQii^ti<ni èure^péeuueï redressant, pour tous, 
lés erreur^ I Comtm la notre redresse cbe;^ nous 
cdles^de/noa (rilimiLa^î Une même monnaie 
aoua defr oolnsdifférens; l49s marnes poids , les 
in^ei^ ï»^$Ur^ ^ ieâ mêmes loi^ etc.^ etc. 

: fi:L'£^rape^4UaitHl, i&'eui bientôt £stit de la 
«f^wfee^. >éfit^blç^ue^tf;q]u'un n^^uie peuplp,.et 
%t^hàùM:»idi ^Q^^^pt^ip^rtoifit se, fut fcrop^vé 
t iOu^piijrs daus la patrije tjpmmune,/» .^ . . ;; ] 

Il eût demandé loules; les pîvièrcs navigables 
pour .tous^.U c<3^m.mUvW|é^4?s inef*} .que ;les 
grandes armées j^ernian^nt^s^ fussent rédi^ites dé- 
fOFinai^à la seule g^*d^4i^>^uverçiins, etq^^^ete, 

Eufiu, c'était ufl^.fièulé.(4'i4é«Sï la ptup^rt 



(AoôiiaiS) DE SAINTE-HÉLÈNE. W4 

stoayellesî les unes des plus kîmples, d'autres 
tout à fait sublimes ^ sut les direrses branckes 
politiques, civiles ^ législatives; sur la religio<i^ 
les arts, le commerce : ellesembraasaient tout^ 

Il a conclu : « De retour en Flrance , au seiii 
ft de la patrie ) grande ^ fortes toaguifique^ trafi'^ 
« quille ) glorieuse , j'eusse proclamé ses limitée 
« immuables j toute guerre futute ^ purement 
« défenswe-f tout agrandissement nouveau, ii77^ 
n national. J'eusse associé xi^on fils à l'Empire; 
« ma dècté$iur0 eût fini^ et son rc^;ne cobstitu^ 
K tiotindl eût commencé. .«« 

ir Paris eût été la capitale du monde , et les 
iK Français l'en Vie des nations !... 

u Mes loisii's enHuiUi et mes vieux jours eus* 
9 sent été consacrés I eu oompàgtiiie dé l'Impé^ 
ce ratrice, et durant l'apprentissage royal de 
fi nion fils , à visiter lentement et en vrai couple 
(c câdipagnard, avec nos propres chevaux, tous 
fi lesVeàoins de TEmpire; recevant les plaintes, 
^ l'e^treasant les torts, semant de toutes parti, 
n et partout > les monumenaet tes bienfaits I f!.;. 
4t Mon chéri voiU encôfe db mesi rêves! ! ! « 

L'Empereur avait beaucoup parlé de riutë^ 
lieiix 4^ U Jliissie, de la prospéKÎté de laquelle 



»03 MÉMORIAL (AoftneiS) 

nous n'avions nul soupçon y disait-il ; il s'était 
arrête beaucoup sur Moscow, qui l'avait fort 
étonné sotts tous les rapports , et pouvait sup- 
porter sans embarras le parallèle avec toutes 
les capitales de TEurope , dont il surpassait le 
plus, gtand nombre. Malheureusement je ne 
trouve ici que des indications , et je ne saurais 
plus aujourd'hui, reproduire auci^^n des déve- 
loppemens. 

, Les clochers 4orës de Moscow avaient surtout 
frappe ses regards^ et c'est ce qrà le porta, lors 
de son retour , à faire redorer le dôme des Inva- 
lides; il se proposait d'appliquer cet embellis- 
sement à beaucotip d'autres e'difices de Paris. 

JV. JB. Comme la ville de Moscow semble 
avoir ëte' si différente de l'idée que nous nous 
en formions en général , dans notre occident , 
je pense qu'il sera agréable d'en trouver ici la 
description fournie par un témoin oculaire , 
personnage important de l'expédition : le baron 
Larrey, chirurgien en chef de la grande ar- 
mée. Je tire cette description d'iin ouvrage de 
ce savant cél€bre'^(les Mémoires de la Chirur- 
gie Militaire) , peu répandu, peut*être, à causé 
de sa nature particulièrement scientifique. 



<Ao4i isi6) DE SiJNTË^HELÈNE. ItoS 

C'^t au moment de se mettre en route poifr 
Moseow , après la bataille deMosalsk ou de la 
MoskoMra. 

: « A pemeëtto(ns-iioas,.y est-il dit ^ éloignas 
de quelques milles de Mozaîsk ^ que nous fûofies 
tous étonnes de nous trouTer, malgré le voisin 
nage où Ton était d'une des plus grandes capi- 
tales du monde, sur iune plaine sablonneuse ^ 
aride et complètement déserte. L'aspect lugubre 
de cette solitude qui jetait tous les soldats dans 
le découragement, semblait. nous présa^ger la 
désertion.entière de Moseow, «t les malheurs 
qui nous attendaient dans cette cité, d<mt la 
richesse devait nous promettre un autre sort» 

. « L'armée traversa cet espace avec peine. Les 
chevaux étaient harassés , épuisés par la faim et 
la soif; car Teau était aussi rare que les foùr« 
rages. Les hommes eurent aussi beaucoup à 
souffrir: On était en effet accablé de fatigues et 
pi-ivé de subsistances. La troupe n'avait reçu 
depuis long*temps. aucune distribution , et le 
peu de ressources que Ton trouva dans Mo^v$k ^ 
ne servît t]u'à la jeune et à là vieille garde. Un 
assez grand nombre de conscrits de ce premier 
<3orp& furent victimes de l'abus, qu'ils firent dft 



non MÉMORLLL (A#Ai.êié.) 

chenaps (eau-^de^tie du pB^s.) On les voyait' 
s éloigner i qaelqnes pas de leari compagnons , 
chanceler , tourner sur eux-mêmes, puis tomber 
sur leurs genoux ou s'asseoir inrolontairement. 
Hé restaient immobiles dans cette attitude > et 
eiipiraient bientôt après, sans proférer une seule 
piainte« Ces jeunes sujets étaient prédisposés 
^i\x effets pernicieux de cette liqueur , par 
Tenniii^ les privations et les £attigues excessiresTi 
« Cependant nôui arrivâmes , le 4 lï septembre 
au soir^ daoïs l'un des faubourgs de Moscow^ 
nons j apprim^ que Tarmée russe ^ à son pas^ 
sage dans la ville , avait entraîné avec elle tous 
les citoyens et les fonctionnaires publics ^ il 
n'était resté que quelques gens du bas-^peuple et 
de la domesticité : en sorte qu'en parcourant les 
principales rues de cette grande eité^ où nous 
ënti^âm^ le lendemain su matin , nous ne rene- 
toiilt^eê pre^e personne > toutes les mai^- 
l^ms étaient entièrêinent abandonnées; Mais ce 
^{ui nous surprit beaucoup ^ ce Ait de voir le 
'('«lu «e lAanifiésterdatis plusieurs quartiers éloi^ 
giiies /oà, aucun de nds soldats n'avait /encore 
ivjru/ Et parlif^ulièremeut ddns lei baiçar du 
iirèmliti^ bà|imttiit ^tris^vaste^ /garni da'iasr^' 






(AeAi iM) DE SAÏNTE-HELÈNE. feOs 

tiques qui ont quelque ressemblanee avec ceus 
du Paiais'Royal à Paris* 

« D'après ce que nous avions Vtt sur notre pas^ 
«âge en traversant la petite Kusfide > nous res- 
tâmes ëtonnes de la grandeur de Moscow, du 
grsuid nombre d'églises et de palais qu'il reti- 
férmait , de la belle architecture d$ ées édifices^ 
de la distribution commode des maisons princi- 
pale$ > de la richesse de rameublemeni et de 
tous }es objets de luxe que Vcm trouvait dans la 
plupart. Le» rues sont gene'ratement spacieuses, 
rëguli^res et bien percëes. Rien Afe semblait être 
en discordance dans cette cité. Tout annonçait 
son opulence et le commerce immense qu'elle 
faisait des produits des quatre parties du monde. 

ce Im construction variée des palais , des mai- 
sons et des églises j ajoutait infiniment à la 
beauté de la ville. ïl y avait des quartiers -qui , 
par le genre d'architecture des différées édi- 
fices , indiquaient par quelles nations en général 
ils étaient habités : ainsi ^ on distinguait ladle^ 
ment le quartier des Francs^ , telui des Chinois 
ou Indiens, celui des Allemands. Le Kremlin 
pouvait être con^sidéré comme la citadelle de 
Mosko!?r ; il est au centre dé la ville , sur un 



H09 MEMORIAL» Uo«t leiS) 

bâtimçns latéraux > en coupant à anglçs droits 
le premier, forment l'enceinte de la cour, d'où 
Ton communique dans uu beau et vaste jardin 
qui sert de promenade au^^ ms^lades. Un por- 
tique, à colonnes d'ordre composite, forme la 
façade de ce bâtiment, ëleve de deux e'tages* 
On entre d'abord dans un vestibule spacieux , 
où correspondent les portes d'entrées des salles 
du rez-de-chaussée, et où ^st placé un grand 
et magnifique escalier qui conduit aux étages 
supérieurs. Les salles occupent toute la longueur 
du bâtiment 3 elles sont percées^ de cbaque 
coté, de fenêtres qui vont du plancher jusqu'au 
plafond : elles sont à double châssis de vôtres, 
commç dans toute la Russie, et parfaitement 
closes en hiver ; des poêles sculptés sont placés 
dans rinté4:ieur aux dists^nces convenables. Il 
règne dans les salles quatre rangs de lits uni* 
formes , séparés par les espaces que commande 
la salubrité ; chaque rang est composé de 50 
Uts , dont le nombre tota]i pouvait se monter à 
plus dç 3 mille : les trois corps-dç-logis de l'hô- 
pital renferment ^ '^ s^He^ principales , à peu 
près de la même étendue. Les usinas > la phar- 
maci', la «uisinCi, Qt ton^ Us acc^s^res ^ont 



(Aoftt iUi6) DE SAÏNTE-HËLÈl^E/ «0£» 

établis très-commodement dans autant d'endroits 
isoles , à portée des salles. Cet hôpital est un 
des mieux construits, des plus yastes et des 
plus beaux que j'aie jamais vu. 

« Les hospices civils sont également dignes 
d'attention. Les> quatre principaux sont Thô- 
-pital de Cheremetow, celui de Galitzin^ l'hô-* 
pital d'Alexandre, et celui des Enfans trouve's. 

« Le premier, remarquable par sa forme, sa 
construction et ses distributions intérieures 
fut destiné à recevoir les blessas et malades de 
la garde. 

a Cet hospice, élevé de trois étages^ a la forme 
d'un croissant t derrière cet édifice se trotivent 
les accessoires. Un beau portique, qui fait saillie 
au centre de cette demi-lune , forme l'entrée 
d'une chapelle qui occupe le milieu du bâti-* 
ment ; cette chapelle , surmontée d'un dôme , 
autour de laquelle correspondent les principales 
salles destinées aux malades , renferme le mau- 
solée du Prince fonaateur : elle est ornée de 
colonnes de stuc, de statues et de beaux ta- 
bleaux. La phannacie est une des. plus belles 
et des plus riches que je connaisse. 

fc L'hôpital des Enfans trouvés , situé ^ur le 
5. 26 



»ia MÉMORIAL < Aoéi Af , 

i^ord de là Moskowa, protège par Ibi eanoik du 
Kremlin, est; sans coulredit le plus yaUe et le 
plus bel etabUsseinentde ce genre qu'il j ait en 
Europe. Il se compose de deux portiens d'ëdi^- 
fices : lapremièire, où est la porte d'eutrëe, est 
destinée au logeaient du Gouyern«ur , pris 
parmi les anciens gênerai» d'aormeej à celui de 
Tadministration, des officions; de saute, des hit^ 
ïeaux et de toutes les personnes, attachées au 
seifvice de Thospicei la deuxième foiâae wn 
car^é par£ût. Ai^ wlien de, h ccmny, cpuî est 
très-grande, est une fontaine à réservoir,, qui 
di^tritbuQ reau^d&la rivière d^ps tout TluôpUal. 
CliîM^iW.des çotçs se compose de quatre grands 
otages» s^t^iir desquels i?ègne uu coxridor régu- 
lier ^peu large, assez spacieux cependant pa*r 
que Tair et les individus y circulent liJ^rexnent. 
Les salles occupent I0: reste, de la largeur et 
toute la longueur de chaque aile du. bâtiment; 
Dans dbaque salle sont places deux rangs de 
lits m vidéaux : leuE grandeur est rdbtive à 
celle des eufans; le quaartier des garçons «st 
sëpapé de celui d«s filles; la plus grande pro- 
preté et le plusgre^nd ordre régnent partout. 
« A peine avions nous pris possessionv de la 



(ADèriM) DE SAINTE-HÉLÈNE: «* 

TÎlle , ctfv édl»iis^!iou& ^ài^^èVKis péf^ très éffbrIN à' 
étëindi^ le féft tftté lés RMsë^ iâyàW àrïItiiUe' 
dans krç pïùs beaux qttortîîcJr^, qù*, p^f stfitié* 
de deux Causée trfàjétires, Fîfiiieiidré se' tetioti- 
vèk d'iHte ««liièW' ptea vf^, se prt/psù^e^' 
rapidement tfiin^ àectiob de fe viîîe èrautfe^, 
6t embrasa? tente lé éîtë. La pi^èhiîèré dé ées 
causes est justéXïiéllf ^pp(^téé à' k yolônf^, 
bîjenproDoiieëe', d^uné ceï^t&it^ clause deKn^àes 
. <||kè Ton! dit ètm lêg ftidi^idïi!^ détente dà»s lëé 
prisons^ dont Ie9 poirféi^ avaient été diliyërtè)^ atii 
départ db FariÀee : ces misëraUés , excités soit par 
un ordre super ieiir^ soit;par'ttiinhnrTeinénlsp6àH ^ 
tane> dans' la vue si|ns>douté d^elércér le piHajgfe j 
seport'aien/lafcxyëuit de ibuf Ié'Âiôndé,d!'i!iiî pa-* 
laiS'àraut^e, ou d^unéteaison àiîne autre', p6ur 
y mettre le feu; Lds patrouilles frkn$aises,qtioit|u:e 
nonbrewsesi ei fréquentée, n'aVaSent pu leis étl^ 
empèdierl» J'ai vu prendre phriiéiirs de ces ihisê- 
fables siiT le fait^ on avait éàîst dans létA^s^ 
maïAS desmëchfts aUupiéMetdèltf ÉÀâtièi^s ébîâi^ 
bttStibliè^Jbal peine de mwt, appliquée S iâefu/ 
qu'on prehaiH en flagrant dëkfy tle^ faisait îMillèf 
impression sur: lés antres; et Titiceiidie doùtinuiai 
trois, fourâ et trei^ntUts sans intè^mptibiit' Ëh 



jMS MÉMOHIAL (Ao&t is,^) 

vain noi soldats coupèrent les maisons .pour 
l'arrêter} la flamme franchissait bie^tot leS' 
espaces, et en un clin-d'œi) les Bàtimens ain^ i 
isoles ëtaientembrasës. Ladeuxième causedevait 
être attribuée aux yenti^ impétueux de l'équi- 
noxe, toujours très-forts dans ces contrées» et à 
la faveur desquels le feu croissait et se déployait 
avec une activité extraordinairer 

«c Userait difficile, dans quelque circonstance 
que ce soit, d'avoir un tableau plus horrible 
que celui qui affligeait nos. regards; Ce fut sur- 
tout pendant la nuit du 48 au 49 septeûibre , 
époque oà Tincendie était au plus haut degré , 
que ces effets offraient un spectacle étonnant : 
le temps était beau et sec, les vents n'ayant* 
cessé de régner de l'Est au Nord , ou du Nord à 
l'Est. Pendant cette nuit, dont l'image ef- 
frayante restera toujours gravée dans mon sou- 
venir, toute la dté était embrasée j des gerbes 
épaisses de flammes àjd couleurs variées s'éle- 
vaient de toutes parts , jusqu'aux nues, cou- 
vraient eU; entier l'horizon, portant au loin une 
lumière éclatante et une chaleur brûlante. Ces 
gerbes de feu , projetées dans tous les sens, et 
entraînées par la violencjB des vents , étaient 



(A<»àti8iè) DE SÀWtË-HÉLÊNE. »V8 

Qceqmpagtiée^ dans leur ascension et dans leur 
marche rapide, pa<r uti sifflement ^jiauvantalBlie 
et par des dëtonnations foudroyantes^ résultat 
de la combustion des poudres /du salpêtre, des 
huiles, résines et eaux-dé-yié, dont la plupart 
des maisons et dés boutiques étaient remplies. 
Les plaques de tôle vernisàéés , qui recouvraient 
les bâtimens,'se détachaient brusquement pat 
l'efietde la chaleur /et allaient jaillir au loin. 
Bes portions très-considérables de poutres ou 
de solives dé sajjins enflammées, lancéçs à de 
t^s-grandeS' diistaécQS y servaient à propager 
-r incendie jusqu'aux maisons que Ton croyait les 
«moins expos^ies, à cause de leur ëlbignemenï. 
L'épouvante et la terreur avaient frappe tout le 
monde. La garde , le quartier-gënëral et le chef 
de l'armée quittèrent le Kremlin et la cite, et 
allèrent étai)lir un camp àPétrowski, châtt;au de 
. Pïerre4e-Grand,sur la route deÏPétérsbourg. Je 
restai avee un très-petit nombre de mes cama- 
rades dans une maison bâtie en pierre, isolée, 
.et située au sommet du quartier franc, près 
du Kremlin t je pus facilement observer de-là 
tous les phénomènes de cet épouvantable em- 
brasement. Nous avigns envoyé nos équipages 



.A4* /'. :^Jfil^lJ^h kJlfif,if9f9) 

jjjt^eis,^ ^(qpiViqefl» ««i9i^itC!S {wr W A^tjtQient 

•^SiWSf T;Ç»WWS^8§« sfijftfegier dansrlfisi-ecoins 
4^s^ iï|e^< 9t> 4«B |KU<:e($:} paJL^Taetfiùtié du fea 
■l^s jQ^9|i^.lHe|9j(4r4'<^imiiQ6mK,<:eC .aàle et 
.4fi.fyt^.jf^&ij^^ïfkt(ifT^% de %QW'î^d^fi9nB pon- 
.jdoi* qj^wjkEHflfl^^ sortir diej c«»,e e$pè^ de laby-. 
jBft^e,,ffli pltwflws d'ti^to'^Ues lipit^f^neût une 
^^.^J^^fiTr^fi^. l'iû nu d«s vieUlanifi, dant k 

q^aj^i qui s'epipiiefipLMmk 4e ha exUeMeâ de ce 



(Acftt i8i«} DE SAINTE-HEI.ÈNE. %ilS 

« Quant a kios soldats > t^arÉientës |yar la faim 
et k soif, ils braTliiieirt tous les dang^s pSfiit 
ravir da fond des ca^es tet %ô^tîqtLës embm- 
sëeS) les comestîUes, les tîhs^ lesli^etttS'OU 
autres objets plus ou moins ntiks* On les voyait 
courir dans les rues vpêle-mêlë avèe lès habitans 
désespères , emportant tdut œ ^*iis avaietii pu 
arraciier ^ux ravages d« i^ àfireax incendie. 
Enfin ) en 8 ou 4€ jours ^ eetle imn^ènse et su- 
perbe cite fut réduite en tètuireis, à 4' exception 
du palais Kremlin, de i|ti^quts grahdes mai-^ 
sons et ée toutes les églises : èes ^ifiées sont 
bâtis eapierrev 

« Cette calamité jétà l'aiatnè'e dan& une grande 
canst^mation , et nous présagea de plus grands 
maiiieurs. Nous crûmes totii^ feé pouvoir plus 
trouver ni subsistance, ni tétoffei^, ni les autres 
objets néceiftfiairés à rbabillétnént des troupes , 
et dont on avait le plus pressant besoin. Qu^élle 
ide# plus sinistré pouvait se présenter à notre 
imagination I Cependant le quartier ^général vint, 
après l'incendie, s'établir de nouveau tiu Krem* 
lin y et la garde st logea dans qUelcpies maisons 
du quartier franc, qui avaient été -épargnées. 
GhaÊun reprit l'exercice de ëes fonctions. 



)H6 MEMORIAL (Août i«,6) 

> Oh décottyrity à force de recherches ^ des 
magasins de farine v de yiande, de poisson sale , 
d'huile, d'eau-de%ie y devins et de liqueurs« 
Qn en fît qadq^es distributions aux soldats i 
noais on voulut beaucoup trop épargner ou em-^ 
inagasinerj et cet excès de prévoyance , qui 
n'est quelquefois qu'un prétexte , conduisit à 
brûler par la $uite ou à laisser dans ces maga-» 
sins des denrée^ de tout genre, dont on aurait 
pu tirer les plus grands avantages , et qui aur 
iraient même suffi aux besoins de l'armée 
pendant {^lus (le ^ix niois, si Von fût resté 
à Moscow. U en fut ainsi , principalement 
pour le» étoffes et lies; fourrures qu'où aurait 
ô(i s'empressçr de faire confectionner , de ma-^ 
nière à fournir à nos troupes tous les vêtemens 
çapal]|les de les préserver , le plus possible > de 
la rigueur (^vl froid auquel il fallait s'atten-» 
dre. De leur côté, les soldats , qui ne songent 
jamais à Ti^venir , loin de ^uppl^er, pour leur 
intérêt, à ce défaut de précaution, ne s'occu-^ 
paient qu'à recueillir Jes vins, les liqueurs, 
les tnatières d'or et d'argent, et méprisaient 
tout le reste^ 

ce Cette abondance inattendue, qu'ils devaient 



( Août iei6 ) DE SAINTE-HÉLÈNE. » 1 7 

à leurs infatigables recherches, altéra la disci* 
pline de Farinée et la santé des hommes in* 
tempérans. Ce seul motif aurait dû nous faire 
presser notf^ départ pour la Pologne. 'Moscow 
devint pour nos troupes une nouvelle Capoue. 
Les chefs de l'armée ennemie entretenaient les 
nôtres dans des espérances de paix : les prélimi- 
naires devaient être signés d'un jour à l'autre. 
Cependant , des nuées de Cosaques couvraient 
nos cantonnemens et fions enlevaient tous les 
jours un grand nombre de fourrageurs. Le gé- 
néral Rutusoff rassemblait les débris de son 
armée et la fortifiait des recrues qu'il recevait de 
toutes parts. Insensiblement et sous divers pré- 
textes de pacification, ses avant-gardes se rap- 
prochèrent des nôtres. Enfin, le terme des né- 
gociations était arrivé et c'est au moment où 
l'ambassadeur français devait obtenir une pre- ' 
mière décision , que le corps d'armée du prince 
Joachim fut enveloppé. Notre général ambas- 
sadeur put à peine franchir les obstacles qu'il 
rencontra pour se rendre à Moscow. Déjà plu- 
sieurs portions de nos troupes et quelque pièces 
de canons avaient été enlevées. Néanmoins , les 
(divers corps de cette avant-garde , d'abord dis- 



ftl 8 MÉMORIAL ( Ao&t ^.6 ) 

pecsés^ se rallient, rompent hi €ol<mtie Tusse 
qvà les ceiaait, prennent une position farora- 
èj0 , et s'élanoent tour à tour sur là caralerie 
nombreuse de rennemi) 4{u'ils repoussent avec 
force en reprenant une partie des pièces •d'ar- 
tillerie et des soldats laits prisonniers dans la 
première attaque» Enfin ^ Tarrivëe du gênerai 
J^anriston et des Mesés nous confirma ^ au quar- 
tier général «la reprise des hostililiës. Des ordres 
«ont aussitôt donnes pour le départ subit de 
Tarmée; la générale se fait entendre : tous les 
corps se disposent à exécuter ce mouvement 
précipite. On se bâte de faire quelques provi- 
visions , et l'on se met en marche dans la journée 
du "1 9 octobre. » 

Dimanche a5. 

Sar le coaronnemçnt, etcé -— Décrets de Berlin et de 
Milan. — Grande cause de la haine des Anglais. 

Le temps s'est ranis tout à &it au beau. 
X'Empeteur a dëjeûné sous la tente y il nous y 
a tous £Etit appeler, La conversation a conduit à 
parler des cérémonies du couronnement. Il de- 
juandait des renseignentens à l'un de nous qui 



(Ao(iii«ie) DE 3ÀmTE-HÉLÊNE. JMS 

y ^^i< apsi^l^', ^tqpoi n'% pu ksidonaer. Il les a 
demandes à un autre ; mais celui-ci fty aYait 
pçiR^^ M Qi\ jçtijBîrVQUS dçncàli^', luiavdlt • 
« rijpjipfirçw î-^Sire, à Parisi-^Et comment I 
n Fpup ^▼ç;^ pas tufc courow^mênt? ^^ Viofa», 
^ $i»* m V&npei!eijt ftlow lé regardant dé 
îf^vers Q} si»i$»ss9M^lii oc^îllè^ Iniadit : « Vous 
«< sarii^^vOu^ aTÎsé de, faire raristocrate à ce 
« ^frâJ? »-^ Mïiis^^ Siï«# mon heure nb'tait p^ 
« venue. — -Mais, tou? avez du nïoins vu le 
«cortège? ^^Ahl Sire, si ma curiosttë Teut 
« emporta, j'aurais cèuru du moins à lîe qu'il 
« y avait de plus digne, de plus précieux à 
« voir, et je ne dois rien diminuer ici de mon 
« mérite ou de mes torts. J'avais pourtant un 
« billet , et f aimai mieux en faire hommage à 
« la danie anglaise dont je parlai derniè^-ement 
« à Votre l^ajesté , la({uelle 7 par parenthèse, y 
« attirappa un. rhume dont elle mancjua mourir. 
« Moi| je restai trai^xjiiillement cheai moi, — 
« Ah I c'est trop fçrt, dit l'Empereur , le vilain 
« ^ri^toçrjitçi! Commwt? Vraiment, vous en 
•J étie? à cç pûin1;?«5--Hëlas! oui , Sire, a repris 
« Ts^ççuse, et pourtajat me voici près de vous, 



ASe MÉMORIAL (Aoùtia.6) 

« «t àSte^H^ène.n Et r£mperéar, lâchant 
roreille * à souri. 

Après déjeuner ^ il m'est Ténu un capitaine 
de l'artillerie anglaise , ayant étë six ans à Tîle 
de France. U devait partir le lendemain pour 
FEurope. Il m'a supplié, sous mille formes et 
mille manières y de lui obtenir le bonheur de 
voir TEmpéreur. Il eût, disait- il, donné tout 
au monde pour une telle faveur j sa reconnais- 
sance serait sans bornes, etc. 

Nous avons causé fort lohgrtemps : TEmpe- 
reur faisait son tour en calèdhe. A sa rentrée > 
j'ai été assez heureux pour remplir les vœux de 
l'officier anglais. Il a été reçu plus d'un quart 
d'heure par l'Empereur} il eu était ivre de 
satisfaction, n*ignorant pas <jue cette faveur 
devenait chaque jour plus rare. Tout l'avait 
frappé, disait -il, au dernier degré dans TEm- 
pereur : ses traits , son affabilité , le son de sa 
voix , ses expressions , les questions qu'il avait 
faites j c'était , me disait-il , un héros , un dieu !.. • 

Le temps était délicieux. L'Empereur a con- 
tinué de se promener dans le jafdin, entouré de 
nous. Il discutait sur le non succès de la négo- 
ciation de l'un de nous; chose que TEmpereur 



(AoAi iêi6) DE SAINTE-HÉLÈNE. H%4 

atait jugé des plus simples, et qui s^e'tait trouvée 
des plus délicates pour le négociateur. Il s'était 
agi de proposer un papier à des ofificiers anglais, 
pour qu'ils le publiassent en Angleterre. 

L'Empereur s'acquittait de sa censure avec 
sa logique ordinaire , avec l'esprit et le sel 
qui lui sont familiers ; toutefois, il en était fort 
ccHitrarié; sa conversation est devenue forte, il 
l'a poussée jusqu'à l'humeur, et c'était pour la 
première fois peut-être que le patient en éprou- 
vait les marques. « Enfin , a-t-il conclu, ce que 
« vous proposiez Ik à d'autres, Monsieur^ après 
« t(ftit, vous l'eussiez accepté vous-même à leur^ 
« place ?— Non, Sire.—- Comment non ? Eh bien !* 
m a-t-il ajouté d'une manière réprobative, vous ne 
« seriez pas mon ministre de la police. — Et Vo-' 
« tre Majesté aurait raison, a répliqué vive- 
nt ment celui-là, qui s'était ému à son tour; je 
«c ne me sens aucune disposition pour un tel 
« poste. » Un instant avant le dîner , l'Empe-' 
reur , le voyant, entrer au salon , a dit : « Ah ! 
« voilà notre petit officier de police. Venez , 
« approchez mon petit officier de police; » 
et il a pincé son oreille. Bien que des heures 
se fussent écoulées depuis la conversation vive. 



k2i MÉMOfUAL (.i»àii^9) 

rEmperear se la rappelait; il davait celui qirî 
^ aTuit été Voiijet trèâ-seosible; et il était yî- 
siUe qu'il voulait en êfîaêer Finarpression. Voila 
des nuance) earactéristiqiies^ et celles, cpii res»- 
sortent des objets les piu& petits sont les plus 
naturelles , les plus sûres. 

Après le ^ner y la oonverSatioù a côndntt 
l'Empeifeur a parcourir le sujet spécial der sa 
^erelle rt^aritiine arec l'Angleterre. « La pré-- 
« tention du blocus sur le pUpier, disait^î!, lur 
<f valut mon fameux décret de.BerlÛK« Le ccaK^ 
« seil britannique^ dans sa colère ^ lance tus ar- 
« lèùy il établissait un octroi sur les nifers. 
« Riposté aussitôt par le& célèbres décrets de 
« Milan,. qui dénationalisent tout pavillon qu» 
« S6s<nunettriaitiaux actes anglaisée! c'est alors 
«qilç la' gaetJie devint^ en Angleterre, vrai- 
« ment persQuînelle. La rage contre moi 
ce saisit tous ceux qui tenaient au commerce* 
« L'Angleterre s'indigna d'une lutte et d'une 
m é)iergie qu'elle ne connaissait pas. Elle avait 
ce toujpurS' trouvé ceux qui m'avaient devancé 
c( plus compbiisans. « 

. L^Emper^ury plus tard , a développé les me-^ 
sures par lesquelles il avait forcé les Améri- 



, , \."^^>:- 

(AûAne4«) DE SAINTE-HELENE. iaâ!v 

cains à se battre contve les Anglais. H ayak , 
trouvé le mojen>di$aitril^ d'attacher leuis^ m*- 
terêts à leurs droîtsi, eut c'est poux les pye^ 
miers qu^oa se bat» disait-il^ beaucoup piiis 
(jue pour les* seconds». 

Aujourd'hui l'Empereur s'atte&daÂt, disait- 
il, à quelques tentatives prochaines des Anglais 
sur la souveraineté d«& mev», à quelque octroi 
universel, etc., etc. « C'est pour eux^ disailril, 
•c un des grands moyens d'acquitter leurs dettes , 
« de sortir de Tabîme où ils se trouvent plon- 
n gësj en un mot, de se tirer d'affaire. S'ils ont 
« parmi eux vm génie hardi, tme tête forte, ils 
m doivent entreprendre quelque chose de la 
tt 9(Mrte. Personne ne saurait s'y opposer , et 
<c ilis peuvent présenter la chose avec une espèce 
« de justice. Ils ont et faire valoir que c'est pour 
« le salut de l'Europe qu*ils en sont arrivés là } 
m qu'ils ont réussi y qu'on leur en doit quelque 
« £écomp6iise«.Ët puis , il n'est plus en Europe 
m de vaisseaux de guerre que les^ leurs. Ils rè- 
«i gnent aujourd'hui die fait sur l'es mers. Il 
m nf existe phss de droits pubKcs quand Fcquiïi- 
«c bre es€ rompu, e€e. , etc. 

u Les Anglais- peuvent être tout aujourd'hui 



h2H MEMORÏAi; (Aafcti8i6) 

K s'ils veulent se réduire à rentrer dans leurs 
« vaisseaux. Mais ils exposeront leur supériorité', 
« compliqueront leurs affaires , et perdront 
« insensiblement jus(|u'à la considération , s'ils 
« s'obstinent à conserver des soldats sur le 
ce continent. » 

Lundi a6. 

Relation de la campagne de Waterloo , dictée par 
Napoléon. 

L'JËmpereur est sorti de très-grand matin f 
même avant 7 heures; il n'a voulu faire lever 
aucun de nous. Le temps e'tait fort beau j il 
s'est mis à travailler seul dans le jardin, sous la 
.tente, où il nous a fait appeler tous pour de'jeû- 
ner. Il est demeuré jusqu'à 2 heures. 

A dîner, il a beaucoup parlé de notre situa- 
tion dans l'île. Il ne voulait pas, disait-il, bou«- 
ger de Longwood ; ne se souciait d'aucune 
visite ; mais il désirait que nous prissions quel- 
que diversion ; que nous cherchassions à nous 
égayer. Il nous aurait vu avec plaisir, disait-il, 
nous mouvoir et nous produire davantage, etc. 

L'Empereur fait lire ce qu'il aVait dicté de 



(/Mi ifcff)^ DE SADf îfi-liËÉ.ÈNE. iM 

la ' hiztailie 4e Yhit&iUH^ «i g^ft|è'rri iG^rgàbif J 
Quelles pag«s.I..;Ên€iS font niai;..-. L^ ^é^ti-- 
nëesde la France o»t tewità-^i pe^ dé dbôsTé'! KK.; 
JV. B. Celte pvçMluqlion a ^pttbHëe,enii 
Ewope^ e» 1J820 *. On ^laitvèn* 4 bcmt^ «fet 
faire sortir furtivement dé Ste*Hélè»e, en déj^t* 
de tailx y%ildncè. Dès que cdtte^Fe>kiliën de 
Wateiioe parat dans le naonâe, p^vscrmie'ii^ ^ 
trompa sat Bm mneat. Oa Vtèstjécslte" } Dimjp^éèï 
seul pot&y att |a -décrive de i« sotte i tt i*oà^MÙV0 
que c'esiprccisep^éttt ainal <{tfe ^aMi«jèp#ttiiëMit 
antagou9teluv-]?aéaK.QuelilMatti oliàj^ttMfQvî 
II serait inpf0Kii>bjdf en. essayer. mner^ntii^e^^^ 
de psrëtehdve à Icis faii ë .jitgèi-jd^qetefiti} tl fiaM 
Ui*e: i:ori^tmk::ïout|drdk> iioi»[ttMsenirM».tilil 

en fomâ dj9 ieésàtsés iifeuf Jcxbsprtatioiisfjjdè 
STapiedQ&n^Bur k&fàutes^t^th.iiiî â |*ep«odiiâss 
dan&:c«kte eampagne* •'•..,, mî, .•• :; r; jf) ./rx^..- 
Ce 9(mt des points ifuii ikiteetiiieik>o^ dbisif- 
qu4$t et nôiiefvocttip0i|£e iqu'biL'ne sei^t pas 
fôcbé de retr<9«kveaciadtôio]n)i8tii$ ({ui deds^nenC, 



* Mémoires pour senrir iî rtïist^iriq jle f^rance en igi?, 
5. 27 



»^ MEMORIAL (MLM^i 

tojites Ui {(Â$ que l'occasion s'en pn^aenfe, I# 
an jet 4^ vives et importantes disKiussions. 

Nous feroai^ prëcëder ces observations, et tou- 
jours de la dictée de Napoléon, du tableau des 
içessources qui restaient encore à la France^ 
9prè$ la perte de la bataille. 
', ft La position delà France. était critique après 
}SL batfiiUe de Waterloo; mais non. désespérée. 
Tout avait été prépara dans Tliypothèse qu'oie 
écbmÀt dans l'attaque de la Belgique^ 70 mille 
Jionimes étaîiQnfc rallies le 27 ^ entre Paris ,et 
hàimi 25 à 80 mille bommes, y compris les 
(Aépôts de la garde, étaient en marcbe de Paris 
M des dépôts; léguerai Rapp, avec 25 millç 
bonmes de troupes d'élite, devait être arrive^ 
(bus les.p]:enuers jousstde juillet, sûr la Mamë^ 
Mate» les pertes du |natëri^ dé FartiUerie 
«talent reparées. Paris seul. contenait 6 cents 
pièces de canon de campagne, et on n'en avait 
{ierdu que 470. Ainsi, une ar^ée de 420 mille 
Juc^nmes, ëgale à celle qui avait passé la Sambre 
J» 4 5 , ayant un taâtiii d'artillerie de 350 bouches 
à feu, couvrirait Paris aiH*' juillet. Cfette Qdpi- 
taie avait, indépendamment de cela, pc^ur^sa 
défense ^ 36 mille b(fmii^e& de gf^x^^^ iji^tionale^ 



(ApèiiSia) DE SAINTE-HÉLÈNE. JI2T 

So mille tirailleurs, & mille çaQOimiers ^ 6 cents 
-bouches à feu en batterie, des retranchemens 
formidables sur la rive droite de la Seine > ^t ^n 
peu de jours, ceux de la riye gauche eussent elë 
entièrement terminés. Cependant les armées 
anglo-hollandaises e\ prusso-saxonnes^ affaiblies 
de plus de $0 mille hommes, n'étant plus que 
de 4 kO mille , ne pouvaient dépasser la Sommé ^ 
avec plus de 90 miUe hommes ; elles y atten- 
draient la coopération des armées autrichiennes 
et russes , qui ne pouvaient être , avant le ^ 5 
juillet, sur la Marne. Paris avait donc 25 JQiirs 
pour préparer sa défense, achever son arme^ 
ment, ses foiïtifications, ses approvisionnçmens,^ 
et attirer des troupes de tous les points dé la 
France. Au 45 juillet même, il n'y aurait que 
80 ou AD mille hommes arrivés sur le Rhin. La 
masse des armées russes et autrichiennea n^ 
pouvait entrer en action que. plus tard. Ni les 
armes, ni les munitions, ni les officiers ne 
manquaient dans la capitale^; ouipoùyaît porter 
facilement les tirailleurs àiSQ mille hommes, et 
augmenter l'artillerie, de campâ^gne jusqu'à f 
.cetots bouches à fett. 

jr Le maréchal Such^t » réui^i m, ginér^i 



»3te MEMORIAL (Aiôii«i6) 

Lecourbe/anrail) à la même épo^é, plus de 
30 mille hommes devant Lyon, indepcnidain- 
'méttt de la garnison de cette ville, qui Utrait 
"bien arme'e, bien apprbtisioniiee et bieïiî r^- 
tranchée. La dëfen$e de toutes les places fortes 
^lûit assure'e \ elles étaiei^ commamlees par des . 
ofiiciér$ de choix, et gaixlées par des* troupes 
fidèles. Tout ]^Taît se rëparer; mais il fallait 
du caractère I d^ Tenc^rgie, de la fermeté' de la 
paf^t des officiers /dugoayernemeulr, des Cham- 
bres', de la tiatioû ^out entière 1 \i H feUâit qu' elle 
'fi\t aniixioe par le sentiment de llioïinéur , de 
la gloire > de l'indepeiidanoc nationale ^.qn/eUe 
.fî:^ât les yeux snprRoiQe; après i la bataille de 
Cannes, eH iion âui* Carihage, aiprèsi2à;ma!i! 
Si la Trànct B'^le^it àcéttehanlieurV elle ëtait 
invi'teible. Son peuple contenait plus d^elém^ns 
miHtairesqû'a««:un^ autf^ peuple du mondes Le 
tnat<{f iei de ta gu^re ^«ait en^ abondance, et 
pbuvài» suffire à ^tbu» les besokis*' • c '-■ 

' <c Le 3^ juiti^ leimarocM^hiclie^-et^J^cde 
WeDiugton ent^èrenâ , sur dciii ccQtfnnes , sur 
Wterritoit»é'.frîiWçais^ 3Le 2Sv leJfcis.'ptit au 
magasin à poudre d'Avesne»} iâçbcb^se rendit. 
"Le^ h^ Priissiiett» ârtverebt das&iQul^e^) et 



(Aoài iM} DE SAINTE^HÉLÈNE. )*29 

l0 dûc de Wellington à/Çamhray. Le 26, il 
était à Përonne» Pendant tout cç temps ^ les 
places.de 4'®, 2« et 3« ligne àe la Flandre étaient 
investies* Cependant) Ge$ deux geoëraùit ap-. 
prîreixt, le 2j5 , l'abdication ^^ l'Empereur, qui 
ays^it eu liieu le 22^ l'insurrection des Chambres, 
le découragement que ces circonstances jetèrent-, 
dans l'armée , et les espérances qu'en concevaient* 
les ennemis intérieurs. Dès-lorâ ils lie songèrent 
plus qu'à marcher sur la capitale, sous les murs 
de laqurelle ils arrivèroBl les derniers jonrs de> 
juin , av^c motois. de dO mille hosnfaes } démarché 
qui leur aurait été ftîneste ie»t "eûtientxainé leur) 
ruine totale, s'ils J^'eussent hasardée devant*^ 
IVapolépn; mgis ce Pxinc» avdit abdique! ! l^hesi 
troupes de lig^ qui se «trouvaient à Bapis, pKiS> 
de (i mille hàmmes dés* deptâtsdé la garde, les^ 
tirailleurs de la garde nationale, clioi^is'^cfaime 
le peupl(4<jle cette grande capitale , lui étaient 
tous déyoiu^s;: il .pouvait foudroyerdosenneniiï 
intérieurs ! ! ! Mais pour développer Ibs motiik 
qui ont réglé. sa conduite tlanf cdte dccasi(in.si 
importante , et qui a eu de -si' fimestesicciiisé- 
q^^n^^esr pour lui |b* .pn^wr là^/Fraiicb^: il/foub 
repr^ndr^ile récit d^plva hm^^ett^mielke^ : i • » 



WO MÉMORIAL (A^iSie) 

PrenuèM observation. — « On a reproché à 
FEmpereur lA^àt s'être démis de la dictature au 
moment où la France avait le plus grand besoiu 
d'un dictateur; 2® d'avoir changé les constitu- 
tions de l'Empire, dans unmoment où il ne fallait 
songer qu'à le préserver de l'invasion; 8® d*avoir 
souffert que l'on alarmât les Vendéens > qui 
d'abord avaient refusé de prendre les armes 
contre le régime impérial ; )i^ d'avoir réuni les 
Chambres lorsqu'il suffisait de réunir les armées; 
5® d'avoir abdiqué et laissé la France à la merci 
d'une Assemblée divisée et sans expérience;, 
car enfin , s'il est vrai qu'il fut impossible âù 
Prince de sauver la patrie, sans la confiance de' 
la nation I il ne Test pas moins que la natfon , 
dans ces circonstances critiques, ne pouvait* 
sauver ni son honneur ni son indépendance , 
sans Napoléon; 

« Nous ne ferons aucune réflexion sur des ma- 
tières qui sont approfondies , et loinguement 
traitées dans le livre X.> 

Deuxième obseri^ation.-^fx^ L'art avec lequel ' 
les mouvemens des divers corps d'armée ont été 
dérobés à la connaissance de i'euneïni , an début 
dslacâmpagiie, ne saurait être trop l'emar^ué; 



(JtoAiitiS) DE SÀINTE^HELENE: M4 

Le mar<khal Bluçher et le duc de WdlingtQfi 
çnt été surpris ; ils n'ont rien vu, rien sa de tov^s 
les mouyemens qiii s'opëraiçnt près de leui^s 
avant-postes, 

« Pour attacjuer les deux armées ennemies i 
les Français pouvaient déborder leur droite» leur 
gauche et percer leur centre^ Dans le premier 
cas ils déboucheraient par Lille , et rencontre- 
raient Farmée angio -hollandaise ; dans le se- 
cond , ils déboucheraient par Givet et Charle-* 
mont^et rencpntreraient Tàrmëe pruisso-saxonnej 
Ces deux années restaient réunies puiscpi'elles 
seraient pressées Tune sur l'autre , de la droit^e 
sur la gauche, et de la gauche sur la droite; 
L^£mpereur adopta le parti de couvrir ses mou- 
vemens par la Sambre, et de percer la ligne des 
deux années à Charleroi , point de leur jonc- 
tion, manœuvrant avec rapidité et habileté. Il 
trouva ainsi dans les secrets de l'art , des moyens 
supplémentaires qui lui tinrent lieu de 4 00 mille 
hommes qui lui manquaient. Ce plan fut conçu 
et exécuté avec audace et sagesse. 

Troisième cbscTvation.^^ 9^ Le caïaatàre de 
plusieurs généranx avait étd détrefO^. par les 
evéaw&ensde iSi^'p ils arai^ntperdu quelque 



'«si •' MEMORUt ; UohitM) 

^eh(m àe cette audace, de cette resolution et 
de cette confiàtice qui leur avaient yalu tant de 
glofre, et aykiënt tant contribua au succès des 
campagnes passées. 

* « t<^Lô ^"5 |uin , le â« corps devait prendre les 
âWtiès à trois heures du matin , et arriver devant 
ChâfWoi A dix heures ; il n'arriva qu'à trois 

tieui-es après midi. 

« 2<* Le niéme jour, Tattaqùé dès bois en avant 

* de Pleurus , qui avait ëte ordonnée pour quatre 
•heujf-esajirfes midi, n'eût lieu qu'à sept heures. 

* ta nuit suivint avantqu'on pût entrer à Fleuriis 
où le projet du chef atait e'té de placer son qua^- 

'Kcx*-gtenëraï ce même jour. Cette pêne de sept 

* heures ëtait bien fâcheuse au ddbut d'une cam- 
pague^ 

«t â* lïey reçut IWdre de se porter, le 46, 
avec >3 mille hottiitteis , qui composaient la 
gatuche qu'il commanafaït, en avatit des Quatre- 
Bras , d'y prendre position à la pointe du 
^j<mty et mêine de s'y retratichen II hésita, 
perdit huit- heures. Le Prince d'Orange, 
avec ^ mille hommes seulement, conserva le 
4B , jusqu'à trois heures ajprès midi , cette im- 
'portanté poidticm; Lorsqu'enfin le maréchal 



^jrfi *gKj) DE SAINTE-HÉLÈNE »3a 

i^eçut â midi l'ordre daté de Fkurus, et qu'ii , 
vit que TEmyereur allait ea venir aux mainç 
avec les Prussiens , il se porta sur les Quatre- 
Bras y mais ^eul^nent avec la moitié de son 
monde, et laissa l'autre moitié pour appuyer sa 
retraite à deux lieues derrière; il l'oublia jusr 
-qu'à 6 Jieures dti soir, où il -en sentit le l^esoin 
poTu* sa propre défense. Dans les auti^es cam>- 
jpagnes, ce général eût occupé à six heni^du 
matin la position en avant des Quatre-Bras, evt 
défait et pris to^te la division belge; et dLl ou 
tourné Tarmée prussienne en faisant > par ht 
chaussée de Namur, un détachement qui fut 
tombé sur les derrières de la ligne de bataillt;; 
ou>en se portant ayeç ]*apidité sur la chaussée d0 
Gennapes, il eût surpris en marche et détruit 
la divisipiide Brunswick^ et la 5® division anglair 
M) qui venaient de Bruxelle£(>et de là eut marché' 
a la rencontre des l'^^etS^ divisions anglaises 
qiii arrivaient par la chaussée de Nivelles , l'unie 
et l'autre sans cavalerie ni artillerie et harassé^ 
de fatigue. Toujours le prenxier dans le feu, 
iNey oubliait le( tisoupies qui n'élaielat pas sous se^ 
.yeux. La bravoture que doit montrer un général 
en chef ^^t différente de celle que.dçit avoir 



%U MEMORIAL (Ao&i m€.j 

ua gênerai de division, comme çelle-d ine doit 
pas être celle d'un capitaine de grenadiers. 

«f k^ L'avant-garde de l'armée française n'ar- 
»iva le 47 devant Waterloo, qu'à six heures du 
soir : sans de fàcbeustss hésitations , elle y fût 
arrivée à trois heures. L'Empereur en parut fort 
contrarié : il dit, en montrant le soleil : « Que 
« ne donnerais-je pas pour avoir aujourd'hui le 
« poui^oir de Josué, et retarder sa marche de 
« deux heures. » • 

Quatrième observation. — « Jamais le soldat 
français n'a montré plus de courage, de bonne 
volonté et d'enthousiasme } il était plein du sen- 
timent de sa supériorité sur tous les soldats de 
l'Europe. Sa confiance dans l'Empereur était 
tout entière, et peut-être encore accrue; mais 
il était ombrageux et méfiant envers ses autres 
chef»; Les trahisons de AS^h étaient toujours 
présentes à son esprit; tout mouvement qu'il ne 
comprenait pas l'inquiétait; il se croyait trahi. 
Au moment où les premiers coups de canon se 
tiraient près de Saint-Amand, un vieux caporal 
s'approcha de l'Empereur , et lui dit: « Sire, 
« méfiez-vous du maréchal Soult; soyet certaitor 
«c qu'il nous trahit.-^Sois tranquille ^ lui répond 



rAoêi i8i5) DE SABSTE-HkiïŒ. »85 

•f ce prince, fen réponds bomme de moi. n Au 
milieu de la bataille, un officier fit le rapport 
au maréchal Soult, que le général Vandaanmc 
était passé à renncDdi; que ses soldats deman- 
daient à grands cris qu'on en instruisît TEmpe- 
reur. Sur la fin de la bataille, un dragon, le 
sabre tout dégoûtant de sang, accourut criant : 
m Sire, venez vite à la division, le général 
« Dhénin harangue les dragons pour passera l'en- 
M némi. — L*as-tu>ntendu?— Non Sire, mais un 
* officier^ qui vous cherche, Ta vu et m'a chargé 
•f de vousledire. » Pendant ce temps, le bravé 
général Dhénin recevait un boulet de canon qui 
lui emportait une cuisse, après avoir repoussé 
une charge ennemie. 

« Le ^ Aau soir , le lieutenant-général B..tr.:7 J 

le colonel C , et Tofficier de Tétat-major 

V avaient déserté du Jf« corps et passé à 

l'ennemi. Leurs noms seront en exécration tant 
que le peuple français formera une nation. Cette 
désertion avait fort augmenté l'inquiétude du 
soldat. Il parait à peu près constant qu'on a 
erié saiM^e qui peut, à la Mo division du premier 
corps ^ le soir de la bataille de Waterloo, à l'at- 
taque -du village de La Haye, par le maréchal 



WO MÉMORIAL (Aoùhsiô) 

B1uc1)p€î]:. Ce village n'a pas étéxlefendu comme 
H devait Yètre, Il est également probable que 
plusieurs officiers porteurs d'ordres ont dis- 
paru. Mais' si (jucL^u^es officiers put déserte » 
pas fin seul soldat ne| s'est rendu coupable d^ 
ce crime. Plusieurs se tuèrent sur le champ dç 
bataille, où ils etaien^t restes blessés, lorsqu'ils 
îipprir^nt la de'route de l'urmëe. 

' Cinquième obserpolion. -^ ^ Dans la journée 
du i7 9 l'armée française se trouva partagée en 
trois Jjarties ; 69 mille hommes, sous les ordres 
de l'Empereur ^ marchèrent isur .Bruxelles, par la 
. chaussée de Chàrlei*oi j. SM^ mille soUsles ordres 
du maréchal Grouchy , se diiigèreiit sur cette 
capitale , par la chaussée de Wavres , à la suite 
d^S JPru^ietis^ 7 à Similiehonoimes restèrent 
sur le chai*ip de biteiUe; de Inigtiy^ savoir : 
8 mille hommes de là. division Girard,. pour 
porter secoure aiiix blessés v et former dans tous 
les CI15 imprévus, une réserve aux Quatre-Bras; 
i!i à 5 mille hommes ^ formaïit le» parcs de 
iHîs^rVe restèrent à Fleurus et ^ Charlerqi. Les 
3^ mille hommes du marcchgl Gï^chy ^ a^y^ant 
408; pii»e$ dç. canon, étaien]t «juffi^ans pour cul- 
buter Tafii^re garde prusî^e^tie dans toutes les 



(Août i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. »37 

positions qu'elle prendrait , presser la retraite 
de l'armëe vaincue , et la contenir. Cétàit un 
beau' résultat de la victoire de Lîgny, de pou- 
voir ainsi opposer 3^: mille hommes à une armée 
t[ui avait e'te' de 4 20 mille hommes. Les 69 mille 
îiommes sous les ordres de l'Empereur, e'taient 
suffisaris pour battre l'armëe anglo-hollandaise 
de 90 mille hommes. La disproportion qui exis-- 
tait le Ah y entre ies deux masses belligérantes, 
qui étaient alors dans le rappmt d'un à deux , 
était bien changée j elle n'e'tart plus que dans le 
rapport de trois à quatre. Si l'armée anglo-hol- 
landaise avait bs^tu les 69 mille hommes qui 
trrîarchaient contre elle , on eèt pu reproelffer à 
Napoléon d'avoir mal calcule j mais il est cons- 
tant, même de l'aveu des. entifemis, que sans 
l'arrivée du gëne'ral Blucher , l'armëe anglo»- 
4iollandaise aurait' perdu sonxhamp de bataille 
^ntre huit et neuf heures du soir. Sans l'arrivée 
•du isiaTëchal Blucher à huit heures du soir , 
avec SCS 4" et 2* corps ^ la marche sur 
JBru^elles, svùc doux colonnes, peiulsHit la jour- 
née du i T^ uvait piusieurs avantagée La gaiichie 
^oussdit dt:co]<teuait l'armée angla-kc^huidaise ; 
^ drcûte^sonslestirdresdtt maréchal GtroucKy^ 



hZS MEMORIAL (AoAt ai6) 

poursuivait et contenait l'armée pruss(Hsaxonne ; 
et le soir, toute l'armée française devait se 
trouver réunie sur une ligne de cinq petites 
(ieues , de Mont-Saint -Jean à \Vavres , ayant 
ses avant- postes au bord de la fotêt. Mais la 
faute que fit le maréchal Grouchy de s'arrêter 
le 4 7 à Gembloux , n'ayant fait dans la jour- 
née que deux petites lieues^ au lieu de con- 
tiipiuer jusques vis-à-vis Wavres, c'est-à-dire 
d'en faire encore trois, fut aggravée et rendue 
irréparable par ceUe qu'il fit le lendemain 
AS, en perdant douze heures, et n'arrivant 
qu'à quatre heures aprè§ midi devant Wa- 
vrai , au lieu d'y arriver à six heures du 
matin, 

« 4®, Chargé de poursuivre le maréchal Blu • 
cher, Grouchy le peii'dit de vue pendant vingt- 
quatre heures, depuis le 47 à quatre heures 
après midi jusqu'au 48 à quatre après midû 

« 2^ Le mouvement de la cavalerie sur le pla- 
teau, pendant que l'attaque du général Bulow 
n'était pas encore repoussée, fut un accident 
fâcheux. L'intention du chef était d'ordonner 
ce mouvement, mais une heure plus tard, et de 
le faire souteuir par les seize batailloûs d'iu^ 



(Af^taiS) DE SAINTE^HELENE. m 

fanterie de U garde, çt 400 pièces de €anon. 

c<) 3^ Les grenadiers à cheval et Us dragons de 
la garde, que commandait le gênerai Giiyoti 
js'engagèrent sans ordre. Ainsi à cinq heures 
après midi , Tarmëe se trouva sans javoir une 
reserve de cavalerie. Si à huit heures et deinie 
cette réserve eût excité l^orage qui bouleversa le 
champ de bataille eût été conjuré ^ les chargés 
de cavalerie ennemie repoussées , les deux 
jarmées eussent couché sur le champ de bataille , 
malgré l'arrivée successive du général Bulow 
et du maréchal Blucher; l'avantage eût encore 
été pour l'armée française, car les 34 mille 
hommes du maréchal Grouchy, ayant 4 08 pièces 
de canon , étaient frais et bivouaquéi'ent sur le 
champ de bataille. Les deux armées ennemies 
^ fussent dans la nuit couvertes par la foret de 
Soignés. L'usage constant, dans toutes les ba- 
tailles, était que la division des grenadiers et 
dragons de la garde ne perdit pas de vue l'Em- 
, pereur, et ne chargeât qu'en vertu d'un prdre 
donné verbalement par ce prince au général qui 
• la commandait. 

Le maréchal Mortier, qui commandait en 
chef la garde, quitta ce commandement le 45 



à Beaiimont, comme les hostilités commen- 
çaient : il ne fut pas remplacé, ce qui eut plu- 
sieurs inconvéniens. 

Sixième obsefi>àtion. « 4<> L'armée française 
manœuvra sur la droite de la Sambre , le 43 et 
le \ 4. Elle campa la nuit du 4 )f au 45, à une 
demi-lieue des avaut*po6tes prussiens; et cepen- 
dant le maréchal Bliicher n'eut connaissance de 
rien; et lorsque le 4 5 dans la matinée, il apprit 
à son quartiçr-général de Namur, que l'Empe- 
reur entrait à Charleroi, Tarme'e prussosaxonne 
ëtait encore cantonnée sur une étendue de pays 
de trente lieues ; il lui fallait deux joursrpour 
se réunir. Il eut dû, dès le 45 mai, porter son 
quartier -général à Fleurus; concentrer les can- 
tonnemens de son armée dans un rayon de huit 
lieues , tenant des avant-gardes sur les déboK- 
chés de la Meuse et de la Sambre. Son armée eût 
pu alors être réunie à Ligny le 45 à midi, y 
attendre l'attaque de l'armée française, ou, dans 
la soirée du 45, marcher contre eïle pour la 
jeter dans la Sambre* 

« 2** Cependant, quoique surpris, le maréchal 
Blucher persista dans le projet de réunir son 
armée sur les hauteurs de Ligny, derrière Fleu- 



(Aoùt.8i6) DE SAINTE^HÉLÈNE. UA 

TUS , bravant la chance d'y être attaque avant 
que son armëe n'y fût arrivée. Le 4 6 au matin , 
il n'avait encore reunî que deu'x corps d'armée, 
et déjà l'armée française était à Flenrus. Le 3* 
corps rejoignit dans la journée; mais le )^*, que 
commandait le général Bulow, iie put ari'iver à 
la bataille. Le maréchal Blucher eut dû, ailssi- 
tôt qu'il sut les Français à Charleroi , c'est- 
à-dire , dans la soirée du 4 5 , donner pour pQin(t 
de rassemblement à son armée , non Fleurus « 
non Ligny , qui se trouvaient déjà sous le c^non 
de son ennemi; mais Wavres^ où les français 
ne pouvaient arriver que le i 7. Il eût eu de plus 
toute la journée du 46 et la nuit du 46 au "f 7» 
pour opérer le rassemblement total de son 
armée. 

« 3® Après aToir perdu la bataille de Ligny , 
le général prussien, au lieu de faire sa retraite 
sur Wavres, eût dû l'opérer sur l'armée du duc 
de Wellington, soit sur lesQuatrq-Bras, puis- 
que celui-ci s'y était maintenu , soit sur Wa- 
terloo. Toute la retraite du maréchal Blucher,: 
dans la matinée du 47 fut à contre sens, puisque 
les deux armées, qui n'étaient qu'à 3 mille toises 
l'une de l'autre , p<;ndant la soirée du 4 6 , ayant 
5. 28 



nz MÉMOKIAL (Àràt iei6) 

pour «•ramunication une belle cliauHee^ ce <jui 
ks poutait faire considérer comme rëanieR, se 
trouvèrent le soir du ^ 7 éloignés de plus de 4 
mille toises , et séparées par des défilés et des 
chemins impraticables. 

« Le général prussien a violé le trois grandes 
règles de la guerre : 4*^ Tenir ses cantonnemens 
rapprochés j 2* donner pour point de rassemble- 
ment un lieu oi\ ils puissent tous arriver avant 
Tennemi; 3* opérer sa retraite sur ses renforts. 

Septième obsert^ation. 4 <> — * « Le duc de Wel-«- 
lington a été surpris dans ses cantonnemens; il 
•Àt dû, le 45 mai, les concentrer à huit lieues 
autour de Bruxelles, tenant des avant-gardes sur 
1«S del>ouchés de Flandres. L'armée française ma- 
nodurrait depuis trois jours à portée de ses 
avant-postes } elle avait, depuis vingt-quatre 
heures 9 ecnnmencé les hostilités; son quartier - 
général était depuis douze heures à Charleroi , 
que le général anglais ignorait encore tout a 
Bruxelles , et tous les cantonnemens de son 
armée étaient encore en pleine sécurité occu- 
pant un terrain de plus de vingt lieues. 

« 2* Le prince de Saxe-Wcimar, qui faisait 
pa^^tia da l'ai'maa anglo-hoUaudaise, était, le 45 



(Août i8i«) DE SÀINTE-HÉLÊNE- US 

A quatre heures du soir , en position en avant 
de Frasne, et savait que larmee française e'tait 
à Charleroi, S'il eût envoyë directement un 
aide-de-camp à Bruxelles, il y serait arrivé à 
six heures du soir; et cependant ce ne fut qu'à 
on^e heures du soir que le duc de Wellington 
fut instruit que l'armée française était à Char- 
leroi. Il perdit ainsi cinq heures dans une cir- 
constance et contre un homme où la perte d'une 
seule heure était d'une grande importance, 

« 3« L'infanterie , la cavalerie et l'artillerie de 
cette armée étaient cantonnées séparément, de 
sorte que l'infahiterie se trouva engagée aux 
Quatre-Bras, sans cavalerie ni artillerie, ce qui 
lui fit éprouver une grande perte, puisqu'elle 
fut obligée de se tenir en colonnes serrées pour 
faire face aux chargea de cuirassiers, et sous la 
mitraille de cinquante bouches à feu* Ces braves 
étaient ainsi à la boucherie , sans cavalerie poqt 
les protéger , et sans artillerie pour les verigei*, 
Gomme les trois armes ne peuvent pas se -pas- 
ser un moment Tune de Tautre, elles doivent 
toujours être cantonnées et placées de ùianière 
à pouvoir toujours s'assister. 

ii W« Le général anglais, quQique surpris, donna 



UU MÉMORIAL (JUfti.4»»a) 

pour point de réunion à son armée les Quatre 
Bras, depuis ik heures au pouvoir des Français, 
Jl exposait ses troupes à être défaites parlielle- 
ment et à mesura de leur arrivée ', le danger q[u'il 
Jeur faisait courir était hien plus considérable 
encore , puisqu'il les faisait arriver sans ar- 
tillerie et sans cavaleriej il livrait son infan- 
terie , morcelée et sans Tassistanée des deux au- 
tres armes, à son ennemi. Son point derassem- 
^ Llement devait être^Waterloo j il aurait eu alors 
la journée du 4 6 et la nuit du 4 6 au 4 7 , ce qui 
était suffisant pour y réupir toute son armée, 
infanterie , cavalerie , artillerie. Les Français ne 
pouvaient y arriver que le 47) et eussent trouvé 
tonte son armée en position. 

Huitième obsen^atian. — « 4^ Le général aur 
glais a livré le 4 8 labataille de Waterloo. Ce paru 
,élait Cpntraire aux intérêts de sa nation, au plan 
général 4^ guerre «idoptépa^^les alliés^ il violait 
.toutes les règles de la gnerre. Il n'était pas de 
iUntér^t de TAnglelerre, qui a besoiçi de tant 
.d'UQ]p(xmies pour recruter se^ armées des Indes^ 
de ses colonies d'Amérique, et de ses vastes éta* 
blissemens, de s'exposer de gaijté de co^ur à une 
lutté meurtrière^ qui pputait lui faire perdi;^ la 



(a«4iim>mDE saeyte-hélène. »»» 

seule armée qu'elle eût, et lui Coûter tout au 
moins le plus pur de son satig. Le plan de guerre 
des alliés consistait à agir en niasse, et âne s'eii* 
gager dans aucune affaire partielle. Rien n'é*' 
tait plus c(mtraire à leur intérêt et à leur plan^ 
que d'exposer le succàs de leur cause dans une* 
bataille cbadceuse , à peu près à force égale, ou 
toutes les probabilités étaient contre eux. Si 
l'armée anglo -hollandaise eût été détruite à 
Waterloo , qu'eût servi aux alliés ce grand 
nombre d'armées qui se disposaient i franchir 
le Khin, les Alpes et lés Pjràiées? 

c< 2^ Le général anglais, en prenant là résolor 
tion de recevoir la bataille à Waterloo , ne k; 
fondait que sur la cobj^tation des Prussiens; 
mais cette coopération ne pouvait avoir lieii 
que dans l'après-midi; il restait donc exposé 
seul depuis quatre heures du. matin jiisqu'à 
cinq heures du soir^ c'est-à-dire pendant treise 
heures : une bataille ne dure pas ordinairement 
plus de six heures ; cette coopération était donc 
illusoire. 

' « Mais, pour compter sur la coopération des 
Piussieris, il supposait donc qu^ l'armée fran^ 
çaise était tout entière vis-à-vis de lui , et 



nue MEMORIAL liLûàt 18.6 ) 

si cela était, il prétendait donc, pendant treize 
heures , ayec 90 mille hoiomes de* tronpes d4» 
diverses nations, défendre son champ de bataille 
contre une armée de AOk mille français. Ce 
calcul était évidemment faux ; il ne se fût pas 
maintenu trois heures; tout aurait été décidé 
à huit heures du matin, et les Prussiens ne 
seraient arrivés que pour être pris à revers.* 
Dans une même journée les deux armées eussent 
été détruites. S'il comptait qu'une partie de 
l'armée française aurait , conformément aux 
règles de la guerre, suivi l'armée prussienne, il 
devait dès-lors lui être évident qu'il n'en aurait 
aucunç assistance, et que les Prussiens, battus à 
Ligny, ayant perdu ^à 30 mille hommes sut 
le champ de bataille, en ayant eu 20 mille 
d'éparpillés, poursuivis par 35 à kO mille Fran- 
çab victorieux, ne se seraient pas dégarnis, et 
se seraient crus à peine suffisans pour se main- 
tenir. Dans ce cas, l'armée anglo-hoUandaise 
aurait dû seule soutenir l'effort de 69 mille 
Français pendant toute la journée du 48 ; et il 
n'est pas d'Anglais qui ne convienne (}tle le 
résultat de dette lutte n'était pas douteux, et 
que leHr armée n'était pas constituée de manière 



(AiAt i8ie) DE SAINTE-JIELÊNE.; WT 

à supporter k choc dbe Tarmée impériale, pen- 
dant quatre heures. 

« Pendant toute la nuit du 'l 7 au 'l S le temps a ) 
etë horrible, ce qui a rendu les terres imprati-r 
cables jusqu'à neuf heures du matin. Cette perte ^ 
de six heures depuis la pointe du jour, a été tout* 
à l'avantage de l'ennemi; mais son gëne'ral pou- ^ 
-vait-il fait'e dépendre lé sort d'juine pareille 
lutte du temps qu'il &isait dans la nuit du 'IT. 
au 4 8 ? Le maréchal Grouchy , avec 3J^ mille 
hommes, et 408 pièces de canon, a trouve 
le secret, qui paraissait introuvable, de n'être 
dans la journée du 48, ni sur le champ de 
bataille de Mont^aint-Jean, ni si^r Wavres. 
Mais le général anglais av|^t-il l'assurance d.e ce 
maréchal qu'il se fourvoierait d'une si étrange > 
manière? La conduite du maréchal Grottchi était 
dnssi. imprévoy^ble que ^i, sur sa route, son 
aitaée eàt éprouvé un tremblement de terre 
qui r^ût engloutie. Récapituloùs, si le maré- 
chal Gro^chy eût été sur. le eh$|lnp de bataillé; 
de MqntrSaint-Jean , comine l'ont, cru le général, 
anglais ;ex: le général prlisisi^Bn^ pendant ton t^. là 
niîiitdu ^7:axi48, et tqujte la matinée du 48^ 
«t qa^ l^: t^infls éii% pern^is ^. l'armé^ française 



HTifi' . MEMORIAL (loftt iSâS) 

d«' se miiger m bataille à qiiatre heures du 
matin, ayant sept heures l'armée anglo-hollan- 
daise eût été ëchairpee^, éparpillée; elle eût 
tout perdu; et si le temps n'eût permis à Tar- 
niée fraii^aii^e de preiidrc son ordre de bataille 
(^'àldix^ keur^^ aune heure après-midi, l'ar- 
mée aiàglo-hoUandaise eût fini ses destins; les 
déhris eB eussent été rejetés au - delà de la forêt 
ou dans k direction de Hàl ; eft Fou eût eu tout 
le téni^) darîfs? k soirée, d'aller à la rencontre 
dû fliai^ohal Bluohe^, et de lui faire éprouver un 
pai^^il sort. Si te maréchal Grôuchi eût campé 
deraiit Wâvtës, la riuit du- 47 au AS y l'armée 
prufôien-bertfeàt foit aucun détachement pour 
sôurer l'âtlAee anglaisé, et c*lk-ci eût été- 
ccRffffléleiôettt hàttiie par les 69 nàîlle Français 

qui Kii étaieiitbp5?<^^^^^ 

«t 3<>Lâporiti0fl de Mdfit^Sârffet^,ffean était mal 
choisie/Lâ jVêByère éotiditk* d'ttn champ de 
batailler,^ est de n'â^ôit pas de défilée sur se$ 
iîéî^ièi'è^; PéWdânl kîbât^îUé, le géuéràl anglais 
uë Stif :|)âii fiîèi^pàrtt^èsà^ôhihreus^ caVàlerifej 
ii'rfèîfugeàpas^^qii'iWéV^it Être et serait; attaqiié 
par $^> gatichéj iï értit qtt-il le Waît ^r tSâl 
aroite. Maîgré4â Afèïiiôû opéréi'é'iy èà fô^eur 



(AoÉii§.6) DE SAINTE-HÉLÈNE. U9 

par les 30 mille Prussiens du gendral Bulow , 
il eût deux fois opère sa retraite dans la journée 
si cela lui eûi été' possible. Ainsi , par Iç fait, ô- 
dtrange bizarrerie des evenemens humains ! le 
mauvais choiic de son champ de bataille, qui 
rendait toute retraite impossible, a etela caufse 
de son succès ! ! ! 

* Neuifième obserpotion. — « On demandera :» 
Que devait donc faire le ge'ne'ral anglais après lar 
bataille de Ligny , et le combat des Quatre-Bras? 
La poste'rite' n'aura pas deux opinions : il devait 
traverser, dans la nuit du ^ 7 au 48, la forêt dé 
Soignes, sur la chaussée de Charleroij l'armée 
prussienne la devait également traverser sur la 
chaussée de Wavresj les âeux armées se réunir, 
à la pointe du jour, sur Bruxelles j laisser des 
arriëres-gardes pour défendre la foret j gagner 
quelques jours pour donner le temps aux Prus-? 
siens, dispersés par la bataille de Ligny, de 
rejoindre leur armée, se renforcer de quatorze 
régiment anglais qui étaient en garnisoji dans 
les places fortes de la Belgique, où ils venaient de 
débsirquér à Ostende, de tetour d'Amérique ^ 
et laisset manœuvrer TEnipereur des Français 
cônrnie il aurait votvlu. Auràit-il, ^atèc 'une 



\ 

HO ' MÉMORIAL (Aoftttsiei 

arin^c de 4 00 mille hommes, traversé la forêt de 
Soignes, pour attaquer au de'bouché les deux 
armées re'uuies, fortes de plus de* 200 mille 
hommes et en position? Ce'tait certainement 
tout ce qui pouvait arriver de plus avantageux 
aux alliés. Se serait-il contenté de prendre lui-- 
même position? Son inaction ne pouvait pas 
être longue, puisque 300 mille Russes, Autri- 
chiens^ Bavarrois, etc., étaient arrivés sur le 
Rhin : ils seraient dans peu de semaines sur la 
Mam*;, ce qui Tohligerait à accourir au secours 
de sa capitale. C'est alorsque Tarmée anglo-prus- 
sienne devait marcher et se joindre aux alliés* 
sous Paris. Elle n'aurait couru aucune chance , 
n'aurait éprouvé aucune perte , aurait agi con-r 
fprmément aux intérêts de la nation anglaisé ^ 
au plan général de guerre adopté par les alliés 
et aux règles de Tart de la guerre. Du 1 5 au i8 , 
le duc de Wellington a constamment manoeuvré 
comme l'a désiré son ennemi; il n'a rien fait 
de ce que celui-ci craignait qu'il fît. L'infan- 
terie anglaise a été fermé et solide , la cavalerie 
pouvait mieux faire; l'armée anglo-hollandaisé a 
etédeux fois sauvée datis la journée parles Prus- 
ùensy la. première fois avant trois heures, par 



(Âo&tisier) D& SAINTErHÉLÈNE. J^54 

l'arrivée dm général Bulow, avec 30 mille hom- 
mes, et la deuxième fois par Farrivée du maré- 
chal Bludier, avec 34 mille hommes. Dans cette 
journée, 69 mille Français ont hattu ^20 mille 
honunes; la victoire leur a été arrachée entre 
huit et neuf heures ; mais par A 50 mille 
hommes» 

« Qu'on se figure la contenance du peuple de 
Londres au montent où il aurait appris la catas- 
trophe de son armée, et que l'on avait prodigué 
le plus pur de son sang pour soutenir la cause 
des rois contre celle des peuples, des privilèges 
contre Tegalité^ des oligarques contre les libé- 
raux , des principes de la sainte-alliance contre 
ceux de la souveraineté du peuple ! ! l n 



rm DU CINQXn^EBIE V0LU91E. 



ERRATA. 



TOME IIL 

Page 8S, ligne i et i^ les lettres ont coule' 
dans quelques exemplaires i et ont ëte' inintel- 
ligibfement rétablies. ' 

Page 188, ligne 44 : PWa^Noi^à ; lisez 
Ronco. 

Page 309 , ligne S : Cuîcutct} lisez Calcùta. 



TOME IV. 

Page 180, ligne 22 : Si les armées i Usez; 
si lés inenées. 

Page 183, ligne 4Ô : LamùjarUédes Con^ 
sufs} lisez la majorUé des Conseils. 

Page 277, ligne 22 : Bataille d'Austerlitz, 
par Gros\ lisez ^ Gérard. 



TOME V* 

Page 57 , ligne )^ : Si Von ne me- Veut pas 
raconté} lisez , si Ton ne me Veut raconté. 



TABLE RAISONNÉE 



DES MATIERES 

CONTENUES DANS LE CINQUIÈME VOLUME, 



N. B. JLicp cpbJiSbs font les onméros àpè pages. C« signe (- ) iajiqpe qvfi 
les sQJets se suivent ^ «t ce signe ( — > ) qpe le snjet qui soit esjl différeni de 
çtim çpi précède. 



Akolàis. Soini et bîenfaili 
des Anglais envers les émigrés, 
388. S^indignent des décreu de 
fierlin et de Mîlan.-N'étaiènt pas 
habitués h autant d'énergie, 4^3. 
Napoléon disait : les Anglais 
peuvent être tout aujootd'bm , 
s'ils veulent se réduire à rentrer 
dans leurs vaisseaux , 4^4* 

B.... (Jlfû<fame</e). L'Empe- 
reur la croyait méchante , - est 
entièrement détrompé , ga. 
Mot sur le Premier Consul. • 
Anecdoies , gS. 

Barral ( de^ archevêque de 
Tours )• L^ Empereur le disait 
un homme de beaucoup d'ins- 
truction, iio. Est interpellé 
par l^Empereur h une de ses 
audience^ du dimanche, sur les 
affaires avec le Pape, 34a. 

Bbavicarchais. L'Empereur 
Pavait constamment repoussé 
en dépit de son esprit y. à cause 
de sa réputation , lo. 

'BiijLVf»RTÇde^fé^ue d*jirles) . 
P«ro|cf de L'Eiçpereiir, iio. 



Bérhadottb. Elu en Suêrfe 
à,cause de sa febmie, sœur de 
celle du roi Josejih , 202. A 
été une des grandes causes de 
nos malheurs, en donnant à 
nos ennemis la clef de notre 
politique , la tactique de nos 
armées , etc. , ao3.En se relrou-^ 
vaut an milieu de nous, s*est 
aperçu que Popinion en faisait 
justice , ao4* -* Lettre que lui 
adresse Napoléon sur le sys> 
téme continental, 207. 

Berthier ( Ptince de Keiif- 
chdteJ), Vie privée. - Napolcoa 
le pressait de se marier ; ma- 
daiùe V le décide à épou- 
ser une princesse de Bavière. - 
Désespoir de Berthier , 5a. 

BoiiO£LiN(Cart/»/ifl/). L*Em- 
pereur le disait un homme d'es- 
prit, un homme de bien, iio.' 

Calonnb (M. de). Ûnodes 
causes de Tcmigration, i x7. En 
est la ressource financière, 121. 

Caupaômjis jd'Italie et d%* 
oTrii» bear. rédaction j^lon 



iM 



TABLE 



PCmperenr » deTaît être une 
chose bien agréable aux Ffaa- 
çais et aux Italiens. - Elles 
consacreraient les noms de ses 
compâgnoas de gloire, 196. 

Caths&ime II ( Impératrice 
de Russie, ) Selon TËmperear , 
maîtresse femme, digne d^a- 
Toir de la barbe au menton, 
ai6. 

Cazalès ( il/, de ). Arrive à 
CoblenU , i3a. Belles paroles 
lors du passage des Prussiens à 
Coblentz, 143. 

Cherbourg. Historique des 
iravaus de ce port , 10. 
Clergé» ^Empereur était con- 
tent du vieux clergé, 109. Nul 
des anciens évêques ne trompa 
sa confiance, iio. N'eut ù ce 
plaindre que de ceux qu'il avait 
faits lui-même, m. 

Couvbks.-Heligxeuses, moi- 
91ES. Les prises d'habit an- 
ciennement fort suivies par les 
jeunes officiers, etc. 107. L''Em> 
pereur contraire aux couvens - 
Convenait pourtant qu^un em- 
pire comme la France pouvait 
et devait avoir quelques hospi- 
ces de fous appelés trapistes , 
jo8. Disait les moines du Mont- 
Cénis très -utiles, même hé- 
roïques, 109. Pensait que les 
moines seraient de beaucoup 
les meilleurs corps enseignans, 
s''il était possible de les maî- 
triser et de les soustraire à un 
chef étranger , 109. 

Diderot. Paroles de PEm- 



perenr tvr le Père ée f anilfe ; 

u6. 

, Dix AOUT ( Journée du )« 
Deuils pi^ Napoléon , témoin 
oculaire ,169- 

Du BELioY(driiRa/). Paroles 
de ^Empereur , 1 10. 

Egypte. Paroles deTEmpe-. 
reur sur Saint- Jean -d'Acre, 

75. Erreurs de Volney. - Une 
poignée de Français avait safli 
pour conquérir ce beau pajs, 

76. Les Anglais ont fr.émi de 
nous voir occuper TEgyple ; 
cVui£ le vrai mojen de les 
priver de Tlnde. • Sî 40 oq 
5o mille familles européennes 
fixent jamais leur industrie , 
leurs lois et leur administration 
en Egypte, Hnde sera aussitôt 
perdue pour les Anglais , biea 
plus par la force des choses, 
que par celle des armes, 77. 

EsfiGaATiOK. Historique d« 
Coblentz demandé par TEmpe* 
reur, 116. San origine, 117. 
rassemblemens de Worms et 
de Coblentz, 118. L*un dit le 
camps Tantre, la pilie et la 
Cour^ lao» - so à a5 mille émi- 
grés en armes sont morcelés en 

3 corps : 6 mille sons le prince 
de Condé, contre TAlsace; 

4 mille sous le duc de Bonr^ 
bon, en Flandres; et la h i5 
mille sous les frères du Roi, 
sur la Champagne, i44* Plans 
pour rentrée en eampagne, 
144* Helégués à la queue de 
Tannée prussieiine , i4^* l^ l^w 



RAlSO 

C8t donné de faire le siège de 
ThiODvîlle. - Détails curieux , 
i^o.Gaité, plaisanuriesjanec- 
dolcs, i5a, * 

Etiquette. Sur celle de 
Ste.-Hêlène, 4i. -Aux Tuile- 
ries, TEmpereur disait avoir 
été le premier qui eût séparé 
le service d'honneur , de celui 
des besoins. « Un roi, selon lui, 
« n^est pas dans la nature , il 
« n^est que dans la ciTiligalion \ 
« il n^en est pas de nu -, il nen 
c saurait être que d^habillé, » 
10 1> 

Fontainebleau ( Palais de, ) 
Opinion de TEnipercur qui le 
vantait beaucoup , i86« 

Faubourg Sairt-GermAIn. 
L'*£mpereur disait avoir mal 
fait son arrangement avec lui : 
avoir fait tfop» ou trop peu , 35. 
Anecdotes , 364. 

GiLL. Ridicules de son sys- 
tème par Napoléon , 85. 

Garde natxomale db Paris , 
a constamment montré les ver- 
tus de son état : l'amour de l'or- 
dre, le dévouement à Tauio- 
tité, la crainte du pillage et 
la haine de Tanarchie, 171. 

GrAssisi {La belle madame) 
Anecdote, 3i. 

Gustave m {roi de Suéde), 
Devait être le généralissime des 
troupes destinées à seconder 
Témigratioa. - Annonçait le 
désir de combattre en personne, 
136. * Ses paroles en prenant 
<K>agé de la princesse L^tii- 



NNÉB. 



45s 



balle, iSy. A Aiz-Ia-Chapen« 
vivait en simple parllculier, 
sous le nom de comte Uaga , 

197- 
GvsTAVS IV ( roi de Suède) ^ 

L^Empereur disait qu'ail s'était 
annoncé an débat pour un hérôt 
et n^avait &Di que comme un 
fou. - Encore enfant , il avait in- 
sulté la grande Catherine -Plus 
tard avait insulté TEmpereur 
Alexandre , 198. Se déclara le 
grand antagoniste de l'Empe- 
reur. - Est détrôné par ses 8u«> 
jets, 199. Après la bataille'de 
Leipsick , s'offre à Napoléon 
pour son aide-de-camp, et lui 
demande un asile en France, 
300. 

HuDsoN LowE ( Gouverneur 
de Ste.'HéUne). L^Empereur 
lui dit qu'ail le croit capable de 
tout; qu'il était , pour les cap* 
tifs, un plus grand fléau que 
toutes les misères de Taffreux 
rocher , 29, Retient un livre en- 
voyé à l'Empereur par un mem- 
bre du parlement d'Angleterre , 
parce qu'il avait pour adresse, 
en lettre d'or : A Napoléon-Je^ 
Grand, loa. N'avait jamais 
commandé que des déserteurs 
étrangers, la lie, l'écume de 
l'Europe, 346. Fort maltraita 
par TEmpereur dans sa der- 
nière visite , 35a. 

Illyris. L'intention de Na- 
poléon n'avait jamais été de la 
garder. - Ëlait dj^ns nus mains 
une avant-^garde au cœur de 



456 TA 

rAairlche i une' senûaelle aus 
portes àe Vieniie pour la forcer 
de marcher droîL • L^Empe- 
reuT né Pavait prise qu^en gage, 
et \\ a ea diverses idées à son 
sujet ; il comptait la rendre 
contre la Gallicie, 49* 

JosirniMB (Impératrice ). 
Voit commencer la campagne 
contre Wwrmser. -Pleure beau- 
coup en quittant son mari , qui 
rembra&sè^en Ifii disant, comme 
par inspiration : « Wurmser 
Ta payer cher les pleurs 
ce quHl te cause. » - Obligée 
de passer près de Mantoue ; - 
on tire sur elle de la place, 
ai4« Reçue à Lucques par le 
sénat, et traitée comme une 
grande princesse , 2i5. 

JouBERT (^Général) avait une 
haute vénération pourlVapoléon. 
- L''avail pris pour modèle. - 
Sa mort, Sgx Son portrait' par 
ïîapoléon , 393. 

Li. Harpe. L'Empereur 
trouve sa Mclanie mal conçue : 
on ne doit point attaquer des 
institutions vicieuses avec des 
instrumens vicieux , io6.. 

Las Gaies ( Le Comte de) Sa 
mission touchant les dépots de 
mendicité. - Détails , 45. Pros- 
périté de la France, 5a. Dépôts 
de mendicité, 5y. Hôpitaux, 59. 
Prisons, 6u — Historique de 
Coblentz , 116. Se trouve an 
Cap de Bonne-Espcrancc sous 
la garde d'un des habitans de 
Coblentx , i4i« 



BLE 

Lavàtbr. Fausseté de son 
système, 86. 

Louis XVI. Selon Napoléon , 
le plus exemplaire des par tien-, 
liers, mais un fort pauvre <Roi 
fi3. 

Marie-AhtoiSette. Selon 
Napoléon, eût é lé dans tons les 
temps Tornement de tous les 
salons ; mais sa légèreté^ ses in- 
conséquences, son peu de capa- 
cité n^avaient pas peu contribaé 
6 précipiter la catastrophe, iiS. 
Anecdote, il4* 

Marine. Intentions et idées 
de Napoléon sur les ports de 
France, et la marine en général, 
ai. 

MéGRiGKT ( Madame de }. 
Intriguée à un bal masqué par 
l'Empereur , 174. 

Mesmer. Ridieule de son 
système, 84. 

Mevcicité. Détails, 44* dé- 
pôts, 57, Est beaucoup plus 
rare dans les provinces pau- 
vres et stériles que dans les pays 
riches et aboodans. - Paroles 
de TEmpereur , 5S. Etablisse- 
mens de bienfaisance, etc., 5g. 

Molière, Jugement de Napo- 
léon sur le Tartufe, 557* 
; Mosco-w. Paroles de Napo- 
léon sur rincendiê de Moscow , 
595. Disait que les fictions de 
l'incendie' de Tfoie n^égalè- 
rent jamaisde celle deMuscovr, 
396. Description de Mpscow et 
de -son incendie^ par le baron 
Larrey, 4o3. 



RAlSONifÉE. 



457 



Napoléon. Se's idées êwt 
Gberbonrg. -plan de guerre 
tDâniime. - Gosiptait ia termi- 
ner par' Qbe bataîHe d^Actium , 
19. — iN'^aTâlit point d'éloigné- 
inent pour les commisteires dei^ 
àtlîés à Sté.-Héléne, pas même 
{)our celui de Ftance ; qu^if 
éiailFrançaU, que ce litre é(aît 
ineffaçable a ses yeux, I9. — 
Excite j à son début en Italie , 
tous les entkousfa'âmes et toutes 
les ailibitions,5o.$afonune était 
dans ââ^gesse. -M«^ Grassîtii, 

3t. M««»V,i Sa— fiirf^t âToif 

mal fait ses afrangecc^eïïs Aved 
le fanbôui'g Saint- Oertnain i 
avoir fait trop ou (rO^f peu ,' 35. 
Accoeiîlait tes noidÂf anciens; 
ceux dé faôtre histdii^e , comme 
moyefi de Tiéitlîr tout aussitôt 
les institutions modernes , 5j, 
-7 Sa première pensëîB était d'é- 
pouser une. Française ;' ses mi- 
histres nerempéchérent, qu''ea 
implorant la polîlîcpié, 37. — 
Motifs du retour aux formes 
monarcbiquesy aux croix, aux 
cordons y 39. ^^ Etiquette à 
Longwoôd, 4*.' —Convaincu 
que ^extirpation de la mendi- 
cité €tait possible , 4^. — • Ses 
intention^ sur rillyrîe, ^49» "^ 
Fatalités accnniùlées contre lui à 
la fin it sa carrière, 5i. — Ses 
observations sur sa loi des pri- 
sons d*éta t, 67. Assurait que les 
Français, à son époqiie, avaient 
été its plus libres de toute 
TËurope, 72. Tous les pays 

5. 



qni'ont Aé séparés, regrettent 
les lois avec lesquelles il les 
avait gonvertiés , 70. •— Dans 
soff expédition cfÉgypte , s'il 
eût été maitre de la mer, le 
fût devetiu de rOrîeiit , yS. 
Atait acquis un tel empire sut 
Ses soldats, qu*it lui eût suffi 
d'un simple ordre dû jour » 
pour les rendre Mahoméians ; 
jf. ht désert avait toujouts eU 
des attraits pour lui. - Napo^- 
léoui Lion au àéseru ^ Anec^' 
dote d'un Cbinois, 78. Dit à 
céox qui Tentonre^ty qu'ils sMft 
destinés, en rentrant datfà le 
tnbùde, à se itovhfei^Jhifêf à 
cause de hn, 8 1 . -^ Sur les i^té», 
les ptessentimens , eit, -'Ca*^ 
gliostro. - Mesrtiet. - Gaff.-Ltt*- 
vâter , etc. 83. --^ Accuitfùlatf<m 
de contrariétés , 89.-— Convètf- 
sat^oft avec Tainiral Màlcélmj t- 
Les souverains ne dévraient'4ls 
pas âvoit on cœur, -«En défen- 
dant son titre d'Empereur, il 
défend rhonneur des atitret 
souverains , 97. *-.Sa Cdur, là 
plus magnifique qu'on e6t vue, 
99. Dépenses de sa chasie^ - 
Table. -ËÊUries.'- Pages, 100. 
-— Couvens. - Religieuses , ^ 
107. Ti'apîstes, - Moines , 108. 
Disait n''avoir rien fait pour Ift 
clergé , qa*iï ne lui ait donné 
lieu de s'en repentir, lOg. N'a- 
vait eu à se plaindre que des 
évêqucs quMÏ avait faits lui- 
même , et âttUement des an- 
ciens, ïio. Péiwa't qu'après lui, 

29 



<58 



peul«étre re^tit-^on en France 
des conficriptions de prêtres et 
de religieuses y remplacer celles 
de militaires ; les casernes de* 
T«air des couTens et des sémi-^ 
naires, iiz. *- Historiqae de 
rémigration, ii6. — On attri- 
buait , disait-il , à de simplet 
préjugés, à de la petitesse, ce 
qui en lui n e;ait que vues pro- 
fondes , grandes conceptions , 
maximes d^Etat de la plus 
' liante élévation, 160. Sa conver- 
iiation avec le M. comte deS.**.) 
sor les émigrés,i6i.Voyage Se n- 
tlraental à Blnits , 166. — Avant 
le eennent â la nation ^ à la loi 
0t au JRoif s^il eût reçu Tordre 
de tourner ses canons contre le 
peuple, il ne doute pas qu^il 
ri'tAi obéi; mais le serment 
national nne fois fait , n^eût 
plue connu que la nation , 168. 
Témoin oculaire du lo août. - 
Détails, 169. — Aimait beau- 
coup les bals masqués. *- Y était 
entrepris chaque année par un 
même masque, qui loi rappe- 
.lait d'^anciennes intimités, 173. 
.Aimait à 9*y faire insulter.- 
Anecdotes, 173. Ses bienfait» 
envers plusieurs familles, 174. 
— Lorsqu''il lui venait une idée 
utile , curieuse , intéressante , 
ep posait la question aux mem- 
bres de rinstitut; la solution 
était lancée dans le public, qui 
ladopUit, ou la repoussait , | 
. 1^. — Avait construit un grand | 
ik^mlirc de canaux* — £n pro- j 



TABLE 

jeult^bîen d avantage « 178. 
Voulait faire de Paris la capi^ 
taie de TEurope^ 181. Si le ciel 
lui eût donné ao ans de régon 
et un peu de loisir, aurait 
changé la face de la France. - 
Avec des budjets, on créerait le 
monde, 181 • Refusait souvent 
les fêtes que la ville de Paris 
voulait loi donner; prouvait 
qu^avec ces faux frais on ferait 
des monumens durables, magni-' 
fiques, i8a. Il lui fallait tonte sa 
puissance pour réussir & faire le 
bien. -A employé jusqu^ft 3o 
millions en égoûts, dont per- 
sonne ne lui tiendra compte , 
i83. Au pied comme à la cioie 
des Alpes, dans les sables de 
la Hollande , sur les rives da 
Rhin , toujours et partout Na- 
poléon. — Comptait dessécher 
les marais Pontîns, i83. N'avait 
songé qu'à préparer le terraia 
pour le palais du Roi ^e Rome , 
en serait demeuré-là. - Anec- 
dote , 186. Avait eu toutes lee 
peines du monde à faire com- 
prendre et adopter son sjstéme 
do budjets , 187, A ses voyages 
de Fontainebleau , la à i5 cents 
personnes éuient invitées , lo- 
gées et meublées; plus de S 
mille y trouvaient à diner, 189. 
— Regrettait de n'avoir pu 
faire composer toutes les his- 
toires de ' l'Europe , depuis 
Xioois XIV, sur les pièces même 
des relations extérieures, 191.-^ 
Avait écrit un jour à Sélim |lf 



KAISOINNÉE. 



45d 



- Réponse 1 19*- —S'il eût pu , 
en Egypte , joindre les ma- 
meloacks à ses Français, se se- 
rait regardé comme le maître du 
monde, 193. •— La régence, nhe 

'dés époques les plus hideuses de 
nos annales , 193.*— Gustave IV 
se propose pour son aide-de- 
camp, SOI.*— Les Suédois lui 
demandent un Roi, 30T. Avait 
attaché trop de prix à ce qu'un 
Français fût sur le Trône de 
Suède, ao2. Éprouvait un ar- 
rière instinct qui lui rendait Vé- 
lection de Bemadotte désagréa- 
ble et pénible , «o3. — Avait 
deviné la trempe du caractère 
Ue Paul I«r, 9io6.-— Lettre & Ber- 
nadoite sur son système oonti- 
nénul, 207. -^ Sa vigne patri- 
moniale, etc. 'En avait disposé 
«n faveur de sa nourrice. - Avait 
donné sa maison patrimoniale à 
la famille Romalino, lia. Sa 
nourrice, -^ Etait venue & Paris. 

- Avait enchanté toute la famille 
et avait eu une longue audience 
du PapS) al 3* — « Les milices de 
palais, terribles et dangereases', 
ar6. Sons le cfAsolat , Paiii lui 
écrivait souvent , 317. —Repen- 
tait souvent n^avoîr jamais senti 
sa tête ni son estomac ^ %iq, — 
Fatalités de la campagne de 
Russie, 309. «^ Interpellé par 
madame de Staei. - La pre- 
mière femme du monde est celle 
qui a fait le plus d'enCkos , 3t4* 
^-rSwt la religion, 3a3. Avait eu 
boattvoup de résisunoe à Taîn- 



cre pour ramener le catholi- 
cisme. ^ On Teût suivi plus vo- 
lontiers s''il eût pris la bannière 
protestante, SaS. François !•', 
placé pour adopter le proies- 
tantisme, 337. Paroles sur le 
Pape, 33 1. Avait, par la force 
seule de sa conversation privée, 
arraché le fameux concordat de 
Fontainebleau , SS4, Essaye de 
ramener le Pape par la raison.-^ * 
N'y peut parvenir, 337. Ses in- 
tentions sur la religion et le 
Pape, s'il f&t revenu victorieux 
de M08COW.* Eût relevé le Pa- 
pe^ l'eAt entouré de pompes et 
d^honneurs; Paris ft^t devenu la 
capitale du monde chrétien, 
339. La direction légale des 
affaires ecclésiastiques avait 
toujours été Tobjet de sa mé- 
ditation et de ses vœux , 34t*— 
Conversation vive avec le Gou- 
verneur. - Quand il aurafaimr, 
il ira s'asseoir k la table dn 
brSTe 53«, 547* ""' Napoléon 
demeurera le sujet de Thistoire 
et Tétoile des peuples civilisés , 
34d; -» Disait que les libelles 
les plus infâmes ne lui faisaient 
rien ; mais que sitôt qu^On • ap- 
prochait un peo de k vérité it 
sentait alors le besoin de se 
défendre, 35a •» Sa protesta- 
tion contre le traité dn a aoAt* 

- Y avait omis , % dessein , le 
traité de Fontaineblean.-^Dl- 
sait renier ce traité.- Pourquoi. 

- Se disait être nue parcelle d e 
rocher laneée dans Fespace 9^4 



/^ TA 

,-r &\^ iVuYr^igfe il gérxivii 
^..«.•n.y 355, r^ Ja^^pQjeiit jnxt 
U Twufç , 557. -r Ne «e r^p^ 
pe}ai|. pas d^vijMrpris une seule 
jnédecioje aux Tuileries, 55x 
Pîc croyait pointa la médecine, 
• !Qi[^ep fêtait pas ainsi de la cl^t* 
rurgie, ? Avait coxxunencé trois 
fois des cours d^anatomie , l/es 
fMmes fi\. }fi dégoût le$ ayaienf; 
interrompus , 363. — Réponse 
officielle au Gouverneur tou- 
x^apt les commissaires fjes ini- 
tiés ^t ies eipbarras de fon budr 
if t , 970. -r. Si?r J'i^peçdie dç 
Wosco>jr,385. Ce qu'il pût fait 
. f\ Moscpw |:i'e&î;.pas él^ hrjUé , 
3q8, La pajiï di»»3 M^scaw ac-^ 
|!(>mpl*ssaiit ^( 4çrïwiï^it ses 
ppé^atiou/s fieguer^cp, 3q8vAipi;t 
Tait çu açssi sop- of>ngràs et s^ 
mainte aîii^cjt, — Peyçp^i(> le 
méd^tçuf nature) entre raaciea 
et le nouvel ordrp de cLyoses,.? 
$a glojr^ ^ éjté daiys son ^gpi^' 
g^, E/ft;t v^julii pp Code euTû- 
p^^Uj iloer Gouf de Cfissatîqii 
f uropéenu^ )Uf7ç même moanaf ç 
J^fi.^^qtes poids et vmcfiures^ 
}^s ^mef Ipi?, T V^Qf ^P^ «'«^1 
£jiiji 4^ U sor^ iqu'oA mêmç 
P«eaip^e« 4ÇK>. ^ aictatnre eût 
$91 r ^ le r^e pop^tfUiiipnnel 
du spa /Qils eûtcoB^mei^cé. «^ 
I^*,4EiÎ4 asfQpi^^ JîEflijMrp.T»;Pari§ 
^t ^^jl9.^2||)ilal^ du mpp4e» 
e( le&FraA^is Peu vie des fi^a-t 
tW«9» ^ $ps iojsits eu^^i^n^ ^t|» 
employés k visiter lea^te);^^» 
fl¥«criii^p^îauii)e> ^ yXHffWm 



BLE 

pie caijaptgnajrd^toaslesreceins 
,^e l'empire \ semant 4^ toutes 
j)arts les bienfaits et les monuf 
mens , ^Pi. — ' Sa querelle Haa- 
ritjmiç avec rAn|;letejrre , ^1%. 
A Tait forcé les Américains à se 
battre contre les Aoglab, en 
attachant leurs intérêts à leurs 
droits , 433. Observations sur lu 
t^ataîlle de Waterloo, 4a5. 

Pak.18, L'Empereur voulait 
eu faire la véritable capitale 
de r^juropei quelque cbosiç de 
fabuleux , de colossal , d'iu/- 
connu jusqu'à nos jours» iBi, 

.^/>). S? foreur r/ejafivementà la 
déloyauté du minist^p i^ngla^ '\ 
" Sqq indigpation lorsque les 
anglais ni$r.ent. lui avoir pro- 
mis Malte. '■ Perpe.de son épée 
}a4épêcbe du ministère anglais. 
^o5. Lef Anglais refusant dp 
ooniprendre dans leur échange 
I.e^ prisonuiprs russes faits eu 
Hollande à lejur service ^ Na- 
poléon en profite , las fait ha- 
biller et les r^nvpîs k Paul« 
qui, dès «et ipsunt , fut tout fk 
Jip^ r On a vouki , disait TEuar 
pereur, que cetLs bien VfEnllancp 
lui ait pAlé fua/este, ah#6. — 
Ecrivait 9fmy(^nt au Premieu 
Consul r 217, . , 

Pis VII.. Pésicai^ obt^eoir àt 
TEmpereur, poiu" pîijc dp sa ve- 
|}«f ep France iH du couronne-, 
me^tf 1^ déclaration par la- 
quelle I^oais XIV désapprouvait 
lesKmpHK articles de i6âa,base$ 



IIAISONNÉE. 



46i 



A^ liberté» jsallîcaiies, 359. Ce 
fut par la seule force ^é ta 
ik)nyersâûon privée que Bfapo«> 
léon lui arracha le fameux coU" 
cordât de Fontainebleau. -N'eut 
paa plutôt ligné qu^l «'en re- 
pentit, 334. L^Empereur le di- 
rait un agneau, un Teritable 
homme de bien , qu^il aimait et 
«etimalt beaucoup, 355. Son 
obangement, 536. Causes de son 
«lemier voyage en France, 357. 

PiiiMONTAis. L'Empereur di^ 
sait avoir unf affection parti- 
culière pour cette province. — 
JLies PiémoBtais n'aimaient pas 
à être un petit état , 176. 

PRtSQNs.Luxe de celles d^An- 
gleterre, - Différence des nô- 
tres j séjours affrenx. - ILc sim-^ 
pie prévenu y est mêlé avec le 
plus grand criminel, 61. pri- 
«sonnîefs d^Eiat. -Détails, 64. 
Observation de Napoléon sur 
sa loi de» prisons d'État, 67. 
liors de sa ehute , elles ne ren- 
fermaient que sSoJndividus : « 
il en avait trouvé 9 mille en ar- 
rivant au consulat , 72. 

PtYSEGUR.. Est entrepris paf 
TEmpereur à une de ses au- 
diences publiques; réfutation 
du magnétisme et du somnam- 
bulisme , 85. 

RoQUELAURE ( Archevêque ). 
Paroles d^ VEo^pei-iÇur 4 son 
égard iio. 

Russie. Napoléon demandait 
si Pierre-le-Graad avait bien 



CaJt de fonder une capitale À 
Pétcarsbpurg. -^^isops , 384« 

Savtiiti ( Huissier de la 
çhamhre de VBmpereùr }. Veut 
tuer le Gouverneur et se tuer 
après, - ]:i^Emperear ne peut la 
détoi^mer de aoi\ projet qn^ea 
interposant son a^itorité impé-r 
riale et pontificale , idisait<^il , 
io5. 

. S-- H ( Gémérai). Paroles 
de TEmpereur sur son ouvrage; 
-Avait désert^du camp de Bou- 
logne , portant tous les secrets 
de Napoléon aux Aii)[;lais. - 
Au retour de Pile d^Etbe écrivit 
à TEmpereur , pour lui offrir 
s^s services ; fut arrêtée, et aur 
rait dû être fusillé , 356. 

S.V.. ( le Comte de). Conver- 
sation de TEmpereur, 161. - 
Prédve qu*il donne 'des hautes 
et excellentes qualités d» T-ame 
et du coeur de Napoléon , i65. 
- Anecdotes.sùr un embarras 
de rois , i64- 

SiLîM III ( Bmpereur des 
Turc»), L^Empereur lui écri- 
vit un jour. - Sa réponse , 191. 

SouLT {Maréchal). L'Em- 
pereur le disait un pxeellent 
ordonnateur , un bon ministre 
de la guerre, 356. 

StAel ( madame de ), S'^est 
trop bien peinte dans sa Corine, 
3ii. L'Empereur lui en voulait 
d'avoir ravalé les Français dans 
son roman , 3i2. Ardente dans 
ses passions.' — Lettre lue par la 
police, ,3ia. Envoyée en exil , 



463 



TABLE RAISOnilÉE. 



5x6. Combattait dVne main et 
sollicitait de Tantre. - Le Pre- 
mier CoBsal lui fait dire qn^il 
lui laisse TunÎTers à exploiter et 
ne se réservait qae Paris , dont 
il lai défendait d^approcher , 
3 16. Vonlat, sons l'empire, 
être damé da palais* 

. S ( Msdame la Baronne 

de ) , née Française ; femme du 
commissaire Autâcbien & Ste.- 
Hélène, 369. 

ÏALLEYRÀHD [( Pnnce d» ). 
ATait fortement ponssé TEm'* 
perenr h la paix après le retour 
de Leipsîck. ^ BlÂme le dis- 
cours àe ^Napoléon au sénat, -r 
ApproQTe celui au corps légis- 
laiif. - Ne cessait de répéter à 
Piapoléon qn^ii se méprenait $tir 
Téoergie de la nation ; qu'elle 
ne seconderait pas la sienne, 
quUl s'en Terrait abandonné, 

. 3io, 

' VERfAiLiiEs, JLi'Emperenr 
disait que c'était une faute k 
Louis XIV d'avoir entrepris 
Versailles, i85. Napoléon se 
reprochait les dépenses qu'il y 
avait. faites, 186. Dans ses idées 
gt|{ante8C|iie8 tw ^Paris rêvait 



d*en tirer parti, d^en fiiiie nne 
espèce de faubourg de la grande 
capiule. - Eût remplacé, di- 
sait*ily les nymphes de ses 
bosquets par les panoramas de 
tontes les capitales où nous 
sommes entrés victorieux , de 
toutes les célèbres batailles qui 
ont illustrés nos armes, 189. 

Voisins (<2s, 4péque de Nan- 
tes )« L^Empereur disait qu^il 
le iendait réellement catholique 
par la sagesse de 96» raisonne- 
mens , son excellente morale et 
sa tolérance éclairée* - Sa ré- 
ponse à Marie'Louise , qui le 
consultait sur Tobligation de 
faire maigre le vendredi , 3a8. 
3ur une communion publique le 
j*ur da Pâques 9 629. Avait été 
le plus ferme appui des libertés 
gallicanes. - « C'était mon ora- 
ç cle 9 mon flambeau y disait 
c TEmpereur; il avait ma con- 
6 fiance aveugle sut les ma- 
« tières religieuses, 55o. 

Wagrav ( Cafiipagne de\ 

Détails de cette campagne, aaS. 

VVatbrloo. Observations 

sur cette bataille, dictées paf- 

I^apoléon^ 4^« 



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une émission franduleiise en a été faite en x8jo ; suais 
inatile et incomplète. 

La bonne édition est celle de r6i4, dont tontes les feaîlles 
doivent portei^ le millésime de z8ta , i3 ou 14. Poux Is 
distinguer de toutes celles ^i ont para antérieurement , on 
a imaginé de rSTétir son cartonnage, k compter de iB%m , 
d'une lithographie représentant la muse de l'histoire , exé- 
cutée tout exprès a£n de la rendre désormais le ty'pe ca- 
ractéristique de l'ouvrage. 
HISTOIRE D'AÎNGLETERRE, par David Hume, 
éciaircie par des tableaux généalogiques coloriés , et 
par une carte géographique , tirés de T Allas historique 
de lie Sage. La partie des Stnart est enrichie de notes 
intéressantes d'hauteurs yivaub , on %ir4ea de divers ou- 
vrages modernes 9 notamment de celui tle M. Boulay 
de la Meurlhe. Nouvelle édition , en ao vol. in-ia. 60 

Cet ouvrage se recommande au public par les tableaux 

doat il est accompagné; les notes intéressantes qrù 7 sont 

jointes et dont qpaïxpM-'UDÉU sont d'un des captiû de Sainte- 

HéUne. 



EXTaAIT DU CATALOGUE DE BQSSANGE FRERES, 

A Paris ^ rae de Seine, n. i2. 

MÉMOIRES pour servir à l'histoire de France sons Na- 
poléon , écriu à Sainte-Hélène sous sa dictée, et pu- 
bliés air les manuscriu autographes corrigés de la 
VAX» ^a Map ouÈoK. 



1 • 

I «T. I»4. 

i-r 5 pi. 



Premièft Uuraison. 

Mélanges historiquefl^ tome i*r, écrits par le^ 

général MovtsoloK. y at* ife^. iS 

Mémoires, tome i"**, par le insérai Gotia- 

GAUO. 

Papier vélin. 3o 

Mémoires des oontemporaintf ^ pour f erVir fi histoire de 

la Répoblique et de TËmpire , in*8 , à 7 fr. le yol. ' 
Les Mémoires suivans sont sons presse. Cliaqtie oàTxage 

se vend séparément. 

Manuscrit de x8i4 » Tedigé à cette époque par ordre de 
Napoléon, par Faia , premier secrétaire du cabinet; 
1 Tol. in-8, cari. . »y 

Mémoires de Louis-Jérôme Gohier , président d« Direo» 
toire aa id brumaire , et sur- les é?iénemenfl qui onfc 
amené ^ précédé et »om celte journée ; » yot. in<«8 , 
portrait. i4 

Papier yéliii. i8 

Mémoires du général Rapp , X TOl. în-5, portrait. 7 

— Les mêmes, papier véline x4 

0£n vrescompIetes.de Platon^ traduites du grec en fran- 
çais , accompagnées de notes et précédées d'aune intro- 
duction sur la philosophie de Platon , l'ordre et Pau- 
thenticité de ses dialogues, le caractère et l'^histoire desa 
philosophie , etc. , etc. , par Victor Cntrsrw , ex-maitre 
J«rr «onl^freofceS aTEcole Normale, professeur sup- 
pléant de rhistoire de la philosophie & la faculté des 
lettres de TAcadémie de Paiis, i vol. in- 8, orné d'an 
beau portrait de Platon, d^une carte de PAttique et 
d^un plai^ d^ Athènes. Prix despqscription, chaque vo- 
lume , pap. fin d^ Annonay , satiné. 9 

Grand papier vélin , dont oa n'a tiré que a5 exem- 
plaires. a5 

OËuvres de P.-L. Lacretelle aloé, de PAcadémie fran- 
çaise, en qnatte collections. 



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